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 Une destinée à déterminer (pv Loryn)

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Paul de Peyrefendre

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MessageSujet: Une destinée à déterminer (pv Loryn)   Ven 30 Oct - 1:53







Le Juge

Année 165
45ème jour du Soleil (206ème jour)
Fin de l'heure de l'Arbre (vers 07h30 du matin)
Dans la citadelle de Rossburh


Paul de Peyrefendre s'ébroua en sortant de son bain. L'eau froide lui fouettait les sangs : la sensation était certes inconfortable, mais quelle sensation de bien-être, après coup !
A la vérité, ce n'était pas son bain, mais plutôt celui de son père. Enfin, non, même pas. C'était les quartiers du Général Protecteur de la Marche de l'Est. Le jeune seigneur devait souvent se forcer à se rappeler que ces quartiers et ces responsabilités correspondaient à une fonction, non à une Maison. Il n'avait aucun droit par héritage au titre, et même son père pouvait se voir retirer ce titre à n'importe quel moment sur un simple caprice royal.

En attendant, Paul de Peyrefendre était ce qui se rapprochait le plus du Général Protecteur. Et il espérait bien pouvoir profiter de l'occasion pour pouvoir prouver à son père - et à sa reine - qu'il était digne de la fonction.

Du coup, il s'imposait une discipline de fer, quoique moins qu'à ses hommes, car son travail l'amenait plus souvent au contact des parchemins qu'à celui des épées. Incroyable comme un officier supérieur pouvait passer son temps à des activités qui n'avaient rien à voir avec les batailles. Néanmoins, il trouvait tout de même le temps de courir en armure et s'entraîner au combat tous les matins. Puis il rentrait faire une toilette avant de s'attaquer aux tâches de la journée.

Une qui lui avait toujours tenu particulièrement à cœur, c'était le décryptage des rapports des éclaireurs et des patrouilles. Il était important de lire chacun. La plupart des hommes ne sachant ni lire ni écrire, ils dictaient à des scribes, qui rédigeaient et envoyaient les messages : Rossburh recevait ainsi un flux quasi constant de pigeons voyageurs, dont une part non négligeable concernait des rapports de patrouilles.

L'un avait particulièrement retenu son attention, plusieurs jours auparavant. Une patrouille avait récupéré une transfuge, à une valque et demi à l'ouest de l'orée de la forêt environ, au sud-est de Rossburh. Dans ce genre de cas, l'attitude des hommes du Kevalis était simple : si la personne était eiralienne et pouvait être reliée à une famille ou un village, on l'y ramenait, après l'avoir interrogée de manière plus ou moins poussée selon les cas, et lui avoir fait un sermon sur le danger qu'il y avait à se perdre dans ces bois. Si la personne était lydane, on la tabassait un peu, on l'interrogeait, on la torturait le cas échéant (c'est-à-dire neuf fois sur dix), puis on la pendait.

Sauf que là, la fille qu'ils avaient récupérée était manifestement eiralienne, mais n'avait pu être ramenée chez elle, vu qu'elle ne semblait pas en avoir. En revanche, elle avait sur elle des pierres précieuses. Une criminelle de droit commun, supposait Paul de Peyrefendre. Son père aurait sans doute ordonné sa pendaison, ou, au minimum, sa vente au marché aux esclaves, considérant qu'elle devait mériter une peine judiciaire pour vol, brigandage, braconnage, au minimum.

Paul, lui, estimait qu'il devait au moins lui donner une chance de s'exprimer avant de prendre une décision. Ainsi, tandis qu'il descendait dans les souterrains de la Citadelle, saluant de la tête le geôlier, il s'apprêtait, tout simplement, à rendre la justice.

Accompagné par un garde portant une torche, il marchait maintenant dans un long couloir éclairé par des torches, passant devant la salle de torture. La porte en était souvent ouverte, pour que tous les prisonniers puissent savoir ce qui les attendait. Mais, aux dernières nouvelles, personne ne s'en était servi depuis presque quinze jours. Pas de prisonniers qui le méritent, et Paul de Peyrefendre n'était pas vraiment convaincu par les performances du bourreau. Il soupira. C'était ça, le problème, avec des prisonniers mal disposés à cause d'une haine séculaire. Si on les laissait tranquilles, ils savaient des choses qu'ils ne disaient pas. Mais qu'on sorte une pince chauffée au rouge, et ils commençaient à dire des choses qu'ils ne savaient pas. Aucune solution n'était vraiment satisfaisante.

Les murs étaient bien propres, blanchis à la chaux, bien que les zones au-dessus des torches soient noires de suie. Dans ces zones, les jeux de couleur étaient fascinants : le mur blanc, la partie noire, les reflets rouges, orange, et jaune. L'air était sec, et les échos des pas résonnaient alors que le jeune noble avançait dans la pénombre. De vagues marmonnements résonnaient sur son passage : prisonniers affaiblis par la faim ou la maladie, Lydanes qu'on laissait récupérer de leurs blessures...

D'un regard, Paul s'assura qu'aucune mousse ne poussait dans un interstice entre les moellons. Pour affaiblir les Lydanes, il était vital qu'ils sentent qu'il n'y avait pas la plus petite pousse où ils se trouvaient. Que, s'ils mouraient, leur âme ne pourrait pas se réincarner dans la Grande Forêt. De nombreux Lydanes avaient accepté de parler en échange de la promesse d'être pendus dans une forêt. Et Paul tenait parole, dans ce cas. Peut-être la fille qu'il allait voir serait-elle pendue, selon ses déclarations. Mais elle n'en tirerait aucun réconfort.

Le garde s'arrêta devant le cachot.

Elle est là, m'seigneur.

Paul hocha la tête.

Très bien. Elle a été bien traitée ?

Le garde se gratta la tête. Il avait des bras aussi épais que les cuisses de pas mal d'hommes, un crâne chauve qui semblait directement vissé sur ses épaules, sans utiliser un dispositif aussi délicat qu'un cou, et un air inexpressif qui semblait plus dû à de la bêtise qu'à de l'indifférence. L'archétype du geôlier, doté de la dose nécessaire et suffisante d'intelligence pour traîner quelqu'un jusqu'à la salle de torture ou lui hurler sur le nez. Avec la dose nécessaire et suffisante d'imagination pour rester debout sur place à garder une porte sans bouger pendant une demi-journée.

Euh.... J'lui ai rien fait, si c'est c'que vous voulez dire, m'seigneur. Enfin, j'l'ai enchaînée au mur, par les chevilles, mais, ça, c'est normal... Après, si elle s'est défendue quand la patrouille l'a attrapée, l'a ptêtre pris quelques coups, mais ici, on lui a rien fait. L'a pas été torturée, mais si vous voulez, on peut app'ler le bourreau...

Paul eut un fin sourire. La conversation, en réalité, ne s'adressait pas au gardien, mais à la prisonnière, dont il savait qu'elle entendait depuis l'autre côté de la porte.

Seulement si elle se montre récalcitrante. Apporte-moi un siège, ouvre-moi la porte. Et reste à l'extérieur.

En entrant, il referma la porte derrière lui, mais pas à clé. S'asseyant sur le siège, il resta immobile et silencieux quelques instants, le temps de s'habituer à l'obscurité : il n'y avait bien sûr aucune torche dans la cellule, qui était donc presque totalement noire.

Comment t'appelles-tu ?

Elle allait répondre à toutes ses questions, d'une manière ou d'une autre. Après quoi, il déciderait.




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Loryn

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MessageSujet: Re: Une destinée à déterminer (pv Loryn)   Lun 30 Nov - 17:37

Tassée contre le mur, le cul dans la paille moisie, la Souris est plus immobile que la pierre, plus froide que les dalles. Plus raide encore que les pieds du tabouret sur lequel s'est installé le type qui vient d'entrer. Elle le voit assez bien. Enfin elle le voit bien avec l'oeil qui s'ouvre encore. Ça fait des heures, elle sait plus combien, mais des heures qu'elle est là, dans le noir presque total, et qu'elle regarde de toutes ses forces. Un fétu de paille, une rainure entre deux moellons. Un anneau de métal scellé dans le mur. Un support en fer pour planter une torche dedans, sauf qu'y a pas de torche.
Y'a jamais de torche qui reste allumée dans les étables non plus.
La lumière, c'est pour les gens.

Du coup, elle voit bien le type, qui lui, vient de dehors, les yeux pleins de lumière, et ne peut que l'apercevoir.
Il distingue sans doute deux pieds crasseux et pleins de plaies, nus, vu qu'on lui a pris ses bottes, trop grandes, mais c'était tout ce qu'elle avait. Deux cercles de métal lui pendent sur les chevilles, c'est pas prévu pour des os aussi petits que les siens. Si elle essayait vraiment, elle pourrait glisser ses pieds hors de ces machins, au prix d'un ou deux bouts de peau, elle est plus à ça près, mais à quoi bon ? Pour aller où, ensuite ?
Il voit sans doute le bord déchiqueté de ses guenilles, qui frôle ses tibias pleins de bleus. C'est qu'elle en a foutu, des coups de pieds, des coups de poing, de coude, des coups de griffes et de dents. Y'en a une qui bouge, de dent. C'est quand l'autre gros moche lui a retourné une grande claque et que sa tête a donné contre le montant du chariot. Du coup d'un côté c'est l’œil qui s'ouvre plus, de l'autre la lèvre coupée et la dent qui bouge. Pas brillant.
Il ne voit probablement rien de plus que ça, une vague forme dans l'obscurité, toute menue, recroquevillée dans ses hardes, cachée sous une broussaille de cheveux sombres.

- Comment t'appelles-tu ?

Et faudrait qu'elle parle, maintenant.
Parler à ces types qui ont cogné avant de poser des questions.
Elle est tombée dessus, pas de bol, elle traversait une rivière, et ils étaient de l'autre côté quand elle a levé le nez du dernier caillou glissant. Trois types. Avec un grand sourire goguenard sur leur sale tronche.
Evidemment qu'elle a couru. Tout le monde aurait couru. Et peut-être qu'en temps normal elle les aurait semés, elle est bien plus légère, plus vive et plus agile que ces lourdauds-là, et même si elle connaît plutôt les toits des villes que les détours d'une forêt, elle sait qu'elle les aurait semés. Si ses foutues bottes avaient été à sa taille. Si elle avait dormi plus de quatre heures en trois nuits. Si, si, si si si...
Chanson de merde.

Alors elle a pas réussi à les semer, et elle s'est pris un truc à l'arrière de la tête, galet de fronde ou autre objet lancé par un salopard plus doué que les autres, et le monde est devenu tout noir. Elle s'est réveillée sous un seau de flotte glacée, mains entravées, face aux mêmes sourires goguenards sur les mêmes sales tronches.
Il y en avait un qu'elle avait pas encore vu, qui promenait sur elle un regard froid.
Il a voulu savoir qui elle était, d'où elle était.
Elle lui a répondu qu'elle savait plus et qu'elle avait mal à la tête et qu'elle devait vomir.
Le type a eu l'air dégoûté et a reposé les mêmes questions.
Elle a gerbé sur ses bottes.

C'est là qu'elle a pris une baffe, qui a failli la renvoyer dans le noir. Elle a senti des mains qui la redressaient, entendu une exclamation, et son cœur s'est serré, dans tout le bordel rougeâtre où baignait sa conscience, elle a compris. Ils l'avaient senti à travers sa manche. Elle est devenue toute froide.

C'est à moi. A moi !

Ils ont arraché la manche et elle n'a même pas essayé de voir dans quoi elle tapait au juste. Elle a rué, mordu, cassé le lacet usé qu'ils avaient cru suffisant pour la retenir, qui aurait du l'être, suffisant, mais là elle était en rage. Elle a cogné et griffé, et il y en avait des mains sur elle, des visages, des voix, ça criait et ça jurait et ça beuglait qu'on amène de la corde, et maîtrisez-moi donc cette furie-là, et je voudrais vous y voir sergent, et putain Gilbert cette garce vient de me bouffer une oreille, je vais en faire de la chair à saucisse.
Ouais, une oreille.
Elle a amoché un nez aussi. Ca lui a fait mal au crâne, un grand éclair blanc, mais elle adoré ça. Sans doute qu'elle a fendu quelques lèvres et marqué quelques joues. Pas assez. Elle s'était rongé les ongles trop court ces derniers jours pour que les coups de griffe soient vraiment satisfaisants.
Mais elle pouvait pas l'emporter.
C'était jamais qu'une souris qui se prenait pour une tigresse.
Y'a eu des coups de botte dans le ventre, puis un gnon à la tempe et là, le noir, elle sait qu'il a duré longtemps.

Quand elle a rouvert les yeux, c'était ici. Dans les ténèbres. Dans le froid, le silence et la puanteur.
Dans la souffrance et la solitude.
Ils avaient pris son bracelet.
Ils n'avaient pas le droit.

Ça fait des heures qu'elle est là, immobile.
Sa tête est cerclée d'un bandeau de douleur blanche, la nausée lui tourne encore dans le ventre et elle sait qu'elle a vomi pendant qu'elle était inconsciente, parce que son épaule est mouillée et que ça pue. Elle sait qu'elle s'est pissé dessus aussi, parce que c'est mouillé ailleurs et que ça pue différemment. Crasseuse, épuisée, meurtrie, et dépossédée de la seule chose qui avait encore une importance pour elle.
Oui, sa liberté, aussi.

Elle a entendu les pas, et les voix.
Le bourreau, ben voyons. Et puis quoi encore.
Pour savoir où est caché le trésor familial ? Ou à qui envoyer son petit doigt coupé pour demander une rançon, son poids en or, mais avant de couper le doigt ?
Comme si elle avait des choses à dire qui valent de déranger un bourreau, sans blague.

Trop d'honneurs.
Filez-moi en sept morceaux dans l'auge à cochons et qu'on n'en parle plus.


- Comment t'appelles-tu ?

Le type s'est installé devant elle, il a une moins sale trogne que ses potes et l'air moins stupide aussi, mais n'empêche qu'elle n'a pas plus envie de lui répondre qu'aux autres. Pour dire quoi, du reste ? Qu'elle était dans un groupe de baladins, et qu'elle a appris à danser sur une corder et à jongler et à lancer le couteau et à vider des poches, puis des coffres, et qu'un jour où ça a mal tourné elle s'est retrouvée sous la grande patte d'un géant de mercenaire ? Qu'elle avait commencé à apprendre à être autre chose que de la merde, mais que ça a tourné court parce qu'il est mort, ce con, et que la vieille aussi, et que tout le monde est mort, et qu'elle a couru, et qu'il ne restait plus de tout ça que ce cadeau qu'il lui avait fait et qu'elle avait calé haut sur son bras parce que c'était trop grotesque ce bijou magnifique au poignet d'une esclave ? Que sa bande d'acrobates est loin, que son géant pourrit dans les bois ? Qu'on lui a volé le bijou et que maintenant il ne lui reste rien, que sa vie, et même plus pour longtemps, vu que si elle dit qu'elle était esclave ils ajouteront "en fuite" et ils la tueront, et si elle dit qu'elle était voleuse ils la tueront tout pareil ?

- Comment t'appelles-tu ?

Tu t'en branles de mon nom.

- Pourquoi vous m'avez pris mon bracelet. Il est à moi ce bracelet.

Elle aurait bien voulu que sa voix soit plus forte que ce foutu murmure tout vide. Elle aurait bien voulu que ça s'entende mieux que ça qu'elle les hait tous, tous autant qu'ils sont, parce qu'il n'y aura plus jamais personne qui la regarde autrement qu'une merde de chien sous une semelle. Alors oui elle les emmerde, et malodorant, encore. Elle aurait tellement aimé que ça s'entende. Elle voudrait lui cracher sur les bottes, à celui-là. Qui vient poser des questions en se foutant pas mal de les poser à une ombre sans visage. Parce qu'il connaît déjà les réponses, ou qu'il s'en fout, comme les autres. Elle voudrait voir sa gueule si elle lui disait qu'elle savait écrire son nom.

Au lieu de ça, elle sent que la nausée se réveille.
Trop faiblement. Même si elle pousse et elle est trop à bout pour pousser quoi que ce soit, ça giclera jamais aussi loin que le type sur son tabouret.
Dommage.

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Dernière édition par Loryn le Lun 21 Déc - 18:11, édité 1 fois
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Paul de Peyrefendre

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MessageSujet: Re: Une destinée à déterminer (pv Loryn)   Lun 30 Nov - 23:41

Le seigneur fronça les sourcils. Quand il posait une question, on répondait à la question. Ou mieux, on répondait à la question en ajoutant "mon seigneur" à la fin. Il n'était pas habitué à ce genre de comportements. Un pécore qui lui parlait sur ce ton ne tardait pas à récolter un bon coup d'épée. Le plat de l'épée, pas le tranchant, mais asséné en plein visage, cela valait toutes les leçons de savoir-vivre.

Cela dit, la prisonnière ne savait peut-être tout simplement pas qui elle avait en face d'elle. Autant lui en donner une idée. La voix de Paul de Peyrefendre était sèche et tranchante lorsqu'il reprit la parole.

Je suis le seigneur Paul, de la maison Peyrefendre. Fils aîné de Roland, comte de Peyrefendre, et j'assume présentement les fonctions de Général Protecteur. Je te conseille vivement de changer de ton, chienne.

Il attendit quelques secondes une réponse qui ne vint pas. Satisfait, il reprit posément en faisant craquer ses jointures.

En l'absence du seigneur Roland, je décide du sort de tous les prisonniers pris à la frontière lydane. Tu es clairement une eiralienne. Cela étant, ta réaction lorsque mes hommes t'ont trouvée ne plaide pas en ta faveur. Pas plus que ces fameux bijoux, qui te seront restitués si tu peux nous convaincre que tu les as acquis honnêtement. Pour l'heure, de mon point de vue, tu es soit une esclave en fuite, soit une voleuse. Voire les deux à la fois.

Un bref silence, avant qu'il reprenne.

Alors si tu appartiens à quelqu'un, c'est le moment de nous dire qui. Nous te restituerons à lui et le laisserons décider de ton sort.

Autant une personne libre était soumise à la loi de son seigneur, autant, en pratique, il n'était pas inhabituel de laisser un propriétaire décider lui-même des sanctions à prendre à l'encontre d'un de ses esclaves qui aurait pris la fuite. Évidemment, si l'esclave avait commis un vol, il n'y avait pas de raison qu'il soit puni moins sévèrement qu'une personne libre. Mais si la victime du vol était le propriétaire... la politique de Paul de Peyrefendre était de ne pas s'immiscer dans des affaires internes.

Cela dit, j'ai la sensation que tu viens de plus loin qu'un bordel d'un village frontalier. Je te repose donc, une dernière fois, la question : quel est ton nom ? Et d'où viens-tu ?

Comme les choses étaient parties, c'était le gibet qui attendait la gamine. Et Paul de Peyrefendre n'avait aucune réticence particulière à cette idée. Mais il avait l'impression tenace que la fille avait des choses à raconter sur les forêts frontalières en général, et les Lydanes en particulier. Et il voulait au moins entendre l'histoire avant de la faire exécuter. Sachant que si l'histoire était suffisamment intéressante... Hé bien. Il y avait dans les éclaireurs du Kevalis des gars qui s'étaient engagés en échange de la clémence pour certaines actions dont ils ne se vantaient pas. Le système pouvait très bien être transposé à une fille qui parvenait à survivre plusieurs jours en territoire lydane. Plus que ne pouvaient en prétendre pas mal d'éclaireurs.
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Loryn

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MessageSujet: Re: Une destinée à déterminer (pv Loryn)   Lun 21 Déc - 18:03

Eh merde. Un fils de comte. J'ai rien fait pour mériter un fils de comte, moi.
Merde. Mais qu'est-ce qu'il me veut celui-là ?


La Souris a reculé dans l'ombre autant que le mur le permet. Elle s'est ramassée en une petite boule de fille crasseuse et ensanglantée, une petite boule douloureuse, nauséeuse et à présent doucement tremblante. La douleur est bien installée derrière son front, elle la sent emplir toute sa tête, tout son corps, une lente pulsation rouge au rythme de son sang.

... soit une esclave en fuite, soit une voleuse. Voire les deux à la fois.

Les deux, en fait. Les mains tranchées et la corde.

Alors si tu appartiens à quelqu'un, c'est le moment de nous dire qui. Nous te restituerons à lui et le laisserons décider de ton sort. Cela dit, j'ai la sensation que tu viens de plus loin qu'un bordel d'un village frontalier. Je te repose donc, une dernière fois, la question : quel est ton nom ? Et d'où viens-tu ?

Un bordel de village frontalier. Bien sur. Une fille, c'est forcément une putain, pas vrai, le fils de comte ? Une fille c'est jamais que de la viande autour d'un trou. Ça ne travaille pas, ça n'a pas de mains pour ça, pas de cervelle non plus, juste un con.

De la colère, maintenant.
De quel droit ? De quel droit ces types avaient-ils porté la main sur elle juste parce qu'elle était là et qu'elle était seule ? Et pris son bracelet ? Et jeté sa pauvre carcasse dans une geôle après lui avoir cassé la gueule ? Et lui, là avec son titre sorti de la queue de son comte de père, il venait la traiter de chienne et de putain ?

Salopard. Vous n'avez pas le droit. J'étais libre.

- C'était Loryn, mon nom. Et je viens de la route. Seigneur.

Ajouter Seigneur, sinon il allait le prendre mal, et lui allonger des claques et cette fois elle allait vraiment lui gerber à la face.
Mais il n'allait pas se contenter de ça, le seigneur.
Sauf que parler ça fait mal. Elle arrive à chuchoter mais parler ça pousse la douleur dans sa tête jusqu'à la sensation terrible que tout va exploser et qu'elle va repeindre le mur avec sa cervelle.
Elle gémit, mais elle essaie qu'il entende pas.
C'est pas le genre à comprendre qu'une fille qu'il interroge puisse avoir mal à la tête et besoin d'obscurité et de silence.
Et d'oubli. D'oubli...

- ... des ambulants. Jongleurs, acteurs, chanteurs. La route.

Expliquer le bracelet.
Expliquer pourquoi elle était seule.
Essayer de parler assez fort pour qu'il entende.

Mais j'ai si mal. Si mal...

- Il y a eu une attaque, une nuit. J'ai pas vu grand chose, j'ai couru. On a tous couru. Je me suis perdue.

Si mal. Et tellement envie de pleurer. Et aucune envie de pleurer devant celui-là.
Chienne. Putain. Le mal de tête est dévorant, et maintenant le mal de gorge aussi. Celui qui griffe quand on veut pleurer et hurler que c'est pas juste.

- Me suis retrouvée sous la patte d'un type. Immense. Il m'a ramenée à un campement. Dans la forêt. Le bracelet, c'est lui. Un cadeau. Je devais le porter, parce que... il voulait. Que je le porte. Seigneur.

Elle sent son visage qui se déforme, les hoquets qui cassent sa voix et entrecoupent ses phrases. Elle sent qu'elle a perdu, qu'elle va pleurer. Elle n'a pas envie de lui parler, à lui, mais elle parle quand même. Elle s'en fout finalement, qu'il la croie. Pour elle il n'y a plus rien. Elle allait retrouver une place à elle, retrouver des gens, apprendre. Sortir de la crasse, sortir de l'ignorance, découvrir autre chose, même en souffrant, même en pleurant parfois, protégée par une main immense mais poussée par elle, et par le regard sombre et froid qui pèse et qui juge.
Mais y'a plus de main.
Plus de regard.
La vieille femme est morte aussi, et son savoir avec elle, tout ce savoir perdu.
Plus rien.

Alors la corde, finalement, qu'est-ce qu'on en a à foutre.
C'était son destin depuis le début, non ? Les voleurs ne vivent pas vieux. Et elle a pas eu le temps de devenir autre chose.

- Et le camps a été attaqué. Beaucoup d'hommes. Tous les guerriers ont couru. On devait se rassembler, pour les blessés. Ça s'est battu, dehors. Et puis ils ont dit... ils ont dit qu'il était tombé. Qu'il était mort.

La douleur déchirante que ça lui fait, encore. Ça lui arrache un bout de ventre de le dire. Mort. Il lui a fallu des jours pour comprendre vraiment. Mais elle avait pas pleuré. Jusqu'à maintenant.
Et elle a de la colère qui lui flambe dans le coeur et de la douleur pour l'attiser, et le rouge de la souffrance derrière les yeux, et tout son corps qui gueule que c'est trop, qu'elle parle trop fort qu'elle s'agite trop, que ça va mal finir.
Mais est-ce que ça peut plus mal finir.
Elle a commencé à parler, alors faut terminer, non ? Il veut savoir, le fils de comte ? Il va savoir. De toute façon il la croira pas, alors qu'elle a pas dit l'ombre d'un mensonge. Alors autant continuer, non ? Avec la voix qui vibre et si mal qu'elle sait qu'il ne lui reste pas beaucoup de temps avant de...

- Les Lydanes auraient tué tout le monde. Et moi je sais pas me battre. Je pouvais rien faire. Que courir encore. Alors j'ai couru. Seigneur. Et puis je suis tombée sur ces types à vous. Seigneur. Des braves gens. Serviables et tout.

... de rouler sur le côté et de vomir dans la paille puante et moisie.
Et ça fait un mal de chien. La tête dans un étau et tout le corps qui pleure pour que ça s'arrête.

Jusqu'à ce que ça se calme.
Et rire tout bas.
Serviables et tout...

Je vais peut-être le payer cher, le sarcasme.
Les fils de comte ont sûrement pas d'humour.


Elle reste pliée en deux au-dessus de sa flaque, parce que c'est sans doute pas fini. Et qu'elle a plus la force de se redresser. Ni aucune raison de le faire.
Aucune raison de faire quoi que ce soit.

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Paul de Peyrefendre

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MessageSujet: Re: Une destinée à déterminer (pv Loryn)   Sam 9 Jan - 22:12

Serviables et tout...

Le fils de comte imaginait fort bien la scène. Les gars qui servaient dans les endroits les plus dangereux étaient, parfois, des gens qui avaient entendu l'appel du devoir et senti s'éveiller une vocation, mais souvent, des ruffians qui avaient décidé de servir dans l'armée pour repartir du bon pied, en évitant la corde au passage. Même si l'on essayait de garder une armature solide d'officiers et sous-officiers d'aplomb sur le plan moral, il pouvait y avoir des dérapages. Et surtout, la frontière était un endroit où l'on apprenait rapidement à cogner avant de poser des questions. Et c'était tout à fait normal. Paul de Peyrefendre se fichait bien que ses hommes aient mis quelques claques à une jouvencelle qui avait fait mine de résister.

Une attaque ? Où ça ?

Les attaques étaient quelque chose dont Paul se devait d'être informé. Et leur grand avantage, en l'occurrence, était leur caractère vérifiable. Dans un premier temps, seul un crachotis et le vague gargouillement ressemblant à celui de quelqu'un qui s'étouffe dans son sang lui répondirent. Puis une voix sortit une fois encore des ténèbres.

J'ai... harr... pas entendu... ... ... ce que vous venez de dire.

Tu me parles d'une attaque, reprit patiemment Paul. Où a-t-elle eu lieu ?

Dans la forêt... quatre jours de marche...

Quelle direction ?

Sud... ou sud-est... ou entre les deux.

Quand on était habitué à compiler des compte-rendus d'éclaireurs, on apprenait à aimer la précision. Les choses étaient souvent déjà assez floues comme ça, même en travaillant avec des rapports précis. Il posa la question d'une voix sèche :

Sud ? Sud-est ? Ou "entre les deux" ?

Il y eut un cliquetis de ferraille cependant que les chaînes autour des chevilles de la prisonnière tintaient.

Entre les deux.

Bref hochement de tête approbateur. Ce serait vérifié, bien sûr. Une attaque, quelle qu'elle soit, devait être connue, pour pouvoir contrer les suivantes. Tout ce qui perturbait la paix royale devait être réglé. Et peu importait que le perturbateur soit eiralien, lydane, ou même un habitant des nuages à deux têtes, tant qu'on y était.

Attaqué par qui ? Que s'est-il passé, exactement ?
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Loryn

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MessageSujet: Re: Une destinée à déterminer (pv Loryn)   Dim 24 Jan - 19:39

- Attaqué par qui ? Que s'est-il passé, exactement ?

Mais je te l'ai dit, crétin. T'es complètement bouché ou quoi ?

- Exactement, j'en sais rien... J'étais à l'intérieur du camp, moi. Seigneur.

Du coup, je déduis, j'interprète, et peut-être que j'imagine. C'est clair, quand même, non ?

- Mais ils ont crié que c'étaient des Lydanes. Moi, je les ai pas vus...  

Et même si je les avais vus, tu crois que j'ai déjà vu des Lydanes ? Et que je suis encore en vie pour te raconter ? 'sont débiles, ces fils de comtes, vraiment... C'est bien connu que les Lydanes laissent aucun vivant derrière eux.

L'autre, en face, ne semble pas troublé pour un sou. Il pose une question, la repose, la re-repose, une fois, deux fois... Eh quoi ? Comme si on pouvait être assez con pour mentir, une fois le cul sur la paille d'un cachot et les pieds dans des bracelets d'acier !

- Le camp, ils l'ont attaqué d'un seul côté, ou ils l'ont encerclé ?

Est-ce que je sais, moi ?

- Euh.. pas encerclé. Non, pas encerclé, sinon j'aurais pas pu m'enfuir. Je crois. Seigneur.

La vache, j'ai trop mal. Si cet emmerdeur pouvait arrêter de me tanner avec ses évidences...

La prisonnière grogne, balance lourdement sa tête douloureuse. Et rampe encore un peu plus loin sur les fesses et les talons. L'odeur de son propre vomi lui tourne au ventre, et ses tempes la lancent par vagues nauséeuses...

- Ils étaient surtout devant. Je crois.

Un temps. Peut-être qu'il va...

- Donc, tu ne sais rien sur les assaillants, à part que c'étaient des Lydanes ?

Bon. Il est débile, c'est officiel.

- Non.  

Et elle a l'impression d'expliquer à un môme de quatre ans comment lacer ses sandales.

- Je sais ce que j'ai entendu crier, c'est tout. Seigneur.

Et elle a bien garde d'oublier ce titre auquel il semble tenir plus que tout. Con comme une urne, mais fier comme un putain d'oriflamme.
Le jeune noble émet un clappement de langue agacé. Il semble qu'il aimerait des certitudes, et non des hypothèses. Oui mais voilà. Loryn est blessée, malade, effrayée, mais pas idiote, loin de là. Elle n'ira pas affirmer une incertitude. Bien trop risqué.
Sauf que ce type semble n'avoir aucun intérêt pour sa vie. Limite, morte, ça fait un cachot de libre.
Ce qui fait qu'il vaut mieux se trouver une petite utilité. Comme la connaissance d'informations précieuses. Par exemple.

Mais je sais rien !!! Rien d'utile !!!

- Combien d'hommes, dans le camp ?

Et Loryn geint, la tête douloureuse.

T'en connais beaucoup des traîne-misère comme moi qui savent compter, Fils-de-Comte ? Qu'est-ce que tu crois ?

La tentation est forte de cacher qu'elle sait, elle, et qu'elle s'est posé la question, aussi. Rester cachée, rester personne.

Oui mais Personne mourra, dans cette prison.

La Souris hésite, les moustaches frémissantes, à fleur de lumière. Sortir du trou ? S'y cacher ?

- Des hommes qui se battent ? Ou tout le monde ?

Question bien trop intelligente, déjà.
La Souris tremble. Elle sent son ombre la tirer en arrière, mais elle résiste. Difficilement.

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Une destinée à déterminer (pv Loryn)
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