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 Tout vient à point à qui sait attendre

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Adélyne "Sapphie" Lanruse

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MessageSujet: Tout vient à point à qui sait attendre   Ven 15 Nov - 1:35

   

La jeune Adélyne était assise sur son lit, et regardait les débris de bois de l'autre côté de la pièce. Quand Philippe la consigna dans ses appartements, elle défonça littéralement la table en bois avec les deux chaises qui allaient avec. Elle devrait sûrement repayer ça. Et la chaise de la salle de doléances... Ces quelques jours passés dans sa chambre était un enfer. Elle passait ses journées à marcher en rond dans ses appartements ou à relire pour la énième fois des livres sur l'art de la guerre et comment gagner une bataille. Elle aurait aimé sortir. Notamment pour aller au bordel. Mais elle restait là, à attendre que le baron veuille bien la faire sortir. Quel connard...


Ce jour-là elle était restée allongée dans son lit pendant des heures. C'était encore la chose la moins désagréable qu'elle pouvait faire. Elle avait ensuite mangé le petit déjeuner posé sur sa table de chevet -et oui, la grande table était... inutilisable. Elle pouvait prendre son temps, rien ne la pressait, et c'est justement ce qu'elle détestait le plus pendant ce petit séjour enfermée dans sa chambre à Castelys. Si au moins elle avait pu regagner la maison familiale au bourg d'Apreville... Mais non, elle était là, sur son lit, à regarder le petit bois qu'elle avait fait du magnifique quoiqu'un peu rustique mobilier, alors que rien ne l'attendait.

Elle finit par se lever et décida de prendre un bain. Cela la calmerait peut-être ? Elle demanda au garde devant sa porte d'appeler une servante, à qui elle demanda de lui préparer un bain et de débarrasser la table de chevet. « Est-ce que je dois demander à quelqu'un de débarrasser... ça ? » La servante pointa les cadavres de la table et des chaises des doigts. Adélyne répondit en souriant « Surtout pas. » J'ai envie que Philippe voit ça. Sûrement était-ce pour l'irriter ? Elle plongea dans le bain chaud, et la servante sortit. L'eau chaude détendit ses muscles et l'apaisa. Elle ne resta néanmoins pas longtemps dedans, rarement plus d'une demi-heure. Elle finissait toujours par s'ennuyer.

Elle se sécha et passa une robe blanche aux manches larges. Des broderies venaient en décorer les bords, ainsi que le col. Elle démêla négligemment ses cheveux avec ses doigts. Ils étaient mouillés ; des gouttes d'eau coulaient le long de sa nuque. Elle n'utilisa pas de brosse et ses cheveux étaient, comme à son habitude, en bataille. Elle venait à peine d'enfiler la robe que quelqu'un frappa brusquement à la porte. Elle resta debout devant son miroir et cria « Vous pouvez entrer. » à la personne qui venait de toquer, pensant qu'il s'agissait à nouveau de la domestique.

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Philippe de Castelys

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Ven 15 Nov - 19:22

La porte s'ouvrit, mais ce ne fut pas une domestique qui entra dans la pièce. Lorsque le baron Philippe apparut, la mine réjouie, l'air légèrement mesquin, il s'attendait à trouver la petite Lanruse domptée par ces quelques jours d'isolement forcé. Sa première impression en la voyant semblait confirmer ses attentes, et allait même au-delà. Car, lorsqu'il la vit de dos, dans cette robe blanche, il ne la reconnut pas immédiatement. Même le reflet de son visage dans le miroir ne ressemblait pas à Adélyne Lanruse. Vêtue de cette manière, elle faisait femme, elle était même assez séduisante, elle qui d'ordinaire se présentait toujours en armure avec des manières d'homme. Sa chevelure encore humide lui donnait l'air négligé, mais ne la privait pas d'un certain charme, un charme qu'il ne lui avait pas deviné jusqu'alors. Dans cette robe, elle fait presque noble, songea le baron.

La porte fut fermée derrière lui, laissant le jeune baron seul avec la jeune femme. Il ne s'attendait pas vraiment à courir un risque en venant la visiter. Le mobilier brisé aurait pourtant pu lui donner un mauvais pressentiment, mais Adélyne paraissait assez calme, surprise elle-même de le voir ici. Il faut dire que personne n'avait précisé il viendrait la voir; lui-même s'était finalement décidé à le faire sur un coup de tête, mais l'isolement de la conseillère aurait très bien pu durer encore une semaine.
Le baron fit un pas vers elle, mais s'arrêta à une distance respectable.

- Il semble que j'aie été bien inspiré de vous imposer ces quelques jours de repos, Adélyne. Cette robe vous sied bien plus qu'une armure. Peut-être devrais-je vous demander, à l'avenir, de vous vêtir plus souvent de la sorte.

Ces quelques mots de politesse prononcés, le baron se mit en quête d'une chaise où poser son noble fessier afin de pouvoir s'exprimer à son aise. Malheureusement, le mobilier était hors d'usage et il ne comptait pas s'asseoir sur un tas de bois. Il alla tout bonnement s'asseoir sur le lit, alors qu'Adélyne était encore debout.

- Vos appartements sont agréables. Je demanderais tout de même que l'on débarrasse le désordre que vous y avez fait, ajouta-t-il en désignant les débris de la table et des chaises.

C'était la première fois qu'il pénétrait dans cette chambre. Adélyne avait obtenu sa place au château du temps du baron Hugues, lequel lui avait fourni des appartements agréables malgré son extraction roturière. Le château de Castelys comportait des chambres de diverse taille, les plus grandes étant d'ordinaire réservées aux hôtes de marque. En donnant celle-ci à Adélyne, sans doute Hugues avait-il voulu flatter Edmond Lanruse, dont la fortune rendait jaloux certains seigneurs. Une chose était certaine : de Philippe, elle aurait obtenu une bien plus petite chambre. Je pourrais très bien la lui retirer, si elle me causait à nouveau du tort.

- Je pense que vous devez des excuses à votre seigneur, Adélyne, dit-il d'une voix calme, comme si cela allait de soi.
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Adélyne "Sapphie" Lanruse

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Ven 15 Nov - 20:30

   

La jeune femme se sentait mal que d’abord, le baron soit dans sa chambre, et ensuite, qu'il la vit dans un tel accoutrement. Il n'y a que mon entourage qui doit me voir comme ça. Elle portait une armure à chaque fois qu'elle sortait de ses appartements ou de la maison familiale. Ce n'était pas des armures de combats, mais de magnifiques armures d'apparat. Un d'elle coûtait certainement plus cher que tout le mobilier de la pièce et elle se sentait donc un peu vexée par la remarque du jeune seigneur, bien qu'elle se mit à rougir, à la fois de gêne et de honte. « Que ça vous plaise ou non, j'ai une carrière de soldat. Et bien qu'il n'y ait pas de guerre en ce moment, j'ai le statut de conseillère militaire. Je ne porte rien d'autre que mes armures en dehors de mes appartements... privés. » Elle avait dit ça calmement et le plus respectueusement du monde, mais insista sur le mot "privés", espérant que Philippe comprendrait qu'à partir d'aujourd'hui, il n'aurait plus à entrer dans sa chambre.

Elle ne regardait pas le maître de Castelys mais voyait son reflet dans le miroir s'asseoir sur le reflet de son lit. Cela irrita légèrement Adélyne. Elle lança « Vous ne vous asseyez pas sur l'une des deux chaises ? » sur le ton de la plaisanterie avant de se retourner vers lui. La façon dont il portait ses yeux sur elle la mettait mal à l'aise. Elle aurait presque préféré qu'il ait ce regard méprisant, comme d'ordinaire. Au moins, j'en ai l'habitude de ce regard...


Un court silence s'installa. Adélyne ne pouvait plus éviter la question des excuses. Elle s'approcha de Philippe, assez près, comme pour lui prouver qu'elle n'avait pas peur de lui. Ce n'était qu'un petit baron sans cervelle, qui se faisait allègrement manipuler par sa mère. Toutefois, elle n'était pas en colère, du moins pas encore. Elle parla sur un ton doux, même si elle savait que ce qu'elle avait à dire ne plairait pas à Philippe.

« M'excuser de quoi ? » Elle se pencha en avant, pour avoir son visage au même niveau que le sien. Elle lui souffla avec un sourire en coin : « Je ne vous ai pas lancé la chaise dans la tête, Monseigneur... » Elle se redressa aussi sec et posa sa main droite sur sa hanche. « J'ai toujours été honnête avec Monseigneur votre père. Et durant le temps que j'ai passé à ses ordres, on ne m'a jamais ordonné de rester cloîtrer dans ma chambre pendant plusieurs jours pour ça. »

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Philippe de Castelys

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Ven 15 Nov - 21:10


Tout en demeurant silencieux, Philippe la regardait s'approcher. A vrai dire, il n'avait pas remarqué cet air de défi dans les yeux d'Adélyne : lui-même n'en avait que pour la robe de la jeune femme, qu'il croyait déjà apprivoisée, docile comme elle était en cet instant. Elle dira bien ce qu'elle veut, mais elle n'a rien d'attrayant, dans son armure... en robe, elle est autrement plus engageante. Peut-être apprécierait-il encore plus qu'elle ne porte ni l'une ni l'autre. Seulement, ce n'était pas pour ça que son père l'avait engagée.

Le jeune homme se sentait déjà triompher. Toutefois, lorsqu'elle se pencha vers lui, il ressentit comme un malaise, un sentiment indéfinissable. De la crainte ? Sûrement pas ! C'était un mélange de gêne et d'il ne savait trop quoi; à vrai dire, leurs visages ne s'étaient jamais retrouvés aussi proches l'un de l'autre. Si proche d'elle, Philippe pouvait sentir son odeur d'huile parfumée, qui lui évoquait les nobles dames au sortir du bain.
Lorsqu'elle parla, d'une voix dénuée de colère, il crut qu'elle allait s'excuser. Mais les excuses ne vinrent pas. Adélyne retrouvait déjà le sourire, et cette attitude de défi avec-laquelle elle croyait encore et toujours pouvoir justifier ses manquements à son égard. Et voilà qu'elle lui parlait de son père ! Ce valeureux père que tout le monde trouvait bon seigneur, mais qui avait le défaut d'être mort. Philippe s'empourpra.

- Certes, mon père ne vous a jamais consignée dans vos appartements. Mais peut-être que lui, vous n'aviez pas l'audace de l'insulter publiquement.

Comment fallait-il le lui faire comprendre ? Pourquoi rendait-elle les choses difficiles, quand elles étaient si simples ? Ne pouvait-elle donc pas admettre qu'elle avait blessé son seigneur dans son orgueil ? Des excuses n'étaient qu'un maigre prix à payer pour l'affront qu'elle lui avait fait subir. Car pendant qu'elle était restée cloîtrée dans sa chambre ces derniers jours, les rumeurs étaient allées bon train, l'histoire s'était répandue, et le seigneur de Castelys faisait l'objet de moqueries à peine dissimulées.

- Je ne vous ai pas fait jeter au cachot, que je sache. M'en aurait-on empêché ? Vous n'êtes pas noble. Il évita de mentionner le fait qu'elle était la fille d'un homme qui, bien que roturier, était puissant et riche. Adélyne, je vous garde à mes côtés parce que mon père me l'avait recommandé avant de mourir. Ne me faites pas regretter de l'avoir écouté. Vous faites partie de mon conseil, et vous m'êtes utile... mais maîtrisez-vous et apprenez à accepter mes choix.

Tout en parlant, il se leva du lit, et se mit à faire les cent pas dans la pièce. Son regard revint sur les débris de bois; une chance que la jeune femme ait préféré passer sa colère sur le mobilier plutôt que sur son seigneur. Mieux valait éviter d'être présent dans la pièce la prochaine fois qu'elle sortirait de ses gonds.

- Je vais faire lever votre sanction, dit-il. Vous serez de nouveau autorisée à aller et venir comme vous l'entendez. Et vous reprendrez votre place à mon conseil. Mais avant cela, j'attends toujours vos excuses.
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Adélyne "Sapphie" Lanruse

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Sam 16 Nov - 0:21

   

Quand le baron de Castelys se leva et commença à marcher en long et en large au milieu de sa chambre, elle s'assit à l'exact place où il avait poser son séant. Elle le suivait du regard pendant qu'il allait et venait de la porte à la petite cheminée. Je ne le pensais pas si... perturbé ? Philippe était un homme très orgueilleux, et cet orgueil l'empêchait d'écouter les conseils d'une personne du sexe faible qui n'appartenait même pas à la noblesse. Adélyne avait certes peut-être dépassé les bornes -l'insulter c'est une chose, mais l'insulter devant toute une assemblée; mais elle avait presque obtenue ce qu'elle désirait : il venait d'admettre qu'elle lui était utile.

« C'est parce que votre père ne m'a jamais donné une si belle occasion de le faire... » Mais elle allait la fermer ?! Son père avait raison, son insubordination maladive allait finir par lui attirer de réels ennuis. Elle s'empressa d'ajouter, beaucoup plus fort : « Vous n'avez pas à douter de ma loyauté envers vous, Philippe. Si c'est ce qui vous inquiète... »

Pensait-il vraiment qu'elle pouvait aller contre sa nature ? Adélyne avait toujours eu un caractère plutôt... sanguin, depuis sa plus tendre enfance. Et ce n'était pas la première crise de nerfs qu'elle passait au château. La jeune femme colérique s'en était pris à un peu près tout le monde. Elle avait une fois foutu une claque à un noble qui lui avait lancé une remarque de trop, et elle l'avait menacé de faire circuler dans tout Castelys des informations sur les saloperies qu'il faisait au bordel d'Apreville si il en venait à se plaindre. On pourrait appeler ça du harcèlement ; Adélyne dirait que c'est uniquement ce que mérite ces ordures de nobles.

Elle ne tenait pas à s'excuser. Elle n'allait pas s'excuser. Ce serait avouer ses faiblesses devant le baron et elle ne pouvait pas se le permettre. « Au risque de me répéter Monseigneur... M'excuser de quoi ? » Elle continuait de le regarder dans les yeux. Elle ne posait pas la question sur un ton de défi, elle voulait vraiment l'entendre lui répondre mais elle commençait à se demander si Philippe n'allait pas lui mettre une gifle. « Et puis... Si vous n'avez besoin de m'entendre m'excuser pour que je récupère véritablement ma place de conseillère, pourquoi vous ne m'écoutiez pas avant cet... incident et avant que vous jugiez des excuses nécessaires ? »

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Philippe de Castelys

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Sam 16 Nov - 13:30


Devait-il lui mettre une gifle ? La question, Philippe se la posait aussi. Il s'était montré patient depuis son arrivée dans la chambre - trop patient, peut-être. Mais cette patience avait ses limites, et Adélyne en abusait sérieusement. Que lui importait-il qu'elle se dise loyale, si cette loyauté s'effaçait derrière la contestation et le mépris qu'elle lui avait témoignés lors de l'audience publique ? Tous deux avaient leur fierté, cette volonté d'avoir le dernier mot. Mais Philippe se refusait à lui concéder ce plaisir. La Lanruse usurpait déjà une trop grande partie de son autorité. Parce qu'elle était la fille d'un homme riche, il ne pouvait la traiter comme la dernière des paysannes. Parce qu'elle avait une réputation au château, parce qu'elle était appréciée par une partie de ses gens - quand l'autre la haïssait - il lui fallait compter sur son appui. N'étaient ces circonstances particulières qui favorisaient Adélyne Lanruse, Philippe ne l'aurait pas aussi bien traitée. La Lanruse savait tout cela. Elle en tirait parti, et elle en abusait.

- Bon, ça suffit comme ça, trancha-t-il d'un ton agacé.

Il avait cessé de marcher, et s'était tourné vers elle, une expression de colère dans le regard. Rapidement lassé de la solution diplomate, Philippe voyait son naturel revenir au galop.

- Je ne suis pas venu ici pour subir encore une fois votre outrecuidance. Je commence à en avoir assez de votre comportement de petite bourgeoise prétentieuse. Alors maintenant, vous présentez vos excuses, ou je vous laisse cloîtrée ici jusqu'à votre ménopause.

Le ton avait monté, et selon la réaction de la jeune "bourgeoise prétentieuse", il risquait de ne pas redescendre de si tôt.
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Adélyne "Sapphie" Lanruse

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Sam 16 Nov - 16:36

   

Elle n'en pouvait plus de le voir ici. Elle voulait qu'il parte. Qu'il sorte vite de ses appartements. Elle sentait la colère peu à peu monter en elle. Mais qu'est ce qu'il a ? Il se prend pour la Reine celui-là ? Il a de la chance que je n'ai pas déjà définitivement quitté le château. Elle voulait lui dire, ça le calmerait, il partirait et elle serait enfin tranquille. Sans un homme dans sa chambre... Mais cela sonnait si mal dans sa tête : "toutes mes excuses Monseigneur". Ce serait avouer qu'elle a eu tort, qu'elle a abusé. Sa volonté se coucherait devant celle de Philippe et sa fierté en prendrait un coup. La seule chose qu'elle avait véritablement pour elle était sa capacité à pouvoir remettre les ordres des plus hautes autorités en question. Pour elle, la loyauté ce n'était pas l'obéissance aveugle dont certains pouvaient faire preuve, mais bien donner son avis et faire ce qui lui semblait le plus juste pour son Seigneur et sa seigneurie.

Elle avait était punie pour ne pas avoir été hypocrite, comme le reste des nobles que le Seigneur côtoyait. Ces même nobles qui ne manquaient pas une occasion de se foutre du baron qui se laissait gouverner par des femmes. D'abord la Reine, ensuite sa mère, et maintenant la Lanruse qui avait assez d'audace pour le traiter d'incapable durant une séance de doléances, devant Ackley, certains de ses amis, des gardes, des gens du peuple... Elle commençait à se sentir coupable. Si Hugues avait demandé à Philippe de garder la petite Lanruse comme conseillère, il avait aussi fait promettre à Adélyne de veiller à ce que son successeur ne fasse pas trop de conneries et qu'elle soit pour lui ce qu'elle avait été pour Hugues : une aide précieuse. Si seulement il n'était pas aussi... Présomptueux. Mais en l'insultant et en ternissant ainsi sa réputation, elle ne lui était d'aucune aide. Elle se promit de régler le problème de ces nobles qui avaient tendance à trop parler dès que possible.

Elle se leva et soutint son regard. « Il faut bien que l'un de nous deux fasse preuve d'humilité. Je m'excuse Philippe. Mais si vous pensez que je ne suis pas votre égale, sachez que je ne vous suis pas non plus inférieure. Souvenez vous en. Et souvenez vous aussi que c'est... une faveur que je vous fait de ne pas renter à Apreville. »

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Philippe de Castelys

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Sam 16 Nov - 18:45


Le baron s'adoucit un peu. Les excuses étaient simples, manquaient de sincérité et étaient enrobées d'autres reproches, mais elles étaient là. Intérieurement, Philippe se félicita. Il avait levé le ton au bon moment, et su intimider la donzelle, pensait-il. Elle a comprit que je ne bluffais pas. J'ai su l'impressionner. Ce n'est qu'une femme, après tout. Toutefois, ce qu'elle avança ensuite le laissa quelque peu dubitatif. Que voulait-elle dire, lorsqu'elle affirmait qu'elle ne lui était ni égale, ni inférieure ? Osait-elle se prétendre supérieure à lui ? A-t-on vu bouseuse plus faraude que celle-ci ?

- Libre à vous de ne pas vous considérer comme inférieure. Mais vous l'êtes, c'est un fait.

Les mots étaient sortis sèchement, comme si Philippe cherchait absolument à garder le dessus dans leur conversation. Hors de question pour lui de se laisser intimider par la fille d'Edmond Lanruse. Toutefois, il se devait de demeurer courtois à son endroit, lui qui exigeait tant qu'on le respecte. Malgré ce qu'on pouvait croire, Philippe respectait les femmes; simplement, sa vision traditionnelle des choses voulait que ces dernières restent à leur place. Adélyne avait fait un effort, peut-être devait-il en faire un. D'une voix plus calme, en signe d'apaisement, il poursuivit :

- A présent, n'en parlons plus, l'incident est clos. Vous reprenez vos fonctions dès maintenant, et je compte sur votre présence lors du prochain conseil. Je tiens à ce que nous soyons vus ensemble, afin de faire rapidement taire les rumeurs sur notre différend...

Les rumeurs les plus folles avaient couru depuis qu'Adélyne avait cessé de se montrer. On soupçonnait le baron de l'avoir jetée en prison. Certains en ville, se pensant mieux renseignés car l'on savait qu'elle ne s'y trouvait pas, avaient été jusqu'à croire que Philippe l'avait faite assassiner. Mieux valait rétablir la vérité avant que ces extrapolations n'aillent trop loin. Philippe entendait bien montrer qu'il n'existait aucun malentendu et que tout se passait pour le mieux; il comptait sur Adélyne pour jouer le jeu, ce serait là une manière de traduire ses plates excuses par de vrais actes.

Là-dessus, le baron pouvait prendre congé. Il avait obtenu ce qu'il voulait : son orgueil était rassasié, l'honneur était - pour autant qu'il pouvait en juger - sauf. Persuadé de s'être comporté en digne seigneur qu'il était, il pouvait maintenant se retirer.
Toutefois, alors qu'il posait la main sur la poignée de la porte, il s'arrêta et se tourna une nouvelle fois vers Adélyne.

- J'ai prévu de dîner en compagnie de ma chère mère, ce soir. Mais peut-être pourrez-vous vous joindre à moi demain soir ? Puisque vous tenez tant à faire valoir votre point de vue, ce sera l'occasion pour vous d'être écoutée...
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Adélyne "Sapphie" Lanruse

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Lun 18 Nov - 23:04

   

Sortez... Mais sortez... « Si vous voulez. Mais sortez maintenant, j'ai des choses à faire. A demain, donc. » Elle commença à sortir des vêtements de sa malle, ainsi que son armure, tournant le dos à Philippe et le laissant sortir sans lui jeter le moindre regard. Elle vérifia tout de même que le baron soit sorti des ses appartements avant de se changer. Elle avait besoin de décompresser après ça. Obligée de m'excuser auprès de ce nobliau... Elle avait assez fait d'efforts comme ça et ne comptait pas croiser Philippe avant demain soir. Elle risquerait de se mettre à nouveau en colère. Mais elle se montrerait tout de même, histoire de faire taire ces rumeurs ridicules. Comme si Philippe pouvait me faire assassiner, moi...

Adélyne enfila rapidement ses affaires, puis sortit rapidement de sa chambre, puis du couloir, puis du château. Elle se dirigea vers le bourg d'Apreville. Direction le bordel. Elle y arriva rapidement et attacha son cheval derrière la petite maison close. Elle était connue là-bas. Il faut dire qu'il y avait peu de lesbiennes à Castelys. Et qu'elles n'étaient pas forcément bien vues... Adélyne c'était renseigné au bordel des habitudes sexuelles de certaines nobles. Elle n'était pas la seule femme à avoir des mœurs particulières, mais toutes les autres faisaient tout pour le cacher. Elle ne l'affichait pas publiquement, mais elle laissait indifféremment courir les rumeurs sur sa sexualité.

La jeune femme en armure poussa la porte et entra dans la bâtisse. « Ca fait longtemps, Adélyne. » Une vieille femme l'accueillit dans une accolade amicale. « Alphésie est occupée. Tu veux l'attendre ? » « Une heure de plus ou de moins... » La vieille s'installa sur des coussins près d'une table basse et fit apporter à boire : une bouteille d'alcool fort transparent. Elle discutait avec la maquerelle pendant quelque temps, avant qu'une jolie jeune fille blonde entra dans la pièce. « Adélyyyyne ! » Elle lui sauta dans les bras. « Pourquoi tu as mis autant de temps à venir me voir ? » L'enthousiasme et la bonheur humeur de la jeune prostituée fit sourire Adélyne. Elle se dirigea vers une des petites chambres à l'étage en la portant dans les bras...

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Adélyne avait passé sa journée à courir partout pour régler ses affaires. Elle était assez fatiguée et voulait du calme. Et merde, c'est ce soir que je dois manger avec Philippe. Elle hésita à se changer. Après tout, Philippe la préférait en robe et durant le repas, elle n'était pas vraiment dans l'exercice de ses fonctions. Si elle n'avait pas tout le château à traverser pour dîner avec lui, elle l'aurait sûrement fait. Il m'aurait sûrement écouté, mais je l'aurais sûrement regretté par la suite. Elle descendit les marches de l'escalier en pierre vers la salle à manger et entra dans la pièce. Il n'y avait encore personne. Elle décida d'attendre le baron là.

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Dernière édition par Adélyne "Sapphie" Lanruse le Jeu 21 Nov - 20:38, édité 1 fois
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Philippe de Castelys

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Jeu 21 Nov - 19:50


Après quelques journées bien remplies passées à gérer les affaires en tout genre de la baronnie, Philippe s'était accordé un long après-midi de détente. Il rentrait d'une chasse à courre dans le Bois-aux-Cerfs, aux côtés notamment d'Ackley, Dutilleul et Fort-Vaillant. Rien de tel pour oublier les ennuis, les complications liées à sa charge. Philippe était bon chasseur, et son père lui avait légué une meute de chiens de chasse redoutable; il était jeune lorsqu'il accompagnait déjà les veneurs de son père, lequel considérait la chasse comme un bon entraînement à la guerre. Pour Philippe, c'était surtout un excellent moyen de s'occuper quand on n'avait rien à faire. Il avait beau se plaindre d'être sans cesse accaparé par ses réunions et ses multiples tâches, il trouvait toujours une bonne occasion pour fuir ses responsabilités et s'éclipser en forêt avec amis, chevaux et chiens, pour rapporter de sa chasse de multiples trophées qu'il exposait dans la grande salle à manger, et dont il n'avait de cesse de se vanter devant ses invités.

Ces trophées de chasse dont il s'enorgueillissait tant étaient pour le moment la seule compagnie qu'Adélyne pouvait trouver dans la salle. Le baron n'était pas encore arrivé; après un moment où seules les têtes de sangliers empaillés dévisageaient la jeune femme, un jeune page entra pour l'informer que le baron venait de rentrer du bois et qu'il n'allait plus tarder.

Le baron se présenta pourtant une bonne demi-heure plus tard, ayant prit le temps de se débarrasser de ses vêtements de chasse pour revêtir une tunique de soie rouge. Entouré de valets, il demanda qu'on dispose une petite table près de la cheminée, et qu'on allume un feu dans celle-ci. Cela fut fait rapidement. Se tournant vers Adélyne avec le sourire satisfait de l'homme qui vient de passer une bonne journée, et ne songeant guère à s'excuser pour son retard, il invita la jeune femme à prendre place.

- Prenez place, chère amie, dit-il alors que, profitant de la chaleur du feu qui crépitait dans l'âtre, il prenait lui-même place à table. Je me réjouis de cette occasion de pouvoir bénéficier de vos conseils, et avant tout, de votre plaisante compagnie.

L'ambiance était intimiste dans cette grande salle où l'on donnait parfois de grands banquets. Tous deux dîneraient seuls, sans compagnie autre que celle des valets du jeune baron. Le ton avec lequel le baron s'adressait à une femme qu'il avait fait séquestrer plusieurs jours avait de quoi surprendre : on jurerait qu'une amnésie passagère lui avait fait oublier le différend qui les avait opposés, et qu'une amitié était née entre eux sans qu'on sut trop comment cela était possible. La vérité était bien plus simple : Philippe avait dîné avec sa mère la veille, laquelle l'avait sévèrement réprimandé. Si le baron avait cru, en mettant Adélyne à l'écart pour quelque temps, faire montre d'autorité et imposer le respect à ses gens, il ne s'était pas rendu compte des risques d'une telle manœuvre. « Edmond Lanruse n'allait pas rester les bras croisés », avait dit Anne de Kelsborough à son baron de fils. « Si cette petite idiote était restée cloîtrée un jour de plus, qui sait quelles calamités son maudit père aurait déclenchées ? Les Lanruse ne sont pas nobles, mais leur argent fait force de loi. Il recruterait plus facilement des mercenaires que tu ne pourrais trouver d'épées à ta cause. Et il n'aurait même pas besoin de ça pour se venger : s'offrir les services d'un assassin serait encore plus rapide et plus discret. Tu ne peux pas t'en faire un ennemi. »

Un échanson apporta deux coupes et une carafe de vin, tandis que Philippe posait son regard sur la fille d'Edmond Lanruse. Il ne lui fallut pas longtemps pour remarquer que celle-ci n'avait pas manqué à son habitude, et continuait de porter l'habit militaire en toute occasion. J'aurais dû lui ordonner de mettre une robe pour ce soir. J'ai l'impression de dîner avec un homme qui a des nichons. Gardant ses pensées pour lui-même, Philippe poussa la bonne volonté jusqu'à servir lui-même le vin dans la coupe de son invitée. Toutes ces marques d'attention et de bienveillance, si inhabituelles chez lui, devaient paraître bien suspectes aux yeux d'Adélyne. Quel mauvais coup préparait le baron et qu'attendait-il d'elle ?
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Adélyne "Sapphie" Lanruse

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Ven 22 Nov - 23:49

À cet instant, Adélyne décida qu'elle boirait beaucoup de vin. Beaucoup, beaucoup de vin. Sûrement dans le but d'oublier le ton amical que tentait de prendre le baron. Et aussi le temps qu'elle avait attendu seule dans la pièce pendant que le baron prenait son temps. Était-il ironique lorsqu'il parlait de sa "plaisante compagnie" ? « Vous m'avez fait attendre. Ce n'est pas très courtois de votre part. » Elle disait ça sur le ton de la plaisanterie, car, comme tout le monde le savait, la courtoisie était une des rares vertus ne touchait pas notre jeune conseillère.

Elle s'assit en face de Philippe, légèrement mal à l'aise. C'était la première fois qu'elle dînait uniquement avec lui et ses valets. Habituellement, il y avait Ackley, et elle passait tout le temps du repas à se retenir de lui lancer sa nourriture au visage. Elle se demandait si il allait vraiment l'écouter ce soir. Son statut ne changeait pas après tout, elle était toujours femme, et toujours pas noble. La seule chose qui avait changé était qu'elle l'avait publiquement insulté. Et ça ne jouait pas en sa faveur.

Quand Philippe pris la peine de servir lui-même la coupe de la jeune femme, elle trouva la situation cocasse et délicieuse. Un sourire se dessina sur son visage. Elle se sentait en position de force par rapport au baron, ce qui la rendait trop sûre d'elle. Soit il a peur de représailles, soit il veut me demander une faveur. Elle se risqua à poser la question, poussée par sa fierté. « Vous avez peur de nous Philippe ? Peur des Lanruse ? »

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Philippe de Castelys

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Sam 23 Nov - 2:14


Il voulait bien faire, et pourtant, là encore, il devait affronter des reproches ! Mais la remarque d'Adélyne sur son retard le fit sourire. J'invite une moins-que-rien à ma table, et elle trouve encore à se plaindre. Voilà qui me rassure au moins sur un point : c'est bien une femme, il n'y a pas de doute. Jamais satisfaite ! Oui, Adélyne était une femme, aussi agaçante et capricieuse que les autres... mais elle avait aussi le franc parler des hommes. Les défauts majeurs des deux sexes, réunis ensemble chez une même personne, étaient assez redoutables.

- J'ai été très occupé, répondit-il de manière laconique, sans s'étendre sur la nature de ses occupations - qui n'était d'ailleurs un secret pour personne au château. Chacun connaissait le goût de Philippe pour la chasse, et les trophées qui paraient les murs de la salle des banquets ne le rappelaient que trop bien.

Pendant qu'Adélyne s'interrogeait sur ses intentions et le fixait, cherchant à comprendre les motifs de cette bienveillance soudaine, attendant de le prendre en faute, le baron pour sa part buvait une gorgée de vin, le plus tranquillement du monde. En fait, il semblait absent; des pensées qui n'avaient rien à voir avec l'instant présent le taraudaient, alors qu'il repensait à son entrevue la veille avec sa redoutable mère. C'était encore l'un des défauts qui ne faisaient pas les bons seigneurs, Philippe se laissait facilement distraire. La question de son invitée le tira néanmoins de ses rêvasseries et le ramena à la réalité. Il sourcilla, pas certain de bien avoir saisi. Les Lanruse lui faisaient-ils peur ? Pourquoi une telle question, et pourquoi la lui était-elle posée maintenant ? Son visage se fit sérieux tout d'abord, trahissant du même coup ses pensées. Peur des Lanruse... non. De ton père, seulement. Finalement, il chercha à esquiver la question sur le ton de la plaisanterie. Un léger rictus naquit au coin de ses lèvres, et il répliqua :

- Un homme avisé n'invite pas son pire cauchemar à sa table. Me trouvez-vous l'air intimidé, Adélyne ? Que je sache, vous ne m'avez pas donné matière à m'inquiéter. Je n'ai pas eu à me plaindre d'un manque de loyauté de votre part. Seulement de discipline, mais l'incident est oublié, n'est-ce pas ?

Ses paroles contrastaient avec les propos tenus la veille, à cette même table, par sa mère, laquelle arguait qu'un seigneur avisé devait être plus proche encore de ses ennemis que de ses amis. Mais fallait-il pour autant considérer les Lanruse comme une menace ? La seule crainte que Philippe pouvait avoir présentement, était de voir cette famille de marchands quitter la baronnie pour faire commerce ailleurs, le privant des effets générés par leurs fructueuses affaires. L'argent avait son importance, aussi devait-il s'assurer qu'ils n'en fassent rien; mais eux, au moins, ne menaçaient pas la stabilité politique de Castelys. Question autrement plus inquiétante, pour un baron qui n'avait encore à l'heure actuelle aucun héritier légitime, et qui n'était même pas marié. Cette question-là, elle aussi, avait été au cœur de la discussion qui s'était tenue la veille entre Anne de Kelsborough et son fils.

- Dites-moi, poursuivit-il après une nouvelle gorgée de vin, votre père dispose de nombreuses connaissances dans les Méridianes. Associés, fournisseurs ou clients... la famille Lanruse a des yeux et des oreilles dans bien des châtellenies, bien qu'elle me fasse l'honneur de résider à Apreville.

Il parlait comme si la question indiscrète d'Adélyne l'avait subitement mené à lui parler de son père, sans que lui-même n'ait cherché à engager la conversation sur ce sujet. Mais une fois encore, Philippe n'était pas un excellent comédien. On devinait, au ton de voix qu'il employait, mal assuré, qu'il cherchait à avancer petit à petit vers une question qui tomberait tôt ou tard, et qui n'était peut-être pas sans lien avec le retour en grâce de la jeune Lanruse. Il se redressa légèrement, un peu crispé qu'il était sur son siège, et poursuivit :

- On sous-estime parfois l'étendue des relations d'un homme qui compense sa basse extrace par le sens des affaires. Peut-être aurais-je, un jour, besoin qu'il m'en fasse profiter.

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Adélyne "Sapphie" Lanruse

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Sam 7 Déc - 0:48


   
Encore et toujours, le jeune seigneur de Castelys la sous-estimait. Loyauté ne veut pas dire soumission. Elle commençait à plaindre la femme qui se marierait un jour avec lui. Comment pouvait-il être né d’une mère si ambitieuse et avoir une vision si traditionnelle de la femme ? Surtout qu’il était de notoriété publique, du moins dans l’enceinte du château, que Philippe avait peur de sa mère. En même temps, qui n’a pas peur de cette femme ? Elle se concentra à nouveau sur ce que dit le baron lorsqu’elle l’entendit lui parler de son père.

C'est donc ça... Il a quelque chose à demander. La roturière amena son verre de vin jusqu'à ses lèvres et en bu une bonne gorgée. Lui rendre service après l'avoir enfermé dans sa chambre trois jours ? On pouvait dire qu'à ce moment le baron ne manquait pas du culot. Et il continuait sur sa "basse extracte" pour reprendre ses mots exacts. « Il serait judicieux d'arrêter de me rappeler nos origines populaires si vous voulez nous demander une faveur... » Elle parlait au nom de son père et au nom des Lanruse. « Et également de me cloîtrer plusieurs jours dans mes appartements. Certes, Edmond Lanruse contrôle une grande partie du commerce avec l'Albad-Ryah. Mais c'est avant tout mon père. »

Adélyne marqua une pause et reprit une rasade de vin. Après l'incident arrivé en séances de doléances, il fallait faire preuve de toupet pour s'adresser ainsi au baron avec autant d'aplomb. Aussi, elle essaya de trouver le courage nécessaire dans le vin de sa coupe. « Ce serait dommage qu’on vienne à lui rappeler notre petit différend et que vous deviez non seulement vous passez de son aide mais aussi en subir les représailles... » Elle le regarda d’un air de défi, plongeant ses yeux dans les siens. « C’est donnant-donnant, Philippe. Un service en échange d'un autre. »

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Sam 7 Déc - 14:33


La réaction d'Adélyne le prit de court. Lui qui croyait l'avoir domptée réalisait qu'il avait toujours affaire à une bête sauvage. Il s'étonna que la donzelle n'apprécie pas de se voir rappeler ses origines modestes, elle qui vouait une antipathie particulière à la noblesse. C'est une femme, et comme toutes les femmes, elle ne sait pas ce qu'elle veut. Et cette menace permanente d'en appeler à son père... la première idée qui lui vint fut de réprimander vertement Adélyne pour son impudence. Admise à la table du baron, ce qui était un honneur pour elle, voilà qu'elle en demandait davantage encore, elle qui avait déjà tout. Fallait-il qu'elle ramène encore sur le tapis ces jours où il l'avait contrainte à l'isolement ? Elle était restée cloîtrée certes, mais dans des conditions relativement confortables, une noble n'aurait pas été traitée différemment. Elle mérite une bonne paire de claques, se dit-il en buvant une gorgée de vin. Ou une bonne fessée... Peut-être était-ce l'effet du vin, mais à cette pensée, il ne put s'empêcher d'imaginer la scène : Adélyne, recroquevillée sur le sol de pierre froide, suppliante et implorant sa pitié, tandis qu'il frappait sans retenue son postérieur dénudé. Sa bouche se tordit en un fin sourire de satisfaction un peu pervers, laissant son interlocutrice se demander quelles pensées tordues traversaient l'imagination du jeune baron. Mais il eut pour l'instant la sagesse de garder pour lui ce genre de fantasmes sans les mettre à exécution.

Non, à vrai dire, il était un peu curieux. Qu'est-ce qu'Adélyne Lanruse pouvait réclamer de lui qu'elle n'avait pas déjà, et que son père ne pouvait lui donner ? Cherchait-elle seulement à l'irriter, à poser des conditions uniquement pour le plaisir de lui être désagréable, ou avait-elle véritablement quelque chose en tête ?

- Dites ce que vous attendez de moi, répondit-il enfin, et nous verrons si c'est possible.
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Adélyne "Sapphie" Lanruse

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Sam 7 Déc - 21:44


   
La jeune femme sentit la surprise du baron et s’en amusa. A quoi s’attendait-il ? Elle avait préféré s’écraser lorsqu’il avait fallu s’excuser et ainsi éviter de rester enfermée ne serait-ce qu’une journée de plus. Elle ne supportait pas de se sentir prisonnière, alors qu’elle avait déjà à subir sa condition de femme d’épée et de roturière. Mais elle était certaine que son petit seigneur ne recommencerait pas cette bêtise et elle assumait donc à nouveau ses projets.

« Nous verrons si c’est possible. » Adélyne ne put s’empêcher de rire silencieusement. Ses yeux pétillaient d’une lueur mutine. « De toute façon, Philippe, ce sera ça ou rien… » Au moment où elle prononça ces paroles, elle sentit, à tort ou à raison, comme un sentiment de pouvoir sur le baron. D’autres auraient appelé ça du chantage. Elle n’agissait pas par méchanceté, mais plutôt par espièglerie. L’idée qu’un noble daigne lui rendre un service lui plaisait. Qui plus est un Seigneur à qui elle dut prêter allégeance. Néanmoins, elle ne demandait pas quelque chose au hasard.

« Mais ne vous en faites pas, il n’est question de pas grand-chose. Il s’agit d’Ackley. Pour être honnête avec vous, Philippe, je ne peux plus le supporter. Ce serait fort sympathique de votre part de le laisser prendre des vacances éventuellement auprès d’autres membres de votre famille, pendant disons… trois à quatre semaines ? Tout au plus. » Elle chercha des arguments en faveur de sa demande. « Durant des temps si calmes, un baron a-t-il besoin de tant de conseillers auprès de lui ? L’absence d’Ackley ne retardera en rien les affaires de la Baronnie. » Elle attrapa sa coupe et regarda le métal brillé à la lumière des bougies. « Et il me semble que votre mère n’est pas contre vous donnez quelques conseils quant à la façon de diriger Castelys… Et si vous n’oubliez pas ma présence, je peux certainement vous être utile s’il s’avère que vous en n’ayez besoin. Quelques semaines sans votre cousin ne causeront aucuns désagréments à votre Seigneurie. » Et cela m'empêchera de l'étrangler à mains nues, ce connard...

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Sam 7 Déc - 22:08


Venant de la bouche d'Adélyne, Philippe aurait pu s'attendre à bien des choses. Mais certainement pas à ce qu'elle lui demande d'éloigner Ackley. Il fronça aussitôt les sourcils, choqué par l'audace de la jeune femme. Le fait qu'Adélyne et Hubert d'Ackley ne pouvaient pas se voir en peinture n'était un secret pour personne, mais de là à imaginer qu'elle puisse se permettre une telle requête... Philippe craignit d'avoir mal agi en se montrant si courtois avec elle. J'ai fait bonne figure, j'ai voulu faire preuve de diplomatie... et voilà qu'elle me renvoie la politesse en pleine figure, en se croyant permise de me donner des ordres.

- Eloigner Hubert... voyons, vous n'êtes pas sérieuse.

Hubert d'Ackley n'était pas seulement un conseiller pour Philippe, il s'agissait de son cousin et de son meilleur ami. Le jeune homme avec-lequel il avait fait les quatre cent coups, celui qui partageait ses souvenirs d'enfance. C'était également l'un des rares conseillers, voire le seul, que Philippe n'avait pas hérité de son père. Il avait lui-même choisi de s'entourer d'Ackley, qui avait presque le même âge que lui, afin, avait-il dit, d'apporter un peu de fraîcheur et de renouveau dans la gestion des affaires de la baronnie. Certes, il y en avait eu plus d'un pour dire que c'était un mauvais choix. Même Anne de Kelsborough avait émis des réserves à son sujet. Mais le pousser au départ serait mal vu, cela entraînerait des tensions familiales dont Philippe n'avait guère besoin... et tout ça au nom de quoi ? Pour faire plaisir à une roturière, uniquement parce que la tête d'Ackley ne lui revenait pas ?

- Puis-je savoir pourquoi tenez-vous tant à cette lubie ? demanda-t-il d'un ton sévère, une pointe d'impatience dans la voix. Je crains fort de perdre mon temps avec cette peste, je n'en tirerais rien de bon...
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Adélyne "Sapphie" Lanruse

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Dim 8 Déc - 1:04

Adélyne commençait à s’énerver, et se demanda même s’il ne valait pas mieux s’ennuyer dans la maison familiale que d’être conseillère de ce baron ci. Plus le temps passait et plus elle avait de mal à supporter Philippe. Elle en serait presque venue à le détester si elle avait pu. Mais sa loyauté et cette espèce de compassion miséricordieuse l’en empêchaient. Cela étant, à ce moment précis, elle ressentait beaucoup de colère à son égard. Il me snobe depuis que j’ai prêté serment de le servir et il ose me demander des comptes à propos d’Ackley ?

« Ah puisque maintenant mon avis vous intéresse mon Seigneur ? » Elle avala sa coupe de vin d’un trait. « Si vous ne pouvez pas accéder à ma requête, ce n’est pas grave… » Elle écarta sa chaise de la table et se releva en posant les mains sur la table. « Nous ne pourrons juste pas accéder à la vôtre. » Elle lui sourit avant de se retourner et commença à avancer en direction de la porte. Elle sentait le regard de Philippe dans son dos. Sûrement surpris et furieux... Elle se sentait aussi observée par les valets de Philippe. Elle s’était risquée à tant d’insubordination devant les domestiques de son Seigneur. Ils ne savaient pas s’il devait l’admirer ou la plaindre.

Elle s’arrêta après quelques pas. Elle espérait pouvoir intimider le petit seigneur. « Oh, et je pense que les accords marchands devront rapidement être revisités. A nouveau… » Adélyne priait pour que cette menace exerce une pression sur le baron de Castelys. Il avait autrefois, quand le baron Hugues était sur son lit de mort, subi une mésaventure avec les dits accords marchands. Peut-être ce litige lui aura-t-il laissé un mauvais souvenir tel qu’il se manifesterait ? Après tout, il avait mené à la déception du fils de la part du père. Et il était clair qu'Edmond Lanruse était assez influent pour pousser la confrérie des marchands de Castelys à se plaindre. Et cela pouvait rapidement prendre de l'ampleur. Elle n’avait plus qu’à attendre une réaction de sa part, de préférence bonne pour elle, même si elle ne s’inquiétait pas d’autres représailles. Elle continuait à se diriger calmement vers la grande porte.

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Philippe de Castelys

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Dim 8 Déc - 1:57


Le baron haussa un sourcil. La logique d'Adélyne lui échappait, et plus cette conversation se poursuivait, plus cela était flou dans son esprit. Était-ce le vin ? Probablement pas, il n'en avait pas encore englouti assez. Enfin, Adélyne était-elle folle ou faisait-elle exprès de ne rien comprendre ? Non contente d'exiger de lui qu'il congédie les yeux fermés un conseiller en qui il avait confiance, elle refusait de lui fournir la moindre explication à ce sujet. Il aurait pu insister, chercher à comprendre; mais non. Lorsqu'une fois de plus elle invoqua son père, comme pour mettre le jeune baron au défi, cela ne fit qu'exacerber le ressentiment de Philippe. Elle avait épuisé la patience qu'il avait en réserve pour ce soir. Et en un temps record. Si bien que lorsqu'elle eut achevé ce que Philippe considérait ni plus ni moins comme des menaces, il répondit d'un ton nettement plus froid :

- Adélyne, vous n'êtes pas ici à cette table en qualité d'intermédiaire pour votre père ! Si Edmond Lanruse avait sujet à se plaindre, il saurait venir me trouver de son propre chef. Du reste, je ne vois pas en quoi le sort d'Hubert le concerne; tout comme je ne vois pas pourquoi je devrais accéder à votre requête. Je m'entoure de qui je le veux, et je n'ai certainement pas de comptes à vous rendre.

Là-dessus, il se leva de table. Autour d'eux, les valets échangeaient des regards intrigués, se demandant quoi faire. On n'avait même pas servi le premier plat, qu'il semblait déjà clair que le baron n'avait plus d'appétit pour ce soir. Il y eut un bref silence, pendant-lequel le baron paraissait réfléchir tout en fixant Adélyne. Et alors, il perdit son calme, saisit le pichet de vin encore à moitié plein et le jeta avec force au sol, éclaboussant ses bottes au passage.

- Hubert ne m'a jamais insulté, tonna-t-il, furieux. Il n'a jamais oublié à qui il parlait ! Lorsqu'il me donne son avis, il n'attend rien en retour. Tandis que vous... ce ne sont jamais des conseils qui sortent de votre bouche, Adélyne. Ce sont des ordres ! Et je n'ai pas d'ordres à recevoir de la fille d'un marchand !

Il avait prononcé ces derniers mots avec tout le dédain que lui inspirait la roturière. Alors il détourna son regard d'elle, et il croisa celui des valets qui se tenaient là, tous penauds, à se demander s'ils devaient apporter la suite ou renvoyer les plats aux cuisines.

- Fichez le camp, leur lança-t-il d'un ton qui ne souffrait aucune discussion.

Les valets s'exécutèrent. La salle se vida bien rapidement, pour n'y laisser que le baron et son "invitée". On entendit les portes se refermer derrière les serviteurs. Alors Philippe se tourna une nouvelle fois vers elle.

- Quand je pense à l'honneur que j'étais sur le point de faire à votre famille... vous me décevez. Énormément.
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Adélyne "Sapphie" Lanruse

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Dim 8 Déc - 14:11


   
Lorsque le pichet explosa au sol, dans un bruit de terre cuite brisée, Adélyne s'arrêta, presque sans surprise. Elle ne se retourna pas avant que Philippe eut fini de parler, ou plutôt, de hurler. La salle était maintenant vide, et il n'y avait plus que le baron et sa jeune conseillère, à une distance raisonnable pour éviter toute agression physique de la part de l'un ou de l'autre. Après quelques secondes de silence, elle se décida à ouvrir la bouche.

« Edmond agit en mon intérêt, ainsi que celui de mes frères. Nous avons un sens de la famille qui dépasse toutes les vertus que vous pensez avoir. » Elle marqua une pause. Elle commençait à être fatiguée de Philippe. « Et excusez-moi si je n'arrive pas à être aussi hypocrite que peut l'être votre cousin. Je vous respecte Philippe. Mais puisque vous ne consentez pas à me porter à votre tour le respect que je mérite, je ne vois pas pourquoi je ferai cet effort pour vous. Pourquoi m'avez-vous gardé comme conseillère si c'était pour me dédaigner ainsi ? Toujours cette hypocrisie typique des nobles. » Elle commença à se rapprocher de la table derrière laquelle Philippe l’observait. « Vous auriez pu faire de moi un atout, un avantage. Au lieu de ça, vous me gardez comme un animal domestique, à montrer en public ou à faire tourner en rond dans sa cage. »

Elle se stoppa à un bon mètre de la table, toujours en regardant le baron. « Votre problème c'est votre orgueil. Vous n'admettez pas qu'une femme, qu'une gueuse puisse avoir une quelconque influence sur votre manière de diriger la baronnie. Vous considérez que je n'ai pas d'importance. Mais j’ai plus d’argent et d’influence que la moitié des nobles qui résident ici ! »

« Je n'ai pas besoin de la place que j’occupe à Castelys. Je gaspille mon temps et mon argent, à essayer de vous conseiller, à réparer certaines vos bourdes à coup de pots-de-vin. Je ne vois pas ce qui me retiendrait à la baronnie, ainsi que le reste de ma famille. »

Elle s'arrêta de parler à cette dernière phrase. Elle avait encore tant de reproches à lui faire. Mais toutes les discussions qu’elle avait pu avoir avec lui étaient vaines. Il aurait peut-être fallu une gâterie pour qu'il daigne écoutait ses conseils. Et encore... Puisqu'il considérait qu'elle n'avait pas d'utilité ici, elle partirait. Elle trouverait sans doute meilleure occupation, ou du moins plus agréable que de se faire insulter par des nobles à longueur de journée et de subir le mépris d’un baron qui se surestimait. Après tout, ce n'est qu'un petit baron...

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Philippe de Castelys

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Dim 8 Déc - 14:41

Adélyne eut beau s'expliquer, avancer encore une fois de plus ce qu'elle n'avait eu de cesse de reprocher au baron; Philippe ne voulait rien entendre de ce discours-là. Il lui était devenu plus qu'évident, désormais, que son regretté père avait eu tort de s'offrir les services de cette furie. Et lui avait eu tort de ne pas s'en séparer sitôt qu'il était devenu baron. Car il ne tirerait rien de bon de la roturière : elle n'était que trop indifférente au protocole, et sa condition particulière l'amenait à croire que nobles et roturiers devaient avoir les mêmes droits. Philippe conchiait cette engeance d'individus se faisant fort de tout changer. Il lui était insupportable que l'on puisse bafouer ce qui cimentait la communauté depuis la nuit des temps : le respect dû aux nobles par leurs gens. Commençons comme ça, et d'ici quelques années, un baron sera autant respecté qu'un marchand de poisson. Les deux n'ont pourtant pas la même odeur.

Elle, un atout, un avantage ? S'il n'était pas si énervé, il en aurait éclaté de rire. Elle ne manquait pas d'air, tout de même. Elle voudrait marchander sa loyauté à mon égard, en ne me servant qu'en échange de contreparties... c'est bien là le propre des marchands. Quelque part c'est ma faute, j'aurais dû m'y attendre.

- J'ai fais plus d'efforts avec vous que vous n'en méritiez. Mais on ne m'y reprendra plus. Puisque vous êtes si attachée à votre sens de la famille, et que votre respect ne semble dû qu'à elle seule, je vous encourage à aller la retrouver. Et sur-le-champ.

La décision avait été prise sur un coup de tête, certes; mais avait-il tort pour autant ? Il devait lui rappeler qui elle était. Elle n'avait que trop abusé d'une liberté de parole qu'elle s'était elle-même accordée. Qu'elle aille au diable. Je trouverais quelqu'un d'autre. Mère se trompait, je ne vois pas en quoi Edmond Lanruse serait plus habilité qu'un autre à me trouver une épouse. Et avec ses manières de marchand nul doute qu'il m'aurait fait payer ce service fort cher... C'est sur cette pensée qu'il lui tourna le dos pour gagner la porte, de sa démarche hautaine qui se voulait conquérante, quoique l'effet ne fut pas tellement réussi sur sa personne. C'est en posant la main sur la poignée qu'il ajouta ces dernières paroles :

- Vous en profiterez pour vider votre chambre. Il ne vous sera plus guère utile de séjourner au château, désormais.
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Adélyne "Sapphie" Lanruse

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Lun 9 Déc - 0:03

Adélyne resta un moment seule dans la grande salle à manger vide. Virée… Philippe venait de lui demander clairement de partir. Comment… Elle était un peu perdue et perturbée. Elle qui avait pensé partir triomphalement, voilà qu’elle se faisait jeter du château. Tout ça parce que Philippe eut le dernier mot… Elle se décida enfin à marcher en direction de ses appartements lorsque quelques serviteurs vinrent pour nettoyer la flaque de vin et le pichet gisant au sol. Elle serrait les poings tellement forts que ses ongles lui entraient dans la peau. Elle se dirigeait d’un pas rapide vers sa chambre, évitant tout contact visuel avec les résidents du château. Malgré le fait que les derniers propos de Philippe aient été prononcés sans aucuns témoins, Adélyne se sentait humiliée. Selon elle, jamais elle n’avait trahi sa loyauté envers le baron, alors pourtant qu’elle le détestait. Oui c’est ça, elle le détestait. Elle devait fournir un effort pour rester dans la même pièce que lui, sa présence la dérangeait. Elle ne sentait jamais à l’aise en sa compagnie. Et qui plus est, il est… exécrable. Elle avait la désagréable et légèrement paranoïaque sensation que tous les regards étaient tournés vers elle. Le baron avait-il déjà averti son entourage de sa décision ?

Alors qu’elle continuait son chemin à travers les escaliers et les couloirs de Castelys, Adélyne releva la tête. Devant elle passait Anne de Kelsborough, la veuve d’Hugues et mère de Philippe. La jeune femme se décida à lui parler, espérant calmer la situation qui ne devait pas empirer. Elle effectua une respectueuse révérence. « Madame la Baronne. » Adélyne avait entendu ce qu’on racontait sur Anne. Elle savait qu’elle avait une influence certainement sur le jeune baron. C’était également une femme très ambitieuse. Elle espère gouverner Castelys à travers Philippe. Malgré la légère peut que lui inspirait cette femme, Adélyne l’admirait. C’est sûrement pour cela qu’elle réussit si bien à aligner ces quelques mots bien qu’elle fut perturbée. « Pourrais-je m’entretenir avec vous ? C’est un sujet relativement important. » Elle n’avait jamais demandé d’entrevue à Anne au part avant et espérait qu’elle accepte. Il faut bien que l’un de nous deux règle la situation…

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Anne de Kelsborough

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MessageSujet: Re: Tout vient à point à qui sait attendre   Lun 9 Déc - 1:08


Anne de Kelsborough posa ses yeux marrons sur la jeune roturière. Tiens donc... voilà un certain temps qu'elle ne l'avait plus aperçue, celle-ci. Evidemment, elle n'ignorait pas que son fils avait récemment eu la "riche" idée de la cloîtrer chez elle, mais elle avait été libérée depuis, et s'était faite assez discrète. Anne allait passer son chemin quand la jeune femme lui réclama un peu de son temps. Voilà qui avait de quoi surprendre, jamais jusqu'alors les deux femmes n'avaient eu la moindre discussion seule à seule. Et quel besoin pouvait-elle donc avoir de lui parler à cette heure-ci ?
Il me semble qu'elle dînait avec Philippe ce soir. Leur entrevue s'est-elle déjà terminée ? Vu la mine de cette petite, il semble que ça ne se soit pas déroulé comme prévu. Elle avait déjà entendu son fils se plaindre de cette femme, trop indifférente au protocole, indisposée à obéir, irrespectueuse... pourtant, elle ne semblait pas si terrible que ça en cet instant, alors qu'elle s'adressait à elle avec cette politesse intimidée qu'Anne retrouvait si souvent chez ses interlocuteurs.

- Suivez-moi, dit-elle simplement avant de s'engager dans le couloir, comptant sur Adélyne pour lui emboîter le pas.

Sans mot dire, elle les conduisit vers son salon privé, petite pièce confortable aménagée non-loin de ses appartements où elle avait l'habitude de s'entretenir à l'abris des oreilles indiscrètes. Ce qu'Adélyne avait à lui dire ne méritait peut-être pas ce type de précaution, mais Anne aimait parler librement, et si le sujet était aussi important qu'on le lui disait, cela s'y prêtait. Outre de confortables fauteuils, la pièce comprenait un bureau et une petite bibliothèque murale garnie de livres de lois et d'histoire. La baronne s'assied et fit signe à Adélyne d'en faire de même.

- Je vous écoute, dit-elle en posant sur elle son regard inquisiteur, un regard qui ne la lâcherait plus durant tout le temps de l'entrevue.
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» Ce que personne ne sait, ce que personne ne saura jamais.
» MAELYS ♣ Tout le monde sait comment on fait les bébés, mais personne sait comment on fait des papas...

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