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 L'orgueilleux prétendant - 2

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Aliénor d'Ombreval
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MessageSujet: L'orgueilleux prétendant - 2   Ven 21 Mar - 21:25

(suite de...)

L'heure du guerrier est venue, et Aliénor d'Ombreval s'avance dans les couloirs du Palais. Elle a envoyé Arnaud, son page, accueillir son visiteur dans la cour, et l'a chargé de le conduire ensuite aux jardins. Elle a hésité un instant à emprunter à Iseult la petite salle de conseil, ou à choisir un des nombreux salons de l'immense Palais. Hors de question de recevoir cet homme dans ses appartements, elle s'y refuse dans un premier temps. Les jardins sont magnifiques en cette fin d'été, ils offrent un cadre propice aux discussions aussi bien formelles qu'informelles, et si tout ce qui s'y déroule est à la vue de tous, ils sont suffisamment vastes pour que les conversations y restent privées. Les jardins seront parfaits. Elle y a déjà fait préparer une collation, légère et raffinée, et fait rafraîchir les vins de sa propre réserve. Les crus d'Ombreval sont renommés, après tout.

Si l'homme est ponctuel, il doit déjà l'attendre depuis quelques minutes. Elle a pris tout son temps, à dessein. Elle est vêtue avec soin mais sans richesse excessive d'étoffe légère qui ne retient pas la chaleur parfois lourde en cette saison, des couleurs claires et fraîches, bleu pâle, gris de nuage et vert aquatique, qui donnent à ses vastes prunelles aigue-marine l'éclat de la mer qui baigne les falaises blondes. Sa chevelure relevée et maintenue par de petites épingles d'argent retombe sur son épaule en une lourde natte lisse. Elle se sait éclatante, même sans les fioritures vestimentaires exubérantes qui sont à la mode cette année. La mode est pour les gens qui n'ont pas assez de caractère pour avoir leurs propres goûts. Les rubans et les noeuds, les fleurs de soie, les joyaux, fards et frisettes ne sont que des artifices pour détourner le regard de ce qui est imparfait. Aliénor d'Ombreval n'a rien à cacher. Elle est rose et blanche comme un pétale de de cerisier, dorée comme un petit matin. Pour seul ornement, ce soir, elle porte une perle pêchée le jour de sa naissance, que sa mère a fait monter pour elle, et qui oscille au bout de sa chaîne au rythme de ses pas, sphère parfaite d'un blanc lunaire sur la peau satinée de sa gorge.

Les petits pieds chaussés de chevreau foulent les sentiers du jardin, dalles, graviers, sables blancs soigneusement ratissés, herbe tendre. Le trottinement de souris de l'esclave poursuit le pas léger de la maîtresse, et les deux femmes rejoignent le lieu choisi pour la rencontre, une table de pierre polie cernée de banquettes garnies de coussins, sous une charmille odorante qui filtre le soleil.

Un bon point pour lui s'il est à l'heure. Un autre s'il est impatient, mais courtois. Un troisième s'il a du mal à me regarder dans les yeux.

En fait, si elle reste préoccupée et agacée par cette captivité que lui a légué son insensé de père, Aliénor doit bien s'avouer une chose : le jeu l'amuse. Chercher à deviner. Comparer son portrait mental aux hommes de chair et de sang qui se tiennent devant elle. Se réjouir d'avoir touché juste, et apprendre de ses erreurs.

Un sourire serein et paisible sur les lèvres, elle fait les derniers pas à la rencontre de son visiteur.

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Philippe de Castelys

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MessageSujet: Re: L'orgueilleux prétendant - 2   Lun 31 Mar - 13:57

Le baron de Castelys fut introduit à l'heure convenue. Alors qu'il suivait un jeune page chargé de lui montrer le chemin, Rosbury lui avait soufflé qu'il prenait congé. Philippe ne le retint pas : la présence de cet encombrant chaperon ne lui était d'aucun réconfort. Rosbury pour sa part considérait sans doute qu'il valait mieux montrer que Philippe pouvait se débrouiller seul; s'il se présentait accompagné d'un mentor pour faire sa cour à la noble dame, il passerait pour un idiot.

Les jardins du palais étaient d'une beauté renversante, plus encore à l'heure où le soleil commençait à décliner. Parfumés des senteurs d'une végétation des plus variées, ils étaient étonnamment calmes pour un lieu qui demeurait relativement fréquenté. Mais il présentaient un nombre suffisant d'allées pour éviter une compagnie indésirable, et l'on pouvait s'y promener à l'aise. C'était l'endroit idéal pour une rencontre galante... ou pour une confrontation politique maquillée en simple badinage.
La dame n'était pas encore là, mais ne tarderait guère, assura le page. Philippe s'en montra fâché. Les sourcils froncés, il déchantait déjà. Il avait cru, en apprenant qu'il rencontrerait Aliénor aux jardins, démarrer dans les meilleures conditions. Après tout, il avait ouï dire qu'Aliénor n'hésitait pas à éconduire certains prétendants sans y mettre les formes. Qu'elle lui donna rendez-vous dans un lieu aussi agréable laissait entendre que Philippe, lui, avait ses chances. Il n'était pas d'un rang si élevé, et malgré tout, elle semblait le considérer avec suffisamment de sérieux pour le recevoir. Mais, maintenant qu'il était là, eh bien la comtesse se jouait de lui et le faisait attendre.

L'espace d'un instant, il imagina qu'elle ne viendrait pas. Peut-être se moque-t-elle de moi depuis le début. Elle n'a jamais eu l'intention de considérer ma proposition. Car après tout, s'il n'avait pas formulé explicitement le motif de sa visite, celui-ci était plus qu'évident. Personne ne venait voir Aliénor pour d'autres raisons; si Philippe avait voulu parler des affaires de sa baronnie, en tant que vassal d'Ombreval, il se serait adressé à l'intendant - ou, plutôt, sa mère s'en serait occupée pour lui. Elle n'envisage pas une seconde de m'épouser, s'imagina-t-il avec horreur. En fait, elle trouve cela tellement risible qu'elle a voulu me jouer un mauvais tour.
Puis il se ressaisit. Après tout, c'était une habitude chez les femmes, d'être en retard. Il se dit qu'elle devait encore être occupée à s'apprêter pour le rendez-vous. Elle veut être parfaite, et elle me fait attendre pour me déstabiliser, parce qu'elle-même est sûrement nerveuse. C'est un jeu pour elle, et je dois être le plus malin si je veux remporter la partie. Dès lors il s'efforça de se tenir bien droit, et adopta une expression plus distinguée, le maintien plus noble. Il fallait qu'il s'affiche en prétendant sérieux, et qu'il fasse mine de ne pas avoir remarqué le retard de la comtesse.

Celle-ci ne le fit pas languir si longtemps que ça, en vérité. Elle apparut bientôt, vêtue d'une toilette qui mariait savamment l'élégance et la sobriété. Aliénor n'avait nul besoin, contrairement à bien des dames à la cour - pourtant bien moins riches qu'elle - de dépenser dans des étoffes extravagantes et hors de prix, ni de se parer d'ornements tape-à-l’œil. Elle était resplendissante, et l'espace d'un instant, Philippe y perdit toute sa contenance. Il se ressaisit très vite; il ne voulait pas se montrer vulnérable. Et pourtant, l'exercice était des plus difficiles. Il se demandait maintenant quelle attitude adopter : devait-il la regarder avec envie, comme il s'y sentait naturellement poussé ? Il passerait pour un prétendant comme les autres, qu'Aliénor aurait dompté par sa seule beauté et dont elle se lasserait ou bout d'une rapide discussion. Ou devait-il s'efforcer de rester neutre ? La comtesse pourrait être vexée qu'il n'ait pas un regard pour elle. Et s'il la regardait, devait-il la contempler dans son entier, ou se borner à la fixer droit dans les yeux ? La première solution serait sans doute discourtoise, la seconde manquerait de naturel.

Il n'eut guère à choisir, de toute façon, puisque lorsqu'elle parvint à sa hauteur, il n'arriva même pas, en dépit de ses efforts, à soutenir son regard. La renommée de cette jeune femme amie de la reine, sa fortune, le poids qui pesait sur les épaules de Philippe en raison de l'importance de sa requête, tout cela était trop troublant pour qu'il puisse se montrer à la hauteur. Il fuyait le regard de la comtesse, se sentait diminué, et pour la première fois, il se demanda s'il était bien digne d'elle. Si Mère me voyait, elle enragerait de honte, se dit-il, frémissant à cette pensée. Ah, si seulement il avait eu un ami auprès de lui qui puisse le soutenir et lui donner un peu de courage ! Quelle plaie qu'il ne soit pas venu avec Ackley. Lorsque son cousin favori l'accompagnait, Philippe ne doutait jamais de rien.

- Dame Aliénor, articula-t-il après un moment qui lui parut excessivement long, avant de la saluer respectueusement ainsi qu'il sied lorsqu'un vassal s'adresse à son suzerain.

Ce bref instant le ramena à la réalité de sa mission, et dans le même temps, un soucis de taille lui apparaissait. Il entamait cette conversation avec ce qui lui paraissait être un désavantage certain : puisqu'il était son vassal, il ne pouvait être qu'en position de faiblesse vis-à-vis d'elle; à partir de là, il serait très difficile de maîtriser le débat.
Surtout s'il ne parvenait pas à la regarder fixement, sans en mourir de désir. Il ne pouvait contempler ses yeux sans deviner le tempérament de feu que couvait ce regard, il ne pouvait regarder cette chevelure tout en réprimant l'envie d'y glisser ses doigts, pas plus qu'il ne pouvait s'empêcher de l'imaginer nue lorsque ses yeux s'arrêtaient sur la légère étoffe qui couvrait la comtesse.

- C'est un privilège pour moi, d'être admis en votre plaisante compagnie, se reprit-il, cherchant à badiner pour retrouver un peu de maîtrise. Nous avons malheureusement peu d'occasions de vous voir, si loin d'Ombreval.

Cette allusion, si innocente fut-elle, à Ombreval, annonçait déjà la couleur. Je suis potentiellement la clé qui la ramènera chez elle, se dit Philippe. Ombreval lui manque forcément. Elle repousse des prétendants depuis si longtemps, elle va bien finir par céder. Restait à espérer qu'elle céderait avec lui et pas avec un autre.
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Aliénor d'Ombreval
Comtesse

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MessageSujet: Re: L'orgueilleux prétendant - 2   Dim 13 Avr - 10:58

Trois points.

Aliénor est presque déçue, en fait. Non pas de l'allure du jeune homme qui se tient devant elle, et dont le teint au hâle doré de Méridian a pâli de manière si évidente, et finalement si prévisible. Non, il est très bien, ce garçon, tout à fait conforme à ce qu'on lui en a dit. Pas trop grand, bien découplé, éclatant de bonne santé et de vigueur, traits réguliers, assez fins même. Un regard qui doit être saisissant quand il est ne dérape pas hors du droit chemin, du seul chemin qui ait finalement du sens entre deux regards : la pure et simple ligne droite.

Aliénor retient un soupir de dépit. Qu'espérait-elle ? Rares sont ceux qui, depuis qu'elle est sortie de l'enfance, ont emprunté la ligne droite à leur première rencontre. Elle les compte sur les doigts d'une seule main. Ceux-là étaient soit des êtres rompus à la dissimulation, soit au contraire absolument francs. Les premiers, d'éminents politiciens, avec des plans derrière les objectifs derrière les mots et les belles paroles courtoises, des serpents, des rapaces. Les seconds, juste des hommes, qui n'attendaient rien d'autre d'elle que d'être là. Etrange de se sentir plus forte, plus grande et plus belle dans un regard d'homme qui se moque de tout ses avoirs pour ne voir que ce qu'elle est. Il n'y en a eu que deux de ceux-là, et un seul dont les pas ont suivi le regard, en ligne droite jusqu'à elle. L'autre s'est incliné sur un sourire et est reparti, la démarche marquée par de trop nombreuses années de vie, trop peu encore à vivre une existence au déclin trop prononcé déjà pour supporter le soleil violent de sa jeunesse à elle. Elle l'a laissé partir et a pleuré seule.

Voilà pourquoi les yeux fuyants de Castelys étaient prévisibles. Et décevants.
Qu'il admire sa beauté, c'est indubitable, et c'est normal, elle a fait ce qu'il fallait pour qu'il ne puisse l'ignorer, après tout. Elle a vu cet éclat-là dans ses yeux avant qu'ils ne glissent. Et elle a mesuré presque exactement à quel moment ils sont glissé. Quand l'enjeu de cette rencontre est revenu à son esprit. Un comté, une fortune, une ancienne noblesse, une position de pouvoir. Et la jeune femme de chair et de sang s'est estompée derrière le rayonnement insoutenable de trop d'or amoncelé.
La politique et les jeux de pouvoir pourrissent tout.

Ceux-là sont tellement rares qui voient Aliénor et non la Comtesse. Autant elle aime profondément son pays volé, si lointain, autant elle déteste et méprise finalement tous ces prétendants qui ne la voient que comme la clé du Castel d'Ombreval et de ses incommensurables richesses. Elle est fière de son héritage et de la puissance de son nom. Elle a la nuque assez solide pour en supporter le poids, aussi. Mais elle est jeune, trop jeune encore pour avoir parfaitement dominé le feu de son être et sa faim de vie.

Est-ce que ça existe, un homme qui me voudrait pour moi ?

Oui, ça existe. Malheureusement, ça existe. Et cet homme ne peut, ne pourra jamais être un époux, il ne le voudrait pas, et elle non plus, du reste.

Alors autant serrer les dents et avancer. Pour elle aussi l'enjeu existe. Si ce garçon peut la ramener à Ombreval, s'il lui suffit de l'enfourcher comme un jeune cheval rétif et de lui indiquer par la fermeté de ses mains et de ses cuisses qui choisira le chemin et qui gagnera à le suivre sans rechigner, elle peut conclure avec lui l'accord qu'elle conclut finalement chaque fois qu'elle se confronte à l'un des jeunes étalons qu'elle aime à entraîner. Ils luttent tous, avant de comprendre, puis de partager avec elle les longues promenades dont son escorte revient toujours avec une heure ou deux de retard, distancée par ses galops effrénés et ses parcours tortueux. Les chevaux d'Ombreval sont sans égaux parce que les cavaliers d'Ombreval sont exigeants. Et qu'ils aiment les défis.

Autant se préparer à la lutte de volonté, donc. Le tout étant de savoir quelle autre main tient la longe de ce jeune mâle-là. Aliénor a déjà décidé, peut-être un peu vite d'ailleurs, qu'il n'avait pas choisi lui-même de se trouver ici. Qu'il y avait quelqu'un d'autre. Un oncle ambitieux peut-être, qui pousse Philippe à abandonner Castelys à sa propre progéniture. Il faudra savoir.

Mais plus tard. Il n'a pas encore déclaré ses intentions après tout.

Le fait est que la cause de la présence de Philippe de Castelys à Falyse, la cause véritable, est toujours implicite. Courtoisie de vassal, certes...

Peut-être finalement n'y a-t-il rien d'autre ?

Voilà qui serait nouveau. Ces derniers mois, chaque visite titrée de quelque noblesse avait toujours cet objectif masqué plus ou moins habilement derrière diverses fausses raisons. Aliénor sourit au salut respectueux que vient de lui adresser le jeune homme. Une voix agréable, chaude et un peu voilée. Il doit chanter joliment.

Nous verrons... pense-t-elle, autant pour la voix du jeune homme dont le teint passe du pâle au coloré par une série de conflits intérieurs que son regard trahit sans doute plus qu'il ne l'imagine, surtout pour qui se fait un jeu de décoder les regards, même détournés, surtout détournés. Décontenancé par la présence de sa jeune suzeraine, c'est certain. Sans doute troublé par son apparence, mais il doit quand même commencer à absorber cet effet-là, surtout qu'il ne s'agit en principe pas d'une surprise, Aliénor sait ce que l'on dit d'elle. Non, passée la première bouffée de chaleur, il a du s'en remettre. Plus probablement, en voilà un qui n'aime pas se trouver en position inférieure, ou qui n'en a pas l'habitude. Plus souvent l'objet des manifestations de respect des autres que le dispensateur. Ce qui serait regrettable, puisque tout haut placé qu'on soit, il y a toujours quelqu'un au-dessus de soi, à moins d'être roi ou reine. Mais là c'est une toute autre lutte qui commence alors, et de ses longues conversations avec Iseult, Aliénor sait à quel point cette position-là peut être terriblement inconfortable.

- C'est un privilège pour moi, d'être admis en votre plaisante compagnie. Nous avons malheureusement peu d'occasions de vous voir, si loin d'Ombreval.

La voix du jeune homme est venue la cueillir à l'improviste. Elle était absorbée dans ses tentatives pour le lire, et en a oublié qu'il pouvait être en train de se livrer au même exercice. Ce qui lui serait assez malaisé, il faut le dire, puisqu'il semble décidément avoir du mal à rejoindre cette fameuse ligne droite. Pourtant à ce moment où elle a un imperceptible sursaut, Aliénor aimerait vraiment savoir s'il l'a fait exprès. La piqure est habile, précise, la cible bien choisie, en plein dans le mal du pays, juste au centre. Le sang perle.

Touché.
Tu n'es peut-être pas si désarmé après tout.
Soit assez sensible pour comprendre, soit très bien renseigné.


Le regard d'Aliénor a changé. Plus acéré, plus intense. Est-ce que c'est un hasard ? Juste une formule de politesse qui aurait tapé dans le mille ? Un instant très bref elle accroche un reflet dans les yeux du jeune homme, un angle dans son sourire, une presque-certitude, et quelque chose de trop chaud ou de trop froid lui dévale brusquement le dos.
Un éclat de haine.
Ou une envie de jouer.

Le sourire d'Aliénor s'ouvre un peu plus, dévoilant l'éclat nacré des dents. Si elle grognait, ce serait clair, mais elle ne grogne pas, sa voix est ferme et douce, musicale. Elle lève une main fine et blanche, poignet joliment fléchi, pour que son jeune vassal y dépose le simulacre de baiser qui signe le salut formel à une dame de haute naissance.

- Bienvenue, Baron, dans cette maison qui n'est pas la mienne. Croyez que je regrette plus que tout cet éloignement. Ceux de mon pays sont tous bien trop rares à mon coeur. Nous devrions être voisins, et nous connaître comme de vieux amis !

Elle arrive à rire, et à ce que ce rire sonne juste, léger. Non, je ne souffre pas, c'est une façon de parler. Non, rien ne presse, ça ne me dévore pas. Ce n'est pas pour ça que je m'épuise en galops furieux ni que je m'acharne sur des partenaires d'entraînements au point de leur faire peur, et que le maître d'armes nous engueule l'un et l'autre, moi de perdre ma clairvoyance et l'autre de ne pas oser riposter. Ce brave homme se fout que je sois comtesse et c'est pour ça que je le chéris. Non, ce n'est pas pour ça que je marche la nuit dans le jardin, dans les couloirs, ou que je cogne parfois la pierre grise et froide de ces murs gris et froids. Certainement pas.

Il lui faut bouger. C'est imbécile, comme ces simples mots ont réveillé sa douleur et sa colère. D'un coup elle a envie de frapper et de griffer le premier visage d'homme qui lui passe à portée de mains, ces crétins d'hommes, comme son vieux cinglé de père confit dans ses coutumes d'un autre temps, trop stupide pour voir qu'une femme peut penser aussi bien, et souvent mieux, que n'importe quel porteur de testicules.

Elle entraîne du geste Philippe à la suivre à travers les jardins vers la charmille parfumée où attend le repas léger qu'elle a fait apprêter. Mais pas en ligne droite. Elle a besoin de marcher. Et contenir son pas pour lui garder des airs de promenade courtoise et de sérénité lui coûte une grande part de sa maîtrise. Elle guide le jeune baron à travers les grandes pelouses et les bosquets d'arbustes odorants, d'ombrage en rayon de soleil.

- Allons, racontez-moi. Comme vous dites je suis absente depuis bien trop longtemps, et les nouvelles sont presque aussi rares que les visites. Que se passe-t-il d’intéressant dans le Sud ?

A lui de choisir ce qu'il lui dira. Les nouvelles sont bien plus abondantes qu'elle le dit, elle a de nombreux informateurs et quelques espions qui la renseignent régulièrement, et il s'en doute probablement. A voir s'il en tiendra compte ou pas. S'il la considérera comme une jeune fille enfermée ou comme une souveraine attentive. Un test, encore.
Un moyen de se changer les idées, aussi.
Quoique... peut-on se changer les idées en se retournant à soi-même le couteau dans la plaie ?
Non.
Mais on peut peut-être finir par s'endurcir.

Ou se saigner à blanc.

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