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 Le Protecteur en visite

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Roland de Peyrefendre
Général protecteur de Rossburh

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MessageSujet: Le Protecteur en visite   Sam 15 Mar - 15:44

Palais royal de Falyse, dans la salle du Trône
31ème jour du Bœuf (238ème jour) de l'an 165
Début de l'heure du Luth (début de matinée)



HRP : Sur injonction d'Alié notre admin bien-aimée, je modifie la couleur de mes dialogues pour les rendre plus lisibles.

La salle était immense, grandiose, même. Elle n'avait rien de richement décoré, lorsque l'on y réfléchissait bien : point de tentures luxueuses, de tapis coûteux, d'ornementations sophistiquées. Mais les seules dimensions et l'architecture élancée de l'immense salle du trône lui donnaient un air de majesté. De durer depuis toujours, et de devoir durer toujours.

Espérons que ce sera le cas.

Peu de personnes, dans cette salle. Même les féroces Gardiens de la Reine y étaient peu nombreux : un de chaque côté du trône, juste en avant d'Iseult. Pas trace d'Aldric à l'horizon, ce qui agréait largement à Roland. L'absence du chien lydane de la Reine ne devait rien au hasard, et il avait parfaitement compris le message : c'était la fois une concession diplomatique, et une marque de confiance envers la loyauté du seigneur de Peyrefendre, que d'éloigner celui qu'elle considérait comme son meilleur protecteur lors de cette audience.

Sinon, Hild d'Higden, bien sûr. Ainsi que Guilhem de Cîmerouge, et un homme que Roland ne se rappelait pas avoir vu. Mais cela lui donnait espoir. Une reine ne devrait pas s'entourer que d'une lydane et d'un parvenu pour tous conseillers.

Les pas du seigneur résonnaient dans la salle, cependant qu'il avançait vers sa souveraine. Ce qu'il pensait d'elle, personnellement, importait peu. Elle était la Couronne. Elle était l'Eiralie. L'âme de ce pays. Le moyeu de la roue, celle qui tenait tout le monde ensemble, loin des âges obscurs où la seule loi était celle de l'épée. Une antipathie personnelle ne pesait rien face à cela.

Alors qu'il remontait la travée dans un silence religieux, les yeux d'obsidienne de Roland étincelaient d'une résolution quasi fanatique.

Seigneur de la Marche. Voilà ce que je suis. Le bouclier d'acier qui protège le ventre mou du Royaume.

Une telle fonction vous changeait un homme. Lui donnait une place dans l'Histoire, que ce soit comme un héros, comme un traître, ou comme un crétin. On se coulait dans ce rôle, on devenait ce rôle, ou on échouait. Personne ne pouvait comprendre. Sinon le seigneur de Boguèn, à la limite. Encore que son père eût sans doute encore mieux compris ce que demandait cette fonction. Et ce qu'elle apportait.

Pour finir, il fut devant le trône. Dans un chuintement de métal soigneusement graissé et huilé, le seigneur de Peyrefendre mit un genou en terre, et inclina la tête.

Ma Reine.


Il resta ainsi, droit et immobile, jusqu'à avoir reçu l'ordre de se relever. Iseult d'Higden était la seule personne au monde qui avait ce privilège. Un autre aurait réfléchi à son discours, à ce qu'il allait dire. Roland de Peyrefendre l'aurait peut-être fait. Mais le Seigneur de la Marche n'en avait aucun besoin : il savait ce qu'il convenait de faire.
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Iseult d'Higden
Reine d'Eiralie

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MessageSujet: Re: Le Protecteur en visite   Jeu 27 Mar - 19:11

Même un genou en terre, Roland de Peyrefendre a de quoi intimider. Tandis qu'elle le regarde approcher de son pas ample et conquérant, Iseult ne peut s'empêcher de se souvenir des premières fois où elle s'est trouvée en présence de cet homme. Elle n'était qu'une enfant, fille de roi sans doute, mais aussi fille d'un peuple étranger, détesté. Si petite qu'elle était, elle sentait de la distance dans les yeux des gens qui lui souriaient pourtant, dans ce grand palais. Et pire encore dans les yeux des autres.
Ce n'était pas de la distance qu'il y avait dans les yeux du comte de Peyrefendre, c'était quelque chose de bien plus froid que ça. De bien plus mort que ça.

Le froid de milliers de cadavres eiraliens, fabriqués par le peuple de ma mère. Ce peuple dont elle ne fait même plus partie. Mais il n'est pas homme à pardonner le sang versé, et le mien lui semblera toujours trop impur pour qu'il m'accorde plus qu'un respect de façade.
Il ne me pardonnera aucune erreur.


Pourtant Iseult n'a pas peur de lui. Elle connaît depuis l'enfance les moues dissimulées de ceux qui convertissaient rapidement leur dégoût en courbettes, croyant qu'elle était trop jeune, trop enfant, qu'elle n'avait pas eu le temps de voir. Elle voyait pourtant, elle voyait tout. Enfant silencieuse mais terriblement observatrice, Iseult n'a jamais eu l'exubérance ironique de sa mère. Son caractère est celui de Pétrus, réfléchi, attentif, patient. De sa mère elle n'a que l'apparence, et elle se dit que parfois elle aurait préféré avoir hérité du physique sans grâce de son père plutôt que de cette beauté par trop lydane venue des forêts de l'Est...

Peyrefendre, comme beaucoup d'autres, ne verra jamais qu'une Lydane en elle. Ils ne la connaissent pas, et se moquent finalement de la connaître. La Lydane... et c'est sur le sang de son père qu'ils crachent quand leur mépris les fait cracher sur son nom. Pour ça elle leur en veut. Plus jeune il lui est arrivé de tempêter et de rager dans le secret de ses appartements, sous le regard désolé de sa mère. Mais elle a cessé d'avoir besoin d'extérioriser cette colère-là. Elle préfère à présent l'enfermer, la stocker. La colère est un sentiment très fort, et elle a besoin de force pour tenir droite cette nuque un peu frêle pour le poids de la couronne, pour garder le visage levé et tranquille quand tous autour d'elle ont un frémissement d'inquiétude qui leur glisse sur la peau, comme l'onde sur l'eau tranquille quand une vibration vient la troubler. La vibration de ces bottes de guerrier sur le dallage immaculé de la salle du trône.

Le comte a posé un genou devant les trois marches de la petite estrade où est installé le grand siège de bois sculpté, garni de douces fourrures, sur lequel elle est assise. Elle est restée immobile tout le temps qu'il approchait, paisible, un très léger sourire aux lèvres. Derrière elle sur la droite, un siège plus modeste est occupé par sa mère, et elle devine sans avoir à se tourner pour vérifier que le visage de Hild est pour l'instant masqué sous l'apparence de la plus parfaite courtoisie, de la plus exquise modestie. La reine-mère n'aime pas Peyrefendre, qui le lui rend allègrement. Elle lui épargne pourtant les piques acérées et les taquineries nuancées de sarcasme qu'elle distribue pourtant autour d'elle avec générosité. Peyrefendre est un allié indéfectible de la couronne, presque un fanatique. Il hait les Lydanes. Et surtout, il est totalement dépourvu d'humour.

Guilhem de Cîmerouge occupe l'autre place, derrière son épaule gauche, un peu en retrait par rapport à Hild, comme le veut son rang inférieur. Qu'il soit probablement l'homme le plus influent de Falyse à l'heure actuelle ne change rien à ses origines, et leur visiteur d'aujourd'hui ne prise rien tant que le respect des convenances.
Raison pour laquelle Aldric est absent.

Le front lisse du guerrier lydane s'est évidemment marqué d'un pli contrarié quand elle lui a offert une journée de liberté. Aldric sait parfaitement pourquoi sa présence auprès d'elle aujourd'hui est inappropriée. Il n'a pas dit un mot, mais quelque chose de sombre a brillé dans ses yeux, quelque chose qu'Iseult connaît bien. Elle voit souvent le même reflet dans ses propres yeux, le matin, quand ses servantes terminent de civiliser cette blondeur trop semblable à celle de sa mère... Aldric le Lydane. Il se moque habituellement de ce qu'on dit de lui, mais pas quand cela implique qu'il doive s'éloigner d'elle et donner du mou dans les liens qu'il a noué lui-même en lui vouant sa vie. Iseult retient un soupir. Aldric trouvera à s'occuper, une occupation qui sans nulle doute lui apportera détente et sérénité...

Un petit toussotement accompagne le froissement de cuirs et le léger tintement de la maille d'acier du comte quand ce dernier ploie le genou devant elle. Il provient d'un petit homme replet posté aux côtés de sa mère, digne et droit dans ses velours sombres marqués de l'emblème du Luth, effet quelque peu gâché par la nuée de cheveux d'argent qui broussaille autour de son visage rond. Barthélémy de Champlong a bien d'autres préoccupations que l'ordre de sa chevelure, et malgré les efforts constants de ses serviteurs, elle ne l'a jamais vu aller autrement que coiffé comme un pissenlit en graine. Cette allure est bien connue de tous, et plus personne ne s'en étonne, sauf les nouveaux venus à qui on a bien vite fait s'enseigner le respect des connaissances profondes et irremplaçables que possède le vieux revalhend, spécialiste incontesté de l'histoire impériale et eiralienne. Connaissances qui lui valent, d'ailleurs, le poste de conseiller de la couronne, au titre duquel il est présent aujourd'hui.

La voix sèche du comte vient de retentir, comme un claquement de fouet. Une salutation brève, l'essentiel, pas un mot de plus. C'est sa manière, Peyrefendre n'a pas de temps à perdre, et pas de salive à gaspiller en fioritures et roucoulements de courtisans.

- Relevez-vous, Général.

La voix d'Iseult est claire et douce. Tellement féminine, tellement jeune, si différente de la voix rogue et marquée par les ans de l'homme qui vient de la saluer. Ferme pourtant, et grave aussi.

- Vous avez fait un long voyage depuis les Marches de l'Est. Vos hommes ont-ils été correctement installés ?

Elle n'ignore rien de la manière dont les cent quatre-vingt quatre soldats amenés par Peyrefendre sont logés et installés dans les casernes de la Garde. Il s'agit d'une allusion, d'une question implicite. Qu'est-ce qui amène si loin de Rossburh le Bouclier de l'Eiralie, quelle nouvelle est assez grave pour qu'il chevauche lui-même au lieu de dépêcher un de ses capitaines, pourquoi éprouve-t-il le besoin d'emmener près de deux cent hommes pour appuyer son propos ? Les quelques éléments que les espions de Guilhem sont arrivés à rassembler sont bien vagues...


Dernière édition par Iseult d'Higden le Mer 9 Juil - 22:52, édité 1 fois
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Roland de Peyrefendre
Général protecteur de Rossburh

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MessageSujet: Re: Le Protecteur en visite   Dim 30 Mar - 12:28

Relevez-vous, Général.

Elle aurait pu l'appeler "Comte", mais il préfère son deuxième titre, et de loin. Douze comtes, mais seulement deux Généraux dans toute l'Eiralie. Et, surtout, ce n'est pas au titre de Comte qu'il est venu ici aujourd'hui.
Roland se relève, combattant la tentation d'appuyer une main sur sa cuisse pour s'aider. Il en est puni par quelques grincements dans le genou et une légère douleur. L'âge se fait sentir.

Vous avez fait un long voyage depuis les Marches de l'Est. Vos hommes ont-ils été correctement installés ?

Un léger froncement de sourcils.

Le confort de mes hommes n'est pas la priorité d'une Reine.

Roland de Peyrefendre sait bien qu'il ne s'agit là que d'une formule de courtoisie de cour. Mais justement, la courtoisie de cour est une des choses qu'il déteste le plus, juste après les Lydanes.

Je n'ai pas à me plaindre de la manière dont mes gens sont traités, ma Reine, je vous remercie. Mais vous devinez bien que ce n'est pas pour tester le moelleux des lits du Palais royal que je suis venu ici. J'ai de sombres nouvelles en provenance de l'Est. Rien de certain encore, mais j'ai jugé qu'il fallait que vous soyez prévenue. Vous la première.

Une petite pause, légèrement plus longue que le temps de reprendre sa respiration. Un petit côté théâtral, peut-être. Mais juste un petit.

Comme je trouvais qu'on manquait d'informations sur ce qui ce passait en Lydanie, j'ai envoyé une troupe de mercenaires et quelques éclaireurs à moi pour ramener des informations. Quitte à combattre pour en obtenir plus. Les mercenaires ne sont pas revenus...

Ici, Roland s'accorde une ombre de sourire.

Une troupe de mercenaires en moins. Problème réglé.

Mais mes éclaireurs, si. Et ils ont pu participer à une bataille opposant, d'une part, cinq ou six tribus Lydanes, d'autre part, les mercenaires et une autre troupe d'origine inconnue. Ils ont reconnu la plupart des totems ennemis. Les Griffes-Noires et les Lance-Serpent combattent côte à côte.

Ici, inutile d'en dire plus. Hild est une Lydane. Roland ne pensait pas pouvoir un jour en être content, mais aujourd'hui, c'est quasiment le cas. Elle comprend parfaitement ce que cette révélation peut impliquer, sans que Roland n'ait à user sa salive pour convaincre un roi qui n'aurait jamais vu de Lydane qu'en dessin.

Personne d'autre n'est au courant que les éclaireurs en question, et mon fils aîné. J'y ai veillé. Il n'y aura pas de vent de panique en Eiralie, ma Reine.

En plus, il y a une autre raison au voyage du Général. Un alibi bien commode pour faire taire les bruits de couloir qui peuvent parfois être plus effrayants encore que la vérité. Mais il est encore trop tôt pour le mentionner.
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Hild d'Higden
Reine-mère

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MessageSujet: Re: Le Protecteur en visite   Jeu 17 Avr - 19:12

Le visage de la reine-mère est toujours au moins un peu souriant. Et ce sourire est toujours au moins en partie sincère. Simplement parce que même si une situation est sérieuse et requiert beaucoup de concentration, ce n'est pas une raison pour ne pas y trouver un certain piquant. Et une occasion de planter une ou deux épingles dans l'égo de son prochain afin de tester son sens de l'humour ou, à défaut, son stoïcisme.

Aussi est-ce un signe qui ne trompe pas : la reine-mère a cessé de sourire. Son visage est lisse comme un marbre, à peine marqué d'une ride soucieuse entre les sourcils, autre signal d'alarme. Elle a quitté le siège relativement modeste qu'elle occupait en retrait de sa fille et s'est avancée d'un pas ou deux, le regard rivé sur le visage aux traits marqués du général. Elle est toujours pâle de teint, mais elle est à ce moment plus pâle encore, et ses yeux sont brillants.

- Les Griffes-Noires et les Lance-Serpent. Ensemble.

Ce n'est pas une question, elle ne met absolument pas en doute les dires de Peyrefendre. Elle veut juste s'assurer qu'elle a bien compris, qu'il n'y a pas d'erreur. Le silence qui lui répond, froid et grave, et les yeux durs qui affrontent ses mots tout aussi froids, mais plus haut perchés d'un octave, que la voix du général, lui assurent qu'il n'y a pas d'erreur possible, ni de sa part ni de celle des éclaireurs, que l'homme debout face à eux a sans doute interrogés plutôt deux fois qu'une. Les pauvres diables ont du quitter la présence de leur illustre supérieur avec les rotules changées en beurre et deux litres de sueur aigre sous chaque aisselle. Mais il n'y a pas de doute.

Dans ce cas...

Hild se tourne légèrement vers sa fille et les deux conseillers qui l'observent en silence. L'inhabituel de son attitude ne leur a pas échappé. Iseult est impassible mais troublée, Guilhem est impassible mais alarmé, et de Champlong a l'air, comme souvent, de ne saisir que la dimension théorique de la situation. Il est de son privilège de pouvoir prendre la parole sans y être invitée, privilège dont elle use pour éclairer la lanterne du reste de l'assistance.

- Ces deux clans sont ennemis jurés, depuis sept ou huit décennies. Et les Griffes-Noires devraient, en principe, s'abstenir de toute manifestation d'hostilité vis-à-vis de l'Eiralie. Les derniers messagers ne parlaient d'aucune sécession ou menace de sécession de ce clan.

Cette dernière remarque s'adresse à Peyrefendre. Hild entretient toujours des contacts avec son peuple d'origine, et on lui rend régulièrement des rapports concernant l'évolution des alliances et des conflits parmi les clans. Les Griffes-Noires ne sont pas assujetties aux Têtes-de-Loups, mais tenues par les liens intangibles des services rendus et de l'honneur très particulier des Lydanes à ne pas contrecarrer les décisions du clan dont provient la reine-mère. Les Têtes-de-Loups ont une position forte et nombreux sont les clans qui leurs doivent des comptes, même si ces dispositions sont parfois officieuses.
L'entrée d'Hild dans le peuple eiralien en tant qu'otage, garant de paix et lien de sang n'aurait eu aucun sens autrement.
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Iseult d'Higden
Reine d'Eiralie

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MessageSujet: Re: Le Protecteur en visite   Jeu 17 Avr - 19:38


Iseult se doutait déjà qu'il s'agissait d'une affaire d'une certaine gravité, sans quoi le général n'aurait pas pris la peine de se déplacer en personne. Les informations qu'il apporte lui apparaissent en effet sérieuses, mais quand elle tourne la tête au froissement des robes de sa mère, Iseult sent une pointe d'anxiété lui monter au coeur. Pour effacer l'éternel sourire teinté d'ironie de l'espiègle reine-mère, il faut que ce soit très, très sérieux.

La voix de Hild et son maintien roide confirment l'alarme, et Iseult ressent de manière presque palpable l'agitation de Hild, ainsi que la préoccupation de Guilhem. Du revalhend ne vient que confusion. Il est expert en histoire, mais pour lui la Lydanie n'a pas d'écrits, donc pas d'histoire. Il aurait peut-être mieux valu garder Aldric auprès d'elle que cet homme qui, aujourd'hui, ne sera sans doute que de peu d'utilité.

Iseult bouge légèrement, juste pour frôler des doigts la pointe de son menton et la courbe de sa lèvre, tandis qu'elle écoute et réfléchit. Le général apporte un problème, sa mère apporte des informations. Quelles que soient les décisions qui devront venir de cette situation, elles lui reviennent.

Mais je n'en sais pas assez.

En pensées, la jeune femme essaie d'abolir la distance qui la sépare des frontières lointaines de la Lydanie. Il est trop facile de se croire en sécurité, de se couper des dangers qu'affrontent ses sujets, ici, protégée au coeur de la masse de pierre grise de son palais. Il lui faut dépasser ces murs, revoir en pensée ses souvenirs des forêts frontalières et imaginer son peuple, clairsemé en ces contrées, essentiellement constitué de forestiers, de chasseurs, et d'habitants de hameaux minuscules, confrontés à un raid réunissant cinq ou six clans lydanes. Des hommes et femmes occupés aux tâches quotidiennes, surpris par une bande armée, probablement désireuse de garder sa présence secrète le plus longtemps possible. Des morts.

Un frisson lui dévale le long du dos, qu'elle réprime.
Rester fixée sur les faits, les informations, les questions, les décisions à prendre.
Sa voix s'élève à son tour. Le même timbre que sa mère, en un peu plus léger, plus jeune. Mais autant de fermeté, et même une certaine dureté qui s'y glisse comme elle s'oblige à chasser de son coeur et de son esprit l'éventualité navrante de ces destins amputés et de ces fins brutales.

- Avez-vous des détails concernant cette troupe inconnue ?

La clé de l'affaire, probablement.
Il le faut.
Sans ça c'est une autre hypothèse qui se dessine, hypothèse qui a tout pour faire battre trop vite le coeur de jeune reine, tout comme celui de sa mère plus expérimentée et plus sage bat visiblement.


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Roland de Peyrefendre
Général protecteur de Rossburh

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MessageSujet: Re: Le Protecteur en visite   Jeu 15 Mai - 21:16

Avez-vous des détails concernant cette troupe inconnue ?

Ah. La souveraine vient de mettre le doigt sur LA question cruciale. Et, lors de cette audience, le seigneur de Peyrefendre, tout phallocrate qu'il soit, est forcé d'admettre avec réticence que la reine Iseult d'Higden se comporte en monarque tout à fait compétent. C'en est presque irritant.

En effet, cette affaire ne peut avoir que deux explications. La désagréable, c'est une alliance entre plusieurs tribus lydanes traditionnellement ennemies mortelles, ce qui laisserait planer le spectre d'une nouvelle guerre sainte. Et prouverait au passage au monde entier que le mariage contre-nature entre Petrus d'Higden et une catin lydane n'avait même pas l'utilité pratique qu'on voulait bien lui prêter. Mais même Roland ne hait pas assez Hild pour désirer cela. L'explication agréable, c'est que ces tribus se sont alliées face à un autre ennemi ancestral qu'elles détesteraient encore plus qu'elles se détestent entre elles.

Oui, Majesté. Nous avons quelques détails. En fait, j'ai amené les éclaireurs avec moi, si vous souhaitez les interroger personnellement. Ils attendent juste à l'extérieur de la salle du trône. Mais je dois être franc : je ne vois pas quel ennemi ces tribus pourraient détester autant pour s'allier. Enfin, pas d'ennemi autre que les Eiraliens. Cette attaque était peut-être une mise en bouche.

Roland de Peyrefendre déglutit péniblement sa salive. Même lui, qui en a pourtant beaucoup vu, ne peut rester imperturbable face à la perspective d'une marée lydane déferlant une troisième fois sur les terres eiraliennes. Dont son domaine personnel. L'ouest du Kevalis avait essuyé la tempête de plein fouet les deux fois précédentes. A ce moment, l'assaut s'épuisait déjà, et le château fortifié de la famille de Peyrefendre avait tenu le choc. Mais pour ce qui était des champs et des petites gens qui n'avaient pas pu se mettre à l'abri à temps... Une fois que ça a avait été fini, Roland avait fait aligner les cadavres devant lui. Les corps raidis par la mort, les cadavres mutilés. Tous des bouseux qu'il méprisait totalement, mais qu'il était tenu de protéger. Écorchés, dépecés, massacrés... Des fillettes aux cuisses maculées de sang, des...

Le silence se prolonge. La Reine attend toujours la réponse à sa question. Trop conscient de la pâleur qui a tout à coup envahi son visage, le seigneur de Peyrefendre reprend ses esprits.

Les éclaireurs... Ils attendent derrière la porte. Si vous souhaitez les interroger.

Espèce de vieux crétin. Tu l'as déjà dit. Et ta voix tremble un peu trop.

Et tout d'un coup, le seigneur de Peyrefendre refait surface, dans toute sa féroce équanimité.

Il s'agit probablement d'une compagnie de mercenaires. Environ 800 soldats, pour ce que mes hommes ont pu en dénombrer. Mais ils étaient dispersés en plusieurs endroits, et dans le chaos de la bataille... En tout cas, ils ne sont pas plus d'un millier, c'est à peu près certain. Et pas moins de cinq cent. Et ils portaient un blason qui n'est pas eiralien. Sans doute originaire des royaumes de l'Est. Un poing étreignant un éclair. Je ne connais pas cet emblème.

Enfin, ce n'est pas tout à fait exact. C'était le symbole d'un bataillon du Vieil Empire, quelques siècles avant, mais ledit bataillon a été dissous il y a quasiment deux cent ans. Une copie faite a posteriori par quelque seigneur de guerre à l'Est ou au Sud de la Lydanie semble nettement plus probable.
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Iseult d'Higden
Reine d'Eiralie

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MessageSujet: Re: Le Protecteur en visite   Jeu 10 Juil - 0:23

Il y a eu un temps pendant lequel Roland de Peyrefendre a presque eu l'air d'un homme. Un homme de chair, de sang, d'émotions, et non une statue de pierre et d'acier froid, aussi raide et mortel qu'une lame ou qu'une nuit des sommets d'Acrogée. C'était bref, mais la reine, attentive, l'a vu. L'a senti, souffant à travers l'étoffe fine et luxueuse de ses robes. La peur.

Et si lui a peur, nous pouvons tous trembler.

La question qu'elle a posé était juste et elle le savait, mais l'effet sur lui était par trop fort pour qu'elle n'ait pas l'impression plus que désagréable qu'un désastre était là, en gestation, entre marécage et sous-bois, dans les lointains du Kevalis. Si le Général Protecteur tremble... C'est un proverbe ancien qu'elle a appris toute petite. La pierre de Rossburh est forte, et si elle n'est pas assez forte, aucune pierre n'est plus que vent d'hiver.

Vent d'hiver...
Quelles sont les rares régions du royaume où le vent d'hiver ne tue pas ?...


Tant que Roland garde ce bref silence habité d'images qu'Iseult n'ose imaginer, le silence est total dans la grande salle souvent peuplée de vagues échos. Silence oppressant, lourd de regards anxieux et de mots qu'on ne dira pas.

Roland se reprend, avec un effort discret mais manifeste pour la jeune reine qui guette les mouvements ténus de ses traits. Son front s'élève à nouveau comme une muraille et ses yeux brillent noir de nuit sans lune, de celles où les destins se jouent et les vies disparaissent sans que l'Histoire y prenne la moindre égratignure.

Un poing étreignant un éclair.

La jeune reine forme en pensée cette image et quelque chose titille sa mémoire, trop loin, trop faible pour qu'elle se souvienne. Mais il se trouve qu'elle a à ses côtés quelqu'un qui est justement là pour se souvenir. Elle incline la tête vers Champlong, resté immobile et comme perdu dans ses cheveux, matérialisation argentée de son univers evanescent de connaissances à moitié perdues ou en passe de l'être.

- Vénérable Revalhend ? Le Poing et l'Eclair ? Ce symbole vous rappelle-t-il quelque chose ?
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Un vieil homme

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MessageSujet: Re: Le Protecteur en visite   Jeu 10 Juil - 0:28


Le vieil homme somnolait presque, comme souvent, poursuivant l'enchaînement d'idées complexes et diffuses menant à un raisonnement qu'il lui faudrait, à grands efforts de ses scribes, mettre sur parchemin à son retour dans son laboratoire. Et par les Astres comme ces incapables étaient plus lents que stupides, encore. Et d'une ignorance crasse au point de confondre Ularf le Preux avec Ularf le Pieux, alors que rien, mais rien au monde ne pouvait laisser imaginer que ces deux empereurs, père et fils, d'accord, dont les noms ne différaient que d'une lettre souvent mal calligraphiée, d'accord, mais enfin, tellement différents, avaient quoi que ce soit en commun que... eh bien oui, le sang, le nom, l'époque mais... soit, différents. Résolument différents, comme la main et le pied peuvent être... hum, oui, bref, comparaison bien irrévérencieuse mais...

- Hein ?


Barthélémy de Champlong a entendu, et il n'attend pas que la jeune reine répète. Si, si, il a entendu. A travers sa songerie, il suivait la conversation, et est parfaitement capable, une fois la surprise absorbée, de répondre à la question.

- Le Poing et l'Eclair, oui, bien sur, bien sur, Euh, bien sur.
La, oui, la onzième Légion. Le Poing Etincelant. A combattu lors du siège d'Adelanda pendant les treize années finales et a remporté la lutte de la Porte Sud en enlevant la bannière de la cité des mains de la Voix du Très Magnifique en unissant de ce fait...


Brusquement la voix presque exaltée du Revalhend s'interrompt.

- Vous dites... une bannière au Poing Etincelant, de nos jours ? En... en Eiralie ?


Le vieil homme a les yeux qui clignotent, comme une chouette mal éveillée. Il est certes un être de papier et de poussière de parchemins, mais s'il lui arrive d'être convié aux conseils royaux, ce n'est pas pour y jouer de l'insigne de son Ordre. Il n'est quand même pas si éthéré que ça.

- Une... est-on sûr qu'il s'agisse bien de cette bannière ? Fond rouge, éclairs d'or ? Et les ondes bleutées ? Le... Le Poing Etincelant est une très prestigieuse bannière, mais elle a disparu des écrits depuis bien avant l'avènement du Royaume...

En pensée, le Revalhend songe à tous les ouvrages qu'il lui faudra consulter. La fameuse onzième Légion. Des histoires sur ses aventures, ses voyages, ses exploits, la Lance d'Ecailles, les Voiles déchirés de la Dame Pourpre, les Opales de la Mer Enfouie... Il y a des récits, il y a des légendes. Tant de vrai à démêler du mythe. L'homme, soudain, se redresse, conscient enfin de son importance.

- Cette bannière est liée à l'Histoire antique de l'Empire, et certaines des légendes auxquelles on la mêle sont de celles qui ont fondé nombre d'états nés de l'Empire moribond. Il y a même quelques anecdotes issues de nos terres qui impliquent cette Légion. Mais il faut d'abord savoir s'il s'agit bien de l'antique Poing Etincelant. Je peux fournir une description très exacte de cette bannière.

Le regard définitivement sorti de la brume, sous l'auréole de ses cheveux en nuage, le vénérable Revalhend du Luth attend en souriant l'ordre de sa souveraine.
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Iseult d'Higden
Reine d'Eiralie

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MessageSujet: Re: Le Protecteur en visite   Jeu 10 Juil - 0:45

La jeune reine sourit. Le vieil homme semble soudain revivre, ou en tout cas revivre dans le monde des hommes, lui qui si souvent semble disparaître dans celui des esprits. Son plaisir est palpable, et Iseult est suffisament sensible pour le ressentir dans sa posture et son regard soudain brillant. Elle lui adresse un léger signe de tête.

- Merci, Vénérable. J'aimerais qui vous prépariez cette description immédiatement. Mère ?

Pas de temps à perdre. Toujours assise dans son trône sculpté, Iseult a conscience, plus que jamais, que son rôle de reine est d'user des outils les plus efficaces aux moments les plus opportuns. Elle sent Hild s'avancer à ses côtés, solide et capable. Sa mère. Sa sujette, aussi, par la loi.

- Ces éclaireurs ont sûrement remarqué plus de choses qu'ils ne le savent eux mêmes. Vous saurez découvrir les détails déterminants, ou personne ne le pourra. Aldric peut probablement vous y aider. Messire de Cîmerouge vous assistera également.

Le chef de la Garde est de notoriété publique le maître du renseignement. Le tenir à l'écart de ce qui peut être recueilli auprès des hommes de Peyrefendre serait évidemment une erreur, et des plus stupides. Par les mots qu'elle vient de prononcer de sa voix ferme mais douce, Iseult a mis à l'oeuvre les compétences adéquates. Cependant il reste des susceptibilités à ménager, des haines raciales à endiguer, des jalousies de classe à étouffer. Parce que le temps presse. Brièvement, Iseult tourne la tête vers Guilhem, et sait à la seconde qu'il a parfaitement saisi sa pensée. Certains hommes parlerons par loyauté, d'autres pour la gloire, d'autres encore se tairont tant que l'or ou le vin n'auront pas délié leurs gorges. Il faudra des hommes comme eux, des soldats d'Eiralie, pour leur faire dire ce qu'ils ne diront peut-être pas à "ces chiens de Lydanes" que sont Hild et Aldric. Mais Guilhem peut se jouer comme d'une brise de ces réticences-là. Nul besoin d'attendre un quelconque acquiescement. Juste la satisfaction, très brève, de voir dans les yeux de Cîmerouge une très fugace lueur qu'elle aime à interpréter comme un certaine forme de respect surpris et approbateur, issu de leur compréhension immédiate.
Habituellement, Hild se charge de manoeuvrer les pièces moins nobles de l'échiquier.
Mais elle ne peut être pleinement reine si elle continue à jouer l'innocence.
L'innocence est pour les fillettes.

Le regard très clair de la jeune reine revient trouver les yeux noirs du Général Protecteur. Un regard droit, serein quoique soucieux.

- Nous entendrons leur rapport ensemble, Général, si cela vous convient. Ce soir, à la première heure du Guerrier.  

Cette femme a vingt ans. Son visage est vierge de toute ride, il garde même quelques douceurs presque enfantines. Pourtant il semble, à en croire ses traits, que nul doute ne peut exister sur le fait que le guerrier chevronné, là devant, recevra l'invitation et la comprendra comme elle doit être comprise, à savoir un ordre.
Et s'y pliera.
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Roland de Peyrefendre
Général protecteur de Rossburh

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MessageSujet: Re: Le Protecteur en visite   Jeu 24 Juil - 13:06

Elle sait bien s'entourer, c'est un fait.

Roland a passé suffisamment de temps à instruire ses enfants, particulièrement ses fils, sur le fait que commander ne signifie pas tout savoir, mais savoir déléguer, pour constater qu'Iseult a reçu et intégré les mêmes leçons. Probablement de la part du défunt roi Petrus. Se pencher sur les questions de gestion n'est pas dans le tempérament des Lydanes.

Cela dit, la présence du revalhend est surprenante. Il doit être de sang noble et doté de grandes connaissances pour pouvoir ainsi se trouver aussi proche du trône. Il faudra se renseigner. Un vieil homme, barbu, dédié au Luth d'après l'insigne qu'il porte. Ce qui n'a probablement aucun rapport avec sa présence ici, en revanche : si on devait mettre dans la salle du trône chaque chef spirituel ou revalhend d'Eiralie, pas sûr que les murs arrivent à les contenir. Il est donc spécial, d'une manière ou d'une autre. Roland de Peyrefendre n'est pas le genre à adorer cultiver les réseaux d'espions, mais bon... un général doit bien prendre en compte le monarque qu'il sert et l'entourage de ce dernier. En tout cas, ce n'est clairement pas un homme de terrain. Légère grimace. Ce n'est pas grave tant que la Reine le réalise bien. Il faudra se pencher sur le cas de cet homme, mais plus tard.

La Reine ne compte pas entendre les éclaireurs elle-même, c'est manifeste. Elle considère probablement que ce n'est pas son travail, en revanche, elle a sélectionné les bonnes personnes pour s'en charger. "Bonnes" au sens "compétentes", pas au sens "sympathiques". Malgré tout, le Protecteur de la Marche regrette tout de même qu'elle ne s'en occupe pas personnellement. Parfois, un seigneur doit savoir être proche de ses sujets. Combien de fois n'a-t-il pas lui-même reçu en audience des paysans illettrés pour entendre précisément de leur bouche la description des brigands qui les avaient rançonnés ? Certes, en y passant le minimum de temps (difficile de nettoyer l'odeur d'écurie si on laisse ces gens trop longtemps à l'intérieur), mais jamais moins.

On perd des informations à chaque intermédiaire ajouté. Enfin... La Reine a saisi la situation et clairement pris les décisions qui s'imposaient. Le Général saura s'en contenter, à défaut d'approuver. Il déteste l'idée que deux personnes sur trois qui écouteront le rapport des éclaireurs soient elles-mêmes lydanes, sans compter que la troisième est aussi fuyante qu'une anguille et difficile à cerner. Donc potentiellement dangereuse également. Enfin, les accents dans la voix de la souveraine étaient très clairs, et un ordre reste un ordre. Le reste est de son ressort, à lui, personnellement. Et il ne faillira pas.

Nous entendrons leur rapport ensemble, Général, si cela vous convient. Ce soir, à la première heure du Guerrier.

La voix de la reine Iseult est restée aussi douce que son visage, mais son regard et son timbre ont pris une nuance de commandement qui semble faire vibrer la salle, et le vieux général sent fugacement son genou esquisser le geste instinctif de ployer devant la Couronne, mais il raidit la jambe. On lui a donné congé, mais il y a encore autre chose dont il doit parler.

Entendu, ma Reine. Mais l'affaire que nous avons évoquée n'est pas le seul motif de ma visite. Il est un autre sujet que je souhait aborder...

Il jette simplement un œil au visage d'Iseult, pour savoir s'il vaut la peine de continuer, ou si c'est plutôt une souveraine du genre à décider que l'audience est terminée quoi qu'il en soit. Il est parfois perturbant de travailler avec des monarques qu'on n'a pas eu le temps d'apprendre à connaître, et Roland de Peyrefendre a eu tendance à trouver que ça changeait un peu trop souvent depuis quelques temps. Un peu de stabilité ne ferait pas de mal. Un bon roi de pur sang eiralien et Iseult qui reste à sa place. Les histoires de guerre ne sont pas pour les femmes. Cela dit, il faut faire avec ce qu'on a et pas avec ce qu'on voudrait avoir, et, en l'occurrence, la lueur interrogatrice dans le regard d'Iseult est une incitation à continuer.

S'il vous sied, j'aimerais vous proposer un projet auquel je réfléchis depuis longtemps...

Presque aussi longtemps qu'il n'a réfléchi à la manière dont il allait argumenter le projet face à la Reine et face au Conseil, parce qu'il est évident que ce dernier devra être consulté également et prendra la décision finale.

Je ne sais pas si les Lydanes préparent une attaque massive ou non... Mais ce que je sais, c'est que l'Eiralie est entourée de dangers et d'ennemis potentiels, et que les divisions la menacent de l'intérieur. Je propose...

Un verbe que le seigneur de Peyrefendre n'est guère accoutumé à utiliser.

Je propose que soit créée une école de formation à la guerre, à destination des nobles. Je ne parle pas du métier des armes, je parle de savoir commander, savoir échafauder une tactique, avoir une pensée stratégique commune.

Parce qu'il est évident que parmi la noblesse guerrière, tous apprennent à combattre dès leur plus jeune âge. Savoir se battre n'est pas le problème. Ce qui manque à beaucoup de nobles, c'est de savoir comment faire combattre leurs sujets correctement. Et il y aurait encore plein d'avantages à créer cette école comme l'envisage Roland. Simplement, pour pouvoir l'expliquer, encore faut-il que la Reine soit un minimum intéressée, ou, au moins, intriguée.
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Iseult d'Higden
Reine d'Eiralie

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Messages : 41

MessageSujet: Re: Le Protecteur en visite   Lun 11 Aoû - 20:49

Iseult s'était déjà levée, le message était suffisamment clair, le Général est assez rompu aux usages de la Cour, même s'il ne les apprécie guère, pour l'avoir parfaitement saisi. Le fait qu'il insiste néanmoins pour poursuivre intrigue la jeune souveraine. Elle reste debout, muette et silencieuse, signe qu'elle attend la suite.

S'il vous sied, j'aimerais vous proposer un projet auquel je réfléchis depuis longtemps...

L'intérêt toujours en éveil de la reine est déjà à l'écoute, et Iseult sent fourmiller dans son cou les yeux de sa mère et de son maître-espion. Tous deux se préparaient à sortir et tous deux se sont interrompus, comme de juste. Le Revalhend, quant à lui, est déjà absent d'esprit sinon de corps, plongé dans ses pensées à rassembler ses connaissances et la localisation de celles qu'il n'a pas en mémoire au sujet du symbole dont il a été question, ce fameux poing étincelant.

L'introduction de Peyrefendre est, sinon classique, du moins relativement prévisible. Qu'un Général Protecteur se soucie des dangers qui menacent le Royaume, quoi de plus naturel. Qu'il ne s'en fasse pas ou ne soit pas conscient de ce qu'il vient de citer (sans entrer dans le détail, d'accord, mais voilà qui prendrait quelques heures à détailler, voire quelques jours si l'orateur est épris de beau langage et de poésie plus que d'esprit de synthèse) serait par contre des plus alarmant. La sécurité du Royaume, du dedans comme du dehors. Bien. Iseult écoute, toujours grave, toujours silencieuse et toujours debout.

Au fait, Général.  

Elle ne le dit pas, évidemment. Elle ne pressera pas l'homme le plus puissant d'Eiralie. Et les hésitations que certains mots lui arrachent l'intriguent de plus en plus. Un très léger froncement vient altérer la courbe pure de ses sourcils blonds.

Je propose que soit créée une école de formation à la guerre, à destination des nobles. Je ne parle pas du métier des armes, je parle de savoir commander, savoir échafauder une tactique, avoir une pensée stratégique commune.

Un silence tendu accueille la déclaration du comte. Très rapidement, Iseult analyse la proposition, ses implications, les conséquences possibles, les dangers. Une école pour les tacticiens et les stratèges.

Une école pour les jeunes nobles d'Eiralie, qui enseignerait l'usage qu'on peut faire des hommes et des moyens. Comment recueillir les informations critiques sur une situation donnée, comment les ordonner et les analyser pour en déduire les prochains mouvements, les risques, les décisions à prendre pour contrer les attaques les plus probables, comment déceler les actions cachées sous celles qui sont évidentes, et ne pas se laisser surprendre parce que l'ennemi aurait été plus intelligent, plus créatif, plus sournois. Des leçons qu'Iseult reçoit tous les jours depuis des années de plusieurs maîtres réputés et d'autres qu'elle ne voit que dans le secret, et nombreux ouvrages historiques également. Et qui parlent aussi bien de politique que de batailles, deux guerres différentes finalement mais tout aussi meurtrières l'une que l'autre.
Une école.
Menée par qui ?
Et à qui irait la loyauté de ceux qui y recevraient leur formation ?

Es-tu en train d'essayer d'asseoir sur les armées un pouvoir parallèle, comte Roland ? Un pouvoir qui échapperait à la femme que je suis ?

Voilà ce qu'elle pourrait craindre si elle ne savait pas Peyrefendre fidèle à la Couronne jusqu'au fond de ses os. Iseult sait que le sang de Pétrus la protège, mais elle sait aussi que nombre de ses comtes les plus puissants, dont Peyrefendre, ne rêvent que de la savoir mariée et jugulée par un époux eiralien pur sang, qui ferait oublier l'autre moitié de son ascendance. Si possible un époux qui soit de leurs alliés.

Le silence ne peut s'éterniser, il faut répondre. Froidement, la jeune femme pèse l'idée du guerrier aux yeux noirs qui attend face à elle. Une école de stratégie. D'abord le lieu pour l'établir, puis les hommes pour la fonder. Elle a déjà des opinions sur certaines choses, et aura le temps de consulter ses conseillers pour compléter le schéma. Mais il lui importe de savoir ce que proposera Peyrefendre, de le laisser avancer ses propositions. Elle doit savoir s'il cherche à la déforcer, ou si elle peut toujours lui faire aveuglément confiance.
Et honnêtement, elle espère de tout son coeur que c'est la seconde alternative qui est vraie.

- Une école d'officiers eiraliens. Formés par des stratèges, des vétérans, de vrais hommes de guerre et de terrain...
L'idée me plaît, Général.
En temps de paix, des hommes formés à décider rapidement et sainement ont toujours leur utilité, et en temps de guerre... alors ils sont toujours trop rares, n'est-ce-pas ?  


Iseult n'a connu que peu de guerres, elle est trop jeune pour ça. Mais ce qu'elle a vécu comme conflits peut suffire à qui sait garder les yeux ouverts et l'esprit clair, qualités qu'elle sait posséder. D'autre part les livres qu'elle a lus sont pleins d'enseignements. Cette remarque qu'elle vient de faire peut porter à sourire le vieux guerrier debout devant le trône... sauf s'il prend en compte que l'école dont il parle existe déjà et qu'elle a une seule élève, très attentive, sérieuse et avide d'apprendre : elle-même.

- J'aimerais que vous me parliez plus en détail de votre proposition. Dès à présent si rien ne vous attend dans l'immédiat.

C'est évidemment encore un ordre habillé de courtoisie. Puisque le comte a jugé bon de parler à l'instant de cette idée qu'il a eue, c'est qu'il juge cela de la première importance, et donc qu'il n'a probablement rien de plus pressant à faire.

Et c'est également une décision que la jeune reine sait devoir prendre. Recevoir Peyrefendre maintenant, alors qu'elle vient d'assigner à ses deux plus précieux conseillers une tâche différente, c'est signifier au comte qu'elle entend se passer de leur aide pour l'entendre. Marque de confiance. Déclaration d'indépendance également. Roland hait sa mère lydane, et n'apprécie guère Guilhem le roturier. Pourrait-il respecter et servir loyalement une reine qui ne saurait faire deux pas ou aligner deux mots sans que la Lydane et le Va-nu-Pied le lui permettent ?

Elle le recevra donc seule, et elle recevra maintenant.
Un signe de tête à Hild et Guilhem, dont les deux visages affichent une aimable neutralité, pour leur donner leur congé. Une flamme sombre dans les yeux de Cîmerouge, un avertissement sans doute. Un avertissement inutile, elle connaît les risques, et sait aussi qu'elle ne peut plus éviter de faire front. Le Revalhend, ravi, s'échappe vers ses chers livres. Un geste bref vers l'un des intendants pour qu'il s'assure que la Salle du Conseil est prête à les accueillir. Iseult peut descendre les deux autres marches de l'estrade et rejoindre finalement le comte devant le trône.


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Roland de Peyrefendre
Général protecteur de Rossburh

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MessageSujet: Re: Le Protecteur en visite   Dim 24 Aoû - 18:48

Le comte a du mal à retenir un ricanement sardonique.

"Si rien ne vous attend dans l'immédiat", qu'elle dit. Foutue noblesse de cour.

Soit la reine ne pense pas ce qu'elle dit, et c'est inutile de le dire, autant aller droit au but. Soit elle le pense et c'est alors une pensée terrifiante. Roland de Peyrefendre s'imagine, s'entend presque répondre une réplique cinglante.

Oui, Votre Majesté. J'adorerais goûter de ce fameux vin que vous faites à partir de ces vignes gorgées de soleil sur les contreforts occidentaux de l'Avranie. Avec des petits biscuits, oui, merci. Avant que j'aille voir ce tailleur dont on me parle tant, pour me faire faire un pourpoint de soie sur mesure. La perspective imminente de la meute hurlante de vos compatriotes déferlant sur l'Eiralie, violant et massacrant sur leur passage, pataugeant dans le sang jusqu'aux genoux, ne doit pas me faire perdre mon sens des priorités. Oui, encore un verre, volontiers. Ne pourriez-vous aller dire à vos compatriotes d'achever leurs prisonniers ? Les cris de souffrance du peuple que j'ai fait serment de protéger nuisent à ma digestion, allez savoir pourquoi.

Foutue noblesse de cour.


Enfin, elle n'a pas balayé la proposition du revers de la main, c'est déjà ça. La plus grande crainte du Général Protecteur était que la reine se débarrasse simplement du sujet en décrétant que les nobles reçoivent amplement la formation nécessaire à savoir combattre et que cela doit suffire. Un bon début. La seconde plus grande crainte du comte était que la reine-mère lydane et l'arriviste Guilhem de la Roture ne prennent la décision pour elle. Or ils ont été congédiés. Les commissures du comte se retroussent en un léger sourire tandis qu'il sent un poids s'enlever de sa poitrine. Vraiment, c'est un bon début. Tout comme est plaisante la réserve prudente qu'il lit dans les yeux de la reine.

Elle craint que je n'utilise cette école, si elle voit le jour, pour établir des réseaux d'influence au sein de la noblesse et éventuellement prendre le pouvoir, officieusement sinon officiellement. Car celui qui contrôle l'armée contrôle le pays. Elle a raison de craindre. Ce n'est pas dans mes intentions mais il est bon qu'elle examine l'aspect politique également.

La reine a descendu les marches, il est clair qu'ils se dirigent vers la salle du Conseil. Bien. C'est un endroit qui se prête mieux à un exposé de l'art de la guerre que la salle du trône. Et, avec un peu de chance, si Iseult est une élève attentive, elle apprendra quelque chose. Si tant est qu'elle doive régner vraiment sur le pays, autant qu'elle connaisse un petit peu l'aspect guerrier de sa fonction. Non pas que Roland escompte un miracle : les femmes ne sont pas faites pour le métier des armes. Raison pour laquelle elles ne sont pas faites pour la politique non plus. Mais on ne lui demande pas son avis. Il se met en route, calquant son pas sur celui de la reine. Puis il s'éclaircit la gorge et prend la parole.



[Par ici pour Iseult et Roland]
[Par là pour Hild et Guilhem]
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