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 Rapport d'investigation

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Inconnue

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MessageSujet: Rapport d'investigation   Jeu 7 Nov - 22:49

(Depuis là)

Même quand on n'a pas l'habitude d'être touchée, qu'on en ressent en général plus de gêne que de réconfort, on est parfois suffisamment à bout, suffisamment désolé pour que le geste fasse un bien inattendu. Elle devrait avoir malgré elle un geste de recul, un rien de tension dans les épaules, mais non. Six est trop fatiguée pour ça. Une fatigue qui n'a pas grand chose de physique, mais qui pourtant lui alourdit les membres et le coeur. Le coeur, surtout. La misère qu'on partage n'en est pas moins misérable, et c'est un fardeau très lourd pour qui n'a jamais rien connu de tel.

Sidonie semble presque aussi déprimée qu'elle, aussi Six lui sourit. Elle la suit sans se faire prier, et découvre la chambrette qu'elles vont partager. Une pièce exiguë et sans charme, mais propre et sommairement meublée du nécessaire. Lit, siège. Un petit coffre à vêtements, juste assez vaste pour y loger une tunique de rechange et un peu de linge. Une chandelle à demi consumée. La jeune fille reste sur le seuil et contemple ce qui sera désormais son refuge nocturne, son nid. Bien pauvre nid. Mais qui devra suffire, désormais, à lui tenir chaud. Sidonie s'affaire, papote comme à son habitude, et Six s'efforce de sourire. Elle va s'asseoir sur le bord de la couchette qui sera la sienne, tout en suivant des yeux la blonde.

Le hurlement les fait bondir toutes les deux. Une voix d'homme, noyée de rage et de rancune. Debout toute droite, Six frémit en fixant la porte restée ouverte. Une rumeur leur parvient d'en bas, des voix empressées, des bruits de pas. Mais pas d'autre cri, rien de plus qu'une voix trop forte et dont elles ne comprennent pas les mots, qui s'étouffe ensuite derrière une porte fermée. Un moment elles ont cru, toutes deux, qu'on se battait dans la maison, mais tout semble revenir au calme.

Sidonie reste aussi tendue que sa compagne.

- Pas bon, ça.

Elle, elle a reconnu la voix. Mais elle se tient à ce grommellement et n'en dit pas plus et cache son anxiété à sa compagne. Mieux vaut qu'elle ne sache pas que celui qui vient de beugler comme un écorché est le maître de leurs deux destinées... Etrangement, Six ne demande rien et se rassoit calmement, toute pâle. Peut-être qu'elle ne veut pas savoir. Dans ce cas c'est qu'elle commence à apprendre.

En fait Six a très bien compris qui vient de lancer ce cri, si elle ne peut imaginer sa cause. Et la confirmation lui vient de la longue face du serviteur qui vient leur dire que le maître les demande dans son bureau. C'est donc bien lui qui vient de rentrer. C'est donc bien lui qui a crié.

Un fou. Violent.

Droite et glacée, Six se lève et attend que Sidonie soit prête. Quand l'autre quitte la pièce d'un pas rapide elle lui emboîte le pas. Les escaliers de bois sombre défilent sous leurs pieds, les murs tournent autour d'elles, angle, replat, angle, portrait, fenêtre à tout petits carreaux, voilée d'ombre pluvieuse. Les dalles du rez-de-chaussée, la porte de la pièce où un feu brûlait hier. Six la reconnaît. L'homme debout devant la cheminée où un feu brûle aujourd'hui également, un bras appuyé au lourd manteau de pierre sculptée, les yeux dans les flammes. Il se redresse et se tourne au bruit de leurs pas. Ses yeux sont froids, et son visage mort.
Six a peur de lui.

- Entrez. Vous avez trouvé quelque chose d'intéressant ?


Sidonie s'avance, mais Six lui effleure le coude, et lui adresse un bref regard. C'était sa mission. A elle d'en faire le compte-rendu. Même si les risques étaient partagés. Elle ne tient pas à s'approcher plus que de nécessaire de cet homme-là qui hurlait tout-à-l'heure, mais il le faut. Elle ne peut pas laisser la peur avoir le dessus. Pas plus qu'elle ne peut se cacher derrière son handicap pour laisser Sidonie parler seule.

Sa tablette de cire est brisée et elle en a perdu la plupart des morceaux, restés sur le pavé devant chez Oscrofus. Mais dans ce bureau il y a d'autres tablettes. Pas question d'utiliser l'encre et le parchemin, c'est bien trop coûteux pour des mains d'esclaves. Deux pas l'approchent du bureau où elle repère vite une tablette un peu grande pour être transportée tout le temps, mais qui a l'avantage d'être vierge. Elle ne prend pas le temps de chercher mieux, quelque chose lui dit qu'il ne faut pas faire attendre quelqu'un qui est capable de s'emporter avec autant de violence que celle qui les a fait sursauter à deux étages de distance...

Rapidement, elle trace avec le stylet qu'elle a gardé les mots qui raconteront ce qu'elles ont découvert ensemble. Pas une histoire, pas un récit. Elle donne les informations, pas la manière dont elles s'y sont prises pour les trouver. Ainsi peut-être pourront-elles éviter de devoir conter leur mésaventure. L'esclave avec sur son collier les armes de Hautetour qui aurait apporté le colis (elle souligne apporté, pour elle ce transport même est très suspect), le nom du peintre, les quelques informations qu'elles ont glané sur lui, et pour finir la piste de la fille de joie qui pourrait savoir où il se trouve, et le nom de l'établissement où elle officie. Rien que des faits, exposés brièvement, avec le maximum de précision et de concision, tracés en caractères petits et fermes dans la cire. Quelques instants de silence, pendant que la jeune fille se concentre, puis elle lâche son stylet, s'avance et tend son rapport à Trystan.

Pendant qu'il en prend connaissance, elle recule, rejoint Sidonie. Les mains sagement croisées, elle attend. Ses traits sont presque aussi neutres que ceux de ces statues blanches qui ornent les tombes. Et presque aussi livides.
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Trystan d'Artelion
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MessageSujet: Re: Rapport d'investigation   Ven 8 Nov - 22:57

Trystan attendit calmement que la demoiselle ait terminé de rédiger son message. Il avait été un petit peu surpris qu’elle prenne les devants pour lui présenter le résultat de leurs découvertes. Il n’avait encore jamais vraiment eu l’impression de la voir se mettre ainsi en avant. Et puis, il aurait été beaucoup plus simple pour Sidonie de tout lui raconter. Mais il leur avait demandé un rapport à toutes les deux et au fond, cela n’avait pas d’importance que se soit la muette ou Sidonie qui réponde. Se qu’il voulait savoir, c’était qui lui avait fait ce cadeau d’un goût plus que douteux. Une fois son message rédigé, la jeune femme le tendit à Trystan, évitant de s’approcher de lui plus qu’il n’était nécessaire. De toute évidence, elle ne l’appréciait pas beaucoup. Mais là aussi peu importait au jeune homme. L’essentiel était qu’elle obéissait et remplissait les missions qu’il lui confiait. Il se fichait pas mal d’avoir son affection.

Et vu ce pour quoi elle avait été achetée, il n’était pas certain de vouloir de l’affection de cette esclave qui avait clairement été achetée pour finir par se retrouver dans son lit.

Une fois la tablette livrée, Sophia retourna vers sa compagne et adopta la même position qu’elle, se tenant bien droite, les mains sagement croisées et la tête légèrement basse. Etonnante attitude. Non pas dans le fait qu’elle n’était pas celle d’une esclave devant son propriétaire, mais parce que la jeune femme se montrait étonnement docile. Généralement, les esclaves qui avaient des capacités au-delà des autres en tiraient parfois d’incroyables élans de vanité qui les poussaient à se mettre en avant, voir même à se montrer impertinent. Hors, Sophia adoptait une attitude des plus serviles alors même que sa valeur était sans aucun doute bien plus importante que celle de Sidonie.

Etrange jeune femme.

Reportant son attention sur se qui pouvait vraiment présenter un intérêt, Trystan consulta la tablette de cire et fronça les yeux à la mention d’un esclave portant un collier aux armes de Lucrèce. Il n’y avait pas la moindre raison de penser que le portier de l’hotellerie avait mentit. Son témoignage, s’il n’apportait que peu de précision pouvait difficilement être mis en doute. Un établissement de la qualité et de la réputation de l’Aiguillère d’argent ne plaçait pas n’importe qui à ce post. Pour autant, cela n’avait pas le moindre sens. Lucrèce ne lui aurait pas offert une femme pour le lendemain lui rappeler qu’il avait été marié. Un serviteur ou un homme de main avec un faux collier peut-être. Mais dans ce cas, qui l’avait envoyé ?

Le plus simple était de retrouver l’artiste qui avait réalisé la toile.

Suivant au cour de sa lecture le même cheminement que celui que les deux jeunes femmes avaient suivit dans l’après midi, Trystan ne put s’empêcher de grimacer à l’idée de la nouvelle étape de cet investigation. Un bordel. Heureusement qu’elles ne s’y étaient pas rendues toute seule. Leurs colliers les protégeaient, certes, il faudrait être fou ou suicidaire pour culbuter les poupées d’un noble. Mais les bordels comptaient souvent une faune de saoulards en rut. Pas certain qu’un simple collier parvienne à arrêter ce genre de personnages.

Pour autant, il n’était pas question pour Trystan de s’arrêter là.

« Tu as besoin de quelqu’un pour te protéger là bas, demanda-t-il à Sidonie ? »

La jeune femme secoua la tête.

« Si j’y vais toute seule, non. J’aurais simplement besoin d’une bonne dague au cas où. Mais si jamais vous nous envoyez ensembles, mieux vaudrait qu’un des gardes nous accompagne. »

Trystan hocha la tête. Sidonie savait se débrouiller. C’était une des choses qui caractérisait la jeune femme. En plus de ça, elle était trop âgée et plus assez belle pour qu’un voleur d’esclave prenne le risque de la capturer au passage. Mais ce n’était pas le cas de Sophia. La brunette, bien que muette était trop belle. Son mutisme n’était pas forcément une mauvaise chose, en tout cas pas pour quelqu’un qui enlèverait une esclave pour aller la revendre sur un marché lointain.

Le plus simple serait peut-être d'envoyer seulement Sidonie. Mais d'un autre côté, il pourrait être intéressant de voir se que Sophia penserait de sa situation après avoir vu celle à laquelle elle a échappé. A méditer donc.

« Ce soir, Aetius viens dîner ainsi que la baronne de Mortegarde et sa fille. Allez vous laver et habillez vous pour le service, fit Trystan en reposant la tablette sur le bureau. »

A l'évidence, la perspective du dîner ne l'enchantait pas du tout, mais il s'y pliait pourtant. Son père tenait aux liens avec les Mortegarde et il serait toujours possible que ceux-ci soient utiles. Même si le jeune homme n'aimait aucun des membres de cette famille, cette considération n'entrait pas en ligne de compte. Mais plus qu'une réelle lassitude, il y avait aussi plus loin quelque chose. Bien sur, si son père voulait qu'il fréquente ainsi les Mortegarde, c'était aucun sans doute parce qu'il voulait le voir épouser la fille. Même trois années après la semaine des trois rois, la mort de Cyrielle lui restait comme une plaie ouverte et le fait que son père, la baronne de Mortegarde ou même sa soeur vienne y verser du sel n'arrangeait en rien les choses.

Les yeux gris de Trystan croisèrent ceux de Sophia et il ne put s'empêcher de trouver qu'elle avait un beau regard. Triste au possible, mais néanmoins magnifique. Peut-être qu'il les trouvaient si beau parce qu'il avait à ce moment la lui aussi des airs de pierre tombale maintenant que l'intensité de la chasse et le fiel de sa colère contre la reine s'en était allé. Le jeune homme se sentit légèrement mal à l'aise et se fut lui qui détourna les yeux.

« Ezio doit être en train de préparer une bassine d'eau. Je vous conseille d'y aller rapidement si vous voulez la trouver encore chaude. »

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Inconnue

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MessageSujet: Re: Rapport d'investigation   Mar 12 Nov - 21:47

- Tu as besoin de quelqu’un pour te protéger là bas ?

- Si j’y vais toute seule, non. J’aurais simplement besoin d’une bonne dague au cas où. Mais si jamais vous nous envoyez ensembles, mieux vaudrait qu’un des gardes nous accompagne.

... et puis c'est tout. Pas d'indications sur ce qu'il entend leur faire faire le lendemain. Envoyer Sidonie toute seule (ce qui la fait se sentir coupable et inutile), ou les envoyer à deux (ce qui la terrorise), Six n'a aucune idée de ce que Trystan a décidé. Pour autant qu'il ait déjà décidé. Elle se force à ne pas lever les yeux, pour éviter de le dévisager en cherchant sur ses traits des réponses. De toute façon il y a fort à parier qu'elle ne verrait rien que cette immobilité froide qui semble être son expression la plus fréquente.
Mais elle aimerait savoir si elle doit commencer à se ronger les sangs, à l'idée d'aller se perdre dans les puanteurs et les recoins viciés de la ville, protégée ou pas...

Au lieu de statuer sur cette question leur maître passe complètement à autre chose, un autre chose qui remplit finalement le même office pour ce qui est de l'angoisser que la perspective d'aller poser des questions dans un bordel. De la visite, et il leur faudra servir à table, discipline à laquelle Six ne connait évidemment rien du tout. Mieux encore, il lui faudra servir Aetius.

Celui qui a réussi en un seul regard à me faire sentir tout à la fois méprisable, sale et nue. Le parfait pendant de son cousin. L'un qui ne laisse rien passer, l'autre qui en exprime tellement que le terme grossièreté devient un euphémisme.

Tandis que Trystan donne ses ordres d'une voix presque aussi animée que ses traits, Six se contraint à rester immobile et à détendre ses épaules, qu'elle sent raides comme des poutres. Servir à table, après tout ça ne doit pas être si problématique. Il lui suffira d'imiter Sidonie en tout. Et d'ignorer absolument Aetius, ne pas l'entendre, ne pas le voir, imaginer que c'est quelqu'un d'autre. Fort heureusement elle ne parle pas, elle n'aura donc pas à répondre si il lui adresse la parole. Un mauvais moment à passer, il suffira de tenir bon et de concentrer son attention sur sa discrétion et sur la sûreté de ses gestes. Elle peut le faire.

Six attend, résolument calme, que d'autres instructions viennent, mais elle ne récolte qu'un bref regard étrange et leur congé. La perspective de trouver de l'eau chaude la réconforte un peu, elle n'a pas eu l'occasion de se laver depuis la veille, et sans avoir pourtant rien fait de salissant, elle se sent un peu souillée.

Probablement moins que tu ne te sentiras souillée une fois ce dîner terminé.

La jeune fille redoute Aetius et ses yeux de pourceau, et si elle ne connaît pas les deux femmes, elle redoute aussi leur regard. Voilà le contraire de la tranquillité dont elle a besoin pour accepter sa nouvelle condition. Pourtant elle obéira, elle n'a pas d'autre choix. Et déjà elle se prépare, tandis qu'elle suit Sidonie vers la petite pièce embuée de vapeur où un garçon brun finit de déverser un seau d'eau dans un grand cuveau de bois. Un seul cuveau.

Six s'arrête net sur le seuil de la petite pièce mal éclairée. Sidonie est déjà à l'intérieur, et elle s'escrime à ôter sa deuxième chaussure. Le jeune homme sort, la brunette doit s'écarter pour le laisser passer. Sidonie semble ne pas beaucoup se préoccuper de ce que fait le garçon, sa ceinture est déjà jetée en travers du dossier d'une chaise, et elle s'apprête à faire passer au-dessus de sa tête sa vilaine robe d'esclave quand Six se décide à entrer prestement et à fermer la porte, afin que tout ceux qui passent dans le couloir n'aient pas le loisir d'apprécier le spectacle. Sous la robe, Sidonie porte une vieille tunique de dessous, tellement usée qu'on voit à travers par endroits. Elle s'en débarrasse avec une absence totale de gêne qui fait frémit la jeune muette. Non pas qu'elle soit vraiment dérangée par la vue de la peau nue d'une autre fille, non. Juste par le manque que ce geste dénote. Sidonie n'a plus de pudeur, parce qu'on a du la lui prendre. Six, elle, n'imagine pas un instant se mettre nue avec une telle facilité, sans souci de qui la voit ou pas.

Toujours immobile à côté de la porte, la jeune fille essaie d'éviter de regarder sa compagne enjamber le bord du cuveau revêtu d'un drap un peu effiloché et s'y laisser descendre en murmurant de délice. Il fait sombre, mais elle a vu les deux brûlures anciennes sur l'épaule. L'une d'elle a du mal cicatriser, parce qu'elle est brunâtre. Pourtant ce n'est pas cette marque-là qui a retourné le coeur de Six. Ce sont les cicatrices des coups de fouet. Il y a bien sept ou huit marques, qui s'entrecroisent dans le dos de Sidonie, de l'omoplate à la taille.
Elle a envie de pleurer. De fuir et de se cacher quelque part où on ne la retrouverait jamais. De nier un monde comme celui-là, où on massacre la chair d'une fille juste parce qu'on en a le droit et qu'elle a refusé... quoi ? Qu'a-t-elle refusé de faire qui lui ait valu ça ? Est-ce qu'elle veut vraiment le savoir ?...

- Tu ne viens pas ? Ca va refroidir !

Six sursaute. Venir ? Quoi, dans l'eau, maintenant ?
De fait, il y aurait place pour deux, en se serrant bien. Mais il n'est pas question, pas question un seul instant qu'elle aille se coller toute nue contre la peau de qui que ce soit. Oui d'accord elle s'est déshabillée avec une impudeur très inhabituelle ce matin, mais c'était parce que... parce qu'elle était... engourdie, voilà. Mal réveillée, encore pas très consciente de ce qu'elle faisait. Dans son état normal jamais, jamais elle n'aurait...

... mais peut-être que dans un an ou deux, même beaucoup plus tôt que ça, tu seras comme elle. Dépouillée de ta dignité, des cicatrices dans le dos.

Droite et glacée, Six hoche la tête, et fait un petit signe à Sidonie, qu'elle prenne ses aises. Pour que l'autre ne s'inquiète pas, elle s'approche même et saisit le bloc de savon posé sur un tabouret à côté du cuveau. Un savon grossier, pour les serviteurs et les esclaves. Sans doute que le maître s'astique avec mieux que ça. Une brusque bouffée de rancune monte à la poitrine de Six, mais elle la renfonce aussi vite, montre le savon à Sidonie en lui proposant de l'aide pour laver ses cheveux.

Il ne faut que quelques minutes avant qu'une jeune fille que Six n'avait encore jamais vue entre dans la pièce. Menue et maigrichonne, avec un petit visage pointu de fouine, des yeux sombres et des cheveux en queues de rat mal tenus sous un foulard douteux, la fille tient une brassée d'étoffes. Un collier identique à celui que porte Six et qui repose sur la robe de Sidonie ballotte autour de son cou de poulet.

- La Dame Eugénie elle a dit qu'il faudra passer la voir dès que vous serez prêtes.

Un regard aigu en direction de la jeune fille brune qui, les manches retroussées, a de la mousse jusqu'aux coudes ou presque. C'est la blonde avec sa couronne de bulles qui répond, tandis que l'autre se fige.

- Ah, merci Rika. On se dépêche.

La dénommée Rika file sans un mot de plus, sans qu'un sourire soit venu éclairer sa face ingrate. Même, sa bouche a un pli amer, et la rudesse du geste qu'elle a eu pour déposer son chargement sur le coffre près de la porte est éloquent. Il y a celles qui portent de ces étoffes précieuses et servent à table, et celles qui restent dans la bure et touillent les marmites. Le coeur de Six se serre. Autant de pitié pour cette pauvre fille que de peine de se savoir détestée pour quelque chose d'aussi mesquin que cette envie minable de fille dénuée de tout...

Si elle savait comme je préfèrerais sa place...

Et elle le pense vraiment. Sans doute parce qu'elle n'a pas idée de ce que c'est effectivement que d'être à la place de Rika... Mais peut-on la blâmer de garder un peu de naïveté encore, et de préférer l'anonymat d'un tâche dont elle ne connaît pas la rudesse à trop de regards dérangeants ?...

Sidonie plonge sous l'eau pour rincer ses cheveux, et aussitôt après, se lève.

- A toi. Vite avant que ce soit froid.

Et elle sort de la cuve, s'empare d'une serviette et commence à se frictionner la peau. Restée plantée là, Six oublie de ne pas la regarder.

- Alors, qu'est-ce que tu attends ? Depêche-toi un peu !

La jeune muette rougit alors, violemment. Elle se tourne et se retire dans le coin le plus sombre de la petite pièce, et commence à se défaire de ses vêtements, à gestes terriblement gauches et raides. Sidonie a le même pincement au coeur que Six juste avant. Pauvre gamine. Décidément elle a de la route à faire avant de pouvoir vivre à moitié bien avec ce qu'elle est devenue. Elle ne se rend pas compte pourtant de sa chance, c'est une bonne place ici, on n'est pas maltraité, on a assez à manger, et on n'est pas obligé de servir la nuit en plus du jour... La blonde a un soupir discret et un non moins discret haussement d'épaules. Elle n'y peut rien. Elle se retourne pour finir de se sécher, laissant ainsi "Sophia" gagner l'abri relatif de l'eau tiède loin de son regard à elle. Les bruits d'eau lui indiquent qu'elle peut se retourner, et malgré les protestations silencieuses, elle empoigne le savon pour rendre la politesse à sa compagne.

- On n'a pas le temps de traîner, Sophia, laisse-moi faire ça ira plus vite.

Et l'autre renonce à s'agiter, et reste immobile sous ses mains vigoureuses. Quelques minutes plus tard elle lui tend une grande serviette dépliée pour qu'elle puisse s'y envelopper à peine sortie de l'eau. Un regard de reconnaissance brille dans le visage envahi par une rougeur qui ne doit rien à la chaleur de l'eau. Pendant que Six se sèche, Sidonie, après avoir rapidement peigné ses cheveux humides, commence à s'habiller. Elle a déjà porté cette robe plusieurs fois, elle la connaît. Une longue pièce de tissu qui s'attache derrière le cou, laissant les bras, les épaules et le dos nus, et qui tombe dans un drapé élégant, couleur miel sombre, assortie d'une large ceinture deux tons plus foncés qui se noue sous les seins pour plaquer l'étoffe et flatter les formes de celle qui la porte. Une tenue très en vogue chez les nantis de la capitale, qui affecte de ressembler à la mode à la fois luxueuse et délicate d'une période dorée de l'Ancien Empire. Voir leurs servantes et esclaves vaquer à leurs tâches dans ces robes ajoute à leur rôle prosaïque une touche d'art et de raffinement. En plus de dénuder leurs corps et de faire ressortir ce qui reste couvert, pour le plaisir des yeux. Sidonie s'en fiche. Elle se trouve jolie dans cette robe, et elle a plaisir à la porter. Une fois sa ceinture ornée de dorures et de petites breloques délicates fermée sous sa poitrine, elle se tourne vers Six, et se fige.

Serrée dans sa serviette de bain à laquelle elle se cramponne comme si sa vie en dépendait, la brunette la fixe, les yeux écarquillés, ses longues mèches sombres dégoulinant sur ses épaules. D'abord surprise, Sidonie se reprend vite. Evidemment que la petite n'a pas du voir souvent des tenues pareilles. Elles sont venues à la mode il y a quelques mois seulement, et ne s'utilisent que dans les demeures des très riches, jamais en-dehors. Et oui c'est vrai qu'on voit beaucoup de peau et beaucoup de courbes, quand même, par rapport aux standards vestimentaires eiraliens. Mais elles n'ont pas le temps de laisser à Six une heure ou deux pour se faire à l'idée qu'elle va passer la soirée dans une robe presque identique, à la couleur près.

- Allez, il faut qu'on bouge, là, on va être en retard.

Désolée au fond de devoir la brusquer, Sidonie la fait asseoir, et s'occupe pendant quelques secondes de peigner les longs cheveux essorés d'une main ferme. Très consciente de la tension dans les épaules de sa jeune compagne, elle lui parle doucement, de tout et de rien, elle lui raconte des choses qui sont arrivées dans cette maison, des ragots, des anecdotes, des moments agréables ou drôles, n'importe quoi pour la détendre, pour qu'elle comprenne que ce n'est quand même pas l'enfer tous les jours, loin de là, et que ce n'est pas la fin du monde, cette robe,après tout...

Et Six se détend. Un peu. Une réminiscence sans doute de quand quelqu'un d'autre s'occupait de ses cheveux en racontant des tas d'histoires sans poids et sans peine. Elle ne se souvient pas, mais c'est en elle. Ses épaules s'affaissent, elle ferme même les yeux, un instant.

- Bon. Il faut que tu t'habilles. Je vais t'aider, d'accord ?

Et la tension revient, mais moins forte. Six s'est résignée, pour cette fois. De toute façon elle est déjà muette, cette tenue la transformera vraiment en objet qu'on regarde, objet mouvant mais objet quand même. Elle s'arrangera pour ne rien entendre et ne croiser aucun regard hormis celui de Sidonie. Elle se lève, et laisse Sidonie lui prendre doucement le drap de bain humide. Elle arrive même à ne pas croiser les bras. Avec des gestes remarquablement neutres, la blonde soulève la seconde robe, dont elle distingue mal la couleur dans la pénombre. Elle verra à la lumière du feu devant lequel leurs cheveux finiront de sécher qu'elle est d'un vert doux, à reflets argentés, qui relève de manière saisissante la couleur des yeux de la jeune muette. Les breloques sont presque identiques, si ce n'est que leur éclat est argenté également, de même que l'étoffe de la ceinture.

Sidonie ne mesure pas le talent qu'elle déploie à éviter de froisser les sentiments de sa compagne, mais elle s'y prend à merveille. Elle évite, d’instinct, de se reculer pour l'admirer et lui faire des compliments sur l'allure que lui donne cette robe, tant elle sent que ça la gênera. Elle fait comme si rien n'était différent, comme si elles portaient toutes deux la toile rude de leurs tenues habituelles.

- Presque fini. Il faut qu'on sèche nos tignasses. Vite chez Eugénie avant qu'on nous envoie chercher...

Elle attrape ses souliers d'une main et sa robe dans l'autre, et dans le son étouffé de leurs pieds nus se hâtant sur les dalles froides, elles filent chez la gouvernante, qui les accueille avec moult cris de ravissement. Le feu brûle clair, la petite femme ronde les attire devant pour que leurs chevelures sèchent bien, leur fait enfiler des sandales à lanières dorées pour Sidonie, argentées pour Sophia. Ses mains expertes arrangent les longues mèches ondulées couleur de sable de Sidonie, qui masquent heureusement les stries disgracieuses que le dos nu de la robe laisse apparentes, et y entremêlent un ornement délicat tiré du coffret de bois, fait de minces tiges et de chaînette d'or, semé de quelques pierres jaune sombre, peut-être des gouttes d'ambre. Puis elle se tourne vers Sophia pour lui faire subir le même traitement, et repart dans sa litanie d'exclamation, quelle belle couleur, et regarde Sidonie ce reflet chaud, comme ça donne bien avec le bijou argenté et les pierres vertes, et...

... oui, et. Et sous le visage rouge de confusion, cette gorge lacérée, ce bourrelet cicatriciel encore rose. Hideux.

- Mmmmh... Bon. Ne bouge pas.

La grosse femme se tourne et se penche sur un coffre profond. Un temps on ne voit plus que la double montagne de ses fesses gigotantes tandis qu'elle fouille, fouille. Puis, triomphante, elle se relève en brandissant une fine écharpe légère, de la soie sans doute, d'un gris pâle tout-à-fait accordé à l'argent de la tenue de Six. Elle drape rapidement l'écharpe sur le cou de la jeune fille, rejette derrière ses épaules les pans flottants, vaporeux. A l'aide de deux petites épingles, elle assujettit la soie à l'étoffe de la robe, sur les côtés du cou de Six, afin d'éviter que l'écharpe glisse tout en lui gardant cet air d'avoir juste été jetée là, déposée sur un souffle. Puis elle se recule, avec un sourire satisfait.

- Divines ! Allons, hâtez-vous maintenant. Sidonie, je compte sur toi pour veiller sur Sophia, n'est-ce pas ?

Et elle se lance dans une autre litanie, explications, recommandations, directives, que Sidonie ponctue d'acquiescements, alors que Sophia, elle, la subit comme une averse.
Elle a les yeux fixés sur sa compagne, à la fois surprise et un peu honteuse de l'être.
Une journée entière en sa compagnie, et elle vient seulement de remarquer qu'elle est belle.
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Trystan d'Artelion
Gardien de la Reine
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MessageSujet: Re: Rapport d'investigation   Ven 15 Nov - 14:38

Trystan prit le temps de se regarder dans un miroir.

Il n’était pas un homme particulièrement coquet, mais il ne pouvait faire autrement que de sortir des vêtements de cour impeccable pour recevoir la baronne de Mortegarde ainsi que sa fille. Tout autre comportement aurait put être interprété comme une insulte. Après tout, on ne recevait pas une baronne comme on recevait un messager ou des amis de la Garde de la Reine. Non seulement le décorum n’était pas le même, mais il y avait de fortes chances que l’absence du baron et la présence de la fille du couple signifiait qu’ils allaient jouer au plus complexe jeu que Trystan connaisse : épouse moi si tu peux. Depuis toujours, c’était l’un des jeux les plus à la mode chez la noblesse Eiralienne et constituait bien souvent la base des accords. Après tout, quoi de plus efficace pour celer des liens que de mêler les lignées alliées par des liens de mariages ? Certains étaient de véritables catastrophes diplomatiques et n’avaient même pas eu pour elle de produire un héritier digne de ce nom comme c’était le cas du mariage du prince Petrus et du dindon Hild. D’autres étaient des plus prometteuses et pouvaient s’achever par la formation de seigneuries puissantes et riches.

C’était se que promettait un mariage entre la maison d’Artelion et celle de Mortegarde. La fille du baron n’était certes pas l’héritière de la baronnie, mais elle apporterait sans doute des terres en guise de dot. L’un dans l’autre, il fallait bien avouer qu’elle était un meilleur partit que Cyrielle. Sa défunte épouse n’avait certes pas à rougir du montant de sa dot somme toute confortable et, si elle n’avait sans doute rien à voir avec celle d’Aliénor d’Ombreval, était largement fournie pour une fille de seigneur. Mais avec le temps, Trystan avait appris que l’or n’était rien dans les jeux de pouvoir. La véritable puissance d’un seigneur ne se compte qu’en arpent de blé et en hommes de guerre. L’éventuelle dot de la fille de Mortegarde lui promettait l’apport de l’un comme de l’autre.

Et nul doute qu’il risquait d’en avoir besoin.

Pour autant, l’idée de se remarié lui déplaisait toujours autant. Peut-être par un sentiment de fidelité un peu exagéré envers Cyrielle. Peut-être parce qu’il pensait follement la retrouver dans une des demoiselles qui lui tournait autour.

Un peu froid mais beau, premier fils de baron, héritier d’une terre riche, jeune, Gardien de la Reine, n’ayant eu aucun enfant de son premier lit, Trystan était certainement l’un des plus beaux partit de toute l’Avranie.

Tirant de sous son gilet le petit médaillon d’argent, Trystan observa le visage qui y était représenté et mis un moment avant de se rendre compte qu’il ne parvenait plus à se souvenir de sa voix.

« C’était une fille bien, fit une voix dans son dos. »

Sortit brusquement de ses pensées, le jeune homme rangea le médaillon et referma sa chemise et son gilet.

« Tu es là depuis longtemps, demanda Trystan en regardant Eugénie dans le miroir ? »

« Juste le temps qu’il faut, répondit-elle. Aetius est arrivé. La baronne et sa fille ne devraient pas tarder. »

L’intendante tout en rondeur ferma la porte de la chambre et Trystan l’entendit s’éloigner. Cette soirée s’annonçait compliquée et le regard plus que désapprobateur d’Eugénie n’arrangeait rien aux choses.

Le Gardien observa encore un instant son reflet dans le miroir. Son pourpoint de soie noire brodée de motifs d’argent était bien ajusté de même que son pantalon et ses bottes cirées au point d’en être devenues luisantes. Peut-être pouvait-on lui reprocher de toujours porter les mêmes couleurs, mais en étant tout à fait honnête, il fallait aussi admettre que celles-ci lui allaient bien.

Passant à son tour la porte, Trystan descendit dans la salle principale. Aetius y attendait, observant d’un œil mi amusé mi intéressé Sophia et Sidonie qui finissaient de dresser la table, la brune faisant visiblement des efforts pour ne pas croiser les yeux d’Aetius pendant que la blonde donnait à sa compagne des conseils et des consignes de derrière minute sur la façon de se tenir et de se positionner pendant le repas.

« C’est presque de la confiture servie à un cochon, fit le jeune homme aux cheveux blancs avec un sourire lorsque Trystan arriva à côté de lui. D’aussi jolies poupées et toi, tu te contente de leur faire faire le service. Franchement Trystan, il y a des choses beaucoup plus amusantes à leur faire faire. »

Le jeune homme ne répondit rien. Aetius jouait beaucoup avec sa réputation de coureur de jupon et de séducteur. Il n’était pas laid et sans doute avait eu certaines des aventures qu’on lui prêtaient, mais pas toutes. Restait le fait que s’attirer l’attention du jeune homme revenait souvent pour les demoiselles de la cour à s’attirer les foudres de se qui portait un jupon. Provocateur mais moins débauché qu’on ne le disait, Aetius tout comme Lucrèce cherchait à ramener Trystan à des plaisirs très terrestre avec, il faut le dire, plus de succès que la jeune femme.

« Tu es trop jeune pour te comporter en grand père défaillant. »

A cette remarque, Trystan ne put s’empêcher de sourire.

« Merci en tout cas d’être venus. »

« Pour rien au monde je ne raterais ça. Sincèrement. Toi et Anne de Mortegarde dans la même pièce, ça ne peu que être un moment magnifique. J’ai juste du mal à définir si elle va chercher à t’arracher tes vêtements ou tes yeux. »

*   *   *

« Baronne de Mortegarde, je suis heureux de vous revoir. »

Aussi ronde qu’Eugénie, la baronne de Mortegarde était une femme forte et assez grande. Elle se tenait droite malgré le poids des années que sous entendaient les nombreuses rides qui parcouraient son visage. Elle était de toute évidence contente d’être en présence de Trystan.

« La capitale est affreuse mon cher, se plaignit-elle en souriant. Rentrez chez vous dans nos bonnes montagnes et éloignez vous donc de cette grisaille populeuse. »

Sidonie se précipita pour récupérer le manteau que la baronne retira rapidement, dévoilant une robe assez simple mais de tissus nobles et cousus avec beaucoup de soin.

Derrière elle entra une personne encore encapuchonnée pour se protéger de la pluie qui ne tarda pas à se découvrir.

« Je ne me souvenais pas d’elle comme cela, murmura Aetius à son amis. Je comprends mieux le choix de Lucrèce. »

La jeune femme qui suivait la baronne de Mortegarde était une jeune femme assez grande au port de tête très noble qui avançait gracieusement. Elle avait un air légèrement pincé et faisait de toute évidence de grands efforts pour ne pas regarder Trystan. Son corps svelte était vêtu d’une robe qui oscillait entre le turquoise et le vert clair, mettant en valeur ses yeux d’un bleu de glacier. Un visage fin et ovale bordé de cheveux sombres qui descendaient en boucles soyeuses dans son dos, retenus par une broche figurant la rose blanche des Mortegarde. Son nez était droit bien qu’un petit peu court, surmontant des lèves fines et soulignées d’une mince touche de rouge.

Anne de Mortegarde.

Sophia receuillit son manteau, et s’éloigna rapidement avec. Pendant que Trystan faisait un pas en avant.

« Madame, dit-il en s’inclinant légèrement. »

« Messire d’Artelion, dit-elle en lui rendant son salut. »

Pas de baiser de bienvenu et dans leurs corps à tout les deux, une certaine raideur lorsqu’ils s’inclinèrent. Les yeux rivés les uns dans les autres, hésitant entre un certain languisemment et une haine profonde.

« Et si nous passions à table, proposa Aetius en cherchant à débrider l’atmosphère soudain un peu tendue de l’entrée. Vous devez toutes les deux êtres affamées. »







HRP
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MessageSujet: Re: Rapport d'investigation   Sam 16 Nov - 18:58

Il fait un peu froid. Et moins couverte que d'habitude, Six se sent frissonner sous l'étoffe précieuse de cette... sorte de robe qu'on lui a ordonné de porter. Beaucoup trop lacunaire, d'ailleurs, cette robe. La jeune fille a l'impression que sa peau cherche à ramper pour aller se cacher sous le tissu. Seule à assurer le service elle aurait vraiment eu du mal à garder son sang-froid, mais heureusement, Sidonie est là, et elle semble très consciente de la gêne terrible qu'elle éprouve. La blonde souffle à la brune des instructions brèves et précises, à voix basse, que l'autre exécute de son mieux, en s'efforçant d'être aussi transparente qu'efficace.

Six ignore de son mieux les yeux sales d'Aetius et ferme ses oreilles à ses mots. De même elle se contraint à ne pas considérer les deux femmes qui font leur entrée un peu après lui comme autre chose que du travail. Son travail est d'être rapide et silencieuse, de garder les yeux baissés et c'est tout. Quand on n'a pas besoin d'elle, se coller à la paroi et y disparaître en guettant le prochain geste de Sidonie, et rien d'autre. Quelques secondes à chaque fois pour rassembler ses forces et reconstruire sa concentration.

La plus vieille des deux femmes a la voix la plus horripilante du monde. Criarde et aiguë, elle lui court sur les os comme une lame ébréchée. L'autre femme promène sur les gens des regards de pur dédain. De toute évidence rien ici n'est assez bien pour elle, à commencer par leur hôte, si on en croit la tension particulièrement palpable qui règne entre eux. Quant à Aetius... La première fois qu'il a fait un signe pour qu'on lui remplisse sa coupe, Sidonie était à l'autre bout de la tablée, et Six s'est donc avancée avec la carafe de vin. L'ignoble avait ostensiblement repoussé la coupe loin vers le centre de la table, pour la contraindre à se tendre vers elle en s'étalent à demi devant lui. Le petit ricanement bas qu'il avait eu lui a suspendu un frisson d'écoeurement le long de la colonne vertébrale, et il y est toujours. Depuis lors, elle se poste contre le mur qui se trouve derrière lui. Comme ça s'il fait signe à quelqu'un, c'est à Sidonie, qu'il peut voir, plutôt qu'à elle, qu'il ne voit pas. Ca ne lui épargnera pas l'intégralité de ses attentions, mais ça les limitera déjà suffisamment. Elle l'espère en tout cas. Petite lâcheté qui lui pince la conscience de laisser ce sale travail à sa compagne... mais soyons honnête, Sidonie en a vu d'autres, et elle vit ça bien plus facilement.

Le dîner se prolonge, les plats se succèdent, la plupart repartant en cuisine à peine touchés. Et Six a l'impression qu'il faut une ou deux éternités avant que Trystan finisse par leur adresser un geste et un mot signifiant qu'ils n'ont plus besoin d'elles. Elle imite le profond salut de Sidonie et s'enfuit à sa suite vers les profondeurs de la demeure. Sidonie babille sans discontinuer, apparemment fascinée par la jeune femme qui siégeait à la table ce soir, s'il faut l'en croire un parti qu'on propose au Veuf. Les commentaires fusent, auxquels Six ne répond évidemment pas. Et ne répondrait pas si elle le pouvait. Elle n'a prêté que peu d'attention à la jeune femme en bleu, juste assez pour savoir qu'elle la trouve jolie mais déplaisante.

Les deux filles gagnent rapidement les cuisines pour, comme le dit Sidonie, "profiter un peu de ce qui est tombé de la table". Etrange manière de dire, qui fait plutôt penser à ces chiens qui se disputent les restes qu'à des gens. Mais après tout c'est ce qu'elles sont, non ? Des animaux de travail et de compagnie. La grande table de bois brut de la cuisine croule sous les plats élégants, nettement plus entamés que quand ils ont quitté la salle à manger. Chaque serviteur y a déjà prélevé son repas, et même comme ça il en restera demain, même après qu'elles s'y soient repues.

Six picore quelques miettes tandis que Sidonie s'empiffre, dissertant à pleine gorge sur "la Mortegarde" comme elle l'appelle et échangeant des impressions avec la cuisinière et les deux filles qui sont en train de nettoyer et ranger la vaisselle. La brunette finit par lui toucher le bras pour attirer son attention, mimer des yeux qui se ferment et un petit bâillement, avant de filer.

Seule, elle parcourt les couloirs et les escaliers obscurs de la grande demeure. Ses pas légers ne font que très peu de bruit, couvert par le doux chuchotement de l'étoffe de sa robe. Elle file comme une fantôme, dans les échos atténués de la conversation qui se poursuit dans la salle à manger, grimpant toujours plus haut dans l'obscurité à peine trouée de quelques lampes sourdes. Leur cellule est éclairée de lune, silencieuse. Six ne referme pas totalement la porte, Sidonie doit encore venir. Très vite, elle se défait de cette abominable robe, qui tombe en tas à ses pieds. Sa tenue de la journée a été ramenée avec celle de sa compagne, et posée sur le coffre tout simple. Elle déplace les vêtements et ouvre le coffre, pour y trouver, pliée, une longue chemise blanche, un peu usée, rendue douce par les lavages successifs. Frémissante, elle l'enfile, s'y réfugie, s'y cache. Elle se pelotonne sur son lit, quelques instants. Cette journée, sa première journée en tant qu'esclave, s'étire derrière elle comme un long calvaire. Qu'il faudra recommencer demain...

Six ne pleure pas. Elle est trop épuisée pour ça. Elle se lève, ramasse ses vêtements et les remet sur le coffre, ramasse aussi la "robe" et la plie, soigneusement, pour la ranger elle aussi sur le couvercle, le bijou qui ornait ses cheveux posé dessus. Les pierres vertes accrochent les rayons de lune. Elle caresse les chaînettes si fines et délicates. Un très beau bijou.

Le pas de Sidonie retentit dans l'escalier, et Six regagne sa couchette en hâte, s'y coule et fait semblant de dormir. Elle n'a pas envie de parler. Sidonie semble s'y laisser prendre, elle se déshabille, revêt une robe de nuit et se couche sans bruits. Quelques minutes plus tard, elle dort. Et peu après, Six se sent glisser vers le sommeil, elle aussi.

Pas très longtemps, ou du moins c'est ce qui lui semble.
La lune a tourné pourtant, très nettement, signe que quelques heures se sont écoulées. Engourdie, la jeune fille redresse la tête, cherche ce qui a bien pu la tirer de son sommeil. Le mouvement de la porte qui finit de se refermer attire son regard. Elle cherche Sidonie de ses yeux à moitié ouverts. Son lit est vide. Bien. Donc Sidonie se lève la nuit pour aller retrouver... quelqu'un. Qui, peu importe. En tout cas peu lui importe à elle. Elle repose la tête sur l'oreiller, désireuse de retrouver l'oubli du sommeil au plus vite.

C'est la sensation de soif qui l'empêche de se rendormir aussi vite. Elle a souvent soif, la nuit. Elle ne se souvient pas, mais chez elle elle avait toujours un cruchon d'eau fraîche et une timbale dans sa chambre. Elle essaie d'ignorer sa soif, mais l'envie de l'eau fraîche dans ce demi-sommeil qui refuse de s'approfondir devient presque une petite obsession, au point de l'éveiller tout à fait. Une grimace. Il n'y a pas d'eau dans cette pièce, il va falloir descendre. Eh bien d'accord, descendons. Pas tout de suite pour ne pas risquer de surprendre la destination de Sidonie, ce que la gênerait beaucoup. Elle laisse filer une minute ou deux avant de se glisser par la porte à son tour, silencieuse sur ses pieds nus, dans la chemise un peu grande qui flotte autour d'elle.

Elle descend l'escalier, aussi légère et plus furtive encore que quand elle l'a monté. Assourdi, le bruit d'une conversation monte jusqu'à elle. Malgré l'heure tardive, ça parle encore au rez-de-chaussée. Mais ce n'est pas son affaire, alors elle fait la sourde oreille et ne cherche pas à reconnaître les voix. Les cuisines sont sur la gauche au pied de l'escalier de service. Debout sur les dalles glacées devant les braises du grand feu presque éteint, elle savoure un grand gobelet d'eau fraîche. Etrangement sereine.

Drôle de tableau qu'elle fait là, cette fille revêtue de blanc, pieds nus, chevelure en bataille répandue dans le dos, si pâle, dessinée en or rouge d'un côté, en argent froid de l'autre, par le feu et par la lune.

Les voix flottent jusqu'à elle, le long du passage voûté qui relie les cuisines et la grande salle à manger. Elle n'écoute pas. Mais elle ne peut s'empêcher d'entendre, malgré tout.
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Trystan d'Artelion
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MessageSujet: Re: Rapport d'investigation   Mar 19 Nov - 20:11

Assis devant la cheminée, Trystan observait silencieusement les flammes. Il perdu dans ses pensées, il se contentait de faire doucement jouer les articulations d’un petit pantin de bois représentant un chevalier. C’était un jouet d’enfant et, à l’évidence, en trop bon état pour qu’il s’agisse d’un de ceux avec lesquels Trystan avait joué lorsqu’il était enfant. Plongé dans ses pensées, le jeune homme repassait le diner dans sa tête. Il n’avait rien à redire au comportement de Sophia ou de Sidonie. La jeune femme blonde était habituée à ce genre d’exercice, mais Sophia ne l’était pas et elle s’en était pourtant tirée avec les honneurs. Mais plus que ses deux servantes et leurs tenues affriolantes dont Aetius avait certainement profité, c’était Anne de Mortegarde qui avait occupé ses esprits pendant le repas. Elle avait changé depuis la dernière fois qu’il l’avait vu deux ans plus tôt.

*Tu t’attendais à quoi ? A un câlin ?*

Décidément, son inconscient lui répétait un peu trop cette phrase à son goût. Il allait falloir qu’il fasse des efforts relationnels avec le sexe opposé. Mais cela faisait plusieurs années que les choses allaient mal entre Anne et lui. Il était normal que tout ne s’arrange pas en une seule soirée. En réalité, tout se que cela avait eu pour effet, c’était d’avoir ré-ouvert des plaies qui n’étaient pas fermées.

« Maître ? »

Trystan tourna la tête pour voir Sidonie. La jeune femme avait quitta sa robe provocante de la soirée pour s’habiller d’une simple robe de chambre uniformément blanche qui tombait jusqu’à ses chevilles, dévoilant simplement ses pieds nus sur le sol. Elle avait presque l’air d’un fantôme à se tenir ainsi dans l’ombre, uniquement éclairée par quelques rayons de lunes.

Toujours assis, le jeune homme lui fit signe de s’approcher. Si la jeune femme était là, cela ne pouvait être que pour satisfaire son insatiable curiosité. Sidonie était intelligente, mais parfois trop curieuse pour une esclave. Cela lui avait déjà valut quelques punitions de ses anciens propriétaires. Il s’était passé quelque chose entre Trystan et Anne et elle voulait savoir de quoi il s’agissait. On ne se comportait pas comme ils le faisaient sans un sérieux passif. Et puis, si Trystan sombrait de temps en temps dans la mélancolie, il faisait toujours quelque chose pour s’en extirper. Prendre un livre, jouer aux dames, aux échecs ou alors se lancer dans un entrainement improvisé avec les gardes. Là, il s’y complaisait. Il aurait put la renvoyer dans sa chambre, mais il lui faisait signe de s’approcher. De toute évidence, il avait envie de parler.

Doucement, ses pieds glissant sur le sol, Sidonie alla s’asseoir en tailleur non loin de son maître.

« Elle ressemble beaucoup à Sophia, dit-elle après un certain temps. »

Trystan eut un léger sourire.

« Je suppose que c’était le but de Lucrèce. Après tout, lorsqu’elle a pensé qu’une prostituée suffirait, elle est allée chercher la meilleure qu’elle puisse trouver. »

Bien sur, ce n’était pas vraiment un compliment. Mais Sidonie ne put s’empêcher de ressentir une certaine fierté. Oui, elle avait été une putain. Mais elle avait été l’une des meilleures de la ville. Mais plus important, cela lui apporta la confirmation de se qu’elle pensait depuis que la Mortegarde était entrée. Il s’était passé quelque chose entre elle et Trystan. Six et elle se ressemblait trop pour que cela ne soit dut qu’à un pur hasard. Lucrèce ne croyait pas assez au hasard pour miser dessus.

« Que s’est-il passé ? »

Trystan haussa les épaules, continuant à jouer avec le pantin.

« Se qui se passe souvent quant un garçon idiot rencontre une fille idiote. Contrairement à se que beaucoup de personnes penses, je n’étais pas un modèle de fidélité conjugale. »

Sidonie ne disait rien. Trystan avait de toute évidence besoin et envie de vider son sac une bonne fois pour toutes. Ce n’était pas le genre de choses qu’elle allait révéler à tout le monde. Une des règles non écrite du service de maison, c’était qu’on attendait des serviteurs une certaine discrétion. Aucun noble ne s’encombrerait d’un serviteur à la langue trop pendue et à l’alcool trop faible. Et dans le cas d’un esclave, c’était encore plus facile de s’en débarrasser. Personne ne s’inquiète de la mort d’un esclave. Un lacet bien serré ou une épée bien tranchante a souvent pour effet de faire taire un esclave sans que personne ne lève le petit doigt.

Elle ne dirait rien, mais elle avait envie de savoir se qui minait son maître depuis toutes ces années. D’après se que lui avait dit Aetius, Trystan était un bon vivant avant de perdre Cyrielle. Sidonie doutait fortement qu’il le redevienne un jour, mais si cela n’empêchait pas qu’on puisse chercher à se qu’il se sente mieux.

« Je n’avais pas encore rencontré Cyrielle. Moi et Aetius jouions au dangereux jeu de la séduction avec des filles de nobles qui étaient souvent loin d’être aussi innocente qu’on pouvait le penser et bien plus habiles dans l’art de semer leurs chaperons que leurs parents ne le croyaient. Et je jouais à ça avec l’une des Mortegardes : Anne. »

Il fallait bien que jeunesse se fasse. Ils étaient restés très discrets et les personnes qui étaient au courant de cette relation pouvaient se compter sur les doigts de la main. Lucrèce était bien entendu du nombre, tout comme Aetius et une servante d’Anne que Trystan avait aidé à glisser des rempares de Castel-Fer pour protéger son amantes lorsque les choses s’étaient compliquées.

« Cyrielle est arrivée et je me suis marié. Cela ne nous empêchait pas de nous voir Anne et moi. J’aurais volontiers proposé à mon père d’épouser Anne, mais il s’était déjà engagé auprès de Lockver. Cyrielle et moi devions nous marier. Il n’aurait pas prêté l’attention qu’il accorde aujourd’hui à Anne et aux Mortegarde. »

Oui, il avait trompé son épouse.

En toute honnêteté, il n’avait jamais réussi à savoir si son épouse était restée complètement ignorante ou si elle avait fini par apprendre qu’il la trompait. Avec le recul, il se faisait la remarque qu’elle avait dut finir par s’en douter. Qu’elle n’ait jamais sut qui était l’amante de son époux, Trystan en était convaincu. En revanche, il semblait sur qu’elle était consciente de ne pas être la seule.

« Anne a fini par se marier à son tour. Mais lorsqu’elle a prononcé ses vœux, elle était déjà enceinte. »

Sidonie ne put s’empêcher d’avoir un moment d’arrêt. Que Trystan ait trompé son épouse ne l’avait pas un seul instant interloqué. Non seulement parce que ceci était plus la norme qu’autre chose, mais également parce qu’elle avait déjà reçus assez d’hommes mariés dans son lit pour savoir que les hommes n’étaient pas particulièrement fidèles par nature.

Par contre, que Trystan ait eu un enfant, c’était tout autre chose.

« Lorsque son enfant est né quelques mois plus tard, elle s’était arrêté à Castel-Fer en rentrant à Mortegarde avec son époux. Lorsqu’elle a vu le bébé, la servante d’Anne qui nous avaient couvert jusque là a soudain retourné sa veste et voulait tout dire à l’époux d’Anne. Je l’ai fait taire en la jetant du haut des rempares. Le chemin de ronde était glissant et personne n’a chercher plus loin qu’un simple accident. »

Avec un peu d'or dans la paume, les gardes son enclins à oublier. Surtout quant l'affaire concerne une simple servante sans famille et le fils de leur seigneur.

« Et... qu'est-ce qui s'est passé ? »

« Son époux est mort lors de la révolte de Castel-Gaillard. Elle a voulut que nous nous marions après cela. Je ne pouvais pas après la mort de Cyrielle. Je l'ai repoussée. »

Bien sur, ce n'était pas pour rien qu'Anne lui en voulait. Avec le recul, il aurait peut-être dut accepter la proposition qu'elle lui avait faite. Sidonie ne serait sans doute pas de cet avis bien sur.

« Et votre enfant ? »

« C'était un garçon. Il est mort cet hiver. »

Trystan pausa le petit pantin de bois sur l'accoudoir de son fauteuil et se leva. Il avait assez parlé pour ce soir. Il ne souhaitait pas qu'elle le voit ainsi. Sidonie était peut-être une esclave dont il se sentait proche, mais elle restait toujours une esclave. On ne tiens ni une maisonnée ni une baronnie en montrant ses faiblesses et en faisant du sentimentalisme.

Il tourna ostensiblement le dos à Sidonie, se drapant dans une attitude aussi martiale que possible. C'était la façon la plus simple de maîtriser ses sentiments. Lorsqu'on va au combat, il faut arrêter de réfléchir et arrêter de penser ou de ressentir.

« Demain, tu iras au Rat Lubrique. Sophia ira chez maître Oscrofus pour pauser. Tu la rejoindras quant tu auras eu des informations. »

Sidonie ne répondit rien, se levant et s'approchant de Trystan, hésitant un instant avant d'ouvrir la bouche.

« Je pense qu'il serait mieux qu'elle m'accompagne. »

Le dos toujours tourné, Trystan se raidit.

« Alors fait se que tu veux, je dirais à Ti-Philippe de vous accompagner. »

Poussant plus loin, Sidonie prit la main de Trystan et s'approcha encore un peu de lui, posant ses lèvres sur celles de son maître, lui donnant un baiser auquel il ne répondit pas.

« Désolée, murmura-t-elle avant de s'enfuir. »

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MessageSujet: Re: Rapport d'investigation   Mar 19 Nov - 23:04

Six a failli lâcher son gobelet.
Elle a essayé de ne pas prêter attention aux voix, après tout ce n'est pas son affaire ce qui se dit là à côté. Une des voix, c'est celle de leur maître évidemment. Trop cultivée pour appartenir à quelqu'un d'autre de la maisonnée, et elle aurait reconnu les inflexions un peu traînante d'Aetius, pour les avoir eu dans l'oreille toute la soirée.
Par contre elle n'aurait pas imaginé que Sidonie...

Evidemment qu'elle pensait que l'autre était allée rejoindre un amant. Et évidemment que quand elle a reconnu sa voix elle s'est dit, une fois la surprise passée et le gobelet prudemment redéposé sur la table de bois brut, que finalement le Veuf n'était pas si moine qu'il voulait le laisser croire. Et malgré elle elle a écouté la suite, prête à prendre la fuite si jamais les bruits devenaient un peu trop mouillés.

Un gros sentiment de culpabilité et d'inconfortable honte s'installe en elle alors qu'elle tend l'oreille et apprend des tas de choses qu'elle n'est pas censée savoir. Non pas que ça change quelque chose pour elle de savoir que la Mortegarde a pondu un bâtard des oeuvres de son propriétaire, bâtard disparu d'ailleurs du monde des vivants. Ca arrive, les gosses meurent souvent. Et il ne le connaissait pas, alors il n'a aucune raison de souffrir de sa mort. Et même s'il en souffrait, que lui importe à elle. Apprendre qu'il est responsable du meurtre d'une servante lui fait finalement beaucoup plus d'effet. Cette femme n'a rien fait de mal, à part avoir été la confidente d'une catin ingrate, amante d'un assassin au coeur froid.

Rien fait de mal, à part savoir des choses qu'il aurait mieux valu qu'elle ne sache jamais.
Je me demande si Sidonie réalise les risques qu'elle court.
Moi je réalise.
Pas question qu'on me découvre ici.


Elle faisait volte face pour filer, dans le silence de ses pieds nus, quand elle a entendu la suite.

- Demain, tu iras au Rat Lubrique. Sophia ira chez maître Oscrofus pour poser. Tu la rejoindras quand tu auras eu des informations.

Donc elle a transmis la demande du peintre. Et cet homme ne crache pas sur un petit revenu supplémentaire, et vendre l'image de son esclave n'est pas si mal finalement.
Quand en viendra-t-il à rompre sa promesse et à la prostituer ?

- Je pense qu'il serait mieux qu'elle m'accompagne.

- Alors fais ce que tu veux, je dirai à Ti-Philippe de vous accompagner.


Six s'est figée, plus raide que la pierre sous ses pieds.
L'accompagner.

Elle sait à quel point ça me fait peur, et il aurait accepté de m'en dispenser.
C'est elle qui veut m'y traîner.
Même pas lui, elle.


La réponse de Trystan lui parvient à peine, dans les battements sourds de son propre coeur. La poitrine oppressée, elle s'enfuit. Elle ne pleure pas, elle n'est pas furieuse. Juste écrasée dans un maelström d'émotions, certaines bouillonnantes, d'autres glacées, toutes aussi violentes et destructrices.

Elle s'engouffre dans leur chambre, à elle et à l'autre menteuse, l'autre traîtresse, celle qui faisait semblant d'avoir besoin qu'elle cache ses talents pour éviter de finir au marché. Foutaises. Quand on se frotte sur le maître on n'a pas besoin de ça, à moins d'avoir peur de la concurrence.

C'était ça ? Tu avais peur que je te pique l'intérêt du maître, Sidonie ? Aucun danger. Je n'en voudrais pas de son intérêt même s'il me l'accordait, et ça n'en prend pas le chemin.

Elle se réfugie sous la couverture, tremblante comme un gosse terrifié. Tout juste. Peu de temps après elle entend le pas de Sidonie dans l'escalier. Tournée contre le mur elle a un affreux sourire,  un reflet de silex dans ses yeux durs et secs. Ah bon donc l'autre n'est pas restée là en bas pour lui cajoler le contenu de ses chausses ? Etrange. Et dommage. Six aurait bien eu besoin d'un peu plus de temps pour feindre parfaitement le sommeil le plus lourd.

La porte grince légèrement, puis la paille du matelas crisse sous le poids de Sidonie. Six se contraint à paraître détendue et à garder l'immobilité la plus rigoureuse. A ralentir son souffle aussi, malgré le sang qui lui bat aux tempes. Et l'autre s'immobilise à son tour et s'endort.

Tandis que Six, elle, ne fermera pas l'oeil de la nuit.
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Trystan d'Artelion
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MessageSujet: Re: Rapport d'investigation   Mer 20 Nov - 21:44

Le réveil est des plus morose. Difficile de définir si cela viens de la veille lorsque Sidonie a embrassé Trystan ou du fait que Sophia semble lus déprimée que d'habitudes, mais pour les deux jeunes femmes, l'ambiance est digne d'une veillée funèbre. Il ne manque que le cadavre. Sans doute que pour Sophia celui de Sidonie fera l'affaire, mais la jeune femme blonde ignore tout de la séance d'espionnage de sa compagne et se contente de lui adresser quelques pauvres sourires lorsque leurs regards se croisent par inadvertance. Sidonie fait peu de cas de l'humeur de sa compagne. La veille, elle avait tout fait pour lui arracher un simple sourire, mais elle reste tellement préoccupée par ce qu'elle a fait pendant la nuit qu'elle ne cherche pas à faire sourire Sophia. Elle reste d'ailleurs étonnement silencieuse au point que Eugénie lui tâte rapidement le front pour s'assurer qu'elle n'est pas malade.

Le petit déjeuné avalé, les deux jeunes femmes s'habillent et vont retrouver Ti-Philippe. Le garde aux oreilles décollées les regardent arrivées avec un grand sourire qui contraste énormément avec l'air profondément dépressif des deux jeunes femmes. Leur escorte à peut être l'air d'un pitre, mais en tout cas d'un pitre armé. Une épée courte et un long poignard pendent à sa ceinture passée par dessus une broigne en cuir assez épais marqué du blason des Artelion. Si on se décidait à l'attaquer, impossible d'ignorer quel famille on s'apprêtait à offenser. En fait, Sophia était la seule a ne pas être armée, Sidonie ayant attaché à sa cuisse un petit fourreau contenant un stylet acéré.

"En avant mesdemoiselles. Et avec le sourire je vous prie, fit Ti-Philippe d'un ton enjoué"

Sidonie jeta un coup d'œil derrière elle. La jeune femme aurait aimé  voir Trystan. Lui parler, essayer de s'expliquer ou de s'excuser. Mais le jeune homme était déjà partit faire son rapport à Guilhem de Cimerouge par rapport à la chasse de la veille.

***

Sidonie n'aurait pas pût rêver d'un meilleur endroit que le bordel du Rat pervers.

Si elle avait demande à se que Sophia m'accompagne, c'était pour montrer à la jeune femme a quoi elle avait échappé et la convaincre que la vie au service de Trystan n'était pas si mal que cela. Il était certes froid, mais il y avait bien pire que lui. Jamais la demoiselle ne l'aurait crut si elle s'était contentée de le lui dire. Alors Sidonie optait pour une preuve par l'image. Bien plus percutant et efficace pour faire passer son message. Et en cela, le Rat pervers était un exemple parfait de tout le pire qui pouvait attendre des esclaves fraîchement vendues.

Il y avait des filles de tous âges. Blondes, brunes ou rousses, elles slalomaient entre les tables où s'attardaient quelques personnes qui les attrapaient et les tripotaient sans vergogne au passage. Les autres étaient en train de nettoyer les restes et les débordements de la nuit. Les établissements comme le Rat lubrique étaient toujours ouverts et les prostituées ne s'arrêtaient jamais. Ici, on devait payer absolument tout. Depuis leur lit jusqu'à leur nourriture. Si elles n'avaient pas de quoi les payer, alors il fallait qu'elles trouvent un autre endroit où se faire tringler par les clients. Ou bien qu'elles se passe de nourriture.

Un client tendis la main en direction des deux filles lorsque Ti-Philippe s'approcha, la main posée sur la garde de son arme. Si le jeune homme était de toute évidence quelqu'un de joyeux, il n'en était pas moins très menacent lorsqu'il le voulait. Suffisamment en tout cas pour dissuader les clients de tenter l'expérience.

Une petite question à l'une des prostituée et celle-ci les orienta vers le propriétaire du bordel. Si il y avait quelqu'un qui pouvait les renseigner sur une de ses filles en particulier et sur ses clients, c'était bien le propriétaire du bordel. Ils le trouvèrent dans l'arrière boutique dans une scène qui donna froid dans le dos, même à Sidonie.

Le maquereau, un homme assez grand avec une bonne carrure mais également une panse bien rebondie était en train de crier contre une jeune femme à genoux devant lui en larme qu'il tenait par deux doigts qu'il tordait.

« DES PIECES DE CUIVRE !!! QUI M'A FOUTUE UNE CONNE PAREILLE ? J'AI PAYE CINQUANTE ECUS D'ARGENT POUR TOI HIER !!! ET TOUT SE QUE TU VAUT ? C'EST TROIS PIECES DE CUIVRE POUR UNE NUIT COMPLETE DE TRAVAIL ? »

Tordant plus encore les doigts de la jeune femme, le maquereau semblait tellement furieux qu'il ne semblait pas s'être rendu toute de suite compte de la présence des visiteurs et il fallut que Ti-Philippe ait une légère quinte de toux pour signaler leur présence.

« Qu'est-ce que vous voulez, demanda-t-il sans lâcher la jeune femme. »

« Nous aimerions voir Rosana, dit Sidonie en s'efforçant de garder son calme. »

Le maquereau haussa les épaules.

« Première étage, troisième porte sur la droite. Maintenant, foutez le camp. »

Les nobles avaient parfois des envies étranges. Si l'un d'entre eux voulait récompenser son homme d'arme en ajoutant aux deux jolies poupées une putain, libre à lui. Toutefois, il ne manqua pas de scruter les deux jeunes femmes. Si Sophia s'était sentie salie par les yeux d'Aetius, c'était qu'elle n'avait jamais encore croisé celui que cet homme lui adressait.

Les visiteurs le dos tournés, ils reporta son attention sur l'esclave.

« Où on en était tout les deux ? Ah oui, c'est vrai. »

Avant de fermer la porte, ils entendirent un craquement sinistre suivit d'un hurlement plus animal qu'humain.

*   *   *

Posté dans le couloir, Ti-Philippe laissa les filles entrer. Elles étaient assez grandes pour gérrer une prostituéeet il vallait mieux qu'il reste là au cas où on tente de s'en prendre à eux. Il les verraient venir de plus loin.

A l'intérieur, Sidonie écarta des tentures rouges. Tout ici était écarlate. À l'évidence, cette Rosana avait une grande valeur pour le bordel pour que sa chambre soit décorée comme cela. Précédent Sophia, Sidonie eu un moment d'arrêt en découvrant la femme qui se trouvait allongée sur le lit.

« Amarante ? »

Se redressant, la prostituée ouvrit grand les yeux. Elle n'était pas beaucoup plus jeune que Sidonie, mais nettement plus plantureuse et grande que l'autre esclaves, mais elles se ressemblaient, arborant la même longue chevelure blonde et les mêmes yeux bleu.

« Tiens tiens... Sidonie. Je ne pensais pas te revoir un jour, fit-elle. Oh, et aujourd'hui, mon nom est Rosana. »

Les deux femmes s’entre-regardèrent un certain temps avant que Rosana ne se lève et ne regarde Sophia jusque là restée dans l'ombre.

« Elle va rester planquée ta petite chose ? »

Jusque là, Sophia était restée dans l'ombre mais Rosana tendit une main pour l'en tirer sans grand ménagement, la lâchant immédiatement après et souriant en la voyant.

« On dirait que le Veuf veux rassembler chez lui toutes les plus belles putes de la ville. Alors espèce de traîtresse. Qu'est-ce que tu veux ? »

Sidonie s'efforça de conserver son calme. Plus cela avançait et plus elle avait avait envie de sauter au cou de Rosana. D'un autre côté, elle l'aidait plus qu'elle ne pouvait le penser en mettant dans une gène terrible la brunette qui l'accompagnait, la forçant à affronter la situation au lieu de se défiler et de se contenter de baisser la tête en attendant que cela se passe. Rosana avait don pour mettre les gens mal à l'aise et les forcer à affronter se qui les dérangeaient.

« Je cherche Lonhaigre, répondit Sidonie. »

A la lueur qui s'alluma dans les yeux de la prostituée, il ne faisait pas le moindre doute que non seulement elle savait de qui elles étaient en train de parler, mais qu'elle savait également où il se trouvaient.

« Et qu'est-ce que j'aurais en retour ? »

Elle se mit à rire lorsque Sidonie sortit une bourse pourtant replète de sa ceinture.

« Je ne veux pas d'argent. Je veux partir d'ici. Que le Veuf m'achète. Ou alors qu'il m'échange. Le maquereau acceptera peut-être avec de l'or et cet autre pute, dit-elle en désignant Sophia. »

Sidonie pâlit.

« Elle vaut bien plus que toi. Tu ne sais ni lire ni écrire, elle si. »

Rosana se contenta de hausser les épaules sans se départir de son sourire.

« Depuis que tu as été achetée, il s'est passé beaucoup de chose. Et si. J'ai appris à le faire. »

Elle se tourna ensuite vers Sophia.

« Tout ce que tu sais faire, dit toi que moi aussi je sais le faire. Et en mieux. Alors petite, qu'est-ce que cela fait d'être dans la cour des grands? Tu as une vie dorée et bientôt, se sera la mienne. Mais je suis curieuse d'une chose... »

Rosana se jeta presque sur Sophia, la poussant contre le mur et posant une main sur sa poitrine, l'autre cherchant à caresser l'intérieur de ses cuisses à travers le tissus.

« Je me demande combien tu peux valoir. Si tu retirais tout ces vêtements qu'on puisse s'amuser un petit peu. »

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MessageSujet: Re: Rapport d'investigation   Mer 4 Déc - 22:08

La fange.
Et ici il paraît qu'elle est peu profonde, encore.
C'est pire en bas, dans les Venelles. A les entendre, en tout cas.
Mais Six se demande si ça peut vraiment exister, pire que ça.

La muette avance derrière Sidonie, guettant à chaque pas celui de l'homme qui les accompagne, celui à la voix joviale mais aux larges épaules. Si elle pouvait elle resterait collée à lui, elle se fondrait dans lui, pour éviter que les yeux de ces gens la touchent. La salissent.

A l'instant où elle a mis un pied dans cette bâtisse hideuse le remugle l'a prise à la gorge, mélange insupportable de bière froide, de fumée, de sueur âcre et d'autre chose pire encore qu'elle ne parvient pas à identifier. Une puanteur ignoble et douceâtre que les parfums bon marché ne parviennent pas à dissimuler.

Il a fallu traverser cette salle et sans Ti-Philippe derrière elle elle aurait tourné les talons et pris la fuite. Il a fallu tolérer la vue de l'homme qui torturait cette fille, écouter Sidonie lui parler calmement, comme si de rien n'était. Entendre le craquement des os. Le cri. Six aurait crié avec la fille mais elle n'a pas de voix pour ça. Seul un souffle d'air rauque est sorti de sa gorge. Elle ne pleure pas encore, mais l'envie de fuir, loin, n'importe où, est en train de la submerger. Et encore, elle n'a pas surpris le regard du maquereau sur elle, elle gardait les yeux baissés, le visage à demi-caché dans son capuchon.

L'escalier qu'il faut monter. La porte s'éloigne. La sécurité s'éloigne. Elle s'enfonce dans un piège et elle ne peut même pas crier. Sidonie marche devant elle, et elle fixe la longue natte blonde, et il lui vient l'envie de l'empoigner et de tirer pour faire chuter la fille dans les escalier, lui hurler au visage qu'elle sait, elle sait tout, c'est à cause d'elle si elle doit respirer le même air empuanti que ces ordures, là, qui grognent, couinent et éructent dans la salle du bas. Ses mains tremblent de détresse, de colère et de frayeur.
Et ça ne fait que commencer.

La chambre est rouge et l'odeur ici est plus lourde encore qu'en bas. Six a la tête qui tourne. La femme qui se tient là sue la malveillance et la vulgarité par tous les pores de sa peau, et chacun de ses mots est plus laid, plus sale qu'un crachat ensanglanté de malade contagieux. Elle fait peur à Sidonie, Six le sent, l'autre est tendue, et ça ne fait qu'accroître sa panique à elle. Quand la putain l’attrape par le poignet elle en crierait de dégoût, si elle pouvait. Mais heureusement l'autre n'a touché que la manche de sa robe et elle retient l'envie de se frotter le bras, pour nettoyer d'elle ce contact insupportable. Que rien de ce qui est ici ne la touche encore, ou elle ne répond plus de rien...

Sidonie qui parlemente, et qui parlemente bien mal... Six a reculé pour se rapprocher des rideaux qui cachent la porte, restée ouverte. Le garde est juste là derrière. Elle a besoin de le savoir pour se rassurer, un coup d'oeil jeté entre les pans d'étoffe rouge sombre révèle l'éclat de l'acier. Il est bien là. Six respire un peu mieux. La putain est en train de parler d'échange, et la muette ne comprend pas tout de suite de quoi elle veut parler. Elle ? Etre échangée contre elle ?
L'horrible sentiment que l'homme froid qui la possède en serait bien capable pour avoir les réponses qu'il veut la traverse comme un poignard. Après tout elle est une chose, et les choses ça se troque. Immédiatement après, une autre pensée coule sur elle comme de l'eau glacée.
Non.
Jamais.
Devenir ça, jamais.

La pute la fixe et sa voix est aussi haineuse que ce qui se voit derrière ses yeux d'eau croupie. Elle ne pue peut-être pas autant que les filles de la salle d'en bas, mais la mauvaiseté de sa nature la rend pareille aux serpents, aux rats, à n'importe quelle vermine. La vermine n'est pas laide de nature, c'est son grouillement qui inspire la répulsion, l'idée de l'horreur dans laquelle elle rampe et qu'elle pourrait laisser sur votre peau. La pute blonde est pareille. Pas laide sans doute quand elle dort et que ses traits, ses yeux et sa bouche n'expriment rien de ce qui suinte d'elle pour l'instant. De l'hostilité brute, mesquine, sournoise, de la jalousie, de la malveillance. Envers une fille qu'elle voit pour la première fois et qui ne lui a jamais causé le moindre tort.

Tu n'es pas comme moi.
Tu ne le seras jamais.
Je refuse même l'idée que nous appartenions à la même humanité.
Toi, tu es de la fange qui parle, rien de plus.


Le froid qui est en elle ne la quitte pas, il lui donne même une sorte de clarté d'esprit qui était près de la quitter alors qu'elle montait l'escalier à la suite de cette traîtresse de Sidonie. Elle se laissera personne la souiller de cette manière, la transformer en ça. Il y a une issue. Il y a toujours une issue, l'ultime issue au pire, et tant pis pour la souffrance s'il faut en passer par là. Personne ne fera d'elle ce genre de vermine.

Aussi quand la pute se jette sur elle et l'agresse, passé le moment de surprise qui la paralyse, tant elle n'aurait jamais cru l'autre assez folle pour porter atteinte à sa personne, Six ne panique pas. C'est ce qu'elle aurait fait sans doute un instant plus tôt, pitoyable, à pousser des cris silencieux et à s'agiter vainement sous la poigne de l'autre charogne. Non, pas cette fois. Elle a l'esprit froid, la résolution forte. Et le dégoût au ventre, aussi. Que cette ordure ose la toucher, c'est quelque chose qu'elle ne peut permettre. Pas plus qu'elle ne l'a permis du mercenaire de la veille.

Le contact répugnant sur sa poitrine la révulse, le tâtonnement brutal qui cherche son entrejambe la révolte. Crier, elle ne peut pas. Ce qui sort de ses lèvres convulsées, retroussées sur les dents, c'est une sorte de feulement sourd, un souffle grondant comme en émettent les chats furieux. Ses yeux verts crachent sa haine et son indignation. Vivement, elle croise un genou devant l'autre, balaie la main qui lui écrase le sein d'un coup sec, et se dérobe vers la gauche, tout en détendant sa jambe repliée droit dans les genoux de son agresseuse.

Elle n'attend pas de savoir ce qui arrive à l'autre. C'est assez clair ce qui va arriver, le coup n'était pas assez fort pour l'envoyer au tapis, juste pour la déséquilibrer un instant. Il ne lui en faut pas plus pour filer. Le rideau, la porte ouverte. L'homme armé, qui la voit jaillir de la chambre, les yeux écarquillés.

- Mais qu'est-ce qui...

Six s'abat contre la vaste poitrine revêtue de cuir cousu d'anneaux de métal. Elle s'y réfugie, ça fait un temps infini qu'elle en avait envie. Lève sur l'homme ébahi ses yeux agrandis par la peur et la fureur, des yeux immenses et scintillants. Suppliants. Protège-moi. On veut me faire du mal là-dedans. Protège-moi, je t'en conjure...
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Trystan d'Artelion
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MessageSujet: Re: Rapport d'investigation   Lun 16 Déc - 20:38

Il y a un peu plus d'un an.

Sidonie regardait la racine d'ipéca qu'elle avait en main.

Comme un automate, la jeune femme la pausa dans un petit mortier et commença à la broyer en implorant tout les dieux qu'elle connaissait de la comprendre et de lui pardonner pour se qu'elle s’apprêtait à faire.elle avait beau se dire que c'était là une question de survie, elle ne s'en sentait pas moins coupable. Amaranthe était une amie de longue date et elle allait se servir de sa confiance pour la poignarder dans le dos.

Une fois la racine réduite en poudre, Sidonie versa la poudre dans un petit gobelet grossier où elle se mélangea à un vin épais. Restait maintenant à faire avaler cela à Amaranthe.

Assise sur une table dans la grande salle, la prostituée blonde avait l'air épuisée. La nuit avait longue et sans doute aussi dure qu'à l'accoutumé pour les deux jeunes femmes. Sidonie était épuisée et de se qu'elle voyait, c'était aussi le cas pour Amaranthe. Toutes les deux épuisées et à bout de nerf, elles regardaient le défilé des filles aux regards vides et agars qui passaient devant elles pliées en deux par les coups de reins ou de poings. Quelques autres étaient en train de netoyer le bordel et les traces des clients de la veille pour une nouvelle journée.

« Tu as une mine abominable, fit Sidonie en tendant le verre de vin à son amie. »

« Depuis quant tu ne t'es pas vue dans une glace, demanda Amaranthe avec une pointe de sarcasme ? »

Ne répondant rien, Sidonie avala son propre verre d'un trait et s'appuya contre la table et s'efforça de brosser ses cheveux avec ses doigts.

« C'est aujourd'hui que la nobliaute viens, interrogea Amaranthe ? »

Sidonie hocha la tête.

« Oui, elle ne devrait pas tarder. »

Les petites nobles venaient très rarement dans les venelles et moins encore dans les bordels de ces endroits. Bon, il existait bien une chanson à propos d'une comtesse qui la nuit s'offrait pour une pièce de cuivre, mais c'était plus une histoire qu'autre chose. Les nobles avaient leurs propres bordels et en plus, il y avait le marché d'esclave où il n'était pas difficile de se procurer une ville peu regardante sur sa vertu. Mais aucune des deux blondes ne s'en plaindrait. Après tout, c'était pour elle une occasion de quitter cet endroit. Alors peu importe les lubies de cette demoiselle et la raison qui la poussait à aller chercher aussi loin dans les bas fonds de la ville. La seule chose qui avait de l'importance, c'était que cette lubie pouvait leur permettre de quitter cet endroit avec tout leurs membres intactes.

Pausant un regard sur l'une des prostituée de l'établissement, Sidonie grimaça et chassa les remords qui la saisissait lorsqu'Amaranthe portait son gobelet à ses lèvres. Celle qu'elle regardait avait été belle à une époque. Mais depuis, elle avait croisé la route d'un client qui aimait jouer avec les couteau et qui était assez riche pour s'offrir se qu'il désirait. Depuis, elle avait perdu une partie de ses lèvres, son corps était couturé de cicatrices et on avait été obligé de couper un de ses bras au niveau du coude lorsque la gangrène s'y était installée.

Il n'était pas question qu'elle termine comme ça.

*   *   *

Dents serrées, Sidonie s'efforçait de conserver son calme. Elle avait beau se dire encore et encore que c'était sa meilleure chance de survie, cette petite noble était tout bonnement insupportable. Et le plus rageant, c'était que le propriétaire du bordel lui passait tout ses caprices. C'était difficile de savoir si se qui le motivait c'était la bourse replète de cette jeune blonde aux yeux gris et aux cheveux blonds cendré, ou si c'était la perspective de voir sa boutique ravagée par les six armoires à glace armées jusqu'aux dents qui accompagnaient la jeune femme s'il ne lui donnait pas satisfaction.

Au moins, elles ne risquaient pas de se faire attaquer une fois sortit du bordel.

« Bon, cela commence à ma lasser, s'énerva Lucrèce en jetant par dessus son épaule le petit verre de vin auquel elle n'avait même pas goûté, ne se formalisant pas du bruit de verre explosant sur le sol. Déshabillez-vous. »

Sidonie et les trois autres prostituées encore en lice retirèrent docilement leurs vêtements sans se pauser de questions. Elles avaient trop souvent été exposées nues pour éprouver une quelconque gène dans ce genre de situation.

Sidonie se laissa examiner.

Comme elle l'avait prévue, Lucrèce avait commencé par renvoyé toutes les filles trop jeunes ou trop vieilles, puis celles qui étaient trop abîmées pour présenter un quelconque intérêt. Restait Jeanne, Hild, Amaranthe et elle même.

« Toi, fit Lucrèce en désignant Hild. Dégage. Je ne veux pas de bâtards. »

La jeune femme recula avec les autres que la seigneur avait déjà éliminé. Elle avait eu un enfant l'année dernière. Mort né, mais il avait quant même laissé des marques sur ses hanches et des vergetures sur son ventre. Bien sur, tomber enceinte dans un bordel, cela n'avait rien de très spectaculaire ou d'inédit. Mais cela laissait des marques sur le corps et les dames nobles préféraient toujours offrir des putains stérile à leur époux. Tant qu'à faire, il était inutile de se débarrasser de son cher et tendre pour s'enquiquiner avec des bâtards.

« Toi aussi, fit-elle en désignant Jeanne. »

Un choix purement arbitraire. Il semblait que celui à qui elles allaient être offerte préférait les blondes.

À côté d'elle, Sidonie sentait Amaranthe se tendre. La jeune femme ne semblait pas très bien et le faible éclairage de la pièce était la seule raison pour laquelle Lucrèce ne s'en était pas encore apperçus.

Se redressant, la jeune femme s'approcha des deux esclaves pour les observer de plus prêt et commença à palper Sidonie. Elle supporta l'épreuve sans broncher, attendant simplement que ça passe.

Puis arriva le tour de Sidonie.

La racine d'ipéca faisant son œuvre, la jeune femme ne réussi pas à se retenir et se plia en deux, donnant presque un coup de tête à Lucrèce. La seigneur avait réussi à éviter le pire, mais sa robe n'en fut pas pour autant épargnée lorsqu'Amaranthe se mit à vomir.



~~~~~~~~~~~~~~~



De nos jours

Rosana se retint de rire en voyant Sophia disparaître, se tenant le tibia dans lequel la jeune femme avait réussi à lui donner un bon coup de pied.

« Un peu combative, mais plutôt frigide ta petite protégée Sidonie, commenta la catin en sautillant jusqu'à son lit. Elle va m'avoir fait un joli bleu. Enfin, ce n'est pas grâve, j'ai survécut à bien pire que ça. »

Sidonie encore restait plantée au milieu de la pièce, ne sachant pas vraiment se qu'elle devait faire. Se qu'avait fait Rosana était tellement soudain qu'elle avait été incapable d'agir avant que Sophia ne soit partie. Trystan avait finalement raison. Il aurait mieux valut que la petite muette ne vienne pas et aille directement chez Oscrofus. Ça allait être plus difficile maintenant de lui faire comprendre que son intérêt était de bien servir son propriétaire. Sidonie n'était même pas sure de pouvoir se faire entendre.

« Tu n'étais pas obligée de faire ça, grinça Sidonie. »

« Non, en effet. Mais c'était tellement plus amusant. J'adore faire mumuse avec les petites pimbêches dans son style. Ne t'en fais pas, elle s’habituera très vite à se faire tripoter. Peut-être même qu'elle aimera ça. »

Sidonie observait son ancienne amie en restant un peu perplexe. Est-ce que c'était vraiment elle qui avait provoqué out cela ? Amaranthe était une fille bien lorsqu'elle l'avait connue. Ce n'était pas la plus gentille des personnes qui existait bien sur. Elle était un petit peu caractérielle, mais jamais elle n'aurait traité ainsi une nouvelle venue de la sorte. C'était la meilleure pour se procurer du pavot ou tout un tas d'autres plantes qui facilitaient les premières nuit des nouvelles.

« Trystan n'acceptera pas ton chantage, dit-elle simplement. »

« Cela ma chère, tu n'en sait rien. »

Même si elle voulait se convaincre que son maître était incapable d'envoyer Sophia dans un endroit pareil, Sidonie devait bien avouer qu'elle n'en avait pas la moindre certitude. Tout se qu'elle pouvait faire, c'était espérer.

Tournant les talons, Sidonie approchait de la porte lorsqu'elle fut arrêtée par Amaranthe.

« Tu sais, j'aurais sans doute fait la même chose que toi. Mais cela ne veux pas dire que je te pardonne. »

Sidonie partit sans rien dire. Il n'y avait rien à rajouter à cela.

À l'extérieur, elle trouva un Ti-Philippe couleur pivoine qui tentait de rassurer aussi maladroitement qu'il était possible la jeune femme brune qui s'était jetée sur lui. Il ne savait pas trop comment il devait réagir. Après tout, elle était jolie et il avait envie de la protéger. Mais bon, même si Trystan ne se servait pas de ses poupées, ce n'était pas pour cela qu'il avait le droit de le faire.

Il tapotait maladroitement sa tête et était toujours en train d'hésiter entre la serrer dans ses bras et la laisser tranquille.

« On s'en va, demanda-t-il à Sidonie ? »

La jeune femme hocha la tête et l'étrange trio quitta le bordel, direction l’atelier d'Oscrofus. En chemin, Sidonie fit un rapide résumé à Ti-Philippe qui eut une grimace. De toute évidence, l'idée de laisser Sophia dans cet endroit ne lui plaisait pas. Mais comme pour Sidonie, il était bien incapable de prédire la décision qu'allait prendre Trystant comme il était incapable de peser sur cette décision. Il n'était qu'un petit soldat sans titre ou influence et sans fortune pour racheter Sophia pour lui. Même si l'envie était assez séduisante, elle était bien au dessus de ses maigres moyens.

*   *   *

Avec son air de menthe religieuse, Maître Oscrofus fut ravis de voir apparaître les deux modèles que le jeune Artelion avait accepté de lui prêter. C'était toujours plus intéressant de louer des modèles que d'acheter des esclaves pour tenir ces rôles. Cela permettait d'avoir plus de visage et de ne pas lasser les clients, et puis, bien sur, c'était beaucoup moins cher.

« Venez mesdemoiselles, fit le maître peintre. C'est par ici. »

Avant qu'il n'ait le temps d'aller bien loin, Ti-Philipe le reteint. Le guerrier était moins grand que le peintre, mais il ne faisait aucun doute qu'il n'en aurait fait qu'une bouchée s'ils avaient dut se battre l'un contre l'autre.

« Le seigneur d'Artelion m'a chargé de vous rappelé qu'il vous les confiaient bien portantes. »

Balayant la remarque du soldat, Oscrofus tenta de se dégager de l'étreinte de Ti-Philipe. Il avait autre chose à faire que d'entendre ces banalités. Mais le soldat le retient, accentuant son emprise sur le bras du peintre.

« Il m'a chargé de vous dire que si quelque chose devait arriver à ces jeunes femmes... le bois de votre atelier est très beau. Mais vous savez, il y a toujours un soucis avec le bois. Ça brûle. »

Un message très clair. Et à vrai dire, son envie de couver la petite muette rendait pour Ti-Philipe la transmission de ce message assez agréable.

Oscrofus regarda le soldat partir et guida les deux jeunes femmes jusqu'à deux tabourets. Elles étaient entourées de garçons assez jeunes armés de fusains et de grandes planches de papiers qui, après qu'Oscrofus ait donné ses consignes, commencèrent à dessiner les deux jeunes femmes qu'ils avaient sous les yeux.

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MessageSujet: Re: Rapport d'investigation   Mer 15 Jan - 23:38

Ca parle encore dans la chambre aux tentures cramoisies, mais Six préfère ne même pas essayer de comprendre. Elle respire trop vite, et elle se sent oppressée. Elle a besoin d'air. Du grand air. De l'air bien plus pur que tout ce qui pourrait se trouver dans les rues sombres et sales de cette ville trop grande. De l'air qui sent bon, qui sent la brise, la chaleur et la roche, et les plantes odorantes qui poussent dans la rocaille blonde.

Elle n'en peut plus.

La muette ignore d'où lui remonte ce souvenir d'un air chaud parfumé au thym citronné et aux fleurs violettes, mais le besoin la torture quand même, à lui donner envie de pleurer, de crier, même sans un son. Elle reste cramponnée au bras de Ti-Philippe. Elle baisse le front. Elle ne dit rien. Elle ne pleure pas. Elle tremble, c'est tout, les dents serrées, terrifiée, furieuse et malheureuse comme les pierres.

La voix de l'homme s'élève, pas très assurée, pour demander si ils s'en vont. Le soulagement gonfle dans la poitrine de Six, elle relâche sa prise sur le bras du garde, mais lui colle au train quand ils se dirigent vers l'escalier et la sortie. Elle a bien senti qu'il était mal à l'aise, qu'il ne savait pas quoi faire d'elle. Et, très égoïstement, elle s'en foutait. Maintenant elle se demande ce qui a bien pu la pousser au juste à se jeter dans les bras d'un parfait inconnu pour demander sa protection. Ce genre de naïveté, elle n'y a plus droit, en principe. Mais il faut croire que les vieux réflexes ont la vie dure.
Ou alors, elle a senti sa gentillesse, et décidé d'y faire confiance.

Confiance... Un luxe, la confiance.
Ou une illusion.


Dans la rue, "Sophia" marche la tête baissée, à pas furtifs, cachée sous son capuchon. Tout ici est une menace. Même la présence de Ti-Philippe ne la rassure qu'à moitié. Elle guette de sous l'étoffe les visages ingrats des hommes qui les ont agressées hier, mais ne les voit pas. Deux Gardiens vêtus de capes bleues les croisent, et un regard vaguement curieux de l'un des deux est tout ce que le trio récolte, surtout attiré par l'allure de la fille au capuchon, qui a tout l'air de craindre que le soleil ou les yeux des gens lui fassent des trous dans la peau... Six se force à se détendre, mais y parvient à peine, malgré les reproches sévères qu'elle s'adresse en pensée.

Le trio passe la porte de l'atelier du peintre, et les odeurs fortes des pigments et des solvants vient chatouiller le nez de l'esclave brune. Un éternuement silencieux lui raidit les épaules. Elle se redresse un peu, ose glisser les yeux hors du capuchon, timide. Son coeur s'est calmé, elle respire moins vite. La longue silhouette maigre du maître peintre s'approche, va leur indiquer le chemin, mais la poigne solide du garde le retient. Six entend la voix sourde et les menaces glissées dessous, des écueils noirs à fleur de mots... La tension s'installe à nouveau dans sa nuque. Ti-Philippe agit comme si elles couraient un danger, ici. Mais quel danger ? Où, du danger ? Le regard de la jeune fille, un instant rasséréné, redevient alerte et acéré, un regard de proie guettant la dent du prédateur.

Le peintre ne semble aucunement se préoccuper des avertissements du garde, et entraîne les filles vers les profondeurs de l'atelier. Six glisse un regard vers l'arrière, suit des yeux le départ de son protecteur de l'heure passée, avec un rien de panique dans le souffle. Mais elle n'a pas vraiment le choix, si ? Elle suit Sidonie, la tête basse et le corps tendu.

Il y a là deux tabourets, et une poignée de garçons, presque cachés derrière de minces panneaux de bois. Leur regard est neutre. Oscrofus les installe chacune sur un siège, ordonne du geste à Six de rabattre son capuchon et de dévoiler son visage, ce qu'elle fait à contrecœur. Il donne quelques consignes aux apprentis, la voix sèche. Puis il s'en va.

Les minutes s'écoulent ensuite, lentes et immobiles. Six ne bouge pas de son tabouret, figée comme une statue. Ses yeux flottent sur le sol quelque part entre deux des garçons qui lui font face, elle n'écoute rien, ne bouge pas, ne cherche pas leur regard, essaie au contraire d'oublier qu'ils ont les yeux fixés sur elle, même si ces yeux sont des yeux froids qui mesurent, des yeux qui voient un objet qu'il faut reproduire, pas une jeune femme qui vit, qui respire.
Et c'est reposant, finalement, d'être un objet posé sur un meuble.
Les yeux ouverts, le souffle lent, Six a presque l'impression de dormir.
Le grattement des fusains sur le bois la berce.
Elle garde juste assez de tension dans le corps pour rester assise, rester éveillée.
Tout le reste, elle le chasse de sa tête, la face grimaçante de la pute blonde, le regard porcin du maquereau et le sang sur le visage de la fille qu'il battait, le sourire faux de Sidonie, l'embarras de Ti-Philippe, les caquètements trop aigus d'Eugénie, et la glace morte dans les yeux de Trystan.
Tout oublier.
Du vide, gris, informe, cotonneux.
Du gris.
Et un rayon de soleil.
Un souffle de brise tiède, l'odeur du thym citronné...

La voix du maître vient presque trop vite. Elle se redresse, les garçons geignent et demandent quelques minutes de plus. La séance de pose s'achève.
Il va falloir replonger dans la fange, à présent.

Le peintre leur glisse à chacune une pièce dans la main, Six salue de la tête mais ne regarde même pas ce qu'il leur a donné. Il parle un instant avec Sidonie, ignorant la muette comme on les ignore souvent, considérant que ceux qui ne parlent pas en sont incapable sans doute par manque d'intelligence, comme les animaux ou les très jeunes enfants. Oscrofus hèle un garçon de passage et lui ordonne de les escorter, et Six reconnaît le garçon de la veille, dont le regard s'est allumé d'un éclair de cupidité, à l'idée de la récompense qu'il recevra sans doute encore cette fois pour sa peine.
Mais ce gringalet est bien moins rassurant que l'homme aux bras épais qui les accompagnait tout à l'heure...

Avant de repasser la porte et de regagner l'extérieur, Six ramène à nouveau le capuchon sur son front.
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Trystan d'Artelion
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MessageSujet: Re: Rapport d'investigation   Ven 17 Jan - 11:43

Ne rentrant pas directement à la demeure de Trystan, Sidonie insista pour faire un léger détour par le marché. Elle avait envie de dérider un petit peu sa compagne dont l’air toujours aussi triste virait à la dépression et menaçait de l’envahir. Bien sur, elle n’avait pas vraiment de raison de se réjouir. On essayait de prendre sa place et elle risquait de se retrouver pensionnaire dans un bordel. Mais avoir l’air d’une morte vivante n’arrangerait pas les choses. Quant on est esclave et que sa vie ne tiens à rien d’autre qu’à un caprice du destin, il faut apprendre à jouir des petites choses. Elles étaient ensembles et elles avaient chacune une jolie pièce d’argent dans la paume.

Maître Oscrofus payait bien. Certaines putains gagnaient moins en vendant leurs corps qu’elles en une petite journée à rester immobile et à se laisser regarder. Personnes ne les avaient touchées et elles avaient gardé tous leurs vêtements.

Attrapant Sophia, Sidonie l’entraina vers les étals pour regarder les produits, espérant secrètement qu’elle soit au moins un petit peu coquette.

Bien sur, aucun marchand bien en vue ne se serait abaissé à vendre quelque chose à une esclave qui ne ferait pas de courses pour son propriétaire. Et les prix étaient d’ailleurs largement prohibitifs et hors de leurs moyens. Mais il y avait quelques étals un peu à l’écart qui étaient réservés à des gens comme elles. Bien sur, il on n’y trouvait pas d’objet de la même qualité que sur les étals des personnes libres, mais il y avait de jolies choses quant même.

Avec des exclamations, Sidonie écarta un autre esclave pour leur faire une place et tenta de faire essayer des boucles d’oreilles, un petit collier et un bracelet à sa compagne, déployant des trésors de patience et d’acharnement pour tenter de tirer ne serais-ce qu’un haussement de lèvres de la jolie brunette. Mais la jeune femme restait obstinément sombre et on avait l’impression qu’elle avait envie de s’enfuir en courant. Rien ne marchait. Sophia restait sombre et la main fermement serrée autour de sa pièce, comme si elle avait peur que Sidonie la lui arrache pour acheter de force une babiole dont elle n’avait pas envie.

Alors que Sophia regardait ailleurs, Sidonie soupira, un peu lasse. Décidément, c’était déprimant de devoir lutter ainsi contre cette fille pour la faire sourire. Elle n’était pas intéressée par se qui se trouvait sur l’étal et Sidonie espéra qu’elle ne pensait pas pouvoir économiser cette pièce pour sa liberté. Elle avait vu d’elle-même ce qu’avait reçus Trystan à son anniversaire et elle savait sans doute combien elle avait été achetée par Lucrèce. A raison d’une pièce d’argent par jour, il lui faudrait des années avant qu’elle puisse rassembler une somme susceptible de convenir au rachat de sa liberté. Jamais Oscrofus ne l’emploierais autant de temps. Elles auraient de la chance si cela durait plus de deux semaines. Et c’était sans compter le fait qu’il lui faudrait encore beaucoup d’argent pour ne pas finir à la rue une fois cette liberté rachetée. Elle avait plus de chance d’être affranchie que de pouvoir un jour racheter sa vie par elle-même.

Si les Libertis étaient si rares, ce n’était pas sans raison.

Plus ça allait et plus elle sentait l’humeur naturellement dépressive de la muette déteindre sur elle. Mais pas question de se laisser abattre. Sidonie acheta deux pommes cuites recouverte de sucre caramélisée et en offrit une à sa compagne. Elle l’accepta apparemment gênée avant de repartir vers la maison en grignotant leur gourmandise. Peut-être le goût du sucre caramélisé et de la pomme chaude allait remettre un peu de couleur et de sourire sur les joues de la petite demoiselle.

Arrivée à la maison, leur maigre escorte les abandonna alors qu’Eugénie les faisaient rentrer sans précipitation apparente.

« Vous pouvez faire se que vous voulez, fit la grosse femme. Trystan est au palais pour le moment. Je n’ai pas besoin de vous pour le ménage. Vous avez deux heures. Après ça, vous viendrez en cuisine pour préparer le repas. »

Elles avaient deux heures alors. Parfait.

C’était largement le temps qu’il fallait à Sidonie pour payer ses dettes envers la jeune femme. Cela ne la ferait pas sourire, mais elle aurait tenu les promesses encore en suspens.

Prenant Sophia par le bras, elle l’attira vers leurs chambres et ferma la porte derrière elles.

« Voilà, fit Sidonie. Il faut qu’on parle. »

Elle était soudainement devenue nerveuse. En même temps, une fois qu’elle lui aurait dit ce qu’elle avait demandé à Trystan, Sidonie doutait que Sophia passe l’éponge comme cela et se contente de faire comme si de rien n’était. Elle allait lui en vouloir. Il restait juste à espérer qu’elle ne lui en veuille pas trop.

« C’est de ma faute si tu as dut venir ce matin au bordel. Trystan voulait t’envoyer directement chez Oscrofus. C’est moi qui ait voulut que tu viennes. »

Voilà. C’était dit. Et comme si un barrage venait de céder, Sidonie se mit à parler rapidement. Elle avait un peu peur qu’en apprenant cela, Sophia décide de quitter la pièce sans attendre l’explication. Elle avait été cruelle, mais pas sans raison. Elle voulait s’expliquer. Elle voulait que son amie comprenne.

« Si je t’en avais parlé sans cela, tu ne m’aurais pas crue. Tu aurais pensé que je racontais n’importe quoi, que c’était seulement pour que tu obéisses. Il fallait que tu voies ce à quoi tu as échappé pour comprendre à quel point on est bien traitée ici. On mange à notre faim, on a de bons lits, on prend même des bains et on ne couche avec des hommes que quant on en a envie. »

C’était énorme.

Sidonie n’était même pas sure de connaitre une femme libre ou même une noble dame qui puisse se venter d’autant de choses. C’était tout cela qui faisait qu’elles avaient une excellente place et qu’il fallait la garder à tout prix. Oui, elles étaient des esclaves. Oui, elles étaient comme des poupées qu’on avait achetées pour un enfant qui ne jouait pas avec. Mais qui pouvait se venter d’avoir plus qu’elles ?

« Ecoute, je ne suis pas fière de moi. Je ne savais pas que Rosana était Amaranthe et qu’elle se comporterait comme ça. Je suis vraiment désolée. »

Elle l’était sincèrement.

Même si ce n’était pas sa faute si son ancienne amie avait agis de la sorte, c’était à cause d’elle que Sophia se retrouvait dans cette situation.

« Mais voilà… je t’ai fais une promesse que je n’ai pas tenue hier. Tu as renoncé à la musique, mais je ne t’ai pas dit comment rester dans cette maison et éviter le marché. Je me doute que cela ne va pas te plaire de l’entendre. Mais si tu veux rester ici, il faut plaire à Trystan. »

C’était dur à comprendre. Il avait fallut que Sidonie se retrouve éjectée sur un étal par son premier maître pour le réaliser.

« Voilà. C’est lui qui décidera se que tu deviendras quoi qu’il arrive. Que ce soit dans le genre de situation où tu te trouve que plus tard, lorsqu’il se remariera. Quant cela arrivera, son épouse nous fera toutes venir pour se présenter et nous donner ses premières consignes. Mais aussi et surtout, pour nous jauger. »

Sidonie grimaça. C’était comme ça qu’elle avait été jetée la première fois. Même si la situation n’était pas la même, en parler ravivait de très mauvais souvenirs.

« Les femmes nobles ont souvent été préparées par leurs mères à affronter l’infidélité de leur mari, mais plus important encore, à débarrasser les lignée de… certaines filiations. »

Pas la peine d’en dire plus ni de donner d’exemple. Même si Sidonie avait encore parfaitement en tête l’histoire que lui avait raconté une servante à Castel-Fer. Romilly d’Artelion avait beau sembler une mère aimante et une femme douce, cela ne l’avait pas empêchée, enceinte de cinq mois, d’étouffer une chambrière avec un oreiller avant de réserver le même sort au petit bâtard qu’elle avait donné à Tankred.

Personne ne devait risquer de se mettre entre son enfant à naître et ses droits. Et surtout pas le fruit des errances du baron d’Artelion.

« Pour cela, une fois qu’elle nous aura jaugé, elle va se renseigner et finalement, envoyer au marché ou renvoyer toutes les filles trop belles ou trop jeunes au service de son époux. Moi, elle pourrait me juger trop vieille pour représenter un risque. Mais toi… il n’y a aucune chance qu’elle puisse te louper. »

Plutôt déprimant comme constat. Mais il fallait être réaliste. Il serait très difficile de trouver une femme qui accepte de voir une fille aussi belle que Sophia tourner autour de son époux sans rien dire.

« Le seul qui pourrait empêcher cela, c’est Trystan. Quel qu’elle soit, son épouse aura plus à cœur de ne pas l’énerver que de se débarrasser d’une esclave trop jolie. Déjà parce qu’il faut bien qu’il accepte de partager son lit, ensuite parce que si la naissance d’un bâtard est un petit scandale facile à dissimuler, se serait bien pire si on apprenait qu’un jeune marié avait été recherché une belle esclave dont s’était débarrassé sa femme. Avec un bâtard, elle pourrait cacher ses cornes, mais s’il va te rechercher, elle ne pourra pas le cacher. Se serait une humiliation en plus d’une certaine perte d’argent. »

Mieux valait en résumé une cohabitation tendue mais pacifique à un conflit ouvert.

« Alors pour ne pas retourner au marché, il faut que tu plaise à Trystan. Que tu sois autre chose à ses yeux qu’un bibelot. Qu’il t’apprécie, te fasse confiance, tout cela. »

Bien sur, Sophia pourrait se dire que Trystan n’allait pas se remarier. Mais elle se voilerait la face. Trystan était un gros héritier, en excellente forme physique, avec ses entrées à la cour, plutôt beau garçon et sans héritier de son premier lit ni bâtard connus. Tout cela le classait sans doute partis les meilleurs partis de toute l’Avranie. Trystan allait se remarier. Ce n’était qu’une question de temps, et un temps qui jouerait contre Sophia.

Un peu anxieuse de la réaction de son amie, Sidonie arrêta enfin de parler, laissant un silence gênant s’abattre dans la chambre.

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MessageSujet: Re: Rapport d'investigation   Sam 18 Jan - 23:27

Six ne sait pas pourquoi au juste elle est si pressée de retourner à la maison de son propriétaire. Ce n'est pourtant pas chez elle. Ce n'est pourtant pas un refuge ni un lieu où elle se sent à l'aise. La menace y est aussi présente qu'ailleurs, sinon plus.

Il y a sans doute un temps où elle aimait se promener sur un marché et laisser glisser sur les éventaires des yeux de convoitise. Mais aujourd'hui elle ne convoite rien d'autre qu'un peu de solitude et de silence. Elle a besoin de se calmer, de se reposer, de retrouver la tranquillité paisible qui l'a enveloppée tandis qu'elle laissait filer le temps, assise sur le tabouret du peintre. L'agitation et le bruit autour d'elle l'agressent. La gaieté forcée de Sidonie l'horripile. Tout contact la fait frémir, tout regard lui donne envie de fuir. A un moment elle en vient à se dire qu'au prochain collier que l'autre approche de sa gorge, elle l'étranglera avec. Comme si elle avait une gorge à mettre en valeur, avec l'entaille boursouflée qui lui cisaille le cou !!! Et ce collier à peine moins hideux qu'elles portent toutes les deux ? Sérieusement, à quoi pense cette idiote ? Les efforts de la blonde pour dérider sa compagne morose sont tellement évidents qu'ils en deviennent pathétiques.

Le bâtonnet portant une pomme caramélisée en main, la pièce qu'elle n'a même pas regardée toujours serrée dans l'autre, Six suit enfin Sidonie dans les rues qui quittent le marché. Deux bouchées plus tard elle se débarrasse discrètement du fruit entamé entre les mains d'un gamin crasseux qui semble se foutre complètement du fait qu'il manque à la pomme deux grignotages de souris. Sidonie, qui marche devant, n'a pas vu. Ce n'est pas que Six refuse d'accepter quelque chose de sa compagne, mais rien ne passe le noeud dans sa gorge.

La grosse Eugénie les accueille avec son grand sourire habituel et leur pépie les instructions. Deux heures de liberté. Si l'on peut dire. Six en est encore à se demander dans quel coin tranquille elle va aller se cacher que Sidonie l'entraîne fermement.

- Il faut qu'on parle.

Il faut que tu parles. Moi je ne sais pas parler.
Et quand bien même, je n'ai plus rien à te dire.


L'autre la remorque dans la chambrette sous les combles et la pousse assise sur sa paillasse avant de fermer la porte, autoritaire et empruntée. Six la regarde faire, les yeux calmes, froids. La blonde se perche sur le bord de son lit comme si c'était une planche à clous, son malaise est évident, et Six ne fait pas un seul geste pour lui faciliter les choses. Droite et silencieuse, reproche vivant et muet, elle attend.

Sidonie balance son gros aveu, et Six ne cille pas. Elle était déjà au courant, évidemment. Mais l'autre enchaîne si vite que l'absence de surprise de la brune lui échappe complètement. Elle se lance dans un dithyrambe vigoureux et enflammé, énumérant les grands bonheurs qu'il peut y avoir à être une chose dans une maison où les choses sont presque traitées comme des bêtes. Elle confesse sa manoeuvre pédagogique douteuse en expliquant, argumentant, excusant tant et si bien son geste qu'il pourrait presque passer pour justifié. Silencieuse par choix autant que par nécessité, Six écoute sans détourner du visage rougissant de Sidonie son regard d'un vert calme et froid comme une eau profonde.

Après les excuses, les promesses non tenues qu'on s'empresse de tenir. Hier, sur une impulsion, Six avait rendu à Sidonie la petite harpe, et voici que l'autre lui indique enfin ce qu'il faut, à son avis, faire pour être une esclave heureuse. Primo, rester dans cette maison. Secundo, plaire au maître. Suffisamment pour qu'il résiste à une future épouse qui voudrait la renvoyer chez les marchands de chair humaine.

Et que dois-je faire pour ça, à ton avis ? Etre coquette et souriante ? Jouer les enjôleuses pour éveiller son désir ? Etre tellement inégalable au lit qu'il ne puisse plus se passer de mon corps ?
Sauf que cet homme-là n'a pas de désirs, et que s'il en avait, il n'aurait pas à les tourner vers les objets que nous sommes. Et quand bien même il le ferait, je n'ai rien pour retenir son attention. Je suis mutilée, et je ne sais rien des hommes. N'importe quelle fille de cuisine lui en donnera plus que moi, après un bon bain s'il est vraiment trop délicat pour tolérer un peu de saleté sous les ongles.


- Alors pour ne pas retourner au marché, il faut que tu plaises à Trystan. Que tu sois autre chose à ses yeux qu’un bibelot. Qu’il t’apprécie, te fasse confiance, tout cela.

Six a toujours les yeux rivés sur Sidonie, et le visage résolument neutre et sans expression. Elle ne lui fait pas l'aumône d'un sourire ni d'un froncement de sourcils. Pourquoi faire ? Elle n'a rien à répondre, et aucun moyen de répondre si elle avait eu quelque chose à dire. Six est muette, et Sidonie analphabète. La communication entre elles est et restera à sens unique.

Le silence s'installe, épais et poisseux. Sidonie se tortille les doigts, et Six est immobile et froide comme un caillou. Elle réfléchit. Elle n'avait pas envisagé le problème de la future épouse, il faut admettre que Sidonie marque un point. Elle prend son temps pour retourner cette question dans sa tête. Qu'il l'apprécie, qu'il lui fasse confiance. Et cet homme-là serait capable d'apprécier quelqu'un d'autre que lui-même ?  De faire confiance à autrui ?  Parle-t-on vraiment de cet hybride entre un glaçon et un ours des cavernes, tout à tour morne comme un jour de pluie et furieux à en démonter la maison à coups de cris de rage ?

Comment pourrait-il avoir confiance en moi ? Alors que moi je n'ai aucune confiance en lui ? Et toi non plus d'ailleurs.

Car Sidonie essaie de le cacher, mais l'ultimatum de Rosanna lui fait peur. Parce qu'au fond, elle-même ne sait pas de quoi Trystan est capable.

Il est temps de mettre un terme à cette "conversation". Lentement, Six hoche la tête, sans qu'aucune expression ne soit venue troubler ses traits. Un acquiescement, un accusé de réception, je t'ai entendue, tu as rempli ta part du marché. Et c'est très clair, par la froideur qu'elle affiche, et qui la fait paraître en ce moment noble jusqu'au bout des ongles, malgré sa robe grossière et son collier hideux, malgré les cernes sous ses yeux et ses lèvres pâles. Ce marché-là est honoré, mais Sidonie n'est pas quitte, loin de là.
S'il y a eu un peu de confiance et de gratitude en Six, l'une est brisée, l'autre dissipée.
La fille blonde est revenue sur un pied d'égalité avec le reste du monde.

Une menace comme les autres.
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MessageSujet: Re: Rapport d'investigation   Mar 21 Jan - 22:42


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