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 Conquête satinée...

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Henri de Kassel
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MessageSujet: Conquête satinée...   Dim 8 Aoû - 23:07

Palais royal de Falyse
27ème jour du Soleil (188ème jour) de l'an 165
Début de l'heure du Bœuf (début d'après-midi)




Des jours de voyage, d’un ennui pénible… Son fils n’est assurément pas la meilleure compagnie qui soit. Quelques échanges, sur l’attitude à adopter au palais. D’autres formalités, à propos de l’exploitation minière. Le reste du temps, des songes, un regard absent, des pensées lointaines.

Quel taciturne il est ! Aussi pesant que le château de pierre que je lui ai confié… A se demander s’il ne va pas rebuter la jouvencelle…



S’il faut, je l’épouserai moi-même, s’il ne se montre pas capable d’apparaître comme un beau parti.

Henri de Kassel, son fils cadet et leur suite font route vers la capitale. De multiples affaires attendent le seigneur de Hauteroc  au cœur du royaume. Visites de courtoisie, commerce et joutes d’influence… D’autres pièces à avancer sur l’échiquier… Le seigneur d’Ombreval est enfin mort et sa fille, son unique héritière, avait été envoyée au palais de la Reine le temps de trouver un époux capable de gouverner son domaine.

Que de temps il lui aura fallu, à ce vieux fou… Je désespérais de ne pouvoir l’aider à mourir… Ombreval est à prendre, enfin. Si cela doit passer par les cuisses de sa fille, alors soit. J’ai ouï dire qu’elle est d’une grande beauté en plus… Une conquête qui ne sera peut être pas désagréable finalement…

Un bon mariage à réaliser, assurément. Tous n’ont pas la chance d’épouser une riche héritière. Directe qui plus est. Même plus un ou deux frères à éliminer pour les histoires de succession, le travail est déjà fait. Si en plus elle possède un physique agréable…


Seul point noir pouvant éventuellement ternir le tableau : le caractère de la belle et ses aspirations. Elle avait gouverné Ombreval durant la maladie de son père, elle avait pris goût au pouvoir. Il lui faudrait un époux fort, sans quoi c’est elle qui mènerait encore son monde à la baguette. Il avait usé de cet argument pour décourager subtilement quelques prétendants de moindre envergure. D’autres avaient eu droit à un chantage de velours qui les faisait toujours réfléchir pour le moment. De quoi lui laisser le temps d’agir le premier. Mais Henri de Kassel n’est pas dupe. Il attend d’autres seigneurs au tournant.

Ils surgiront dès qu’ils se sentiront les couilles de le faire publiquement…

Henri de Kassel porte un regard vers son fils, toujours aussi songeur.

Un époux fort… Il gère admirablement Castelfroid et ses mines pour le moment… Mais toujours dans mon ombre. Qu’en serait-il vis-à-vis de cette femme ? Quelle influence pourrait-elle avoir sur lui au quotidien ?

A mesure que le voyage touche à sa fin, le seigneur de Hauteroc envisage de plus en plus sérieusement de demander lui-même la main de la Dame d’Ombreval. Il jugera en temps voulu, lorsqu’il aura cerné la Dame en question.

A proximité de la capitale, Henri demande une halte pour se restaurer, avant d’enfourcher son destrier. Pas question de se faire conduire jusqu’au palais. Il entrera de lui-même, chevauchant sa puissante monture à la robe d’ébène. Le plastron scintillant, son fils à sa droite, légèrement en retrait, flanqués de deux chevaliers à l’allure implacable, ils pénétrent ainsi dans la cité, suivis du reste de l’escorte. Henri de Kassel apprécie toujours les regards ébahis des manants qui croisent sa route. Pas parce que cela flatte son égo, non… (Bien que… ) mais parce qu’ils sont toujours plus malléables, lorsqu’ils sont ainsi impressionnés. L’heure n’est toutefois pas à la démonstration de pouvoir et la noblesse nordique file jusqu’au palais. L’entrée y est aisée, bien évidemment. Henri de Kassel et son fils confient leurs destriers aux écuyers tandis qu'un Garde de la Reine les accueille dans la Grande Cour. Ce dernier les guide alors jusque la salle d’audience, pour présenter leurs hommages à la Reine, leur hôte pour les prochains jours.


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Aliénor d'Ombreval
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MessageSujet: Conquête satinée... (suite à transférer)   Dim 8 Aoû - 23:13

Après tout, c'est ce qu'une dame de compagnie se doit de faire. Tenir compagnie. Il reste que ce rôle lui fait toujours grincer des dents. Elle se domine, l'ordre après tout lui vient d'une amie, qui l'a présenté comme une requête. Sachant que la Reine fait tout pour adoucir ce qu'elle ne peut encore se représenter autrement que comme une forme de captivité, elle peut bien faire l'effort de lui rendre ce service, tout en remplissant cette fonction.

Odieuse fonction. Jouer les hôtesses, les oiseaux chanteurs, les chattes de salon. Ma place n'est pas ici, j'ai un domaine à gouverner. Au lieu de ça je vais aller faire de gracieux sourires à un seigneur et lui demander de patienter. Un seigneur de plein droit, lui. Tout ça parce qu'une queue lui orne l'entrejambe, et qu'en vertu de cet organe qui annihile la pensée au lieu de l'aiguiser, personne ne lui a jamais dénié ce qu'on me dénie, à moi.

Maudits soient les hommes et leur culte de la couille. Maudit soit mon vieux crétin de père et sa vision étriquée du monde.


Aliénor est une jeune dame bien élevée, et ses pensées rageuses n'apparaissent en rien sur son visage aux traits fins et aristocratiques. Ses lèvres se modèlent sur le gracieux sourire en question, celui qui la fait pourtant fulminer, et son pas est sans hâte, régulier, tandis qu'elle fend la foule de courtisans qui se pressent devant le trône de la Reine, en direction des deux hommes qu'un Garde Royal vient de faire entrer. Les mots de son amie sont bien présents à son esprit, et elle a acquiescé sans discuter. Après tout ce n'est qu'un moment, un petit moment. Elle pourra fort bien ensuite aller passer sa fureur en un long galop épuisant sur le dos d'Hécate. Voire se faire accompagner d'un garde ou d'un parlefrenier, et qui sait, choisir un bosquet bien tranquille pour prendre une revanche secrète sur son père, rire au nez de son fantôme tout le temps qu'elle aura, elle aussi, une queue entre les jambes.

Mais quand elle paraît auprès d'Henri de Kassel et de son fils, quand elle fléchit la nuque et le genou en une petite révérence élégante qui font se déployer ses longues jupes couleur de torrent, elle est la parfaite Aliénor, la fierté d'Ombreval, le front altier et les yeux clairs, les épaules droites et le poignet gracieux. Rien de ces projets scandaleux et de ces fantasmes de colère n'est perceptible sur ses traits, dans son maintien, à peine dans son regard, un peu trop dur. Mais après tout ce seigneur-là n'est pas responsable de la stupidité de son père. Il serait injuste de rejeter sur lui une faute qui n'est plus celle de personne.

Personne à haïr, personne à blâmer. Ce serait plus facile d'avoir quelque chose ou quelqu'un contre qui me battre, mais il ne m'a même pas laissé cela.

Le soupir attendra, elle a une tâche à remplir.

- Messires, bienvenue. Sa Majesté me prie de vous demander quelques instants de patience, elle aimerait pouvoir s'entretenir avec vous en privé. Et comme vous pouvez le constater le moment s'y prête mal...

Un sourire plus net, un regard par-dessus son épaule à la cohue qui se presse.

- Sa Majesté va régler les affaires les plus urgentes aussi vite que possible et vous recevra aussitôt après. Puis-je vous proposer quelque rafraîchissement, pour vous délasser de votre voyage ?

Elle les guide quelques pas plus loin vers une sorte de grande alcôve meublée de banquettes de marbre couvertes de coussins, et de deux ou trois grands fauteuils de bois sculpté pareillement garnis. Des tentures épaisses revêtent les murs et étouffent le brouhaha ambiant, une fenêtre ouverte laisse pénétrer l'air frais des jardins. Sur un geste d'Aliénor un serviteur vient poser sur une table d'angle un plateau d'argent ouvragé, portant plusieurs flacons métalliques et coupes assorties.

- Ce vin blanc est délicieux quand il est frais. Mais peut-être préférerez-vous autre chose ?

Me voilà fille de taverne.

Même si la taverne est un Palais, et que les clients sont parmi les seigneurs les plus puissants du royaume, ce qui fait que cette tâche est tout à fait adaptée à son propre rang et à son statut... Mais que voulez-vous... Elle a les défauts de ses qualités, et notamment un orgueil délicat, facile à froisser. Surtout quand c'est le poids de plusieurs générations d'habitudes patriarcales qui s'allient pour le chiffonner...

Mais elle reste parfaite, et n'a même pas un frémissement au coin de son sourire courtois.


Dernière édition par Aliénor d'Ombreval le Dim 5 Sep - 23:05, édité 1 fois
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Henri de Kassel
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MessageSujet: Re: Conquête satinée...   Dim 8 Aoû - 23:22

Henri de Kassel suit le Garde de la Reine sans un mot. De bien importantes affaires l’attendent au palais. Des pièces à placer, d’autres à avancer. Toujours. Malgré la taille du château, ils ne tardent guère à arriver à la salle d’audience. Une véritable fourmilière, où pullulent tant de parasites vivant dans l’ombre du pouvoir. Il lui faudra demander une audience privée…

- Veuillez attendre ici un instant mes seigneurs. Je m'en vais informer la Reine de votre arrivée.

Henri voit le garde disparaître dans la cohue irritante et apparaître à la droite de la Reine une bonne minute plus tard. Le seigneur de Hauteroc hausse un sourcil, qu’il ne tarde pas à froncer très légèrement lorsqu’il remarque que le Garde demeure auprès de la souveraine et qu’il n’est pas invité à se présenter à elle. 
 
Est-ce là l’attention que la couronne porte à ses plus puissants vassaux à présent ? 
 
Le fils regarde le père, une pointe d’interrogation dans le regard. Le noble ne pose même pas les yeux sur lui. Il envisage rapidement les raisons pour lesquelles la Reine l’ignore ainsi. Mais il n’a guère le temps d’approfondir. Une jeune femme surgit de la foule et les salue avec grâce. Difficile de dire ce qui frappe le plus chez elle au premier regard. Sa beauté époustouflante ou sa prestance emplie de noblesse ? Une combinaison des deux assurément.  
 
Pas une vulgaire dame de compagnie…  
 
Ces manières, cette robe, cette parure, cette assurance… 
 
Un brin de dureté dans le regard… de la fermeté… 
 
 
 
Au dessus du commun… c’est une évidence… 
 
Une véritable Dame… 
 
 
 
Henri de Kassel salue l’inconnue comme il se doit, la considérant avec une curiosité relativement dissimulée. Un sourire charmé adoucit les traits du seigneur. 
 
- Messires, bienvenue. Sa Majesté me prie de vous demander quelques instants de patience, elle aimerait pouvoir s'entretenir avec vous en privé. Et comme vous pouvez le constater le moment s'y prête mal... 
 
Aliénor d’Ombreval ?  
 
Richesse, noblesse et beauté ne se côtoient que rarement… 
 
S’il ne s’agit d’elle… 
 
 
 
La Reine ne se montre pas si négligente finalement… 
 
- L’exercice du pouvoir accapare toujours les puissants. J’attendrai donc, pour un entretien plus adapté 
 
Le regard affûté de l’homme détaille habilement la jeune femme, guette chaque signe de son visage, de son corps, qui seront assurément révélateurs pour ses yeux aguerris. 
 
- Sa Majesté va régler les affaires les plus urgentes aussi vite que possible et vous recevra aussitôt après. Puis-je vous proposer quelque rafraîchissement, pour vous délasser de votre voyage ?  
 
Petit hochement de tête approbateur. Le voyage l’a fatigué. Et l’idée d’échapper à cette salle bondée pour faire plus ample connaissance avec cette femme n’est pas déplaisante. Qui qu'elle soit, cela préparerait son entretien avec la Reine, d'une manière ou d'une autre. 
 
- Avec plaisir. 
 
Les deux seigneurs nordiques suivent la jeune Dame jusque l’alcôve en silence. Henri admire sa silhouette et son élégance. Perfection de reine à bien des niveaux. Pas un parti facile à première vue. L’homme embrasse la pièce du regard une fois passé les épaisses tentures et s’approche de la fenêtre pour regarder à l’extérieur, tandis qu’Aliénor commande au serviteur. Ce n’est que lorsque le plateau est déposé que le seigneur de Kassel se retourne à nouveau vers la jeune femme. Son fils quant à lui demeure en retrait, observe attentivement, sans démarrer une conversation courtoise avec celle qui pourrait être sa promise.  
 
Taciturne…  
 
Une pointe d’agacement traverse le père, bien qu’il n’en laisse rien paraître.  
 
- Ce vin blanc est délicieux quand il est frais. Mais peut-être préférerez-vous autre chose ?  
 
Henri sourit à nouveau en réponse à la proposition et acquiesça. 
 
- Ce sera parfait pour moi, je vous remercie. Il me plaît d’en déguster parfois dans les salons de Hauteroc. Les crus des terres du Sud ont une saveur toute particulière lorsque l’on côtoie l’âpreté des montagnes du Nord. 
 
-Il en sera de même pour moi, merci.  
 
Rien de plus. Clément de Kassel se contente de laisser son père discuter, qui exaspère intérieurement. 
 
Au moins ne s’est-il pas contenté d’hocher simplement la tête… 
 
Les mondanités ont elles-aussi leur intérêt. Tout est révélateur. Et lorsqu’on se trouve être seigneur, il est capital de bien cerner ceux qui nous servent ou nous côtoient. Henri l’a compris depuis fort longtemps… 
 
Le serviteur s’empresse de servir les nobles, apportant à chacun une coupe de vin sur la recommandation d’Aliénor. Une fois tout le monde servi, Henri s’adresse à nouveau à la jeune femme, avant de trinquer au royaume et à la Reine. 
 
- Je suis Henri de Kassel, seigneur de Hauteroc. Et voici mon fils Clément, seigneur de Castelfroid. 
 
Il désigne son fils en ouvrant son bras dans sa direction. Il reporte rapidement son attention sur Aliénor, dans l’attente qu’elle se présente à son tour. 
 


Dernière édition par Henri de Kassel le Mar 11 Jan - 23:32, édité 1 fois
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Aliénor d'Ombreval
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MessageSujet: Re: Conquête satinée...   Dim 8 Aoû - 23:22

Elle sait qu'ils l'examinent, le père plus que le fils, d'ailleurs, remarquablement silencieux et effacé. Enfin... Le seigneur de Kassel semble du moins courtois, aimable pour autant que la politesse permette d'en juger... Il aurait pu être une de ces brutes sans manière qui se retrouvent, on ne sait comment, à la tête d'un domaine. Non, au moins celui-ci est un être civilisé. C'est déjà ça...

Le seigneur accepte, son fils également, mais elle l'entend à peine. Elle est restée accrochée à une image qui lui a empoigné le coeur. Les vignobles d'Ombreval, suspendus aux flancs des collines et dévalant des crêtes jusqu'aux bords des rivières, sous le plein soleil de l'été... Un brusque assaut de mal du pays, particulièrement sournois, car elle ne s'y attendait en rien. Elle ne connaît pas les montagnes dont il parle, et n'a d'ailleurs aucune envie de les connaître. Sans doute, le contraste doit être assez cuisant... mais elle n'a besoin d'aucun contraste pour se languir de son pays.

Pour s'occuper les mains elle joue avec le pied de sa coupe, les lèvres figées sur le même gracieux sourire qui lui est un masque tellement parfait qu'on ne soupçonne pas tout ce qu'il peut cacher. En ce moment, une morsure cruelle au coeur, une envie féroce d'être au loin, seule, si pas à Ombreval, alors nulle part, lancée au galop de charge, couchée sur l'encolure de sa jument, noyée de crinière flottante et de vent.

Il lève sa coupe et elle se doit de l'imiter, de souhaiter longue vie à leur reine, de sourire et de tremper ses lèvres dans ce vin... Délicieux. Acidulé mais suave, minéral mais parfumé. Un vin de pierre et de soleil.

Je veux rentrer chez moi.

De Kassel se présente, et elle connaissait déjà son identité, évidemment. Elle ignorait celle de son fils, par contre, et le fait qu'il soit déjà seigneur de son propre domaine, ce qui ne fait qu'ajouter à son amertume...

C'est un mâle, évidemment. Déjà seigneur, dommage. Il faut se méfier des silencieux, mais s'il est aussi malléable qu'il est taiseux, il aurait fait un parfait époux... Quoique. C'est toujours possible. Qu'il règne sur son Castelfroid, dont le nom seul me fait frémir. Et qu'il me laisse Ombreval.
Pourquoi pas... c'est à envisager.


Mais elle masque l'intérêt calculateur dans le regard dont elle enveloppe le jeune homme silencieux. Grand et bien bâti, comme son père, du reste... son visage manque de l'énergie qui se lit dans les traits de Henri de Kassel. Une qualité en tant que mari postiche. Un défaut rédhibitoire, à ses yeux à elle. Elle n'aime pas les hommes faibles. Elle méprise les imbéciles et les pleurnichards. Et l'idée de devoir prendre l'un d'eux pour époux afin d'entrer en possession de ce qui lui appartient lui tord les tripes en un noeud de colère. Une sensation qu'elle commence à connaître, ça fait près d'un mois, maintenant...

Elle exécute une demi-révérence, d'abord parce qu'il s'agit ici de présentations informelles, ensuite parce que la coupe de vin à la main, il lui est difficile de faire mieux... mais c'est déjà très bien. Son professeur de danse n'avait que des éloges à émettre pour l'élégance et la grâce exactement mesurée de ses gestes...

- Aliénor d'Ombreval...

Dame de rien, par la démence d'un vieux père aux idées d'un autre âge...

- Et ravie d'apprendre que ce vin vous plaît. Il est probable que j'aie vu mûrir le raisin qui l'a donné...

Qu'il lui est difficile de maîtriser sa voix, et plus encore, son regard... Alors elle change de conversation, tout en prenant place dans l'un des grands fauteuils sculptés qui meublent l'alcôve, après un regard vers la salle principale où la Reine traite toujours les demandes de ses visiteurs.

- Enfin... à chaque terroir, son fruit... Quels fruits portent donc les montagnes du Nord, Messire ?

Une manière détournée de s'enquérir de la bonne santé d'une contrée... comment vont vos récoltes ? Après tout, c'est la terre qui nourrit l'homme, et c'est donc elle qui le façonne...

Etrange comme la même terre a fait un homme de pierre et un autre d'argile...

Curieuse, elle guette les prochains mots de Clément de Kassel... tout en se doutant bien que c'est son père qui fera probablement l'entièreté de la conversation.
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Henri de Kassel
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MessageSujet: Re: Conquête satinée...   Dim 8 Aoû - 23:23

Aliénor d'Ombreval...
La confirmation vient d’être donnée avec élégance. Henri l’accompagne d’un nouveau sourire. Sourire courtois, mais également sourire de satisfaction. Satisfaction d’avoir la chance de la rencontrer si tôt, elle, cette prochaine pièce à prendre pour contrôler l’échiquier… Satisfaction de constater de ses yeux que la rumeur à son sujet n’était pas une exagération et que ce coup à jouer ne devrait pas être déplaisant… Satisfaction, pour l’avoir reconnu avant même qu’elle ne se présente… Il n’a pas perdu de sa perspicacité. Maître atout dans la partie qu’il mène depuis bien des années…
Henri a bien choisi ses mots lorsqu’il s’est adressé à la jeune femme. Subtiles allusions et amorces, pour tester les réactions d’Aliénor. Il s’en faut de peu pour croire qu’elles n’ont aucune incidence sur elle ou que le masque qu’elle revêt est absolument parfait. Il lui faut attendre qu’elle mentionne l’origine de ce vin délicieux pour percevoir un trouble fugitif, habilement et rapidement dissimulé par un autre sujet moins sensible pour elle. A peine perceptible, pour les plus fins observateurs… Mais les yeux de son interlocuteur sont des plus aguerris.
Elle sait se maîtriser, se dissimuler, jouer sur les apparences, derrière une beauté éclatante. Un fruit raffiné et délicat, déjà rompu aux jeux réservés exclusivement aux seigneurs véritables.
La noblesse dans toute sa splendeur…
Mais il existe bel et bien des leviers émotionnels sur lesquels agir, pour mieux la manipuler. Pour lui, tel est l’enjeu de ce petit échange verbal et des suivants. La percer à jour, la cerner, découvrir ce qui se cache exactement sous sa beauté et ses bonnes manières. La comprendre, pour mieux anticiper. Pour la contrôler. Pour parvenir à ses fins…
Le seigneur de Hauteroc s’humecte rapidement les lèvres, embrassant la vision de ses terres avant de répondre à la question posée.
- Les montagnes du Nord portent bien des fruits, Dame Aliénor. Comme elles possèdent bien des facettes. L’image des terres abruptes au climat un peu rude n’est que l’une d’elles.
Des sommets enneigés et rocailleux, aux flancs livrés aux forêts de conifères, en passant par les plateaux boisés et les vallées creusées par un torrent rugissant… Bien des visages, tous changeant au gré des saisons.
Entre l’élevage qui nous assure viandes, charcuteries et fromages, la pêche des rivières à l’eau limpide et fraîche, les offrandes de nos forêts au début de l’automne et les récoltes des champs sur mes terres en contrebas, il y a bien des fruits à cueillir. Et quelques spécialités locales à connaître, qui ne quittent que rarement nos seigneuries…
Son regard quitte celui d’Aliénor pour dériver un instant vers son fils, toujours silencieux. Clément déguste le vin, simple observateur de cette discussion. Bien que son attention soit également portée sur l’héritière d’Ombreval, il ne prend pas la parole. Il ne le fait que rarement en présence de son père. Henri revient finalement vers Aliénor, souriant à nouveau.
- En une prochaine occasion, nous nous ferons une joie de vous faire découvrir l’un des fruits les plus éclatants de notre terre, Dame Aliénor… J’espère que vous l’apprécierez.
Le seigneur de Kassel ne laisse pas l’occasion à la jeune femme d’assouvir une éventuelle curiosité sur ce sujet. Il embraye sur un second bien plus sérieux et révélateur, le visage plus grave soudainement.
- J’ai appris pour votre regretté père, Dame Aliénor. Je vous prie d’accepter nos condoléances. S’il y a quelque chose que mon fils ou moi pouvons faire pour adoucir votre deuil, nous nous tenons à votre disposition.


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Aliénor d'Ombreval
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MessageSujet: Re: Conquête satinée...   Dim 8 Aoû - 23:23

Elle ne l'écoute qu'à moitié, même si elle donne l'apparence de la parfaite attention, sourire affable et regard soutenu. Il parle de montagnes abruptes et elle gravit au galop les hautes collines douces d'Ombreval... Il parle de neige et de conifères, elle foule l'herbe grasse des clairières et le riche sous-bois d'une futaie de hêtres. Il évoque les vallées aux torrents rugissants, et elle se glisse dans l'onde froide d'un ruisseau caché au creux d'un vallon, aux eaux transparentes et lisses, goûtant un courant plus fort qu'il n'y paraît, le corps moucheté de soleil.

Elle ne soupire pas, en tout cas pas de manière audible, ni visible. Et elle raccroche à son discours quand il lui détaille les ressources de son domaine. Elle imagine les fruits du Nord, acides et rares, bien loin de l'abondance et de la variété de ce que produisent ses terres... Le bétail velu et à demi-sauvage, très différent des jolies laitières aux yeux doux et des moutons blancs de chez elle... Légumes et céréales gonflés de soleil, senteurs chaudes et terreuses, bleu vif éclatant du ciel.

Quelques semaines à peine... et je n'en peux plus, déjà...

Elle sourit, aimable, manifeste une curiosité de façade quand il parle de spécialités qu'elle ne peut connaître, n'ayant jamais mis les pieds dans le Nord, et n'ayant, à vrai dire, aucune envie de le faire. Elle suit son regard vers son taiseux de fils, qui décidément commence à l'agacer avec son comportement de mollusque, et espère qu'elle a mal compris...

Est-ce lui que vous envisagez de me faire goûter ? Lui, un "fruit éclatant" ? Si c'est le cas, je peux vous donner immédiatement ma réponse : il est fade et sec. Mais je dois avoir manqué une allusion...

Le seigneur de Kassel s'est montré jusque là suffisamment subtil pour soutenir sans effort une conversation pourtant difficile entre deux inconnus réunis par la contrainte de l'attente, pour l'un, et du devoir, pour l'autre. Il ne peut avoir perdu subitement toute subtilité, au point de se laisser aller à des allusions aussi grossières...

Elle ramène les yeux sur lui quand il lui présente ses condoléances pour son père, et elle cache instantanément la bouffée de ressentiment qui lui monte à la gorge à l'évocation de son vieux dément de père. Elle remercie Henri de Kassel d'un joli mouvement de tête modeste et sage de jeune dame bien élevée, sans manifester une peine qu'elle n'éprouve pas, et qu'elle n'aurait de toute manière pas exprimée même si elle l'éprouvait. Les lamentations sont pour le peuple. Elle se borne donc à la mine grave de circonstance, et son ton de voix suit, quand elle lui répond.

- Je vous remercie, Seigneur. Je crains que vous ne puissiez rien, malheureusement, pour m'aider à résoudre tous les troubles survenus de sa disparition, mais je vous remercie de cette attention généreuse. Croyez bien que je ne manquerai pas de faire appel à vous si le besoin s'en fait sentir...

De fait... Votre loque de fils est peut-être la clé qui me rouvrira Ombreval.

Mais une fois de plus, rien ne trahit ces pensées. Peut-être un rien de dureté dans le regard, incompatible avec la peine réprimée d'une fille aimante et dévouée...
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Henri de Kassel
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MessageSujet: Re: Conquête satinée...   Dim 8 Aoû - 23:23

Encore un peu de dureté dans ce regard clair… Contrastant légèrement avec l’image d’elle-même qu’elle veille à véhiculer. Les mots, les postures, les expressions du visage… Elle contrôle tout avec le plus grand soin. Paraître irréprochable, en toute circonstance. Parfaite. Mais son regard… Henri de Kassel l’observait attentivement depuis le début de leur échange. Ce regard bleu, vif et captivant… encore jeune… la porte s’ouvrant au-delà des apparences. Il est dit que les yeux sont le reflet de l’âme. Henri l’a toujours cru. Ca lui a toujours donné raison jusqu’à maintenant.

Montre-moi le fond de ton âme, Aliénor d’ Ombreval… Dis-moi qui tu es…

Elle n’est pas une simple femme, qu’on expose fièrement pour plus de grandeur, pour susciter la jalousie des autres seigneurs, ou pour être agréable envers les invités. Ca, elle peut remplir admirablement ce rôle. Il suffit d’un regard sur elle pour en avoir la certitude absolue. Mais il serait fou de croire qu’elle se bornerait à ça…

Intelligente, elle l’est. Trop pour n’être qu’une épouse docile. Telle une épée, elle lui apparaît à double-tranchant. Et devant le caractère discret de son fils, la même appréhension le tiraille toujours depuis qu’ils avaient approché la capitale.

Quel pouvoir peut-elle exercer sur lui ?

Elle a cette élégance et cette autorité naturelle qui imposent le respect et peuvent faire ployer bien des hommes, fussent-ils seigneurs ou manants.

Saurait-il rester lui-même, face à une épouse comme celle-ci ?

Trouverait-elle la faille ?

Les femmes peuvent avoir beaucoup d’influence sur les hommes… Pire encore lorsqu’elles sont séduisantes et qu’elles écartent leurs cuisses…


Henri de Kassel ne peut se permettre de perdre le contrôle qu’il a sur son fils cadet, maître d’un élément essentiel de son plan. Ni même perdre son temps à batailler pour préserver son influence d’ailleurs. Si Clément épouse une femme forte, son père doit s’assurer qu’elle n’ait pas d’emprise sur lui. Mais il a encore un peu de temps pour en juger.

- Nous serions ravis de faire ce qui est en notre pouvoir pour vous soutenir dans vos épreuves.

Léger signe de tête courtois pour accompagner sa réponse. Puis un regard vers son fils, qui continue d’observer dans le mutisme le plus complet. Il déguste son vin avec un froid détachement, même pour cette beauté qu’il devrait courtiser pour bien des raisons qui ne se bornent pas qu’au physique. Il devine les pensées de son père à cet instant sans difficulté. Soupire résigné en son for intérieur. Il entrouvre la bouche pour prendre la parole lorsque les épaisses tentures les isolant du reste de la salle d'audience s'écartent doucement.
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Un héraut

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MessageSujet: Re: Conquête satinée...   Lun 27 Sep - 11:57

Un gros homme vêtu du costume chamarré des hérauts apparaît entre les pans de la tenture. Il a le ventre et les bajoues de qui est trop nourri par rapport à ce que son corps doit fournir comme travail. On le devine mou en selle, lent dans un escalier, et probablement vite en sueur. Néanmoins, c'est avec une correction et une discrétion parfaite qu'il salue les trois occupants de l'alcôve.

- Madame, Messeigneurs... Sa Majesté est à présent libre de vous recevoir, Messieurs. Elle vous prie de la rejoindre pour une audience.

Il s'incline et s'incline encore, tire sur un cordon qui écarte les tenture, une dernière courbette afin d'estomper ce que ce geste a d'impérieux, mais cependant sur de lui, s'il n'est que héraut, il parle pour la Reine, et on ne fait pas attendre une souveraine. Patient et le maintien parfaitement équilibré entre la dignité et l'humilité qui conviennent à sa charge, il attend les seigneurs de Kassel père et fils pour les mener auprès de la Reine Iseult.
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Henri de Kassel
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MessageSujet: Re: Conquête satinée...   Dim 7 Nov - 0:33

Un regard vers le héraut, qui entre dans l’alcôve et interrompt les discussions en cours.

Enfin…

La compagnie d’Aliénor d’Ombreval n’a rien de désagréable, elle est même très plaisante, pour les yeux comme pour l’esprit. Mais l’opportunité de s’entretenir avec la Reine arrive à point nommé. Il peut bien discuter tout son soûl avec l’héritière d’Ombreval, c’est avant tout la position de la souveraine qu’il a besoin de connaître. D’infléchir, si nécessaire. Il aura alors tout le loisir de profiter à nouveau de la charmante compagnie d’Aliénor et d’agir en conséquence. Le seigneur de Hauteroc possède de nombreuses pièces sur son échiquier. Reste à découvrir laquelle il fera avancer prochainement. Henri vide d’un trait ce qu’il lui reste de fin, relativement peu, et dépose la coupe sur le plateau. Puis, se tournant vers la Dame, il la gratifie d’un nouveau sourire.

- Dame Aliénor, vous me voyez heureux d’avoir fait votre connaissance et je vous remercie pour votre compagnie, qui est des plus agréables. J’ose espérer que nous nous recroiserons très bientôt, pour continuer à converser et échanger sur ce qui nous tient à cœur.

Il salue cordialement la jeune noble, imité par son fils cadet dont la verve n’égalera décidément jamais celle de son géniteur. Puis les deux seigneurs de l’Acrogée se retirent, marchant à la suite du héraut qui les conduit auprès de la Reine Iseult. La salle du trône se vide à cette heure et la souveraine a depuis quitté les lieux. Les nobles franchissent une petite porte tout au fond et se laissent guider dans les couloirs du château. Le héraut les amène face à une porte gardée par quatre chevaliers et demande le droit de passage.

(Suite dans les jardins...)
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