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 Banquet

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Ragnar Herteitr
Jarl

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MessageSujet: Banquet   Lun 9 Aoû - 11:21

Le feu dans la cheminée et les torches qui crépitent joyeusement donnent des reflets chauds et accueillants à la grande salle. L'odeur de la viande rôtie flotte dans l'air, faisant monter l'eau à la bouche de tous ceux qui la sentent. Les tables et les bancs ont été mis en place pour trois cent personnes, qui sont tassées les unes contre les autres, laissant à peine la place aux serviteurs de circuler. Dès que l'alcool aura un peu coulé, il deviendra presque impossible de se déplacer. Assis à côté de son père, Ragnar observe la scène, légèrement nerveux. Une sensation d'oppression l'a saisi à cette vue. En cas d'attaque surprise, il leur sera impossible de réagir. Il est bien placé pour le savoir, puisqu'il a choisi à de nombreuses reprises de telles occasions pour lancer ses raids. La pensée des gardes postés à l'extérieur ne suffit pas à le tranquilliser.

Détends-toi. Tu fais la guerre depuis trop longtemps, ça te donne de mauvaises habitudes.

L'entrée a été laissée relativement libre, de sorte que, bien qu'en minorité, on retrouve des femmes et même des enfants dans la salle, ce qui l'encombre encore plus.

Certains ne pourront pas faire tout ce qu'ils souhaitaient, sous le regard des femmes.

Un sourire ironique a accompagné cette remarque d'Eirik, qui lorgne une rousse au voluptueux déhanché et tente de capter son regard. Avec succès. Ragnar voit le sourire qu'ils s'échangent.
Quand à Sahnnâ... Dans l'immédiat, il préfère limiter les contacts avec elle. Il lui a demandé d'attendre dans ses appartements jusqu'à ce qu'on vienne la chercher. Et de se préparer pour danser. Un art mineur, a-t-il précisé. Enfin, mineur... C'est vite dit.

Il scrute la foule des hommes. Lesquels parviendra-t-il à convaincre ? Il y a à peine le tiers des hommes d'Eirik ici. Mais les guerriers font tous, ou ont tous fait partie, d'un équipage. Et, dans un petit équipage, les hommes se serrent les coudes. Lorsque vient le moment de prendre une décision, la plupart suivent leur ami, ou l'ami de leur ami. C'est pourquoi convaincre ces hommes dans la salle du banquet est déjà remporter la victoire. Ensuite, il faut qu'ils convainquent leur famille...
Le jeune jarl sent pointer un mal de tête.

Il surprend le regard de son père sur lui, le pli amer au coin de sa bouche. Trois cent hommes... Eirik lui a donné, non pas son accord, mais l'assurance tacite de sa bienveillante neutralité. Il n'empêche que ce serait une brèche énorme dans son armée. Pas assez pour mettre en péril la sécurité des terres du clan, non. Mais de quoi réduire les grandes expéditions de jadis à un simple raid d'une bande de pillards. En faisant confiance à Ragnar pour faire aussi bien. Voire mieux.

La viande commence à circuler, la bière à couler. Ragnar enchaîne les chopes d'ale avec une détermination féroce, tout en plongeant dans une grande discussion avec Eirik sur ce qu'il a fait et ce qui s'est passé dans la région depuis deux ans. Rien de bien neuf. Les disputes habituelles entre jarls. Qui dépassent rarement le stade de bouderies lors des rencontres entre clans.
Tout de même, une famille a été exterminée.

Geitir Klaufi et ses hommes ont encerclé de nuit la demeure de Tryggvi Gizursson, y ont bouté le feu en exterminant tous ceux qui tentaient de s'échapper. Son fils Leif et sa femme, la célèbre ensorceleuse Svana Seidblikja, ont trouvé la mort dans les flammes. Ainsi prend fin un contentieux vieux de deux générations concernant le partage des pâturages au sud d'Halsbrot.
Cette nouvelle plonge Ragnar dans la consternation. Svana était une maîtresse des runes, sa mort est une catastrophe. Mais, comme le fait remarquer Eirik d'un ton aigre, une maîtresse des runes aurait prédit l'attaque.

Après quoi, il se plonge dans un examen rapproché de la poitrine de la rouquine, pendant que Ragnar explore le fond de sa chope de bière.

Tu devrais aller circuler parmi les hommes. Boire et rire avec eux, si tu veux leur adhésion.


Le conseil d'Eirik est bon, mais Ragnar ne se sent pas très bien. Il n'a pourtant bu que deux... bon, d'accord, six chopes de bière. Chope que son père regarde d'un air étrange, d'ailleurs.

Je ne me sens pas très bien... Mais j'ai mieux, pour les motiver.

Il se lève péniblement. Saisit un serviteur par la manche.

Va me chercher Sahnnâ, une esclave, dans mes appartements. Dis-lui de venir me rejoindre.

Quelques minutes plus tard, la fille est agenouillée à côté de son trône. Il ne lui accorde qu'un bref regard.

J'ai besoin que ces hommes aient envie de me suivre. Tu peux m'y aider. Danse et essaye d'enflammer leur enthousiasme. Je leur parlerai ensuite. Je leur parlerai d'aventures mais surtout d'une terre riche où l"on peut prospérer et devenir fort. Vas-y.


Il se renfonce dans son siège. Sahnnâ souffrira probablement de sa froideur. Mais, à cet instant précis, Ragnar ne se sent tout simplement pas la capacité d'éprouver, et encore moins de manifester, une quelconque émotion.


Dernière édition par Ragnar Herteitr le Dim 18 Déc - 21:02, édité 1 fois
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Sahnnâ

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MessageSujet: Re: Banquet   Lun 9 Aoû - 11:22

Elle est prête depuis longtemps, évidemment. Elle attendait. En fait dès qu'il a quitté la pièce elle s'est rendue là où les servantes chauffent l'eau et a prélevé de quoi faire sa toilette. Elle s'y est appliquée longuement, minutieusement. Le bain de la veille l'a débarrassée du plus gros de la crasse du long voyage, mais pour s'en nettoyer totalement, il lui faut s'y attaquer elle-même. La pierre ponce lui râpe la chair, et elle laisse plusieurs noeuds de cheveux dans le peigne implacable qu'elle y plonge. Une heure plus tard l'eau est froide et elle est récurée des pieds à la tête, la peau douce et souple, imprégnée d'une huile au parfum léger, la chevelure redevenue lisse et docile.

Elle frissonne tout en fouillant dans le coffre qui contient les quelques costumes qu'elle a emporté. Pas de froid, non... il ne fait pas si froid, et elle y résiste bien de toute manière. Non, c'est autre chose. Et elle n'a pas envie de s'attarder là-dessus. Mieux vaut se concentrer sur autre chose. Se tenir prête à danser, mais pas le Feu. Tant mieux. C'est un mauvais moment pour le Feu.

Trop de doutes, trop de trouble en moi. Le Feu n'aime pas les doutes.

Elle sort plusieurs paquets d'étoffe, les étale sur le lit de son maître, les examine, cherche à déterminer lequel sera le plus adapté. Elle sait très peu de choses de cet endroit, très peu de choses aussi des objectifs de son maître.

Une terre rude, et il est venu ici pour en ramener des hommes vers l'île au climat plus clément. Ils portent de l'or et des bijoux qui sont signe de faveurs particulières. Donc aucun bijou.
Ils hésiteront entre rester et se lancer vers la nouveauté. Beaucoup de nouveauté ? Ca peut les éblouir comme les effaroucher...


Elle se mordille le côté du pouce, petit tic qu'elle ne prend pas la peine de réprimer quand elle est seule. Elle écarte finalement plusieurs costumes, trop somptueux ou trop exotiques. Le choix se restreint, elle n'a pas emporté tant de variété... Elle finit par se fixer sur une tenue qu'elle n'a que très rarement portée. Un mélange surprenant de cuir fin d'une belle couleur brun-rouge, et d'étoffe d'un vert profond, souple et mouvante, à l'étrange toucher et aux reflets argentés qu'a l'envers de certaines feuilles d'arbre. Elle ne saurait trop dire pourquoi ce soir c'est cet ensemble qu'elle enfile. Il y a longtemps qu'elle connaît la manière dont ses décisions se prennent, d'abord à la raison, puis à l'intuition.

Elle s'habille lentement, soigneusement, c'est un rituel depuis longtemps rodé, pas question d'être gênée au mauvais moment par une pièce de costume mal ajustée. La longue jupe ample ondule en plis complexes autour de ses chevilles tandis qu'elle ferme les boucles d'acier de la large ceinture destinée à retomber sur une cuisse. Le corselet très ajusté lacé serré sur les côtes, sous les seins, les fait bomber sous la mince couche de tissu vert qui en voile les reliefs arrogants. Le décolleté libre file vers l'arrondi de l'épaule, et lui laisse la gorge nue. Le collier de cuir et de métal, seul, revêt son cou. Les brassards de cuir serrés en haut des bras retiennent l'étoffe fluide et l'empêchent de glisser trop bas. Surprenante tenue toute en contraste, l'instabilité mouvante du tissu diaphane contenue dans l'emprise du cuir fin, opacité contre transparence, hanches captives et taille libre, buste entravé et gorge fière. Alors qu'elle finit d'arranger les longs plis des manches qui lui couvrent le haut des mains mais s'envoleront au premier mouvement, elle essaie de ne pas songer à ce que ce choix pourrait révéler d'elle-même.

Le coffre s'ouvre à nouveau, et elle choisit l'argent et le cuivre. Le roux de l'un se marie parfaitement avec la couleur chaude du cuir, tandis que l'autre rehausse les reflets pâles du tissu vert. Le bandeau noué sur le front, elle laisse pendre dans sa chevelure les longues chaînettes où les clochettes pendent. Celle-là tinteront peu, celles du front sont là, elles, pour le son. Deux bracelets aux poignets, chargés de clochettes eux aussi, deux autres bandes formées de plaques métalliques à clochettes autour des cuisses, plusieurs anneaux à grelots autour de chaque cheville. Et enfin, au creux de chaque main, assuré par un anneau au majeur, un petit instrument de bois creux. Dans le silence de la chambre, elle teste chaque son, tintements aigrelets des clochettes de poignet et de cheville, son plus grave pour les cuisses et le front, et enfin le claquement net et chaud des petites pièces de bois dans les mains. Elle est prête. Plus qu'à attendre à présent...

Elle suit sans un mot le serviteur qui est venu la chercher sur ordre de son maître, souple et discrète sur ses pieds nus, silencieuse malgré tout ce qu'elle porte de petits instruments sonores, tant son contrôle est parfait. Elle s'agenouille aux côtés de Ragnar, attend qu'il s'adresse à elle. Et rien dans son visage ni même dans ses yeux ne trahit ce qu'elle éprouve. Il lui parle et sa voix est un peu incertaine. Un peu seulement, quand tout ce qu'elle entend autour d'elle n'est que joyeuses exclamations dérapant sur les pentes abruptes de l'ébriété. Il lui ordonne de danser mais la pièce est bondée, à peine s'il y a un peu de place devant la table où siègent le père et le fils. Un véritable défi. Mais elle en a relevé de plus terribles. Si celui-ci lui tenaille le ventre d'anxiété, c'est pour une autre raison.

Il a ordonné, elle se lève. Elle contourne la table, lui fait face, lui adresse le salut rituel, le poing fermé sur le coeur, l'inclinaison de tête. Elle ne cherche pas à croiser son regard, et son salut s'adresse aussi à l'hôte qui ne lui jette qu'un regard rapide, concentré sur le décolleté plus que généreux d'une grande femme rousse. A cet instant leur indifférence à l'un comme à l'autre ne lui est plus rien. Elle a reçu l'ordre. Ses émotions à elle sont restées agenouillées près d'un fauteuil de bois.

Elle fait volte-face. De grands hommes chevelus l'environnent. Deux ou trois d'entre eux l'ont remarquée, et parmi eux l'un de ceux de son maître, qui la connaissent, et qu'elle voit donner un coup de coude à son voisin, attirer son attention sur elle d'un geste et d'un mot, avant de lancer un rire. Elle reste immobile quelques secondes, laisse ceux qui l'ont vue se faire une opinion d'elle et comprendre qu'elle est là pour leurs yeux. Deux ou trois hommes de plus la lorgnent et une femme qui part dans un grand rire aigu. Le brouhaha n'a pas baissé.

Deux mouvement des mains. Deux claquements secs, sonores. Elle voit quelques sourcils se lever, une ou deux têtes de plus se tourner. Elle élève un peu les mains, mouvement rapide et les deux claquements résonnent à nouveau, impérieux. Elle ne les regarde pas, et le feu n'éclaire pas son visage. L'espace s'est à peine éclairci devant elle mais elle s'avance de deux pas, élevant encore les mains, bras écartés, et lance deux brèves salves de claquements, puis reste immobile une seconde, puis d'un coup de talon sur le sol, elle fait sonner les bracelets d'une cuisse et d'une cheville.

Immobile, dessinée en clair-obscur par le feu, elle attend quelques secondes de plus, bras élevés, une jambe découverte exhibant les bracelets de clochettes sur la peau satinée. La rumeur change de texture, les visages se tournent, et l'espace s'éclaircit encore. Elle fait un autre pas, ponctué d'un coup de la pointe du pied, mêle les claquements du bois et le son des clochettes. A plusieurs reprises elle réitère son appel, variant les sons, les claquements toujours dominants, exigeant sans un mot. Et les grands hommes se serrent, les femmes tendent le cou, les quelques gosses se glissent entre les jambes pour voir. Les voix sont toujours hautes et rudes, les rires incertains, mais elle entend des "chhhhhhht", des appels. Elle a un cercle irrégulier de deux pas de rayon autour d'elle. C'est peu. Mais ça suffira.

Elle abaisse les bras en une longue vibration, lançant les notes cristallines de ses bracelets de poignet en un son soutenu et ininterrompu, et soudain, en un brusque pivot, y joint la chaleur des clochettes de cuivre à son front. La pirouette soulève sa chevelure et l'étoffe de son costume, révèle le métal sur elle, puis elle casse net son mouvement qui cesse en même temps que le son. Elle a à présent le visage levé, et elle les regarde. Et ils la voient.

Enflammer leur enthousiasme, leur parler de richesse, d'aventure, de prospérité. Et de mystères. De magie. D'ombreuses retraites à forcer, de trésors cachés à découvrir, de chasses haletantes et de ripailles de fête où rien ne manque à personne...

La danse où elle se lance ressemble au pas des animaux sauvages, tantôt gracieux et agile, tantôt toute en souplesse menaçante, les prédateurs et les proies. Elle ressemble à une course-poursuite en terrain inconnu. L'espace autour d'elle devient forêt sauvage, caverne aux merveilles, mur de forteresse, et elle prend tour à tour la vivacité désespérée de la biche, la posture campée du combattant défendant son poste, le pas feutré de la bête avançant dans les ténèbres, le déhanché provoquant de la fille qui ne se débattra guère, la cambrure de la jarre de vin, l'éclat de l'or et de la gemme, le parfum de la victoire. Les quelques pas d'espace sont emplis de la musique qu'elle répand par chocs ou vibrations douces ou intenses, elle mêle les sons en virtuose, les souligne de claquements aux temps forts, les laisse mourir languissamment aux temps doux...

On ne parle plus guère dans la salle. A peine les protestations assourdies de ceux qui ne voient pas, et la rumeur éloignée de ceux qui sont de toute façon trop loin. Mais ceux qui sont assez proches, eux, ont fait silence. Un enfant se frôle la joue, là où un envol de jupe l'a caressé furtivement. Plus d'une mâchoire a perdu de sa fermeté, plus d'une lèvre pend un peu, oubliée. Quand elle s'immobilise sur une dernière longue vibration des mains, des yeux clignent comme à l'éveil. Elle ne les regarde plus. Elle a fini de danser. Son poing fermé se pose sur son sein, elle les salue. Une volte-face et quelques pas plus loin, elle répète son salut à son maître et son hôte. Puis, redevenue la petite femme discrète que personne n'a vue arriver, elle revient s'agenouiller près du fauteuil de Ragnar, s'enveloppant à nouveau dans l'épais châle de laine sombre qu'elle portait en arrivant. Elle baisse le front et se tait. Elle n'a pas croisé ses yeux. Même pas essayé.
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Ragnar Herteitr
Jarl

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MessageSujet: Re: Banquet   Lun 9 Aoû - 11:23

Il y a un long silence, comme chaque fois qu'elle a dansé devant une assemblée. Les quelques uns qui tentent de reprendre la parole le font à voix feutrée, comme s'ils se trouvaient dans un lieu de culte. Ragnar se lève avec des gestes un peu trop amples, juste un tout petit peu. Tous sont pendus à ses lèvres et il s'en rend compte, aussi prend-il quelques instants avant de parler. Et sa voix éclate dans l'air que Sahnnâ a figé, remet en route le temps qu'elle a suspendu.

J'ai conquis une terre, qui m'appartient dorénavant. Elle se nomme l'île de Falr.

Un silence.

C'est une grande terre, riche. Il y a des sols fertiles et des forêts giboyeuses. Et une forteresse puissante. Au bord de la mer, avec des criques où abriter des navires. Le temps y est clément. C'est un endroit parfait pour y prospérer.

Un nouveau silence. Le jarl s'exprime en termes clairs, précis, susceptibles de parler aux hommes raisonnables. Sahnnâ s'est chargée d'enflammer leur enthousiasme et d'attiser le feu de leurs rêves. Mais il faut aussi des hommes avec du sang-froid, pas uniquement des hommes mus par le goût de l'aventure. Il jette un coup d'oeil à son père, qui a crispé légèrement la mâchoire. Il connaît les hommes aussi bien... mieux que Ragnar. Et sait ce qui va se produire.

La terre est riche mais nous devons être nombreux pour la défendre... et pour l'occuper. Il nous faut des hommes courageux et de bonne volonté. Mais il nous faut aussi des femmes, des enfants. Il faut que cette île soit un bastion, oui, mais aussi une demeure. Il nous faut plus que des haches et des épées pour cela. Des guerriers, oui, mais pas seulement. Il nous faut des chasseurs, des bûcherons, des maçons, des skalds, des tisserandes... Il nous faut un peuple !

Sa voix s'élève, gagne en profondeur.

Nous avons une terre vierge et qui peut nous rendre forts. Mais tout se mérite. Nos épées ont conquis l'île de Falr. Il nous faut maintenant l'apprivoiser ! Et cela, nous devons, vous devez le mériter ! Par votre volonté, par votre courage !


La voix de Ragnar porte dans la pièce.

Il s'avance d'un pas sûr, malgré l'alcool qui court dans ses veines et fend la foule qui s'écarte sur son passage. Sa main s'abat sur le biceps d'un jeune homme blond au regard clair.

Toi, Olaf. Ces muscles peuvent te permettre de construire une maison solide où faire prospérer une famille. Tes talents seraient utilisés et appréciés à leur juste valeur.


Le jeune homme détourne les yeux, juste un instant. Vers la fille qu'il souhaiterait épouser. Ce dont tout le monde se doute sauf la belle et sa famille, bien qu'il n'ait jamais osé l'aborder. Mais Ragnar est déjà reparti. Il s'arrête devant une matrone d'âge moyen à l'air fatigué et aux vêtements rapiécés.

Et toi, Elna, qui te brise l'échine à labourer seule une terre gelée pour nourrir tes deux enfants. Tu constateras qu'au sud, la terre est beaucoup plus accueillante et s'ouvre volontiers pour laisser entrer le soc de la charrue.

La pauvre femme a perdu son mari, bûcheron, lorsqu'un arbre lui est tombé dessus, et cultiver seule la terre lui est presque impossible. Il parle ainsi à certaines femmes et certains hommes dont il se rappelle les noms et l'histoire. Sa voix se fait enjôleuse, caressante, promesse de bonheur et de richesse. Puis il revient vers l'estrade, et sa voix se fait tout d'un coup dure, claque comme un fouet.

Tout cela peut être à nous. Mais il me faut des hommes et des femmes décidés, qui n'ont pas peur de travailler. Et qui savent que, à un moment ou un autre, il nous faut mériter ce qui nous appartient. Qui est prêt à venir avec moi ? Il me faut trois cent guerriers. Et des artisans, des chasseurs, des bûcherons... Et leurs familles.

Il parcourt la salle d'un regard flamboyant. Un silence assourdissant lui répond. Et pendant quelques longs, très longs et angoissants instants, il croit que, non, personne ne voudra venir avec lui. Après tout, à part les plus pauvres, personne n'aime vraiment le changement.

Une main se lève. Celle d'Elna, dont le visage décidé montre que, même si elle est la seule, elle viendra. Après une hésitation, quelques autres mains suivent, puis plusieurs dizaines. Enfin, au bout d'une minute, plusieurs centaines de mains sont tenues en l'air. Difficile de déterminer à combien de guerriers cela correspondra. L'avenir seul le dira. Car, malgré son discours, Ragnar s'intéresse particulièrement au nombre de guerriers dont il va disposer. Une forte proportion, probablement. Chez les Danes, parmi ceux qui se lancent vers l'inconnu, beaucoup sont des guerriers.

Il y a du flottement dans la salle. Ragnar sait que, le soir et les jours suivants, son projet sera cause de beaucoup de discussions enflammées dans les foyers, les tavernes, et probablement aussi de quelques scènes de ménage en cas de désaccord. Et il faudra le temps que ceux qui ne sont pas ici en entendent parler.

Il lève les deux mains pendant que celles de son auditoire se rabaissent.

Nous reprendrons la mer dans cinq jours, à l'aube. Venez me voir si vous voulez venir. Et nous préparerons les navires.


Puis il se rassoit. Dans quelques instants, il lui faudra aller vers eux, vers ces gens qui auront des questions, des craintes, des espoirs. Il lui faudra y répondre. Mais pas immédiatement, il n'en a aucun désir. Il se tourne légèrement vers l'esclave qui a dansé pour lui. La rancune qu'il nourrit envers elle s'est diluée pendant qu'elle dansait, et il tente péniblement d'en rattraper quelques filaments pour ne pas céder une nouvelle fois. Mais la tâche est difficile. Il avait prévu de lui dire qu'elle ne dormirait pas dans sa chambre ce soir. Mais il ne s'en sent plus l'envie.

Lève-toi.

L'ordre est donné à mi-voix, toujours sans un regard.

Et viens un peu devant, que je te voie mieux.

Une fois qu'elle s'est exécutée, il la regarde dans les yeux, pour la première fois depuis le matin.

Qu'as-tu pensé de mon discours ?


Cesse d'être la parfaite esclave. Ne sois pas d'accord avec moi par politesse. Dis-moi vraiment ce que tu penses.

Les pensées tournent à toute vitesse dans sa tête, autour d'un moyen en forme de chope de bière. L'image amène un vague sourire sur ses lèvres.
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Sahnnâ

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MessageSujet: Re: Banquet   Lun 9 Aoû - 11:26

Elle ne sait pas pourquoi il se comporte aussi froidement avec elle. Elle a cherché toute la journée quelle faute elle avait pu commettre. Quelle raison il pourrait avoir de n'être pas content d'elle. Elle n'a rien trouvé de cohérent. Alors vers le milieu de l'après-midi, elle a renoncé. Elle fera de son mieux, tout en sachant qu'il se peut que ce ne soit pas suffisant. Qu'il pourra quand même décider, comme ça, sans raison, de la traiter comme une fautive. Même si elle sait qu'elle aurait eu un châtiment à subir s'il y avait eu une faute de sa part.

C'est un châtiment. Cette froideur est un châtiment. La seule différence c'est qu'il l'ignore.

Elle s'est levée comme il l'a ordonné, s'est déplacée comme il l'a demandé. La lumière l'éclaire un peu trop à son goût. Il y a le châle heureusement. Et ses cheveux dénoués qui laissent une part de son visage dans l'ombre. Elle se sent triste. Hier elle ne songeait pas à se cacher de lui. Elle n'avait pas peur.

Elle sait qu'il la regarde mais elle se sent incapable de lever les yeux. Ils ne sont pas franchement baissés, elle fixe une boucle de cheveux près de sa mâchoire. Mais croiser son regard lui paraît au-dessus de ses forces, elle ne croit pas qu'elle pourra rester calme et paisible comme il se doit. Mieux vaut s'en abstenir.

Par contre il attend une réponse, alors elle la lui donne, la voix basse et feutrée, douce, la même voix que d'habitude, ni plus ni moins. La rumeur revenue masquera sans aucun doute les inflexions un peu tremblantes ou mal assurées qu'elle pourrait avoir.

- Ce que tu leur as dit est la vérité, tu ne cherches pas à les tromper, tu veux vraiment leur prospérité et je crois qu'ils le sentiront. Tu as décrit cette terre dans toutes ses facettes, ses richesses et ses dangers. Tu as été sincère. Ils le sauront, parce que si tu les connais assez pour dire leur histoire, ils te connaissent aussi. Ton discours était assez long pour éveiller leur intérêt, et assez bref pour ne pas les satisfaire, alors ils devront bouger, déjà, pour venir en savoir plus et poser leurs questions. C'est un premier pas qu'ils devront faire. Un pas important. Rompre l'immobilité est le plus difficile. Une fois que le mouvement s'amorce, tout s'enchaîne plus vite qu'on ne le croit.


Elle se tait ensuite. Elle sait qu'elle a peut-être été hardie de souligner qu'il aurait pu mentir. Mais elle sait qu'il veut la franchise, alors elle ne dissimule rien.
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Ragnar Herteitr
Jarl

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MessageSujet: Re: Banquet   Lun 9 Aoû - 11:27

Rompre l'immobilité est le plus difficile.

Oui. C'est exactement ça. Ragnar est agréablement surpris par la finesse d'esprit que manifeste la jeune esclave dans son analyse. Il a un grand sourire.

Oui ! Oui ! Exactement ! Tout le monde a peur du changement. Mais une fois que celui-ci est amorcé, le reste est beaucoup plus facile. Même si des difficultés surgissent, le fait d'avoir pris sa décision au préalable soutient la volonté. Un homme qui a fait un choix réfléchi et décidé de s'y tenir est un soutien beaucoup plus précieux...

...qu'un autre qui obéit simplement à un ordre.

La phrase n'est pas loin, mais il la retient derrière sa langue. L'esclave n'a jamais pris aucune décision. Lui rappeler ce fait ne servirait qu'à la blesser inutilement. Mais il lui faudra s'occuper de cela... si elle veut vraiment le servir, comme elle l'a dit... il faut qu'elle prenne une décision mûre et réfléchie, qui lui permette d'affronter ses doutes le jour où ils surgiront. Parce que, bien sûr, elle le sert avec dévouement. Plus que du dévouement d'ailleurs. Une loyauté inébranlable, mais qui dépend en grande partie du fait qu'il lui semble fort.

Sauf que personne n'est invulnérable. Un jour ou l'autre, il sera faible. Et s'il veut pouvoir compter sur elle à ce moment, le lui laisser voir... Elle doit être capable d'affronter seule ses doutes... sans l'autorité de son maître : autorité tyrannique, oui, certainement, mais également rassurante.

C'est ce que lui avait expliqué son père avant de... Un frisson glacé monte le long de l'échine de Ragnar. Glacé comme un vent mortel. Non !

Si.

Il se tourne vers son père qui a pris la rousse sur les genoux et s'est totalement désintéressé du reste du monde. Ragnar soupire. Eirik Ingvarsson est parfois un véritable idiot. Il ne voit pas ce qui se tient à à peine trois pas de lui. Le jeune jarl reporte son regard sur Sahnnâ, qui a, il ne s'en rend compte que maintenant, le regard baissé. Oh, très légèrement. Mais il y a une sorte de distance qu'il n'y avait pas auparavant. Tant mieux, quelque part. Il se préoccupera plus tard des états d'âme de la jeune fille.

Tant mieux, et pourtant... Il fait courir son regard sur les formes si prometteuses de Sahnnâ. Se lève et tire le châle. Encore quelque chose de différent. Sa façon de se tenir, de se raidir lorsqu'il enlève le tissu... Avant, elle ne s'abritait pas derrière de la laine comme derrière un bouclier. Là, c'est comme si elle se protégeait de son maître. Et cela ne plaît pas à Ragnar. Pas du tout. A tel point qu'il commence presque à envisager un châtiment adapté. Un vieux réflexe. Maintenant qu'il connaît Sahnnâ, ce genre d'artifices n'est plus nécessaire. Une simple réprimande suffit à faire passer le message.

N'essaie pas de te dissimuler à moi.

L'injonction est donnée sans violence, mais le ton est assez dur pour que ce soit un réel rappel à l'ordre. Ragnar a finalement plaisir à procéder de cette manière. Une esclave obéissante et dévouée, qu'il ne rappelle souvent à l'ordre que parce que son exigence est à la hauteur des capacités de la jeune fille.

Sa main court contre le corselet de cuir qui emprisonne son ventre et fait ressortir ses seins. Fasciné, le guerrier passe les doigts sur le buste ferme et frémissant de Sahnnâ. Puis recule d'un pas.

Je dois aller me joindre aux gens à qui j'ai parlé. Nous allons discuter jusque tard dans la nuit, je pense. Accompagne-moi. Sans te mettre en avant, mais je veux qu'on te voie.

Rien que cette dernière instruction était inutile. La fille sait très bien ce qu'elle a à faire. Mieux que lui, probablement. Le jarl descend et se retrouve rapidement pris dans la foule. Les félicitations, questions, commentaires, commencent à fuser de manière désordonnée. Mais sans apporter aucun élément nouveau. Le jarl fait de son mieux pour décrire l'île, la forêt, la plage, les habitants... sans avoir l'air trop las. Mais la bière et la fatigue se sont liguées pour lui rendre la tâche difficile.

Quelques regards se tournent vers Sahnnâ, interrogateurs mais, comme elle n'est pas le sujet central de la conversation, aucune question n'est posée la concernant. Après plus de deux heures, Ragnar lève les mains, dans un ultime effort pour ne pas perdre patience. Il est fatigué et un mal de tête commence à faire son apparition.

Mes amis. Nous en parlerons un autre jour, lorsque nous aurons tous eu le temps de réfléchir.


Rapidement, il va saluer son père, quelques connaissances et amis, avant de se diriger vers ses appartements. Devant la porte, il s'arrête un moment, se retourne vers Sahnnâ. C'est le moment de décider s'il dort avec elle à nouveau, ou seul. Ou avec Balqis ? Non. Il ouvre la porte et fait signe à Sahnnâ d'entrer. La pièce est glaciale, le feu est presque complètement éteint. Seules subsistent quelques braises mourantes. Ragnar trouve déjà qu'il fait froid, peut-être par contraste avec l'atmosphère surchauffée de la salle. Mais Sahnnâ, qui ne porte que sa tenue de danseuse et son châle sous le bras... Il se tourne vers elle.

Là, pour le coup, tu peux te rhabiller un peu. Et va me chercher le serviteur chargé de cette pièce. Fais-lui part de mon mécontentement. Dis-lui aussi que j'aimerais un bon bain et un bon feu. Le feu d'abord.
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Sahnnâ

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MessageSujet: Re: Banquet   Lun 9 Aoû - 12:21

Son sourire est si vaste... et si fragile.

Elle l'a vu éclore et se faner aussi vite. Elle ne sait pas exactement à quoi il se rapporte, mais peu après elle entrevoit le regard lancé vers son père. Peut-être est-ce lié... Comment savoir. Et au fond, doit-elle savoir ? Non. Ce n'est pas son affaire.

Elle frémit quand il la dépouille du châle, ça pourrait passer pour l'agression du froid sur sa peau. Malgré les feux, la pièce est fraîche. La réaction de sa chair en témoigne. Elle frémit encore quand le reproche tombe. Elle n'essaie pas de se défendre. Elle n'essaie pas d'incriminer sa frilosité. Elle n'est pas frileuse et il le sait probablement déjà. Elle ne mentira pas. Elle se cachait bel et bien. Elle ne lève pas les yeux quand il frôle ses flancs gainés de cuir, ni quand il effleure ses seins soudain trop découverts à son goût, trop accessibles sous la mince étoffe qui n'en dissimule pas les reliefs, bien au contraire... Il ordonne qu'elle le suive, elle acquiesce pour signifier qu'elle a compris.

Le bibelot... Ne t'en fais pas, Maître, je sais ce que je suis ce soir.

Et si ça la blesse elle n'en montre rien. Pour autant que ça la blesse. Elle reste auprès de lui, en retrait, un sourire modeste aux lèvres. Elle accepte les regards, les remarques ou les rires avec le même regard doux et soumis, sans y donner suite, sans jouer les minaudeuses, consciente de son image, consciente aussi qu'elle ne danse pas et qu'elle est juste une esclave comme les autres, en ce moment. Elle esquive souplement quelques mains baladeuses, quelques regards trop pressants. Elle décore...

Elle le suit docilement quand il décide de quitter finalement le banquet, sans donner le moindre signe de soulagement ou d'une quelconque émotion du même style. Elle récupère le châle et le roule sous son coude, il lui a ordonné de s'en passer, et elle met un malin plaisir à lui obéir, malgré le froid. Il parvient devant sa porte et elle voit son regard, son hésitation. Elle n'a pas eu le temps de baisser les yeux. Des yeux devenus miroir impassible. Quoi qu'il décide elle ne protestera pas, acceptera sans un mot. Et elle ne sait pas ce qu'elle espère au juste. Etre près de lui ou le plus loin possible.

Il entre, elle fait deux pas à sa suite, fronce les sourcils. Il donne ses ordres d'une voix sèche et mécontente, elle s'incline brièvement et file les exécuter, dans le silence de ses pieds nus et l'envol du châle de laine enfin redéployé et drapé sur son corps frissonnant. Elle se rend directement aux quartiers des esclaves. Elle demande qui les dirige et l'information lui est donnée d'une voix rude par une grande femme blonde aux manières de porchère. Elle se rend auprès de l'intendant et lui transmets les doléances de Ragnar, la voix claire, neutre et sans acrimonie.

- Mon maître Ragnar, fils d'Eirik, a trouvé dans sa chambre le froid du feu éteint. Il exige qu'on ranime ce feu immédiatement. Peux-tu me dire qui est le serviteur chargé de cette besogne ?

L'homme hausse un sourcil alarmé, et s'empresse. Quelques instants plus tard il est hors de la pièce, et elle le devine se hâter à envoyer le responsable vers la chambre et sa cheminée froide... Un maigre sourire, puis elle se dirige vers la pièce des marmites, transmets l'autre demande, se charge elle-même de deux grands seaux d'eau chaude et se joint à la noria de servantes qui vont aller emplir le cuveau de bois...

Quand elle parvient à la chambre, un jeune serviteur à la mine contrite se relève tout juste d'avoir attisé un feu qui flambe à présent haut et clair. Elle déverse l'eau fumante dans la cuve, puis rend ses seaux aux servantes et se met à préparer ce dont son maître aura besoin. En silence.

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Ragnar Herteitr
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MessageSujet: Re: Banquet   Lun 9 Aoû - 12:23

Le jarl a jeté un regard appuyé à l'homme qui s'est empressé de se diriger vers la cheminée en bredouillant de vagues excuses. Ce à quoi Ragnar n'accorde aucune importance. Les excuses sont des paroles. Du bruit dans l'air. Elles n'ont aucune importance et ne contribuent certainement pas à faire augmenter la température.
Se retournant, il voit Sahnnâ, qui s'est jointe au groupe chargé de remplir la cuve d'eau chaude. Il a un léger sourire. Toujours aussi efficace et dévouée. Il a tort de lui faire payer sa propre faiblesse. Malgré l'alcool, ou peut-être à cause de lui, il s'en aperçoit clairement. Il la laisse vider son seau avant de l'intercepter, la prenant par le bras pour l'attirer à l'écart, avec un petit sourire.

C'est très bien d'apporter ton aide, Sahnnâ. Mais elles se débrouilleront sans toi. Viens plutôt à mes côtés.

Il s'installe sur le lit, sans prêter attention au bruissement d'activité dans la pièce. Fasciné par la tenue de Sahnnâ. Le contraste entre la contrainte du cuir sous son buste et les amples plis du tissu. Les brassards et le bandeau, comme des liens supplémentaires qu'elle se serait posée à elle-même. Il la fait venir debout face à lui. Fait glisser doucement un brassard, puis l'autre. Libérant le tissu qui glisse et dévoilant la poitrine qui pointe avec fierté. Peut-être à cause du froid. Ou peut-être pas.

C'est surtout ce corselet qui le fascine. Ses mains passent, encore et encore, sur le cuir, dans son dos. Sur les fesses de l'esclave. Un peu sur ses seins, mais il explore surtout les hanches et le corselet. S'en écarte à regret au bout d'une minute ou deux. Il sent déjà un désir violent monter en lui. Avec l'alcool qui court dans ses veines et ce qui s'est passé la dernière nuit... Ce ne serait pas raisonnable d'y céder. Et il ne veut pas donner de faux espoirs à Sahnnâ pour la frustrer ensuite. Il remet en place les brassards et le tissu avec un sourire discret. Murmure à son oreille.

Pas ce soir, je suis désolé. Mais sache que ça n'a rien à voir avec toi.*

Les serviteurs s'en vont, celui qui s'est chargé du feu avec une profonde courbette à laquelle le jarl ne prête aucune attention. Il va falloir du temps pour que la pièce se réchauffe.

Le jarl repousse Sahnnâ, doucement. Puis, ignorant la température, il se déshabille et entre dans le bain. S'y laisse glisser avec un soupir de satisfaction. Il se redresse brusquement vers l'esclave.

J'aime beaucoup ta tenue, au fait. Très bon choix. Viens à côté que je puisse te déshabiller du regard.


Une légère tension dans l'entrejambe lui indique que c'est une mauvaise idée, mais il fait de son mieux pour l'ignorer.

J'ai apprécié ta franchise aussi, tout à l'heure.

Un silence chaleureux s'établit. Ragnar plonge la tête dans l'eau pour se nettoyer les cheveux, dans l'espoir de soulager un peu son mal de tête. Puis il a un petit rire. Il a bien mieux sous la main.

Viens me masser un peu le crâne s'il te plaît. Le bruit et l'alcool m'ont donné mal à la tête.

*Sahnnâ rien à voir, hihihi hihihihi
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Sahnnâ

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MessageSujet: Re: Banquet   Lun 9 Aoû - 12:23

Il lui a demandé d'approcher, elle a obéi. Comme il venait de s'immerger dans l'eau, elle a fait un vif détour pour étaler sur un fauteuil proche du feu une grande serviette de bain. Elle était auprès de lui quand il a reparu, et elle est docilement passée derrière lui quand il le lui a demandé. Elle se sent étrangement fatiguée et nerveuse. Il n'y a plus trace en lui de la réserve glaciale qu'il conservait depuis ce matin. Elle est restée silencieuse tandis qu'il la caressait à pleines mains, encore un peu effrayée de sa brutalité de la nuit précédente, mais craignant surtout qu'il en revienne à la regarder ensuite comme... une crotte de chien dans un coin, n'ayant pour seule qualité que celle de ne pas se trouver sur son passage.

Et à présent qu'il lui témoigne plus de chaleur que jamais, qu'il la complimente sur sa tenue, sur ses réponses à ses questions, qu'il demande au lieu d'ordonner, elle ne sait plus où elle en est. Elle s'était durcie en prévision de sa froideur, et ne sait plus que faire de ses protections devenues inutiles. Il la déconcerte, la déstabilise...

Elle plie rapidement une des petites serviettes, la pose contre le rebord de la cuve, puis attire d'une main douce sa tête contre le bois, qu'il se relaxe et se détende. Remontant ensuite ses longue manches pour les coincer sous les brassards de cuir, elle entreprend de légers mouvements circulaires des doigts sur ses tempes, qui filent en douceur tantôt vers le front, tantôt dans les cheveux, tantôt vers les pommettes, pour détendre la peau et tous les muscles du visage. Elle s'applique, pression légère mais constante, et fixe le visage renversé sous le sien. Quelque chose de douloureux fiché dans la poitrine.

- On t'a appris cet art ? Ou bien tu improvises comme tu peux ?

Il a la voix déjà plus lente et plus sourde. Elle sourit.

- J'improvise, Maître... Une des masseuses de l'école disait qu'il suffisait d'avoir dix doigts, le regard attentif et l'envie de faire du bien.

Il sourit à son tour, et elle entend dans sa voix quelque chose de très inhabituel, et par là, sans prix... un accent tendre.

- Et tu possèdes deux de ces choses en abondance...

Elle sait très bien de quoi il parle mais répond quand même, après un tout petit rire.

- C'est vrai que j'ai tout un tas de doigts...

Il sourit encore, puis redevient sérieux.

- Comment trouves-tu ma terre ?

Elle ne répond pas tout de suite. Elle a déplacé ses mains qui massent à présent, très délicatement, le tour des yeux, les paupières, les sourcils.

- Rude, froide, sévère... Ce que j'en ai vu du bateau... je l'ai trouvée belle aussi. Elle m'a fait penser ...

A toi.

Mais elle s'abstient, s'interrompt sur un sourire. Il sort la main de l'eau le temps de presser ses doigts entre les siens.

- Tu auras l'occasion de mieux la connaître... je te montrerai.

Elle sourit toujours, tout en continuant ses massages, ses caresses. Et son sourire est de moins en moins un masque. Elle sent ses défenses fondre comme de la glace au soleil. Sa confiance s'ouvrir comme les fleurs du désert après la pluie. Elle se fait peur... mais elle n'a pas envie de se retenir. Sa réponse, un murmure léger, est une caresse de plus, comme un baiser sur le front.

- Merci... j'ai envie de la connaître. En tout cas de la voir comme toi tu la vois.

- C'est déjà le cas. Je la trouve moi aussi froide, rude, sévère et belle en même temps. Elle a une sorte de férocité... qui nous force à nous endurcir mais aussi à respecter le devoir d'hospitalité. Et à apprécier la chaleur et la camaraderie.

Elle acquiesce, mais il ne peut le voir. Puis elle sourit, mais il ne le voit pas non plus.

- Les fêtes chez toi ont un côté... assez débridé.

- C'est vrai.

Il a réagi par un froncement de sourcils, qu'elle a senti. Elle les lisse doucement de la main, et murmure...

- Ce n'était pas une critique...

- J'avoue que je me suis posé la question.

- J'ai vu...

- J'ai remarqué... que tu oubliais souvent de me donner mon titre... et ce n'est pas non plus une critique. C'est parce que ça te paraît évident ? Ou par étourderie ? Ou pour quelque autre raison ?

Elle a répondu de sa voix très basse, feutrée, frissonnante au fond à l'idée de perdre par une maladresse toute la chaleur de cet instant de quiétude, presque d'intimité. Instant qui finira, elle le sait, mais le redoute...

- A vrai dire... je ne sais pas trop... Je sais que tu es mon Maître, et tu sais que je le sais... Quand d'autres peuvent prendre ça pour un manque de déférence, je veille à ne pas y manquer mais... Je n'ai pas besoin d'entendre ce mot ou de le prononcer. Si ça te déplaît, je le ferai...


- Non. Mais je tenais à le vérifier. Tu sais... en général, le protocole et la politesse sont là simplement pour donner l'illusion du véritable respect. Donc, ça ne me déplaît pas. Mais n'oublie pas que l'apparence compte aussi, comme tu l'as dit, en public.

De toute manière... tu commences à me connaître. Tu sais que lorsque j'ai quelque chose à te reprocher, je te le dis.


Il a souri, a changé de posture dans l'eau, nettement plus détendu, déjà. Et elle a l'impression d'avoir dans la poitrine un de ces bulles que les enfants s'amusent à former avec de l'eau savonneuse et un anneau. Immense, et tellement fragile...

- Oui je le sais... et que tu ne fais pas attendre tes reproches, quand tu en as...

Pardon d'avoir douté de toi... d'avoir cru que tu me reprochais quelque chose. C'était absurde.

Et elle s'applique plus encore, les doigts plongés dans ses cheveux humides, à masser son crâne à mouvements appuyés. Au bout d'un moment il reprend :

- C'est vrai que tu as plein de doigts !

Et ils rient. Un silence s'installe, chaleureux, troublé seulement par le léger clapotis de l'eau, les craquements du feu, et la respiration profonde de Ragnar.
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Ragnar Herteitr
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MessageSujet: Re: Banquet   Lun 9 Aoû - 12:26

Le jarl ferme les yeux à demi, la respiration profonde, détendue. Il laisse sa migraine, sa rancune envers Sahnnâ, ses soucis, s'évaporer sous les doigts de la jeune esclave. En revanche, une petite tension, légère mais obstinée, continue de siéger dans son entrejambe.

Le protocole... les titres. Maître, mon seigneur et que sais-je encore... Il avait pour habitude de les exiger systématiquement... Mais cela ne ferait que renforcer le carcan du conditionnement qui empêche l'étincelle qui est dans le Joyau de prendre de vie. Qu'elle et lui sachent ce qu'il en est est largement suffisant.

Laisse pendre ton front en avant...

Légère pression sur la nuque.

Redresse-toi, s'il te plaît... Je vais m'occuper de ta nuque et de tes épaules. Laisse pendre ton front en avant.

Ragnar, assoupi, s'exécute, attendant la suite. Les mains viennent descendre entre ses omoplates, de manière plus appuyée. Avec une puissance étonnante vu le gabarit de l'esclave. Il pourrait la briser en deux sur son genou s'il le voulait, même dans le cas improbable où elle opposerait une quelconque résistance. Mais pourtant, quand elle s'y met, elle est assez surprenante...

Elle est splendide, ta tenue... Qu'est-ce qui t'as poussé à la choisir ?

La question est venue naturellement. C'est vrai qu'il la trouve splendide, sa tenue.

Je ne sais pas trop... Le cuir, peut-être. Le mélange du cuir et de l'étoffe. Le raffiné et le sauvage...

Et qu'y a-t-il de sauvage en toi ? Il y a forcément quelque chose, sinon tu n'aurais pas choisi ce thème...

Sahnnâ commence à se rapprocher de lui, pour étendre les mouvements jusqu'à ses épaules.

Le jarl pousse un petit soupir d'aise.

Ça devrait aller Sahnnâ... Merci.

Immédiatement, l'esclave retire ses mains, reculant d'un demi-pas, en attente de nouvelles instructions. Ragnar ne peut s'empêcher d'admirer cette discipline. Il se redresse dans son bain, lui ordonnant d'apporter de quoi se sécher. A un léger sourire approbateur en constatant que Sahnnâ avait déjà prévu cela en déposant la serviette près du feu. Elle l'apporte, bras tendus, dans un geste plein d'élégance. Le jarl sort de la cuve pour s'essuyer, sans faire spécialement d'efforts pour se cacher, ni de tentative pour se montrer. Après tout, la pudeur n'a plus vraiment de place avec elle. Du moins pas la pudeur du corps. Il enfile des chausses de laine épaisse, restant torse nu, et va s'asseoir sur le lit cependant que l'esclave ramasse les vêtements et la serviette. Observant ses gestes. Le naturel avec lequel elle accomplit des tâches si banales alors qu'elle a été formée à maîtriser un Art à la perfection.

Une fois sa tâche terminée, Sahnnâ s'avance vers le centre de la pièce.

Désire-tu autre chose, maître ?

Pas d'emphase ni de retenue. Simplement l'énoncé d'une réalité inévitable et indiscutable.

Viens ici.

Tout en donnant son ordre, le jarl se lève souplement, attend que l'esclave s'approche jusqu'à un pas de lui avant de lever la tête. Il lui semble distinguer une lueur de perplexité dans le regard. Elle ne sait probablement pas ce qu'il a en tête. Ce qui n'a rien d'étonnant vu que lui-même ne sait pas ce qu'il a en tête. Il s'approche d'un demi-pas, observe son visage, puis son regard descend rapidement.

Splendide.


Le commentaire a été prononcé à mi-voix mais était parfaitement audible. Il sent le souffle légèrement accéléré de l'esclave sur son cou, tant ils sont près l'un de l'autre. La tête de l'esclave s'incline légèrement sur le côté pendant que ses yeux s'ouvrent un peu plus, dans une expression de surprise. Pas étonnant qu'elle soit déstabilisée.

J'ai été injuste avec toi, Sahnnâ. J'ai perdu mon contrôle et je te l'ai fait payer ensuite. Ce n'est pas une conduite honorable et encore moins une conduite digne d'un chef. Mais les regrets n'ont aucun intérêt.

Cambre-toi un peu. Laisse-moi profiter du spectacle...

Un à-coup dans le maintien. Presque un sursaut. Avant de s'exécuter. De rejeter les épaules en arrière, de creuser les reins, tendant son ventre et sa poitrine vers lui. Se redresse sur la pointe des pieds.

Ragnar reste perplexe devant le changement d'attitude. Il a comme la sensation qu'il se passe devant lui quelque chose dont la compréhension lui échappe. Des différences, subtiles mais évidentes, se font jour.

Il incline la tête sur le côté.

Qu'y a-t-il ? Tu sembles... différente.


Connais le coeur de ceux qui te servent.

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Sahnnâ

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MessageSujet: Re: Banquet   Lun 9 Aoû - 12:27

C'était un ordre. Comme quand il dit "danse". Et elle a obéi. Ce n'est plus Sahnnâ devant lui. C'est l'autre. Et la posture qu'il lui demande de prendre est une posture qui évoque la fierté. Voilà sans doute pourquoi l'expression de son regard, les accents de sa voix sont différents. Mais elle ne s'en rend pas vraiment compte...

- Je ne suis pas plus étrange à présent que tout-à-l'heure, dans la salle du banquet, Maître...

Et ce n'est pas faux... S'il avait vu son regard d'aussi près tout à l'heure, il ne l'aurait pas reconnue non plus. Ce changement en elle, qu'il perçoit sans le comprendre, lui déplaît vaguement. Il laisse le silence retomber entre eux, et la tension se révèle. Il la brise finalement par un ordre bref.

- Viens.

Et il lui désigne le lit. Puis il se ravise et ajoute :

- A moins que tu aies besoin de te laver d'abord ? Après tout, tu as été assez active tout à l'heure.

Elle refuse de la tête, avec un sourire léger. Elle redevient progressivement elle-même à mesure qu'elle reprend son mantien habituel. Mais il reste d'étranges images au fond de ses yeux, un rien de fauve dans la cambrure des reins.

- Je n'avais pas assez d'espace pour être active au point de transpirer... mais si tu le désires, Maître, je peux me laver...

Il sourit en retour, et semble réfléchir à ce qu'elle vient de dire.

- J'avoue que c'est tentant mais... non. Déshabille-toi et viens, il est temps de dormir.

Tandis qu'il gagne le lit, elle reste où elle est, entre le feu et lui, et ôte un à un ses anneaux à clochettes. Elle ne s'empresse pas, mais ne traîne pas spécialement non plus, ses gestes sont redevenus neutres et efficaces. Elle sait qu'il la regarde, que le feu doit dessiner sa silhouette, alors elle soigne ses gestes, sans y mettre pour autant le moindre appel sexuel. S'il la regarde autant qu'il apprécie ce qu'il voit... Une danse différente, et pour une fois c'est bien elle qui lui donne ce petit spectacle particulier. Elle, Sahnnâ, facilement reconnaissable, car la Solhayma ne danse pas le front baissé... Elle dégrafe la ceinture de cuir et la laisse glisser, délace le corselet et les brassards. Le haut d'étoffe diaphane se libère et glisse sur ses bras, elle le laisse tomber sur les hanches. Un dernier geste pour dénouer le cordon de sa jupe, et ce qui la couvrait encore s'effondre autour de ses pieds, chute gracieuse toute en transparences.

Nue, elle s'avance vers lui, s'arrête à un pas, puis s'agenouille avec la grâce fluide et naturelle qui habite tous ses mouvements. Il tend la main, caresse sa joue. Mais sa voix est nette, ferme.

- Si. Tu es différente. Comment te sens-tu ? Dis-moi...


Il tient sa joue dans sa paume et sa voix est plus douce. Elle sourit, parce qu'elle se trouble, et baisse les yeux.

- Un peu... un peu instable par moments. Comme si...Pardonne-moi.


Elle relève les yeux, hésite, et poursuit.

- Comme si tu me poussais toujours au-delà de mon équilibre.

- Je ne comprends pas...

- Moi non plus.

Il est perplexe, elle est troublée, nerveuse. Finalement après un bref silence, il tapote le lit à son côté. Elle se glisse aussitôt auprès de lui, un mouvement souple et rapide, avec un empressement qui trahit un besoin de chaleur, de présence. Un abandon que Sahnnâ ne se permettrait pas... ses mouvements sont rarement aussi expressifs. Il doit rester un peu de la danseuse, après tout. Il passe la main autour de ses épaules, la laisse se lover contre lui, avide de son contact, malgré une certaine retenue qui persiste. Il se tait, elle aussi. Il a la main un peu tremblante, et elle, les yeux trop brillants. Sa voix résonne finalement, lente.

- Tu peux être fière de ce que tu es Sahnnâ. Sois fière. N'oublies pas ta condition, mais sois fière.

Et il la serre plus fort contre lui, tandis qu'elle cache son visage contre son épaule. Il faut longtemps avant qu'elle en vienne à parler à son tour, d'une petite voix murmurante, rapide, hachée.

- Je n'oublierai jamais que je suis à toi... Pour le reste... tout est mouvant. Pardonne-moi si je suis... bizarre, difficile à comprendre, je t'en prie laisse-moi le temps de... de me comprendre moi-même...L'école était autour de moi il y a si peu de temps et... je t'en prie Maître, je ferai peut-être plus d'erreur que je ne le devrais... dans les prochains jours...
Ne me les passe pas.
J'ai besoin...


Elle a relevé les yeux sur les derniers mots, une émotion puissante dans la voix, du désarroi dans le regard. Et il lui répond quand elle bute sur les mots, et sa voix à lui est douce.

- Je n'en avais pas l'intention.

Il y a de la reconnaissance dans son bref sourire, et elle se love à nouveau contre son cou.

- Maintiens-moi...

Une supplique... Il acquiesce en silence.

- Tu sais que je le ferai de toute façon. Mais tu sais aussi que je n'ai jamais pris de plaisir à te punir, au contraire. Aussi, fais de ton mieux... c'est tout ce qu'on peut demander à qui que ce soit.

Le silence à nouveau... Ils se taisent, elle goûte la fermeté de son soutien, la chaleur de son corps. Un frémissement la parcourt parfois, frisson nerveux qui n'a rien à voir avec le froid. Ses pensées s'entremêlement, des hypothèses étranges et nouvelles pour expliquer ce malaise qu'elle ressent. Elle a un vertige au creux du coeur, et un terrible besoin de lui, en tant que pilier, ancre, phare...

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Ragnar Herteitr
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MessageSujet: Re: Banquet   Lun 9 Aoû - 12:29

Silence, encore. Un silence agréable, chaleureux. Celui du messager épuisé qui a accompli sa tâche et profite enfin de la chaleur bien méritée d'un feu. Et le message fut probablement difficile à délivrer. Ragnar peut jouer ce rôle. Le maître des lieux qui accueille et protège. Non, c'est même le seul rôle qu'il sache jouer, ou presque. Avec celui du tueur sanguinaire, bien sûr. Lequel ne serait certainement pas approprié en la circonstance. Par certains côtés, Sahnnâ l'utilise. Pour se rassurer, se stabiliser. Ce qu'il ne comprenait pas vraiment avant qu'elle ne lui ait dit. Et cela devra évoluer... avec le temps. Elle est manifestement tourmentée, et c'est en partie de sa faute. A lui d'en assumer les conséquences. Car, oui, toute faute est sanctionnée, toujours. A ceci près que, lorsque l'on est pas esclave, la sanction est inhérente à la faute, puisqu'il faut savoir gérer les conséquences néfastes d'une erreur. Refuser son soutien, à cet instant, serait fuir ses responsabilités.

En parlant de responsabilité... Une idée lui vient. Une idée dont il n'aime pas du tout les implications.

Tu sais que tu devras peut-être danser la Danse du Feu bientôt...


Il sent son acquiescement. Continue de développer sa pensée, d'une voix douce et posée, comme de celle qu'on prend pour annoncer une mauvaise nouvelle à quelqu'un.

Est-ce que tu en serais capable, en ce moment ? Est-ce que tes émotions peuvent être un danger pour toi ?

Elle reste immobile quelques instants, mais pas d'une immobilité crispée. De celle qui prépare l'action. Une agréable surprise... un tel contrôle de soi... Puis elle se lève souplement, se coulant entre ses cuisses. Et vient s'agenouiller au côté du lit, dressée sur les genoux. Ses yeux luisant d'une lueur étrange, qui peut, ou non, être due à la lueur des flammes qui éclairent le côté droit de son visage. Une lumière d'un vert ardent qui brille dans la pénombre. D'une voix feutrée, elle prend alors la parole.

Puis-je te dire ce qu'elles m'ont dit, celles qui m'ont appris le Feu ?

Question rhétorique. Tu ne crois pas que je vais refuser ?


Dis.

Le maître ordonne, l'esclave danse.

Ce n'est pas une réponse à ma question.

Sahnnâ, je t'adore. Mais j'espère vraiment que tu n'es pas en train de jouer à la plus maligne avec moi.

Pas encore...

Le sourire timide de l'esclave vient faire disparaître les soupçons de Ragnar.

Elles m'ont appris que la Danse montre les doutes que le cœur perçoit. Si le Maître veut que l'esclave danse pour percer le cœur de tierces personnes... C'est le doute qui est dans le cœur du maître qui fera brûler l'esclave. Pas dans son esprit... dans son cœur. Le coeur voit infiniment plus que l'esprit, plus que la raison... Maintenant, je ne sais pas quelle sera ta question. Mais si elle vise à montrer la sincérité de ton cœur... Je ne cours aucun risque. Parce que tu es sincère, et que je le sais.


Et tu jouerais ta vie là-dessus.

L'esclave acquiesce sans le quitter du regard, mais ce n'était pas une question.Elle lui expose des concepts qu'il a du mal à appréhender. Le jarl a même un instant de pure incompréhension.

Ta danse est un outil puissant, mais complexe à manier. Et pas seulement pour l'esclave.

Les Arts Majeurs sont plus que des outils... Plus que des armes...

Que sont-ils, alors ?

Tu me verras danser pour toi, Maître. L'épreuve ne sera pas seulement mienne. Il ne s'agira pas seulement de ma confiance en toi. Mais aussi de ta confiance en moi.

Ah.

Ragnar a un petit battement de cils pour marquer sa compréhension. Mais en même temps, les questions se bousculent dans sa tête.

Tu me demandes de t'utiliser... comme un de mes hommes. De te laisser combattre pour moi, mourir pour moi. D'aucuns l'ont déjà fait. Ils le feront encore. Mais... confiance en toi ? Tu m'es loyale et très dévouée, je n'en doute pas un instant. Je ne doute pas que tu aies confiance en moi et même que tu sois prête à mourir pour moi. Mais... connais-tu la peur ? La vraie. Pas la simple anxiété, ni l'inquiétude. La peur qui noue les tripes, qui fait tomber les faibles à genoux en gémissant... qui fait trembler les forts. Parce que si, cela, tu ne le connais pas... Si tu ne sais pas l'affronter... Comment pourrais-je te faire confiance pour combattre pour moi ? Mes hommes ne tremblent pas à la simple idée de me déplaire. Ils l'évitent, mais ne laissent pas cette éventualité les paralyser. Ils prennent des décisions. Et toi... esclave malgré tous tes dons... t'a-t-on seulement laissé exercer celui-là ? Confiance en toi ? Oui. Mais pas assez pour t'envoyer au combat. Pas plus qu'à la Danse du Feu.

Et il y a une solution, Ragnar le sait. Une solution terrifiante au goût de larmes et de sueur. A l'odeur de chair en putréfaction. Une solution qui pourrait le satisfaire, mais associée à d'immondes murmures de choses innommables dans l'obscurité et à l'image d'ombres mouvantes et menaçantes.

Draugarhol. Un véritable guerrier, dit-on, surmonte toujours l'épreuve. Toi... es-tu faite de ce bois ? Tant que je n'en serai pas sûr... Pourras-tu prendre ta décision... Non pour moi, mais pour toi, avant de m'offrir ce que tu en auras retiré ? Ma tête sait que tu es forte. Mais mon cœur... voit tes faiblesses. Tes failles... Et cette conscience pourrait te transformer en torche humaine, si j'ai bien compris.


Ces pensées passent en un éclair dans l'esprit du jarl mais il ne laisse rien paraître de son trouble. Inconsciente de la tempête qui agite l'esprit de son maître, Sahnnâ a un petit sourire. Et continue son explication.

Ceux qui considèrent ces Arts comme de vulgaires présages perdent leur Solhayma. Mais le fait qu'ils les voient comme tels... montre qu'ils ne doivent pas réussir ce qu'ils entreprennent. Quand la danseuse n'y croit pas elle-même... quand elle ne peut éprouver profondément ce qu'elle danse... alors l'épreuve ne peut que la tuer.

Je suis désolé. Tu vas sans doute souffrir. Mais je ne peux pas te tuer par excès de douceur. Hors de question.
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Sahnnâ

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MessageSujet: Re: Banquet   Lun 9 Aoû - 12:30

Il doute. Elle le lit dans ses yeux. Est-ce qu'il doute d'elle ? Ce serait sage de sa part... Elle-même doute d'elle. Elle le voit réfléchir à ce qu'elle lui apprend, sérieusement, intensément. Il a les sourcils froncés et un reflet dans le regard, un reflet trouble comme en ont ceux qui sont perdus dans leurs pensées.

- ... mais si la danse sert à éprouver la fidélité des hommes... si les hommes sont loyaux, comment peut-elle mourir ? Quelles que soient les erreurs du maître ? ... attends... ses erreurs sont ce qui amène la déloyauté... c'est cela ? Une cause commune pour deux conséquences ?

Elle lui sourit doucement. Elle apprécie de le savoir si attentif, si concentré sur elle en tant qu'atout dans une guerre ou un conflit. Parce qu'elle veut profondément être autre chose pour lui qu'un joli bibelot. Elle veut être une arme, une arme qu'on sait efficace et puissante, qu'on brandit sans peur. Une lame serrée dans sa main...

- Non... Non... mais l'image d'une esclave qui brûle peut marquer les esprits... Ce n'est pas là la cause d'un échec...

Elle réfléchit, essaie de trouver les bons mots...

- Si les hommes sont fidèles, comment un chef intègre, intelligent et attentif peut-il l'ignorer, ou en douter ? Si il a toutes ces qualités, il sait que ses hommes sont fidèles. Si les hommes sont fidèles et qu'il doute, il est un mauvais chef et l'esclave brûle pour le lui démontrer. Si les hommes sont sournois et qu'il le sait, ou pas, l'esclave brûle et alors il est averti, et renonce également à son entreprise... Que le chef soit mauvais, ou les hommes, l'entreprise avortera, si l'esclave brûle.
Deux causes, une conséquence...


Il acquiesce, la compréhension au fond du regard. Puis il reprend la parole, un peu songeur.

- Je suis un bon chef... et j'ai confiance en mes hommes. Mais si j'ai raison, ta danse ne sera pas nécessaire.

Il secoue la tête comme pour dégager son esprit encombré par tant de pensées parasites.

- C'est trop pour une telle soirée ! On ne réfléchit pas convenablement après avoir bu une dizaine de chopes de bières.

Elle a un sourire espiègle, qui glisse sur trois notes d'un joli rire musical. Les notes s'entendent encore, taquines, quand elle lui répond.

- Et quelles chopes... Les hommes de ton pays ont plus soif que ceux de mes déserts...

Il rit avec elle, et elle aime son rire... Et sa voix chaude est taquine, elle aussi.

- Oui c'est vrai ! D'un autre côté, je te garantis qu'en mer, nous ne buvons guère d'alcool. Considère que nous rattrapons le temps perdu...

Puis, inexplicablement, il soupire. Et sa question tombe comme un pavé dans la mare.

- A quand remonte la dernière décision que tu as pris ?

Interloquée, elle se tait et le fixe, le regard éberlué. Elle réfléchit brièvement, et risque une espièglerie sous-tendue par un fond de réelle gravité, autant pour se donner du temps que pour retenir cet instant de complicité si précieux...

- Choisir ma tenue de ce soir, est-ce que ça compte ?

Elle sait très bien que non... Et il confirme d'un hochement de tête.

- Je crains que non.

Elle sourit, elle le savait, et son visage devient grave. Elle le regarde droit dans les yeux, la tête levée, toujours agenouillée entre ses jambes. Et elle lui répond très simplement, très calmement, comme si la question ne représentait rien, comme si la réponse était banale...

- Alors ce doit être quand j'ai prononcé mon voeu de t'appartenir.

Elle le regarde avec une franchise totale, un aplomb innocent.

- Oui... cela, par contre, ça compte. Sans contestation possible.

Elle garde les yeux dans les siens, mais ne peut s'empêcher de devenir toute rose sous le poids de ce regard intensément bleu. Son coeur cafouille un peu quand il lui sourit.

- Dormons.

Et elle lui sourit en retour, un sourire très doux, comme sa voix.

- Avec plaisir, Maître...

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