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 Intruse (Inconnue)

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Trystan d'Artelion
Gardien de la Reine
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MessageSujet: Intruse (Inconnue)   Lun 6 Mai - 23:17

Claquant sur le pavé, les sabots du cheval de Trystan passaient presque inaperçus avec les trombes d'eau qui s’abattaient sur les toits et les pavés. Presque en tout cas. Malgré la cape, ils étaient tout les deux trempés et Trystan ne cherchait pas à trop presser l'allure de peur que sa monture ne dérape sur les pavés. Ils avaient croisé la route de quelques personnes qui s'étaient furtivement esquivée lorsqu'elles avaient aperçus la cape bleue du cavalier. Détrousser quelques imbéciles dans le quartier riche en pleine nuit, si on est malin, ce n'est pas impossible. Mais un Gardien de la reine, c'est différents. Ces types sont toujours armés et si par malheur un Gardien venait à être tué une nuit dans le quartier riche, il y avait une chance qu'avant midi les Venelles grouillent de soldats et qu'une semaine plus tard, les corbeaux seraient incapable de s'envoler tant le festin des pendus serait important.

Alors quant on était un petit coupeur de bourse, on évitait de s'attaquer aux capes bleues.

La maison des Artelions était située à proximité du palais. C'était une maison à la façade étroite munie d'une petite cour ceinte d'un mur de pierre et d'une grille qui en fermait l'entrée. Cela ne faisait pas longtemps que cette demeure appartenait à la famille. Elle était au nombre des biens qui avaient appartenu aux nobles partisans de Castel-Gaillard. Une fois proprement exécuté et leurs bien confisquées, la Couronne s'était alors retrouvé en possession de nombreuses terres et biens qu'elle n'avait aucune utilité, ni les moyens de conserver. Certains avaient été distribués aux plus fidèles, d'autres vendus. C'était le cas de cette demeure dont Tankred avait fait l’acquisition.

Même si le baron d'Artelion n'aimait ni la reine, ni sa Lydane de mère et moins encore le choix de son fils de se joindre aux Gardiens, il ne pouvait nier qu'une demeure dans la capitale se révélait utile. C'est toujours payant d'être prêt du pouvoir sans pour autant en être dépendant.

« Messire, c'est vous ? »

« Ouvre vite Ti-Philipe avant qu'on attrape la mort, ordonna Trystan. »

Le garde en faction eu tôt fait de faire jouer le mécanisme pour pousser la grille et permettre au cheval d'entrer, refermant derrière eux. Trystan guida son cheval dans les petites écuries et aida Sophia à descendre. Si elle était muette en revanche, son air de chien mouillé et ses dents claquantes étaient plus parlantes. Tout deux étaient trempé et avaient froids. Heureusement, il y aurait tout se qu'il faudrait à l'intérieur.

C'est d'ailleurs, entraînant Sophia avec lui à travers la cour que Trystan l'amena, poussant la porte de la maison et inondant littéralement l'entrée.

Si elle était étroite, la demeure n'en était pas moins grande, compensant en profondeur se qu'elle n'avait pas en largeur. Arrivant rapidement, une dame déjà d'un certain âge s'inclina devant Trystan. Toute en rondeur et couverte d'une robe et d'un voile strict qui contrastait totalement avec son attitude un rien désorganisée, Eugénie aida Trystan et Sophia à se débarrasser de leurs manteaux et capes trempées pour les mettre pendre. Le jeune homme en profita pour retirer ses bottes et son pourpoint noir, dévoilant la chemise blanche qui lui collait à la peau à cause de l'humidité.

« Des tisanes, il faut des tisanes, piaillait Eugénie. »

« Apporte nous déjà des habits secs et de quoi nous sécher, sermonna gentillement Trystan. »

Se fut apparemment seulement à ce moment là qu'Eugénie parut tiquer sur la présence de Sophia. Une demoiselle ? Ici ? Avec Trystan ? Holàlà, lorsque la cour saurait ça, elle allait en faire ses choix gras. D'autant plus qu'elle était drôlement bien habillée et qu'elle était drôlement jolie ne plus.

« Trouve lui une chemise à manche et un bonnet de nuit et amène la se réchauffer auprès du feu, commanda Trystan avant de se tourner vers Sophia, l'air engageant. Suit la, ne t'en fait pas, elle ne va pas te manger. »

Regardant les deux femmes partir, Trystan retira sa propre chemise, ne gardant que ses bas et alla s'asseoir sur un tabouret non loin du foyer central de la demeure pour se réchauffer.

Machinalement, il s'était mis à jouer avec un petit pendentif en argent qui contenait le portrait d'une jeune demoiselle au cheveux d'or sur laquelle il posait de temps en temps les yeux, attendant le retour de Sophia et Eugénie avec, à n'en pas douter, une tisane.

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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Mar 7 Mai - 23:14

Trop aimable, la veste. Trop aimable aussi de ne pas me faire courir après son cheval. Trop aimable encore de m'avertir que ça n'a rien à voir avec de la gentillesse, je ne m'en serais pas doutée un seul instant.

Mais quelques pas plus loin, la muette se demande si elle n'aurait pas préféré la terre ferme, avec ou sans veste pour se protéger de la pluie. Trop, beaucoup trop de proximité. Du ressentiment sourd qu'elle éprouve envers son destin et ceux qui le détiennent désormais, principalement le jeune homme trop aimable dont il est question plus haut, la jeune fille passe très vite à une gêne effroyable et à une tension anxieuse presque irrépressible. A certains moments elle est à deux doigts de sauter à bas de ce cheval pour échapper au contact terriblement présent de son propriétaire. Il est juste contre elle, et ça lui met les nerfs à vif, quand bien même la chaleur pourrait passer pour agréable par ce temps de chien. Fort heureusement le trajet n'est pas très long, quelques minutes tout au plus, juste assez pour qu'ils arrivent trempés comme des noyés fraîchement repêchés, et presque aussi glacés. Pour "Sophia", ajoutons des crampes partout à force de se tenir raide et tendue dans l'espoir irréalisable de ne pas trop toucher cet homme qui, paraît-il, la possède.

Ils entrent dans une cour au pas du cheval aussi trempé qu'eux, et Trystan la fait descendre à l'abri de l'auvent d'une écurie, avant de la pousser à travers la cour délavée de pluie vers un bâtiment qu'elle distingue à peine. Une petite femme toute ronde vient les accueillir, et par la même occasion leur farcir les oreilles d'exclamations consternées quant à leur état. La jeune fille a la tête dans un étau, épuisée par cette journée atroce et interminable, qui semble encore ne pas devoir prendre fin. Elle veut bien accepter n'importe quoi ou presque pour des vêtements secs et un matelas. Dormir, enfin, dormir au chaud, dormir seule. Attendre demain pour pleurer, elle est trop fatiguée pour ça...

Toute fatiguée qu'elle soit elle remarque quand même la pause que marque la femme toute ronde quand elle se rend compte que son jeune seigneur est accompagné d'une fille. "Sophia" peut presque lire les questions dans ses yeux. Et elle n'a aucune envie d'y répondre, après tout ce n'est pas son rôle. Trystan semble d'ailleurs décider que d'autres choses sont plus urgentes. Tout en se débarrassant de ses vêtements trempés, il envoie sa nouvelle esclave avec Eugénie à la recherche de vêtements secs, et elle s'empresse donc à la suite de la fameuse Eugénie, à la recherche de la première moitié de ce que son corps grelottant réclame.

La femme jacasse sans arrêt, mais son babil est agréable une fois qu'on s'y accoutume, et surtout elle ne lui pose aucune question. De "pauvrette" en "quel temps insensé" en passant par "l'eau chauffe en cuisine, ce ne sera pas long", elle traîne la jeune fille dans une chambre du premier étage et lui ordonne sans façons de retirer cette robe trempée pendant qu'elle fouille dans un coffre, sans cesser un instant de pépier. "Sophia" n'est que trop heureuse d'obtempérer, la soie de cette robe délicieuse qu'elle a porté pendant qu'on l'offrait comme un bibelot lui colle à la peau. Elle a brièvement l'envie de la déchirer, oh, sans le faire exprès, tant l'étoffe délicate lui est odieuse. La robe tombe au sol, ainsi que les deux jupons et la sous-robe. La jeune fille fait un pas hors du tas de tissu détrempé, y abandonnant les chaussures assorties, ruinées par la pluie comme le reste. Pieds nus, en chemise trop mince et moite qui lui colle au corps, elle attend, ses longs cheveux bruns lui dégoulinant sur les épaules, bras croisés, grelottante.

Une exclamation de triomphe précède le retour d'Eugénie à la verticale. Elle s'avance en brandissant une longue tunique d'une étoffe souple et douce, sans doute bien chaude.

- Je n'ai pas de bonnet pour aller avec celle-là mais il faut que tes cheveux sèchent de toute manière. Ote-moi donc cette chemisette et enfile ça, tu te sentiras tout de suite mieux, tu verras.

Et le bon sourire de la femme l'encourageant, la jeune fille s'exécute. Très vite le contact du vêtement sec et doux lui amène des picotements partout. Pendant ce temps, Eugénie plonge dans une grande armoire et en sort une autre chemise, d'homme cette fois.

- Allons, dépêchons !

Et toujours trottinant en tête, précédée de ses protestations météorologiques, elle entraîne "Sophia" vers le rez-de-chaussée, par un autre escalier. La jeune fille se sent trop fatiguée pour essayer de s'y retrouver, mais comprend très vite qu'elles sont en train de passer par les cuisines pour chercher ces fameuses tisanes. Impérieuse, Eugénie ordonne à une petite servante de verser l'eau dans le grand pot où les herbes attendent déjà et s'avance pour s'en saisir.

Et me laisser la chemise. Pas question. J'ai eu plus que ma ration de contact rapproché avec cet homme aujourd'hui.

Aussi la jeune esclave file-t-elle sur ses pieds nus, se glisse rapidement vers le plateau sur lequel elle pose sa tablette et son stylet, et s'en empare avec un sourire avant de faire face à Eugénie. Le message est clair, je m'en occupe, voyez vous-même pour la chemise. D'abord un peu interloquée, la grosse femme sourit à son tour et acquiesce avant de repartir vers la pièce où crépite un grand feu.

Dans la pénombre rouge et or, le jeune homme se dessine en sombre sur fond de flammes. Il a les cheveux complètement hérissés, et Eugénie s'exclame immédiatement en filant vers lui chargée de son butin textile. Discrète, "Sophia" oblique vers une petite table non loin du feu, dont la chaleur bienfaisante filtre jusqu'à elle. Elle pose le plateau, et s'attache à remuer la tisane pour s'occuper les mains et les yeux. Elle ne l'a pas remarqué tout de suite mais Trystan est plus qu'à moitié nu. Elle a déjà vu des hommes torse nu, elle ne sait plus où, et au marché aux esclaves ils l'étaient complètement, n'empêche qu'elle préfère ne pas avoir à prendre en compte aussi tôt la réalité physique de cet homme à qui elle appartient. La selle du cheval lui a suffi pour un moment. Elle ne sait pas encore à quelles tâches il va l'affecter, mais avec un peu de chance il réservera les bains à un valet ou à une autre servante. On peut espérer.

Et puis elle a une autre raison de rester dans l'ombre.
Le ruban que Lucrèce lui a noué autour du cou s'est perdu pendant qu'elle ôtait ses vêtements. Eugénie n'a rien remarqué heureusement. Pas encore. Mais elle la sait bien visible même en fermant jusqu'en haut le col de la tunique. La cicatrice encore fraîche. Rouge. Hideuse.
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Trystan d'Artelion
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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Sam 11 Mai - 17:02

Entendant Eugénie revenir avant que l'intendante ne soit à porté de vue, Trystan réceptionna la chemise qu'il ne tarda pas à enfiler. Ce n'était pas parce qu'il se trouvait près du feu qu'il n'avait pas froid et il accueillit donc ce vêtement avec un plaisir non feint. Cela faisait vraiment du bien d'avoir quelque chose de sec sur le dos. Sophia quant à elle paraissait très concentrée sur le fait de touiller la tisane. Il n'avait pas la moindre idée de se qui faisait qu'elle ne veuille pas se rapprocher, mais elle paraissait prête à s'occuper de cette tisane pendant toute la nuit s'il le fallait. La lumière du feu projetait sur le dos de la jeune femme des ombres dansantes et rougeoyantes. Eugénie était en train de rassembler les vêtements trempés de Trystan. Comme pour les chaussure et la robe de soie que la nouvelle esclave de la maisonnée avait retiré précédemment, elle allait tout faire pour pouvoir récupérer ces vêtements. Après tout, ils représentaient tous de l'argent et même si Trystan n'en manquait pas, ce n'était pas non plus une raison pour en jeter par les fenêtres. D'autant plus qu'à moins de la faire se promener en sous vêtement à longueur de journée, il allait falloir l'habiller cette petite peu causante.

Il allait encore falloir qu'elle aille chercher dans les fonds de tiroir pour lui trouver quelque chose de décent qui ne soit pas ostentatoire. Après tout, ce n'était qu'une esclave. Et les esclaves ne portaient pas de soie. Enfin, pas ce genre d'esclave comme se qu'elle semblait être. Pour elle, on cherchait plutôt des tenues légères faciles à enlever ou qui ne coûte pas cher au cas où elle seraient arrachées.

Quelques minutes s’égrainèrent avant qu'Eugénie ne s’agace un petit peu. Sophia était toujours à remuer la tisane et ne s'était pas retournée, pas plus qu'elle ne s'était approchée du feu. Si elle était un véritable moulin à parole, la gouvernante n'était pas quelqu'un qu'on pourrait définir comme particulièrement patient. Et si elle laissait faire la brunette, ils allaient rester là toute la nuit et la tisane serait froide.

« Allez, réveille toi un petit peu. »

Attrapant Sohpia par les épaules, Eugénie la guida jusqu'à côté du feu pour s'occuper elle même de la tisane et la servir avant qu'elle ne soit forcée de retourner aux cuisines pour demander qu'une autre soit préparée parce que la petite poupée que Trystan avait ramener l'avait laissée refroidir. Une fois assise, Eugénie alla s'occuper de servir enfin la tisane pendant que Trystan observait Sophia, l'air un peu surpris.

Elle avait porté ses deux mains à sa gorge comme si elle avait voulut dissimuler quelque chose qui s'y trouvait. En y réfléchissant, il n'avait pas encore eu l'occasion de poser les yeux sur cette fameuse gorge. Lucrèce l'avait dissimulée sous un ruban noué sur la nuque de la jeune femme et qui, avec le recul, faisait sans doute office de ruban d'emballage. Une façon sans doute un peu plus décente de présenter une jolie fille à mettre dans son lit qu'en la faisant jaillir toute nue du gâteau d’anniversaire. Enfin, cela ne lui disait pas se qu'il pouvait y avoir sous ce ruban qui soit si horrible qu'elle ait maintenant envie de le cacher sous ses doigts.

Eugénie donna une tisane à Trystan avant d'en tendre une à Sophia qui gardait ses mains sur sa gorge. La gouvernante posa la tasse à côté de la jeune femme. Même si elle trouvait les yeux de biche de Sophia assez attendrissants, elle n'avait pas la moindre envie de rester plantée là toute la nuit à attendre qu'elle se décide.

« Tu peux aller dormir, fit Trystan en répondant à la question muette d'Eugénie. On se débrouillera. »

S'inclinant légèrement, la gouvernante quitta la pièce en marmonnant. Trystan quant à lui sirotait la tisane tout en observant Sophia. Il n'avait vraiment pas la moindre idée de se qui pouvait se trouver cacher sous ses mains et cela le rendait curieux.

Doucement, il s'approcha d'elle et posa une main sur les siennes pour les écarter.

« Je peux voir ? »

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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Lun 13 Mai - 23:21

Non, tu ne peux pas.

Mais "Sophia" ne parle pas.

Elle serait volontiers restée à tripoter la tisannière pendant toute la nuit. Si on lui avait donné une autre échappatoire, elle aurait plongé dessus avec reconnaissance. Oui mais voilà. Pas d'échappatoire. Et la mixture refroidit lentement. Oh, toujours de quoi brûler méchamment le gosier de l'imprudent consommateur, oui, mais la vapeur qui s'échappe du récipient est moins dense. Plus odorante aussi.
Mais est-ce vraiment le moment de se préoccuper des odeurs et de l'agrément qu'elles apportent ?

Eugénie l'a envoyée se réchauffer près du feu, et si son corps frémit de plaisir à la chaleur, sa chair se rétracte à l'idée que la lumière... la lumière... La jeune fille ne peut se résoudre à baisser les mains. Cette plaie encore rouge et boursouflée, elle est tellement laide, tellement...

Laide ? Et si ça pouvait aider à le faire reculer ?
Pour quoi faire ? Il a promis. Aucune option future ne peut tenir si lui ne tient pas sa promesse. Il a promis de ne pas la toucher. Pas de cette façon-là en tout cas, car en ce moment même, il la touche. Alors pourquoi ne peut-elle se résoudre à baisser les mains ?

Parce que cette blessure lui a pris sa voix. Parce qu'elle illustre, pour elle, la perte de sa liberté, de son avenir, bien plus que la grande meurtrissure que ses cheveux épais cachent parfaitement, sur le côté droit de la tête, au-dessus de la tempe. Parce qu'elle a mal à la gorge, mal d'envie de pleurer contenue, mal contenue, pas assez contenue, envie qui triomphe cette fois de toute cette tension, toute cette angoisse, toute cette fatigue, toute la peur et la colère et le désespoir. L'horrible ligne tordue et rouge sombre et même bleuâtre par endroits. Cette ligne qui aurait du rester ouverte au cou d'un cadavre.

La muette déglutit et ça la fait souffrir. Ses mains s'abaissent, après un temps de résistance, et elle reste tête droite, parce que ce serait idiot de baisser le menton, parce qu'elle sait que le geste suivant de cet homme serait de le lui faire lever. Alors elle le garde haut, révèle l'odieuse plaie qui n'a cessé de saigner que quelques jours plus tôt, tellement fraîche encore, tellement rouge, hideuse. La violence brute dessinée sur la gorge blanche, en forme de déchirure, comme par l'ongle mal aiguisé d'une bête monstrueuse et méchante jusqu'aux tréfonds de ses os.
Juste un couteau pourtant.
Mais elle ne sait plus.
Elle ne sait plus rien.
Elle a mal.
Gorge.
Tête.
Mal.

Les larmes ne coulent pas encore.
Juste la grimace qui fripe le menton et tord la bouche, une grimace désolée d'enfant sans espoir.
Elle ne pourrait pas le regarder en face, c'est par hasard que ses yeux tombent dans l'échancrure de la chemise, sur l'éclat argenté qui y luit brièvement. Il y a un sourire doux qui lui frôle les yeux, trop bref. Elle n'a pas le temps de voir les détails, mais elle voit.
C'est le sourire de la jolie blonde dans le portrait, si belle, qui fait rouler la première larme.


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Trystan d'Artelion
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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Mar 14 Mai - 22:50

Lorsqu'il aperçus la réaction de la jeune femme, Trystan se fit la remarque qu'il n'aurait vraiment pas dut poser la question. Elle semblait être sur le point de pleurer. Elle faisait tout se qu'elle pouvait pour se contenir, mais il était parfaitement évident qu'elle n'y parviendrait pas bien longtemps. Ses yeux étaient brillants et il avait le menton légèrement plissé, les sourcils un rien hausser. Elle n'allait pas tarder à craquer. Et si certains seigneurs avaient sans le moindre doute un immense plaisir à voir pleurer des petites jeunes filles qu'ils venaient de s'offrir avec quelques écus, ce n'était pas vraiment le cas de Trystan. Non parce qu'il n'en avait pas l'habitude, mais plutôt pour une simple et pure raison pratique. Il doutait que quelque chose qu'il puisse faire parvienne à soulager la jeune femme et à la calmer si jamais l'envie lui prenait de fondre en larme. Les mains de la demoiselle qui s'abaissèrent, révélant la cicatrice occupèrent largement Trystan pour le faire penser à autre chose.

La gorge de la jeune femme était récente et pas totalement cicatrisée. La peau était sans doute encore assez sensible étant donné l'aspect qu'avait cette blessure. Il aurait volontiers dit à la jeune femme qu'elle était une miraculée, mais il n'était pas certain que cela lui aurait plus. En même temps, il ne connaissait personne d'autre qui avait survécut alors qu'on tentait de l'égorger. En tout cas, celui qui avait essayé était un véritable manche ou un sadique de la pire espèce. Les couteaux et autres lames sont toujours forgées et affûtées pour trancher autant que possible. Sinon, cela ne servait à rien. En voyant se qu'elle avait au cou et outre que cela lui apportait une explication très claire sur la raison pour laquelle la demoiselle était totalement muette, il avait d'avantage l'impression qu'on avait d'avantage scié cette gorge qu'elle n'avait été tranchée.

C'était sans doute également ce à quoi Sophia devait la vie. Un assassin plus que maladroit avec comme arme quelque chose dont Trystan ne voudrait même pas comme couteau à beurre.

Et d'un coup, la jeune femme s'effondra littéralement, se mettant à pleurer. Comme si elle avait accumulé la pression jusqu'à présent et qu'elle ne pouvait plus se retenir, fondant en larme. Quant à Trystan, il était tout aussi démunis devant ses larmes qu'il l'avait pensé. Drôle de façon de le remercier alors qu'il essayait d'être un tant soit peu prévenant envers une jeune femme qu'il ne connaissait pas et envers qui il n'avait en réalité pas la moindre raison de l'être.

Bon, s'il ne pouvait rien faire pour qu'elle arrête de pleurer, il pouvait faire quelque chose pour la cicatrice.

Se levant, Trystan s'éloigna du feu et quitta la pièce pour ce rendre dans une salle à côté des cuisines où étaient conservées les plantes aromatiques, mais également médicinales et divers onguent. Cela n'était pas souvent utile, mais il valait mieux en avoir sans que cela serve plutôt que d'en avoir besoin mais de ne rien trouver.

Revenant auprès de la jeune femme avec le pot et quelques tissus, il le déposa à côté de la tasse de tisane.

« Ça risque de faire un petit peu mal, mais applique ça sur ta blessure, ça l'aidera à cicatriser. »

Il n'y avait pas la moindre chance d'effacer cette hideuse cicatrice. Mais on pouvait en revanche limiter les dégâts et rendre la gorge de la jeune femme aussi présentable que possible.

« On verra pour te trouver une chambre demain. Pour ce soir, il y a des couvertures et quelques oreillers dans ma chambre, cela devrait faire l'affaire. Tu viens avec moi ou tu préfère passer la nuit à pleurer ici ? »

Le ton était assez sec et cassant. Tout se qu'il faisait paraissait la révulser au plus haut point. Alors inutile de se montrer compatissant si elle n'était pas capable de comprendre qu'elle gagnerait plus à l'avoir de son côté.

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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Lun 27 Mai - 22:09

En voyant l'homme sortir sans lui avoir adressé un mot, la jeune fille ressent d'abord un immense soulagement. Puis, immédiatement après, un profonde angoisse, totalement sans raison. Il a dit qu'il ne la toucherait pas. Donc ça ne lui devrait pas lui importer, cette balafre horrible qui lui enlaidit irrémédiablement la gorge. Et s'il la renvoyait au marché à cause de sa laideur ? Mais non, non, c'est idiot. Cet homme est vraiment sans coeur, et il se fout de savoir si sa nouvelle acquisition a un défaut ou pas.

Et qu'espérais-tu ? Un câlin ?

A la voix impitoyable qui résonne dans sa tête, la muette grimace en ravalant ses larmes. Trop d'amertume en elle pour qu'elles soient douces, elle lui brûlent le dedans comme son visage lui brûle au-dehors, sûrement rouge et fripé, elle se sent plus hideuse encore, plus minuscule et insignifiante, un objet d'agacement et de vague dégoût. Et tout en essayant de se raisonner et de se dire que c'est tant mieux finalement, elle sent qu'on lui a arraché quelque chose encore, quelque chose de plus, une dernière illusion, peut-être.
Cette atroce journée n'en finira jamais.

Le retour de son propriétaire est une surprise pour elle, elle le croyait parti se coucher, elle sursaute, mais le hoquet qu'elle aurait eu reste comme toutes ses manifestations d'émotion : silencieuse. Elle ouvre des yeux surpris quand il pose une petite jarre et quelques chiffons propres auprès d'elle, en grommelant quelques recommandations.

L'instant d'après il la glace à nouveau, la voix sèche et presque brutale. Méchante, même, pour les derniers mots. Elle se fige et tue dans l'oeuf la vague envie de lui adresser un regard reconnaissant. Les yeux braqués sur un point imaginaire, quelque part à la droite de l'homme, elle rassemble ce qui lui reste d'énergie, c'est vite fait, pour rester droite et ignorer cette dernière blessure, ce coup inutile et gratuit qu'il lui porte, sans même avoir l'air de trouver ça amusant. Ce serait presque plus facile si ça l'amusait. Elle pourrait se servir de sa colère pour soutenir ses forces de plus en plus maigres. Mais non, c'est comme s'il s'en fichait. Comme s'il allongeait au passage un coup de pied au cul d'un chien qui lui traînerait dans les pieds. C'est brutal et méchant, mais pas vraiment personnel. Parce que le chien, après tout, n'est pas une personne. Et elle non plus.

La jeune fille fait de son mieux pour devenir une statue, pour vider son visage de toute expression. Il faut qu'elle apprenne, qu'elle se protège, pour que ce genre de coups ne l'atteigne plus. Qu'elle ne puisse plus être blessée par l'inconsciente arrogance de cet homme qui a tous les droits sur elle, y compris celui de la renvoyer à un destin encore pire que celui d'animal vaguement encombrant. Un animal dont il prend un soin rudimentaire, le baume en témoigne dans sa jarre de terre, et même l'invitation rude à coucher sur quelques coussins. Elle aurait aimé rester là, dans cette pièce, mais il n'y a nulle part où s'allonger, à part la pierre nue devant la cheminée. Et rien pour se couvrir, quand le feu sera éteint. Il fait trop froid, elle est trop fatiguée.

L'homme attend une réponse, la jeune fille la lui donne par un simple hochement de tête, après avoir pris le petit pot de baume et les chiffons. Elle ne le regarde pas, elle ne le regardera pas tant qu'elle peut l'éviter. La respiration encore hachée par les sanglots qui viennent de drainer la plupart de ce qui lui restait comme forces, elle attend qu'il la guide vers ces fameux coussins. Elle n'aspire plus qu'au sommeil, le plus lourd et le plus profond possible. Quelques heures pour oublier, avant le retour du matin et de l'odieuse réalité. Elle a besoin de repos, la tâche qui l'attend sera rude, on ne change pas son coeur en pierre aussi facilement à un âge aussi tendre, elle sait que ce sera difficile.
Elle ne se demande même pas à quoi on décidera d'occuper ses mains.
Elle s'en moque.
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Trystan d'Artelion
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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Mar 28 Mai - 22:41

Trystan avait arrêter de chercher à faire quelque chose pour mettre la demoiselle à l'aise ou au moins, qu'elle finisse sa journée de façon un petit peut moins déplaisante qu'elle avait put la commencer. De toute évidence, elle n'avait pas la moindre intention de retirer le balais qu'elle s'était enfoncé entre les fesses d'une part et d'autre part, il était très certainement la raison même qui faisait qu'elle se comportait en oubliant toute idée de politesse. On verrait bien lorsqu'elle se serait reposé un petit peu. En attendant, Trystan lui se contentait de lui trouver un endroit où elle pourrait dormir, de préférence loin de son lit. Si elle était trop stupide pour accepter les quelques marques d'affection qu'il pouvait lui apporter alors qu'il n'y était pas obligé, c'était dommage pour elle, mais cela n'allait pas empêcher le Gardien de la Reine de dormir. Loin de là.

Et qu'espérais-tu ? Un câlin ?

Qu'il ait désiré l'acheter ou pas, Lucrèce avait fait de cette jeune femme sa propriété. À cela, il ne pouvait rien y changer. Mais pour autant, il était assez normal que la demoiselle ne le porte pas particulièrement dans son cœur. Qu'il n'ai tien fait pour cela ne changeait pas grand chose au fond. Elle était une pièce de son mobilier et elle aurait dut se retrouver toute nue dans son lit. Trystan se posa d'ailleurs la question s'il n'était pas devenu complètement dingue. Combien d'hommes au monde auraient refusé de mettre cette demoiselle dans leur lit ?

Enfin, au fond, peu importait. L'essentiel était qu'il allait aller dormir. Il s'occuperait plus tard des questions métaphysiques concernant les fesses rebondies de cette brunette peu causante.

Après un moment, le jeune homme la guida jusqu'à sa chambre. Cette dernière était relativement vaste comme on pouvait s'y attendre. Bien meublée, elle était majoritairement occupée par un grand lit ainsi qu'un bureau encombré d'une sacrée quantité de papiers en tout genre. La chambre était peu décorée. Aux goûts de Trystan, elle était essentiellement sobre et fonctionnelle plus que décorative. Il était évident qu'aucune femme n'avait eu son mot à dire sur la décoration de cette pièce depuis très longtemps.

Trystan se dirigea vers une armoire dont il tira plusieurs oreillers ainsi que deux couvertures pour Sophia. Cela devrait largement suffire à lui confectionner une couche relativement confortable. Certes, pas aussi confortable que le lit, mais le lit était pour lui. Son envie de mettre la muette à l'aise n'allait pas jusqu'à se décider à lui laisser le lit et à dormir par terre. Il ne fallait pas non plus exagérer.

« Installe toi et essaye de passer une bonne nuit, fit le jeune homme en se dirigeant vers le lit. »

Il n'y avait pas grand chose à dire. Rien du tout même. Il lui avait promis qu'il ne la mettrait pas dans son lit et si on ne pouvait pas dire qu'il ait fait preuve de beaucoup de jugeote en lui faisant une pareille promesse, il avait bien l'intention de la respecter. Du coup, à part lui souhaiter une bonne nuit, il n'avait ni grand chose à lui dire ni grand chose à faire.

Sans attendre de la regarder s'installer, Trystan ouvrit les draps de son lit et se glissa à l'intérieur.

Lui en tout cas avait la ferme intention de dormir.

* * *

Penchée sur le nouvelle venue, Sidonie observait de prêt les traits de Sophia, comme si elle avait tenté de pouvoir voir au travers de la peau de cette dernière. Trystan lui avait demandé de rester avec elle jusqu'à se qu'elle se réveille et de lui expliquer se qu'elle aurait à faire une fois habillée correctement. Par contre, il avait été très clair quant au fait qu'il ne fallait pas qu'on réveille la nouvelle. Elle avait apparemment besoin de dormir.

Sauf que regarder une personne dormir, c'est rapidement particulièrement ennuyeux. Aussi la jeune femme blonde avait-elle décidé d'un commun accord avec elle même d'aller voir la brunette d'un petit peu plus prêt. Alors qu'elle la regardait, l'esclave blonde était en train de divaguer un petit peu, essayant de s'inventer l'histoire de la nouvelle venue. La façon dont elle était arrivée était déjà connue de toute la maisonnée et avant le soir, on le murmurerait dans les couloirs du palais. Le Veuf avait prit une demoiselle dans sa chambre. Bonjour les cœurs brisés des petites pucelettes en robe de soie qui fondait comme de la guimauve au charme du beau brun ténébreux. Pour être honnête, Sidonie elle même avait faillit s'étouffer avec un bout de pain quant Eugénie leur avait raconté se qui s'était passé. Et si Ti-Philipe n'avait pas été là pour confirmer, elle n'y aurait pas crus. Bon, ensuite, elle avait été quelque peu déçue en entrant dans cette chambre et en découvrant la demoiselle dans son coin. Pas de sport la nuit dernière alors. Zut. Elle n'allait guère avancer dans la Balade du Veuf. Son imagination tournait donc à vive allure lorsque l’œil vert de la brunette s'ouvrit.

Sidonie se redressa, faisant comme si de rien n'était et adressa un sourire à Sophia ainsi qu'un petit signe de la main.

« Bonjour Six. »

Étrange prénom, mais Trystan était partit au palais avant d'avoir dit comment elle s'appelait. Et à part lui, personne ne le savait ici. Le jeune homme serait de retour bientôt. Mais d'ici là, il fallait faire avec les moyens du bord.

« Je me présente. Sidonie. Mais tu peux m'appeler Quatre si ça te fait plaisir. C'est moi qui vais t'expliquer se qu'on attend de toi. »

Sidonie était plus grande et un peu plus âgée que Sophia. Plus forte également. Si on comparait la brune à une poupée de porcelaine, Sidonie serait elle plutôt un GI Joe. Elle n'était pas laide, mais là où Sophia se démarquait des autres, Sidonie était plutôt quelconque. Pas noble pour un sous, elle n'avait pas ce port de tête si gracieux des demoiselles bien nées. Elle avait plutôt l'attitude d'un garçon manqué avec ses longs cheveux blonds ramenés en une queue de cheval très serrée qui laissait voir un visage aux traits un rien masculins constellé de taches de rousseurs. Et si son Eiralien était parfait, on pouvait y déceler un accent qui lui faisait légèrement rouler les ''r''.

« A se que Trystan a dit, toi aussi tu es un cadeau de la blondasse. »

Elle avait grimacé. De toute évidence, Lucrèce ne lui avait pas non plus laisser un bon souvenir.

« Tu as bien fait d'accepter. Cinq a décidé de faire la maligne, elle a été vendue à un bordel des Venelles. C'est cher payé pour avoir le plaisir de contrarier Lucrèce. »

Se souvenant apparemment de quelque chose, Sidonie fila vers une chaise et revint avec une petite harpe d'épaule.

« Je ne sais pas lire et Trystan m'a dit que tu ne parlais pas. Une note aguë pour ''oui'', une note grave pour ''non''. »

En espérant qu'elle n'ait pas trop de questions.

« Ah, et enfile ça et ça. »

La nouvelle robe de Sophia n'avait rien à voir avec la précédente. C'était une simple robe droite de laine. Solide et fonctionnelle mais au moins, elle aurait l'avantage de ne plus sembler emballée dans un paquet cadeau. Le second objet risquait en revanche de poser un problème. Il s'agissait d'un collier d'esclave.

« D'ailleurs... juste comme ça... il s'est passé quelque chose entre toi et le Veuf hier soir ? »

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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Mar 18 Juin - 12:29

Six ?

Six.
Après tout, pourquoi pas.
Un numéro c'est neutre, c'est bien, on ne peut s'y tromper. Un numéro. Aucune chance que l'ombre d'un espoir revienne polluer votre quiétude, quand vous recevez pour nom un numéro. Et c'est de ça qu'elle a besoin. De quiétude.
A peine éveillée, le poids écrasant lui retombe sur les épaules, cette charge inerte et stérile, les débris de son futur, les cendres de son destin. N'avoir que le présent comme chemin parcourru n'empêche pas de savoir qu'il y a eu un passé, et qu'il aurait du y avoir un futur.
Mais il n'y aura pas de futur pour Six.

La jeune fille blonde caquète sans remarquer, sans doute, que les yeux verts de la nouvelle venue sont aussi ternes que ceux d'un animal mort. L'allusion à "la blondasse" lui suscite à peine un hochement de tête, le sort de Cinq, l'ombre d'une grimace. Il ne lui restait pas d'illusions, elle ne songeait pas que l'homme aurait pu la menacer sans avoir le coeur assez froid pour mettre ses menaces à exécution et la revendre comme un outil mal adapté. Elle savait qu'il l'aurait fait. Elle vient à présent d'apprendre que ce n'aurait pas été la première fois, c'est tout. Aucune importance.

La blonde lui colle une harpe entre les mains. Une jolie idée. Et puis un contact presque familier, aussi. Aigu pour oui, grave pour non. Pourquoi pas. Ca lui évitera de se retrouver courbattue à force de mouvements de tête. Le froissement de l'étoffe qui lui atterrit sur les genoux ne lui fait même pas tourner les yeux, elle enfile la robe à gestes mécaniques, engourdis encore par cette nuit passée avec une couverture pliée entre elle et les dalles de pierre. La robe est terne et un peu rude. C'est très bien, c'est ce qu'il faut. La soie d'hier était un mensonge, la laine est vraie, elle. La rudesse lui rappellera son nom. Son numéro. C'est bien. C'est ce qu'il faut.

Elle remarque ensuite, seulement, le cercle de cuir et de métal qui gît à côté d'elle, sur la couverture. Elle le prend, le soulève. C'est lourd. C'est laid. C'est ignoble. Longuement, elle le regarde, le collier de cuir à boucle de fer, la plaque de métal au blason gravé, une épée, cinq étoiles. Ceux des chiens doivent être plus souples, de même que les brides des chevaux de Messire. Ca... Ca c'est bien. C'est ce qu'il faut. Mieux que le ruban de soie, le voilà, le collier de Six.

La jeune fille ne pleure pas. Même pas un reflet dans ses yeux morts, tandis qu'elle le regarde, le hideux collier.
Juste, avant de demander d'un geste à Quatre de le lui boucler autour du cou, elle prend l'un des chiffons que l'homme lui a donné la veille, l'enduit de baume et l'enroule autour de sa gorge.
Pour éviter que cette monstruosité la blesse davantage.

Quelques instants plus tard elle est debout, les couvertures sont repliées, les coussins empilés dans l'armoire d'où elle a vu l'homme les tirer la veille. La sangle de la harpe passée à l'épaule, la tablette de cire pendant sur la poitrine, elle se tourne vers Quatre en attendant la suite.

Quatre...
La fille avait un nom, elle, elle le lui a dit.
Mais Six l'a déjà oublié.
Tout comme elle a oublié de répondre à la dernière question, d'ailleurs. Comment aurait-elle pu lui répondre, du reste ? Une note grave ?

Les doigts minces et blancs effleurent deux cordes voisines. L'accord sonne, doux, dans la vaste pièce.
Sans même y songer, la jeune fille ajuste une clé, retend une corde qui était un peu fausse. Rejoue l'accord. Mieux. Personne n'a du jouer de cette harpe depuis longtemps. Elle est poussiéreuse...
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Trystan d'Artelion
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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Mer 19 Juin - 7:11

Un peu intriguée, Sidonie observa la jeune esclave lorsqu'elle accorda la harpe. Elle était musicienne ou en tout cas, elle l'avait été. C'était une absolue certitude. Sidonie avait repéré la fausseté de la harpe, mais elle même avait reçus une formation poussée en musique. C'était la sa principale mission dans cette maison d'ailleurs. Toutefois, l'accord n'était pas faux au point de choquer l'oreille d'une personne qui n'était pas avertie et initiée à entendre ce genre de choses. Quel mystère pouvait bien se cacher derrière ces jolis yeux verts et ces formes à faire se pâmer n'importe quels hommes normalement constitué.

Il s'écoula un long moment de silence après que la jeune femme eu caressé doucement les cordes de la harpe. Un long moment pendant lequel Sidonie l'observa sans rien dire. Elle remarquait quelque chose qui lui avait échappé avant tout à sa joie de rencontrer une nouvelle venue. Elle aurait dut faire plus attention à la façon dont elle présentait les choses et à la façon dont celles-ci pourraient être comprises par cette jeune femme.

Il était trop tard pour s'inquiéter de ce genre de choses maintenant. Mais il n'en restait pas moins que le regard totalement vide de la jeune femme était des plus préoccupant. C'était une attitude que l'on rencontrait assez souvent chez les esclaves. Beaucoup vivaient ainsi en simples objets de décoration et pendant un temps, Sidonie aussi avait vécu comme cela. Jusqu'à s’apercevoir que même en restant parfaitement docile, cela n'empêche pas d'être revendue. On apprend beaucoup de choses aux filles d'Eiralie. Mais pas à porter le fardeau d'un collier. Et moins encore que pour éviter de retourner au marché un jour ou l'autre, il faut avoir de la personnalité dans sa soumission. C'est un peu paradoxal, mais c'est ce fin équilibre qu'il faut préserver. Il faut avoir cette personnalité pour se faire aimer de son propriétaire, pour exister à ses yeux. Parce que lorsqu'il s'agira de refendre certaines esclaves, il n'aura aucun scrupules à se débarrasser d'un meuble. En revanche vendre, son amie, confidente et peut-être amante lui pèsera sans doute beaucoup plus et il y renoncera. Pour survivre et éviter le marché, il faut exister et avoir de la valeur aux yeux de son propriétaire.

Mais comment expliquer cela à une jeune femme qui a de toute évidence renoncé à se battre si ce n'est pire ?

Esclave depuis bientôt vingt années, Sidonie en avait vu toute sorte d'esclaves et de maîtres. Et ce regard est parfois annonciateur de moins bonnes nouvelles sur l'état d'esprit d'une jeune femme que de sa simple décision d'arrêter de lutter. C'est parfois le signe annonciateur de marres de sang et d'un corps qu'on jette discrètement parmi les ordures.

Mais pour donner une lueur d'espoir et attiser la flamme qui pouvait encore couver chez cette demoiselle, il fallait pouvoir l'atteindre. Et cela, c'était plus facile à dire qu'à faire. Toujours dans le silence en regardant la jeune femme, le regard de Sidonie se posa sur la harpe. Elle avait l'air d'avoir aimer le contact de celle-ci. Sans doute parce qu'étant musicienne il lui avait rappelé de bons souvenirs. Mais elle savait autre chose de cette demoiselle sans nom qui pouvait lui être utile.

« Tout de suite, nous avons toutes les deux du travail à faire, commença la jeune femme blonde. »

Sans compter qu'elle n'avait rien avalé cette brunette.

« Mais après je pourrais peut-être te montrer la bibliothèque. »

Elle espérait sincèrement que la perspective des livres allait animer un petit peu ce regard mort et souffler sur une étincelle en train de s'éteindre.

« Mais ce n'est pas gratuit et payable d'avance. »

Six ne possédait rien à part se qu'elle avait sur elle. Et encore, le fait que se soit là des possessions était parfaitement discutable. Mais Sidonie ne voulait pas le moindre objet matériel. Bien au contraire.


« Je veux un sourire. Et que tu me promette de ne rien faire d'idiot comme te trancher les veines. »

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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Mer 3 Juil - 21:18

Du travail. C'est bien. C'est ce qu'il faut.
Du travail pour centrer son esprit sur quelque chose d'immédiat et de précis, pour éviter les vagabondages d'idées, pour étrangler les espoirs et repousser la peur et la douleur et le chagrin.
Du travail, et ne regarder que ses mains.

La brune acquiesce aux mots de la blonde, et se prépare à la suivre.
Mais Quatre ne s'en tient pas là, et poursuit sur un après. Un après de livres.
Six lève les yeux, la contemple. Et comprend.

Elle essaie de me faire plaisir.

Et ça lui fait du mal. La sollicitude un peu fruste de cette fille, esclave comme elle, qui veut l'aider à accepter l'annihilation de son existence, ça lui fait du mal. Qu'il reste de la bonté, de l'humanité, dans ce bétail humain. Alors qu'il n'y a rien de tout cela dans le coeur des gens nobles et libres qu'elle a vu dernièrement. Lucrèce l'odieuse blonde, Trystan le veuf aux yeux glacés et aux mots comme des gifles, les regards froids et spéculateurs ou alors ouvertement égrillards de toute cette meute de titres et de privilèges, hier soir. En eux, que de la laideur et de la dureté. Et dans le sourire de cette esclave, une gaieté forcée et un intérêt sincère.
Alors qu'elle voudrait croire, Six, qu'on devient vraiment un meuble, du bois ou de la pierre ou du métal, quelque chose qui ne souffre pas, qui ne craint pas, qui ne hait ni n'aime personne, Quatre vient de lui démontrer qu'on reste humain, qu'on reste vivant.

Ce sera plus difficile, plus long.
Mais j'y parviendrai. Il le faut.
Ne plus rien sentir et ne plus rien vouloir. C'est le seul moyen, forcément.


Elle n'en voit aucun autre. Malgré le sourire de Quatre. Sourire quand on est un chiffre ? Les gens sourient. Pas les chiffres.

La bibliothèque... Elle l'imagine. Une grande pièce entre obscurité et lumière, tapissée d'ouvrages, revêtue de vieilles boiseries précieuses, peuplée de parfum de parchemin et de cuir. Tranquille et silencieuse. Mais c'est un endroit pour les seigneurs, ça. Les esclaves n'ont sûrement pas le droit de toucher aux livres. Les chiffres. Sans doute que Quatre l'ignore. Elle ne sait pas lire. Elle l'a dit. Alors toucher un livre et y perdre un doigt, une main ? Elle ne s'y risquera pas.
Mais inutile de peiner Quatre à cause de ça. Elle n'y peut rien.

La blonde la fixe et son regard est inquisiteur, presque impératif. Payante, la bibliothèque ?
Ah, voilà. Un sourire et une promesse. Pour pouvoir contempler tout un monde interdit à ses mains souillées par l'or que d'autres ont échangé pour elle. Un sourire et une promesse pour cette fille qui entend lui donner ce qui ne lui appartient pas...
Facile de sourire. Plus difficile de faire qu'il n'y ait pas trop d'amertume dans ce sourire. Pauvre Quatre. Elle ne sait pas.

Sourire, alors. C'est plus difficile que prévu.
Il y a un poids qui lui tire le coin des lèvres vers le bas, qui transforme ses traits en pierre et ses yeux en éclats de verre privés de vie. Difficile de lutter contre tout ça. Elle est si fatiguée. Elle se sent si lourde.
La fille attend. Six se force. Contraint son visage. Garde les yeux dans le vague, quelque part sur la gauche. Donner à Quatre le sourire mort que lui a inspiré son cadeau dérisoire et inaccessible de toute façon, non, ça elle s'y refuse. Ce serait pire que lui cracher au visage, à cette fille qui a pris souci d'elle, et qui ne cherche que ce qu'elle croit être son bien. Forcer, et tenir. C'est absurde, il n'y a rien derrière ce sourire, aucune joie, aucune chaleur, pas le moindre espoir. Mais au moins il n'y a rien de sombre non plus, rien d'acide.

Un sourire, et une promesse.
Se trancher les veines ? Non, elle n'oserait pas. Hier elle a songé à une fenêtre et aux pavés de la rue en-dessous. Et sans doute qu'elle y pensera encore. Surtout si son nouveau propriétaire ne tient pas la sienne, de promesse. Ni lui ni aucun de ses hommes.

Si lui fait ce qu'il a dit, je peux promettre.

Comment promettre ? Oui ou non ? Oui je promets, non je ne ferai rien d'idiot ?
Aucune idée... alors Six joue sur la harpe, une petite comptine toute simple qu'elle a apprise enfant. Elle ne sait plus qui lui a appris ça. Mais le titre est dans sa mémoire.

"Maman, je serai la plus sage"

Le sourire revient.
Il y a de l'eau derrière, mais elle la ravale.
Et docile, l'eau reflue.
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Trystan d'Artelion
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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Mer 3 Juil - 23:45

Sidonie observe la nouvelle venue, bien décidée à ne pas bouger d'un pousse tant qu'elle n'a pas obtenu se qu'elle désire. La brunette n'a en réalité pas d'autre choix que de se plier à cette étrange lubie.  Sidonie le le lui a pas mentionné, mais sans elle, elle ne peu pas savoir se que son propriétaire attend qu'elle fasse. Et si Sophia refuse de lui faire ce sourire qu'elle lui demande, elle le demandera en échange de la précieuse information. Elle sait que c'est dur. Elle sait qu'à ce moment précis, cette jeune femme a envie de bien des choses, mais pas de sourire. Pourtant, il faut sourire. Cela ne semble pas simple, mais c'est nécessaire. Ce n'est pas quelque chose auquel on s'attend, mais lorsqu'on est esclave et qu'on a la chance de tomber sur un maître qui ne soit pas trop mauvais avec vous, il faut être prêt à se battre pour rester à sa place.

La musicienne n'a pas l'intention de se battre pour la nouvelle venue. Elle n'a pas l'intention de faire tout se qu'elle peu pour une personne qui ne veux pas être sauvée. Elle se contente d'espérer qu'il reste encore assez de vivacité dans cette jeune fille pour ne pas tomber plus bas encore et elle veux s'assurer que sa protégée ait toutes les armes pour survivre dans cet univers. Mais si elle décide de se battre, Sidonie a l'intention de l'y aider.

Doucement, le visage de la brunette change. Doucement, elle sourit. C'est un sourire un peu terne. Il n'y a pas la moindre joie là dedans, pas plus que d'espoir. Mais il n'y a pas non plus de désespoir ou d'amertume. C'est déjà cela et Sidonie s'en contenterait. Bon, restait la promesse à présent. Sidonie attendit, se rendant compte que se qu'elle avait demandé posait un sérieux problème. Difficile de dire ''je promet'' quant on a pour tout vocabulaire se qu'offre une harpe, à savoir ''oui'' et ''non''.

Harpe en main, la demoiselle se mit à jouer un petit air aussi simple qu'entêtant. Sidonie mit un certain temps à reconnaître la comptine, laissant échapper un petit éclat de rire au moment où elle mit le doigt dessus. Astucieux et assez approprié également. La demoiselle était intelligente. Elle comprendrait sans doute rapidement les tenants et les aboutissants de sa nouvelle position. Surtout si on venait à la lui expliquer de façon claire.

« Bon, alors pas de temps à perdre. »

Rapidement, et après avoir sorti d'une poche une jolie pomme et un morceau de pain frais pour la demoiselle, Sidonie la guida à travers la demeure. La matinée était bien avancée et toutes les deux avaient des missions qu'il leur fallait accomplir. Pas le temps de faire les présentations à toute la maisonnée en ce moment. Cela viendrait plus tard. Surtout que ladite maisonnée devait être présentement occupée à effectuer ses tâches quotidienne et que courir dans tout les sens pour les trouver était épuisant et inutile puisque de toute façon, tout le monde se retrouverait dans la cuisine à l'heure du déjeuné.

Finalement, elles entrèrent toutes les deux dans un bureau qui se situait à deux portes à peine de la chambre de Trystan. Comme pour la chambre, il était notable qu'aucune femme n'avait eu son mot à dire sur la décoration du lieu. La pièce était meublée de façon simple, sobre et des plus fonctionnels. Un bureau occupait une bonne partie de la place. Large et des plus massif, il paraissait lourd et l'était sans le moindre doute. Quelques papiers y étaient entassés ainsi que des encriers er d'épaix volumes de comptes. Mais la grande majorité de la place était prise par un entassement d'objets en tout genres qui écrasait littéralement la pièce sous leur masse.

En fait, d'une certaine façon, il manquait un objet. Une jeune femme muette qui se trouverait assise sur toute cette pile.

« Tu risque de t'amuser, fit Sidonie en prenant un écritoire qui se trouvait alors rangé dans l'un des tiroirs du bureau. Trystan veux que tu fasse l'inventaire de tout ça. »

Si la veille, les cadeaux s'étaient égrainés petit à petit au cour de la soirée, mis tous sur un tas relativement ordonné, ils paraissaient bien plus nombreux.

« J'ai une course à faire en ville. À mon avis, tu n'auras pas fini d'ici mon retour. On s'occupera de ranger tout ce bazar. Après, Eugénie te donnera sans doute des choses à faire ou alors Trystan s'il est rentré du palais. »

Ce n'était pas forcément un programme des plus joyeux et encourageant, mais au moins, cela avait le mérite d'être assez simple à réaliser. Du moins, c'était se que Trystan pensait.

« Mais si tu veux, je peux rester avec toi encore un moment. »

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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Jeu 4 Juil - 12:33

D'où sort tout ce fourbi ?

Mais bien vite Six se souvient que la soirée d'hier était une fête d'anniversaire. Qu'elle-même est un cadeau d'anniversaire.

Logique que je rejoigne le tas de cadeaux, finalement.

L'expression un peu sombre, la jeune fille considère l'amoncellement d'objets de toutes sortes. Eclat jaune et blanc de l'or et de l'argent, pointes colorées des pierreries, plis soyeux et veloutés des étoffes précieuses, flammes satinées aux angles des coffrets marquetés. Du luxe entassé là, suffisant pour faire vivre sans peine une famille de fermiers pendant une année au moins.

Plus moi.
Et où me rangera-t-on, moi ?


Un soupir lui vient, silencieux. Elle le laisse filer sans le retenir. Que Quatre le prenne comme elle le voudra, peu importe. Elle prend l'écritoire que lui tend la blonde, décroche de son épaule la sangle de la petite harpe et la pose au creux d'un fauteuil revêtu de coussins, avec précautions. Etrange geste qu'elle fait sans réfléchir. Comme si la seule chose précieuse pour elle dans toute cette grande maison était cette petite chose de bois et de corde. Sa nouvelle voix.

Quatre propose de rester, elle se tourne vers elle. Rester ? Alors qu'elle a elle aussi du travail à faire ? Non, inutile. Il n'y a rien ici qu'elle soit incapable de régler seule.
Une main tendue, elle fait sonner deux cordes graves, avant de se tourner à nouveau vers Quatre. Signe de la main, bref sourire contraint. file, tu as ton travail. Je vais m'occuper du mien.

Six attend, pour s'y mettre, que la jeune fille ait quitté la pièce.
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Trystan d'Artelion
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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Jeu 4 Juil - 20:13

Sidonie entra dans le magasin de musique. Elle était une habituée des lieux et le patron lui adressa un petit signe de la tête.bien sur, la demoiselle était une esclave. Mais elle travaillait pour une noble maison. S'ils n'étaient pas les plus riches, les Artelions avaient en revanche parfaitement les moyens d’acquérir partissions et instruments, aussi, même si elle n'était pas une femme libre, il se fendait d'un léger signe en direction de la jeune femme lorsqu'il n'y avait pas d'autres clients. Après tout, toute esclave qu'elle soit, jamais il n'avait vu le Veuf franchir la porte de son échoppe. C'était Sidonie qui achetait son matériel ici. Tant qu'à faire, il pouvait bien faire un peu attention à sa cliente, toute esclave qu'elle puisse être.

Rapidement, la blonde se dirigea vers les partissions de luth afin de vérifier quels pouvaient être les nouveautés qui avaient put paraître depuis sa dernière visite. C'était là l'une des raison de sa visite. La seconde ne tarda pas à passer la porte, se présentant sous les traits d'une femmes entre deux âges aux cheveux noirs de jais qui portait elle aussi un collier d'esclave représentant une tour.

« Alors ? »

Sidonie ne lui accorda pas un regard et continua à feuilleter les partissions.

« Alors rien du tout. Il ne s'est rien passé. »

l'Autre poussa un grognement et tendit deux pièces en cuivre à Sidonie qui les fit disparaître dans sa manche.

« J'aurais pourtant crus que c'était la bonne cette fois-ci. Elle est si jolie. Ton maître est castré ou quoi ? »

Attrapant une nouvelle partissions, Sidonie adressa un sourire ravis à sa consœur.

« Ça t'apprendra à parier sur des idioties. »

* * *

Sidonie retourna dans le bureau où elle avait laissé Sophia un petit peu plus tôt. La jeune femme était toujours en train de se débattre avec l'inventaire. Il fallait avouer que le nombre des objets à répertorier était assez important et que mieux vallait se éviter de se mélanger les pinceaux et de compter deux fois la même chose.

« Viens, le déjeuné va être servit. »

La cuisine se trouvait au rez-de-chaussé. On pouvait y accéder par deux portes. La première donnait sur le salon où Sophia s'était réchauffée auprès du feu la veille et permettait de servir rapidement les éventuels invités dans la maison, mais séparé d'un petit couloir afin que les bruits de la cuisine n'importune pas les invités. La seconde donnait sur une série de pièces de service.

Il y régnait une atmosphère bruyante et chaleureuse qui ne baissa pas de volume au moment de l'arrivée de la jeune femme. Mais elle ne passa pas inaperçus bien au contraire et on lui fit de bon cœur une place sur l'un des deux bancs. Sidonie commença à faire les présentations.

Ti-Philipe, Rémy et Fortun qui s'étaient le plus rapidement pousser pour faire une place à la demoiselle était tout les quatre les gardes de la maison. Tout trois parfaitement dissemblables. Ti-Philipe était aussi bruyant et exubérant que Fortun était calme. Quant à Rémy à qui les grandes oreilles décollées et son visage ovale donnait des allure d'amphore, il parlait assez, mais semblait rougir des qu'on posait les yeux sur lui plus de cinq secondes. Ensuite venait Bohort, droit comme un I, ses cheveux poivre sel coiffé en arrière et ses yeux gris. Il semblait avoir une certaine ressemblance physique avec Tanckrède d'Artelion et, par extension, avec Trystan. Un petit air de famille. Lui tenait le rôle de maître d'arme et tentait de faire rentrer un peu de sérieux dans le crâne de Ti-Philipe. Puis, il y avait le personnel de la demeure. En plus d'Eugénie dont elle avait déjà fait la connaissance la veille, Sophia put faire la connaissance de trois autres esclaves qui vivaient sous ce toit. Anne, une femme entre deux âges toute ronde et replète qui s'occupait de faire la cuisine, mais également de Marie, une jeune femme rousse qui ne lui accorda pas même l’aumône d'un regard et enfin, d'Ezio, un homme assez jeune aux cheveux noirs, bouclés et aux yeux sombre qui accorda à la nouvelle venue un sourire rayonnant de blancheur.

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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Ven 5 Juil - 18:00

Une coupe. En or massif. Avec des pierres bleu sombre, des saphirs, sans doute. Sur le tas de la vaisselle, avec le grand plat en argent ciselé et la corne à boire cerclée de bandes de métal incrusté de cabochons rouges.
Un baudrier. Cuir épais et souple, appliques de cuir d'une autre couleur, plaquages de fourrure blanche et médailles ciselées. Sur le tas des accessoires guerriers.
Une fourrure immense et douce prise sur une bête blanche que j'ose à peine imaginer. Sur le tas des étoffes précieuses, avec la soie peinte et la grande pièce de brocard argenté.
Ah... la tête de la même bête, empaillée et fixée sur un support de bois sculpté. Finalement c'était un ours. Immense. Mais où vivent donc des ours aussi gigantesques ?


Avec minutie, Six note tout, dans le détail. Et l'expéditeur également, généralement signalé par un petit parchemin roulé ou un ruban brodé d'armoiries. Le tas des parchemins est à part, au cas où le maître aurait la fantaisie de se farcir la tête avec toute une série de compliments insipides issus de flagorneurs rarement talentueux.

Une paire de chandeliers de métal doré, aux pieds rehaussés de rubis d'Acrogée. Du gâchis de mettre des pierres pareilles sur quelque chose qui n'est même pas de l'or. Sur le tas des objets de décoration, avec la tête d'ours et le grand portrait de cette femme très blonde.
Une dague.


Six s'immobilise. L'arme est lourde dans sa main. Plus lourde que son simple poids de métal, en fait.
L'esclave tire sur la poignée ciselée gainée de cuir fin, expose quelques centimètres d'acier bleuté. La lame prend la lumière qui tombe de la fenêtre, et luit d'un éclat presque blanc. Un tranchant sûrement redoutable. On ne le sentirait sans doute même pas.
Agenouillée au milieu du capharnaüm de présents à moitié inventorié, son écritoire près d'elle, Six contemple la petite donneuse de mort qui dort entre ses mains dans son fourreau de métal recouvert de cuir et orné d'un motif brodé au fil de lin, simple mais d'une rare délicatesse. Elle admire les pierres vertes qui luisent doucement sur la garde et sur l'extrémité de la poignée. Et elle songe à sa promesse.
Mais que ce serait facile, avec ça.
Ca ne ferait même pas mal.

La porte s'ouvre derrière elle et elle s'empresse d'abriter la lame dans son logement obscur. Elle répond d'un signe de tête à Quatre, complète sa liste en quelques mots, puis repousse l'écritoire et se lève pour aller poser sur le tas des armes la dague d'acier, et sur le tas des parchemins celui qui était enroulé dans la boîte qui contenait le cadeau. Les deux esclaves quittent le bureau et traversent une pièce que Six reconnaît vaguement avant d'entrer dans une cuisine peuplée déjà de nombreux serviteurs. Crispée, Six baisse un peu la tête, et serre des doigts un peu moites autour de la petite harpe.

Quatre s'empresse de la présenter à tout le monde. Quatre gardes, de tous âges, du bavard au taiseux. Deux femmes et un homme, portant le même collier qu'elle. Et la ronde Eugénie. Confuse et mal à l'aise, Six salue de la tête, et se demande déjà comment s'appellent les premières personnes que Quatre lui a nommées. Il lui semble qu'il serait plus facile de retenir des chiffres. Mais bien sur, tout le monde ici n'est pas esclave.

A la dérobée, Six lorgne Anne et Marie. Peut-être Une et Deux, ou Trois. C'est possible, au moins pour la rousse, celle qui a aux lèvres l'expression de qui vient de trouver une limace dans la salade. Puis elle hausse imperceptiblement les épaules. Quelle importance ?... Le jeune esclave brun sourit aussi largement que s'il avait quelque chose à lui vendre. Elle répond d'une rapide crispation des lèvres avant de détourner les yeux.

Depuis l'extrémité de banc où elle s'est glissée en se faisant la plus discrète possible, Six attend le moment où elle pourra revenir à sa liste et à sa solitude. Tout ce bruit lui donne le vertige, tous ces regards la transpercent. La nourriture qu'on pousse devant elle est simple mais solide. Elle y touche à peine, juste pour donner l'impression qu'elle mange, mais elle serait bien incapable d'avaler la moindre bouchée... Les minutes coulent, avec une lenteur douloureuse. Six se force à respirer.
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Trystan d'Artelion
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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Sam 6 Juil - 15:02

Le repas battait son plein et on parlait assez fort. Sidonie couvait Sophia d'un air de maman poule pour son petit poussin, l'encourageant à se détendre et à avaler quelque chose. Ce n'était certes pas le genre de plat qu'on devait servir à la table de la reine. Mais c'était une nourriture solide et ils avaient de quoi manger sans manquer. En plus de cela, il y avait eu de chance qu'elle réussisse à tenir bien longtemps sans s’alimenter. Peut-être qu'elle avait simplement un estomac d'oiseau, mais même dans ce cas, il faut tout de même avaler quelque chose.

Heureusement ou pas pour la demoiselle, un garçon tout remuant d'une petite dizaine d'année fit irruption dans la pièce en courant, laissant ouvert la porte et laissant percevoir derrière lui le son métallique et sec caractéristique d'une démarche de bottes armées d'éperons.

Sidonie bondit sur ses pieds et fila jusqu'à une marmite où chauffait doucement un ragoût de mouton des plus appétissant qu'elle s'empressa de verser dans une grande assiette creuse. Pas le temps d'expliquer grand chose à la petite brunette, mais Trystan était de retour et n'allait pas venir dans la cuisine chercher son plat.

« Je te retrouve plus tard, glissa-t-elle à Sophia en passant prêt d'elle avant de quitter la cuisine. Mange quelque chose. »

* * *

Debout dans son bureau, Trystan observait les petits tas qu'avait commencé à faire Sophia. Elle avait commencé à accomplir la mission qu'il lui avait confié avec une certaine efficacité et le début d'inventaire qu'il avait entre les mains le lui montrait. Elle était tout à fait compétente pour ce genre de choses et ferait sans aucun doute une bonne secrétaire. Au final, c'était une bonne chose qu'elle ait accepté de rester à son service. La revendre aurait été un joli gâchis.

Mais c'était tout autre chose qui faisait attendre Trystan dans cette pièce. Il y avait là un présent qui ne s'y trouvait pas hier et qui était d'un mauvais goût absolu mais la liste d'inventaire ne précise rien sur cet objet, sans doute par manque d'information.

Sidonie un pas derrière son maître se tord les mains d'appréhension, ne sachant pas si elle doit dire quelque chose pour briser le pesant silence qui s'est installé ou si il est préférable qu'elle ne dise rien. Elle aurait dut faire plus attention aux objets qui se trouvait dans le bureau ou alors prévenir Sophia de se qu'elle savait sur Trystan. La jeune femme n'avait simplement pas dut se rendre compte de se qu'elle faisait.

Pâle dans ces vêtements entièrement noirs aux brodures d'argent, Trystan quant à lui fixe le grand tableau de Cyrielle. La jeune femme est presque peinte à taille humaine, ses cheveux d'un blond lumineux coiffé en une épaisse tresse qui retombe sur son épaule. Son visage encore un rien enfantin, son nez un peu retroussé et ses immenses yeux d'un bleu sombre. Face à ce tableau si fidèle de celle qu'il a perdu, Trystan ne sait s'il doit tomber à genoux et se mettre à pleurer ou s'il doit s'énerver et réduire la toile en charpille. Il aurait sans doute fait les deux s'il avait été seul. Mais ce n'est pas le cas. Sidonie est juste derrière lui et même si la jeune femme le connais assez bien depuis plusieurs mois et qu'elle partage sa solitude en l’égayant un peu, il ne peu pas se laisser aller devant une esclave.

Il s'efforçait donc de rester calme et serein, respirant lentement et profondément pour retenir les larmes qui lui pique les yeux lorsque la porte s'ouvre pour laisser passer Sophia. La demoiselle s'arrêta un moment se s'inclina devant lui. Une simple petite courbette pleine de grâce dans un mouvement noble. Trystan détourne le regard. Il ne veux pas craquer et surtout pas devant elle. Allez savoir pourquoi, mais son orgueil typiquement masculin refusait catégoriquement de montrer à cette demoiselle que quelque chose l'avait atteint. Ils était deux idiot, elle ayant refusé la veille de montrer ses sentiments, son ressentis et sa faiblesse et lui le refusant aujourd'hui.

« Je veux que tu me mette de côté toutes les lettres des Artelion ainsi que les cadeaux correspondant lorsque tu auras fini de faire ton inventaire, dit-il en s'efforçant de conserver un ton monocorde. »

Il tournait le dos aux jeunes femmes, faisant mine de s'intéresser à un papier posé sur son bureau et en profita pour balayer les larmes qui mouillaient ses yeux d'un petit revers de main.

« Un fois de ce sera fait, je veux que tu me trouve de qui proviens ce tableau. Qui l'a peint, qui a posé. Je veux TOUT savoir là dessus. Il n'était pas parmi les présents hier. »

Froissant un papier, les dents serrés, il avança vers la demoiselle, les traits contractés par tout les sentiments qu'il cherchait à maîtriser et qui semblaient prêt de le submerger.

« Une fois que se sera fait. Fait disparaître cette chose. Je ne veux plus JAMAIS le revoir. J’ESPÈRE AVOIR ÉTÉ CLAIR !!! »

La porte du bureau claqua violemment derrière Trystan.

Sidonie se remis à respirer et adressa un sourire désolé à Sophia.

« Ce n'est pas ta faute. Tu n'as rien fait de mal ou pour l'énerver. Mais, c'est ce tableau. »

Est-ce que l'histoire de cette femme inconnue pour elle allait intéresser la demoiselle ? Peut-être. En tout cas, Sidonie avait tôt ressentit le besoin de savoir pourquoi elle avait été achetée, pourquoi elle avait été offerte à Trystan pour partager sa couche par une sœur qui paraissait bien préoccupée par l'occupation du lit de son frère.

Peut-être Sophia était-elle aussi était au moins curieuse de connaître les événements qui l'avaient conduit sous ce toit.

« C'est Cyrielle d'Artelion, expliqua la musicienne. C'est à cause d'elle que nous sommes là toutes les deux. Tu veux que je t'explique se qui s'est passé ? »

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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Sam 6 Juil - 18:20

Parfaitement clair.

Six tremble de partout. L'homme qui vient de lui parler, si on peut appeler ça parler, avait dans les yeux une lueur de meurtre. Apprendre, par après, qu'elle n'est en rien la cible de toute cette haine ne change rien à l'impact que les mots violents de l'homme ont eu sur elle. Fort heureusement il est parti. Quelques secondes de plus et Six prenait la fuite.

Quatre n'a pas vraiment l'air de se formaliser de ces éclats. Peut-être sont-ils fréquents. Peut-être cet homme est-il du genre gueulard colérique et capricieux. Six respire profondément, ses tremblements s'atténuent, mais elle se sent encore les nerfs à fleur de peau, menacée, en danger. Quatre papote selon son habitude, à l'aise comme une truite dans son torrent, mais Six en est encore à remettre ses idées dans l'ordre quand l'autre lui propose de lui raconter une histoire. Elle hausse les épaules. Elle s'en fout, de Cyrielle d'Artelion, de Gertrude de la Tête-de-Pioche ou de Gontrand de la Porte de l'Escalier de la Cave. Elle se fout d'eux tous.

Mais comment suis-je censée savoir qui a posé pour ce portrait, qui a peint ce portrait ? Comment ? Cet imbécile a-t-il oublié que je ne peux pas parler, et que je ne connais pas cette ville ? Qui répondra à mes questions ?

Premier jour, premier échec en perspective. L'ombre de l'estrade du marché s'approche sournoisement, et Six a la panique chevillée au coeur. A gestes misérables, elle écarte les lettres de la famille Artelion et rassemble les présents qui y était associés.

Sauf que...

Hautetour, c'est une Artelion, non ? Quels autres encore ?
Oh misère, je ne connais pas leur arbre généalogique, moi !


Découragée, elle laisse tomber les bras, et attend que Quatre ait fini son conte. Elle a de l'aide à lui demander, et se demande comment faire pour le lui demander.
La vie est compliquée pour une muette. Surtout quand celle qui est censée l'aider ne sait pas lire.
Pour changer, Six a envie de pleurer.
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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Sam 6 Juil - 23:27

Doucement, Sidonie se rapprocha de la demoiselle qui était à genoux au milieu des présents en tout genre et des petits parchemins qui avaient été joints aux présents en tout genre par les invités. La demoiselle semblait une fois de plus sur le point de baisser les bras. Ce n'était pas la première fois que cela arrivait et plus encore, ce n'était pas quelque chose qui était encourageant. Elle était perdue et elle avait peur. Cela, Sidonie le comprenait parfaitement. Mais il fallait aussi qu'elle fasse tout son possible pour être la personne la plus compétente possible et avoir remplir aussi bien les missions qu'on lui confiait que cela était possible. Voir même mieux réussir qu'on pouvait s'y attendre.

Sinon, sa pire crainte ne pouvait que se révéler réalité.

Mais elle n'allait rien en dire. Du moins pas tout de suite. Cela ne servirait à rien. À tenter de traire une mamelle sèche, on obtient rien de plus qu'un coup de sabot. De la même façon, elles pouvait bien continuer à pousser Sophia et à lui dire se qu'elle devait faire et comment elle devait se comporter. Mais au final, tout se qu'elle obtiendrait se serait que la demoiselle craque complètement.

Avec une certaine lenteur, Sidonie vint se mettre à genoux à côté de la brunette.

« Viens, murmura-t-elle en lui ouvrant ses bras. »

D'abord hésitante, Sophia fini par se glisser contre Sidonie qui la serra contre elle et lui caressa doucement les cheveux dans un geste assez maternel. Elle la serrait contre sa poitrine. Ce n'était pas grand chose. Peut-être que cela ne réconforterait même pas la jeune esclave qui se sentirait peut-être plus gênée qui soulagée et soutenue. Mais dans le pire des cas au moins, Sidonie pourrait se dire qu'elle avait essayé.

« Tout ira bien, murmura-t-elle à son oreille. Tu es en sécurité. Trystan ne te vendra pas. »

On pouvait s’épancher longtemps sur le fait que Sidonie ne pouvait au fond pas l'affirmer. Mais ce n'était pas se que Sophia avait besoin de savoir ni se qu'elle avait besoin d'entendre. Et puis, pour être parfaitement honnête, Sidonie était convaincue que Trystan ne se débarrasserait pas de la demoiselle comme une vulgaire chaussette.

« Tout ira bien, murmura à nouveau Sidonie. »

Elles restèrent longtemps ainsi. Combien de temps exactement, la musicienne n'aurait put le dire. Jusqu'à se que Sophia s'écarte toute seule de l'étreinte de sa compagne d'infortune, Sidonie ne cherchant pas à la retenir de force contre elle.

« Il a juste été bouleversé par ce portrait, dit-elle avec un léger sourire. Rien de plus. Il ne te vendra pas. »

La musicienne resta à genoux alors que Sophia replongeait l'air toujours aussi abattu dans ses papiers.

« Les femmes Artelion qui ne portent plus ce nom sont Lucrèce de Hautetour, Anne de la Bastide de Serou, Margot de Rimont et Jeanne de Fricoût. »

Penchant la tête sur le côté, Sidonie offrit un petit sourire de réconfort à la demoiselle.

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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Dim 7 Juil - 14:44

C'est bien la dernière chose que Six se serait attendue à faire. La dernière chose qu'elle aurait cru capable de la rassurer. Quatre est une inconnue pour elle, qui sait, peut-être une adversaire malgré les apparences, elle devrait se méfier d'elle comme elle doit se méfier de tous, comme elle aurait du se méfier du marchand qui l'a trouvée et qui l'a envoyée sur l'étal d'un marchand de viande humaine. Comme elle aurait du se méfier bien plus vite des manières gentilles de la noble femme blonde qui est venue l'acheter.

Mais non.
Elle est là, enfermée dans des bras qui n'ont rien de familier pour elle, à éprouver pourtant un réconfort familier. Elle a du avoir une mère ou une tante ou une grande soeur qui la prenait dans ses bras de la même manière. Qui sentait peut-être aussi ce parfum simple de propreté et de fleurs séchées, de celles qu'on ajoute dans les armoires pour faire fuir les insectes et donner au linge longtemps enfermé des odeurs moins désagréables que la moisissure ou le vieux bois. Quelqu'un...
Quelqu'un dont Six ne se souvient pas. Qui vit peut-être encore ?...
Elle ne pleure pas. Elle ne veut pas pleurer encore, elle en a assez des larmes.

Les bras de Quatre sont forts et grands, c'est une fille robuste, bien plus que Six, si frèle et menue. Les mots de Quatre sont maladroits mais sincères, malgré le fond d'incertitude qu'on perçoit. Quand elle dit qu'elle ne croit pas que Six sera revendue, elle y croit pour de vrai. C'est-à-dire qu'à moins d'une erreur de sa part...
Quatre est ici depuis assez longtemps sans doute pour connaître les lubies de son maître. Emotif, apparemment. Violent. Mais pas mauvais. Tant mieux. Ou alors aucune importance. A ce point précis de l'histoire Six en a tellement assez de tout qu'elle se fiche de savoir si elle retournera ou pas à l'estrade, parce qu'elle sait qu'il lui reste un moyen, dix moyens, une infinité de moyens. La fuite est toujours possible. Il suffit d'une poutre et d'un bout de vêtement. Toujours possible...
Mais elle ne pleurera plus.

Elle se dégage doucement des bras de Quatre, fouille d'une main lasse dans le tas de parchemins. Et Quatre énumère les noms qu'elle ne connaissait pas et qu'elle avait besoin d'entendre pour mener sa tâche à bien. Elle sourit, un sourire pâle. Elle a déjà vu ces noms, elle retrouve rapidement les parchemins, elle écarte les cadeaux notés en regard de ces noms dans la liste qu'elle a minutieusement établie. Rimont, elle ne l'a pas encore vu, ce nom, mais elle y sera attentive, plus tard.

Un gros soupir, et elle se lève. Le grand portrait est posé contre une haute armoire, et elle s'affronte à lui, tendue, hostile. La femme blonde lui paraît arborer un sourire aussi faux qu'un serment de voyageur. La richesse de sa robe est presque grotesque, la blancheur de ses dents sonne faux. Le décor derrière elle est peu soigné, trop sombre. C'est un vilain portrait, bâclé par un artiste sans talent. Et apporté par un anonyme, qui n'a pas laissé de lettre.

Découvrir qui a posé, qui l'a peint, qui l'a offert.
Au moins une partie des ordres devrait être facile à suivre.


Six sait précisément où elle a posé la dague d'acier. Un geste et elle la dégaine, un autre et elle glisse la lame derrière le cadre de bois doré, trop lourd, prétentieux. Elle force, à peine. Quelques instants plus tard, le cadre démonté libère la grande toile peinte, qui s'affale comme une étoffe trop lourde et mal tissée.

Là.

La signature de l'artiste ne figure pas sur le devant, c'est réservé aux maîtres, et celui qui a peint ceci n'en est certainement pas un. Il a signé derrière, trop grand. Prétentieux, encore.

Eudes Lohaingre.

Voilà. Maintenant il reste à trouver ce Lohaingre. Mais avant il faut trouver quelqu'un qui saurait d'où est venu ce portrait.
Six se tourne vers Quatre, tout en roulant avec précautions la lourde toile. Comment lui faire comprendre ?

La jeune fille réfléchit. Question complexe... Elle se mordille les lèvres, avant de saisir la harpe et de chercher ses accords.
C'est une sorte de marche qui lui revient en mémoire, douce et sombre. Très connue, sinon ça n'aurait évidemment aucun intérêt. Elle plaque deux accords et poursuit avec la mélodie, rapide et douce-amère. L'histoire d'une fille qui recherche celui qui l'a visitée la nuit dans sa chambrette, et dont elle ne connaît pas le nom. Un conte stupide.

"Qui montait la garde hier soir, ma mie ?"
"Qui montait la garde ?"


... qui l'a laissé entrer, ma mie, l'homme à l'oeil doux qui m'a conquise ?
Ou plutôt qui a amené le grand paquet rectangulaire qui contenait ce portrait ? Qui était là aux portes et l'a reçu ?

Quatre comprendra-t-elle ?
Non, pas Quatre. Elle s'appelle... Sidonie.
Une des filles l'appelait comme ça à table.
Sidonie.
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Trystan d'Artelion
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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Dim 7 Juil - 16:45

Voir Sophia gesticuler et se mettre à chercher et à rassembler tout se que lui a demandé Trystan un petit peu plus tôt était un spectacle assez intéressant. Le capharnaüm qu'était la pièce était en réalité assez bien organisé. Les papiers et les présents s'accumulent sur le côté et ensuite arrive le problème du tableau. S'il n'y a aucune information sur la personne qui a put livrer le tableau, cela risque d'être assez compliqué. Bien entendu, ils pouvaient tout à fait faire la liste des suspects. N'ayant pas la moindre idée de se que préparait la brunette, c'était précisément se que Sidonie était en train de faire. Elle avait eu plus que le temps de faire la connaissance de la famille de Trystan et de comprendre la situation depuis qu'elle était entrée à son service. De plus, ce n'était pas parce qu'elle était illettrée qu'elle était totalement idiote.

Alors... qui aurait put faire cette chose de si mauvais goût. Les plus probables étant sans aucun doute les Artelion de Château-la-Fée. Difficile d'imaginer que Tankred, Romilly ou encore Lucrèce cherchent à réveiller chez Trystan le souvenir de sa défunte épouse ? Romilly et Tankred avaient plutôt intérêt à le voir remarié. Quant à Lucrèce, si elle avait offert ce tableau, alors Sidonie ne comprenait plus rien. Qu'elle offre à Trystan une demoiselle de la beauté de Sophia pour ensuite lui envoyer quelque chose comme ce tableau n'avait simplement pas le moindre sens. Restait donc seulement les Artelion de Château-la-Fée.

Mais c'est une solution simple. Peut-être trop simple même.

Sidonie sursauta lorsque l'épaisse toile tomba sur le sol, révélant un maillage grossier et surtout une très grosse signature qui confinait à de la vantardise par ailleurs très mal venue étant donné la qualité du travail.

Mais en tout cas, c'était là un indice par lequel elles pouvaient commencer à remonter la piste pour ce tableau.

Attrapant sa harpe, Sophia se met à jouer quelques accords d'une musique triste. Elle avait bien fait de donner cet instrument à la demoiselle, même si cela allait l'obliger à sérieusement réviser ses classiques pour pouvoir communiquer. La musicienne reste d'ailleurs un certain temps les yeux clos à marmonner dans sa barbe, essayant de se rappeler d'où provenait ces accords et la chanson qui y était associée.

« Ah ! Tu veux savoir qui a apporté ce tableau ? »

Sophia hocha la tête en guise de réponse. Bon, au moins elles arrivaient à se comprendre, chose qui n'allait vraiment pas de sois dans la communication entre une muette et une illettrée. Heureusement que la brunette savait jouer de la musique.

« Aucune idée, fit la jeune femme en haussant les épaules. Tout les cadeaux sont arrivés en même temps ramenés par des serviteurs de l'Aiguillère d'Argent ce matin, tu étais encore endormie. »

Elle n'aurait pas manqué de remarque qu'on apportait une toile de cette taille à un autre moment et elle n'aurais alors pas non plus manqué de s'y intéressé. Non. Si ce tableau était entré dans la maison, il l'avait fait en même temps que le reste des cadeaux. Mais elle ne connaissait pas assez les serviteurs des gens de toute la ville pour dire qui était venu les apporter.

« Les réponses se trouvent sûrement à l'Aiguillère d'Argent. Sauf si tu as une autre idée derrière la tête. »

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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Dim 7 Juil - 18:58

Une autre idée ? Non. Pas encore. Six plaque un accord grave, décidé.
Il leur faut aller se renseigner à l'Aiguillère d'Argent, donc. Trouver qui a reçu le cadeau, qui était le messager. Retrouver le peintre également. Ce qui fait deux recherches. Deux impasses pour la muette qu'elle est.

La jeune fille se triture les méninges. Comment faire ? Il va falloir sortir de la maison et aller enquêter. Sans voix. Avec pour tout moyen de communication une tablette de cire qu'une infime fraction de la population sera capable de lire. Même le nom du peintre, elle ne peut le dire à Sidonie.
Sombre, elle reluque la toile sous son bras. Elle lui en veut presque, à cet objet. Mais après tout c'est un bon moyen de ne pas trop penser à l'avenir.

Bien, il faut obéir aux ordres, n'est-ce pas ? Donc sortir. Comment ? Elle ne sait pas, mais Sidonie saura. Elle se poste devant la porte, son fardeau d'art médiocre sous le bras, la harpe à l'épaule et la tablette à la main. Et elle attend que l'autre lui indique comment faire. Cette autre qui en sait tellement plus qu'elle sur la condition d'esclave de grande maison.



La rue est sombre, il n'est pas tard mais le temps est toujours à l'orage. Les deux esclaves se sont munies de grandes pèlerines, et Six cache sous la sienne, de grosse laine brune, la toile toujours roulée, peinture en dedans, pour la protéger de la pluie intermittente qui leur dévale dessus depuis le ciel empoissé de gros nuages bas. Elle s'empresse derrière Sidonie, au trot sur les pavés inégaux de la rue qui grimpe en sinuant. Deux carrefours plus loin à peine, et elle est perdue.

Six ne se souvient pas du tout du trajet de la veille au soir, il faisait nuit et elle avait si froid. Elle sait juste qu'il lui a paru fort long sans l'être sans doute, impression confirmée quand, après un quart d'heure de marche à peine, les deux jeunes filles débouchent sur une placette dont tout un côté est bordé par une grande bâtisse percée d'une porte sous laquelle peuvent passer chariots, carrosses et autres véhicules à roue. Sidonie emprunte sans hésiter le passage et elles débouchent dans la cour dont Six a quelques souvenirs : vaste élégante, plutôt propre pour une cour sur laquelle donnent des écuries. Un homme est justement occupé à préparer un cheval, c'est à lui que Sidonie s'adresse, sans détours, pour savoir où se trouve la gouvernante.
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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Dim 7 Juil - 21:22

Sur le pas de la porte, Sidonie s'ébroua un petit peu pour débarrasser sa pèlerine de l'eau d'autant d'eau que possible il était un petit peu gênant pour elle de passer par la grande porte. Généralement, tout les esclaves passaient par les entrées de service. Les seules exceptions étaient certains esclaves personnels qui, dévoué corps et âmes à leur propriétaires, ne les quittaient jamais. En tout cas, cela ne paraissait pas des plus naturel et des plus simple à la jeune musicienne qui se serait bien volontiers transformée en petite souris pour pouvoir passer en toute discrétion.

Sauf qu'elles n'appartenaient pas à une personne qui logeait à l'Aiguillère et de plus, elles étaient là pour trouver des renseignements pour l'un des nobles relativement bien placé du royaume. Pas question donc de passer par derrière. Pas quant on est en mission commandée.

Franchissant la porte, Sidonie entre dans la vaste salle où plusieurs serviteurs attendent les client et donne sa pèlerine trempée à l'un deux. Elle n'avait pas l'intention de rester longtemps, mais elle se sentait déjà bien assez mal à l'aise pour ne pas avoir en plus à subir l'angoisse de mettre de l'eau partout.

En rang serré avec Sophia, elle avance jusqu'à une femme à l'allure distinguée et de haute taille qui toise avec un certain mépris les deux esclaves qui se présentent à elle tout en essayant de ne pas le faire de façon trop manifeste. Après tout, si les esclaves n'ont pas la moindre chance d'obtenir quoi que se soit de l'Aiguillère d'Argent, qui sait, elles peuvent porter une demande de la part de leur propriétaire. Toute esclaves qu'elles soient, on évite autant que possible de se montrer déplaisant avec une personne avec qui on peu avoir par la suite à traiter.

« Mesdemoiselles... y a-t-il quelque chose que je peux faire pour la maison d'Artelion ? Y a-t-il un soucis avec l'un des présent qu'a reçus votre maître ? L'un d'entre eux manque-t-il ou est-il abimé ? »

C'est le genre de chose qui inquiète. Un établissement comme l'Aiguillère d'Argent devait se revêtir d'une parfaite réputation si elle ne voulait pas perdre ses clients en masse. Les Artelion avaient remis aux bons soins du personnel des objets précieux. Un service pour lequel ils avaient payé. Si jamais on apprenait que l'un des effets laissé à leur garde avait été volé ou endommagé, cela ne pourrait que nuire à la réputation de l'établissement.

Sidonie se tourna vers Sophia en lui faisant un petit signe pour l'inviter à expliquer.

Après tout, c'était à elle que Trystan avait confié cette mission. Et ce ne serait pas en faisant tout à sa place qu'elle aiderait la demoiselle à prendre confiance en elle.

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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Lun 8 Juil - 19:27

Sidonie est mal à l'aise, Six le sent. Ca la surprend. La grande fille blonde semblait pourtant jusque là disposer d'un aplomb sans faille.

A vrai dire le regard de la femme vers qui elles se dirigent en glacerait plus d'une sur pieds. Du mépris, une fois encore. Une petite bouffée de colère monte du ventre de l'esclave, un bref parfum de révolte. Une chose est sûre pour elle, elle n'était pas esclave "avant". Et si cette grosse prétentieuse l'avait rencontrée lors de cet "avant" ? Jusqu'où serait allée sa courbette respectueuse devant la cliente potentielle ? Oui mais voilà. Maintenant il y a cette horreur de collier autour de son cou, et la femme la regarde comme une truie à deux pattes qui souillerait de sa présence le sol de son hostellerie.

Je voudrais qu'un jour un esclave ne te sauve PAS la vie. Et que tu aies le temps de regretter ce regard que tu me lances, et les milliers d'autres que tu as du lancer et lanceras encore.

Mais la jeune fille ravale sa colère et sa haine. Elle enfonce tout loin en elle et présente à la femme un visage neutre et lisse. Un miroir pour sa laideur à elle.

Sans attendre et sans se poser la question de savoir si l'autre sait lire ou pas, elle sort sa tablette de cire et écrit rapidement son message. Et tant mieux si l'autre cale sur une compétence qui lui manque. Les lettres sont rapides et élégantes, assurée la main qui les trace. Une manière d'affirmer sans un mot sa valeur.

"Un grand paquet plat a du être déposé dans la nuit ou tôt ce matin, haut comme moi et large d'un bras environ. Il était enveloppé de peau souple tannée vert sombre, et aucun message ne l'accompagnait. notre maître désire savoir si vous ou l'un de vos serviteur savez d'où il provient. N'importe quel renseignement pourrait nous être utile."

Un long message, les mots sont petits, mais néanmoins très clairement lisibles... sauf pour qui aurait la vue basse. Méchamment, alors qu'elle présente à la femme sa tablette, avec un sourire strict sur les lèvres, Six espère que c'est le cas.
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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Lun 8 Juil - 20:34

Observant la demoiselle qui se tenait devant elle, la gouvernante ne put s'empêcher d'ouvrir des yeux un peu plus rond lorsqu'elle se mit à tracer rapidement des lignes sur une tablette de cire. Son regard de mépris se chargea alors d'étonnement, mais aussi de convoitise. Elle ne pouvait s'empêcher de se faire la remarque qu'elle acquérirait volontiers cette demoiselle et que son propriétaire avait sut trouver là une perle rare. Certaines filles de la noblesse savaient à peine se servir de ce stylet qu'elle semblait quant à elle manier avec une aisance toute naturelle. Et en plus ce cela, il ne fallait pas non plus négliger sa façon de présenter.

La jeune femme était belle et se tenait très bien pour une esclave. Trop bien peut-être même. Elle avait dut recevoir une éducation assez poussée qui ne pouvait bien sur qu'ajouter à sa valeur marchande.

Si elle ne pouvait la considérer autrement qu'un simple meuble (après tout, elle n'était rien de plus qu'une esclave), la gouvernante voyait à présent la valeur que cette demoiselle pouvait avoir. Son regard n'était pas si différent. Elle se sentait toujours de loin sa supérieur. Mais elle regardait Sophia comme si elle était une pouliche de race ou une pièce de mobilier précieux.

Une esclave personnelle sans doute.

Observant la tablette, la gouvernante réfléchis un moment. Quelque chose n'allait pas de toute évidence avec ce fameux paquet. Les clients ne se plaignent pas et n'envoient pas des esclaves chercher des informations si jamais tout s'est bien passé. Peut-être que l'objet qui se trouvait à l'intérieur avait été abîmé. Toujours méfiante, la gouvernante alla chercher un des serviteurs qui fila dans les quartiers des domestiques et revint avec un homme avec une assez forte carrure.

« Ces deux esclaves sont envoyées par le jeune seigneur d'Artelion à propos d'un paquet que toi et tes hommes lui ont apporté ce matin. »

Elle jeta un petit coup d’œil à la tablette de Sophia.

« Un paquet de grande taille apparemment. »

L'homme observa les deux esclaves et avant de répondre, il tenta de se rappeler si quelque chose s'était mal passé. C'était le genre de chose qui risquait de coûter cher. Voir même de coûter son travail. Il était bien payé, mais il avait une femme, une maisonnette et trois filles qui devaient composer leurs trousseaux et auraient besoin de dot si elles voulaient trouver de bon maris.

« Oui... C'est une esclave qui l'a apporté à la dernière minute. Une femme assez forte avec au cou un collier où était représenté une tour au sommet de laquelle brûlait un feu.. »

Sidonie fronça les sourcils.

Cela n'avait pas le moindre sens.

« Merci pour vos renseignements, dit la musicienne en s'inclinant devant la gouvernante avant d’entraîner Sophia à l'extérieur. »

Elles avaient toutes les informations qu'elles pouvaient vouloir, même si cela n'avait aucun sens. Dans la rue, elle s'arrêta et se tourna vers sa muette compagne. Si elle ne voyait pas quel était le sens de tout cela, peut-être la muette comprendrait-elle. Après tout, c'était elle qui avait côtoyé Lucrèce il y a peu. Peut-être bien qu'elle aurait une pièce du puzzle qui lui manquait encore.

« Pourquoi Lucrèce t’offrirai-t-elle à Trystan pour lui faire parvenir une peinture de son épouse le lendemain ? »

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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Dim 14 Juil - 12:10

Et surtout, quelle raison avait-elle de faire apporter un présent de l'extérieur, alors qu'elle résidait sur place ?

Mais comment expliquer ça à Sidonie ? Bien trop complexe pour être exprimé par de simples oui et non. Tracassée par cette énigme, Six reste un instant songeuse. Une ancienne ballade lui revient en mémoire, dont elle plaque les doux accords sur la petite harpe. "Point n'est ce que semble l'eau claire de l'étang profond". Une chanson triste qui parle de l'eau innocente qui renferme les âmes de tant de suicidés. Le lien est tout sauf évident, Six espère que Sidonie saisira sa pensée, que le collier de l'esclave n'est jamais qu'un collier. Et qu'un collier s'enlève, se remplace.

La tablette de cire est lissée en un geste, et Six y dessine rapidement le blason d'Artelion qui orne, si l'on peut dire, le signe infâme de leur esclavage à toutes deux. Elle brandit ensuite le signe devant sa gorge, et affecte un grand sourire. Puis elle efface le signe et redessine celui qui devait identifier l'autre esclave, la tour et le feu. Elle le place ensuite exactement comme le premier et joue le même sourire. Vois. J'étais esclave d'Artelion, me voici esclave de Hautetour. C'est facile.

Quant au pourquoi... Impossible à dire. Impossible même de vérifier ce que Lucrèce aurait réellement à voir avec ce portrait, puisqu'elle a quitté la ville. Il faudra que son frère lui écrive ou aille la voir. A moins que le peintre n'ait d'autres réponses à leur apporter...

Songeuse toujours, Six sort la toile de sous son bras. qui donc pourrait les renseigner sur les peintres ? Elle ne connaît pas la ville. Il doit y avoir un quartier des artistes et des artisans, sûrement, mais elle ignore où.... Sidonie sait-elle ?

La brune lève un regard interrogateur vers la blonde, et montre la toile roulée qu'elle vient de fourrer à nouveau à l'abri des quelques gouttes qui se remettent à tomber. Les peintres ? Où les trouve-t-on ?
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Trystan d'Artelion
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MessageSujet: Re: Intruse (Inconnue)   Dim 14 Juil - 21:11

Même en faisant pas mal d'effort, Sidonie était forcée d'avouer qu'elle ne comprenait pas se que sa compagne était en train de lui raconter. Il faut avouer que la harpe n'est pas vraiment le meilleur moyen de communication qui soit. Elle ne put que lui adresser une petite grimace pour lui expliquer simplement qu'elle ne comprenait pas se qu'elle voulait lui dire. Si cela pausait les limites de leur système de discutions, cela pausait également une nouvelle question concernant non pas le tableau, mais la jolie brunette. Sidonie n'était pas la meilleure barde de toute la capitale. Mais elle pouvait tout de même se venter de connaître tout de même un bon nombre de chant et de partitions. Pourtant, elle n'avait pas la moindre idée de se que pouvait être ce chant qu'elle était en train de jouer.

Alors que Six était en train de griffonner quelque chose sur sa tablette de cire, Sidonie regarda attentivement la jeune femme. Elle savait lire, elle savait écrire, elle connaissait plus de chant que la barde et elle avait également cette façon de se tenir et ce port de tête si caractéristiques des personnes bien nés. Mais d'où venait-elle ? Il était impossible qu'elle n'ait pas été formée. Toutes ces choses qu'elle faisait, ce n'était pas le genre de chose qui peu s'inventer.

Secouant la tête, Sidonie tenta de se re-concentrer sur se qu'était en train de lui montrer la muette.

Remplacer un dessin par un autre. Il fallut un moment à Sidonie pour comprendre se que cela pouvait signifier et, même si cela expliquait pourquoi Lucrèce était désignée comme celle qui avait fait apporter la toile. Pourtant, la blonde jeune femme ne put s'empêcher de répondre au sourire de Six que par une grimace amère. En effet, on pouvait bien faire porter à une esclave la marque d'un autre maître. Ce n'est pas bien compliqué. Mais à défaut d'avoir le collier ou l'esclave en question, il leur serait complètement impossible de dire d'où venait vraiment cette esclave.

Six leur avait apporté un petit peu de logique, certes, mais elle les avaient également ramené au point de départ. Elles n'étaient pas plus avancées qu'avant de se rendre à l'Aiguillère d'Argent en fait. Même peut-être moins. Désigner Lucrèce les forçait certes à chercher un mobile. Mais du coup, ils n'avaient plus ni mobile, ni la moindre idée de qui avait put faire cela. Parce que si on avait copié un collier d'esclave des Hautetour, tout les esclaves de la capitale pouvaient avoir apporté ce tableau.

En parlant de tableau, Six se mit à la montrer en insistant. Visiblement, elle tentait de lui faire comprendre quelque chose d'important. Ah... Elle voulait aller voir des artisans pour savoir qui était le peintre. C'est vrai que celui-ci pourrait sans le moindre doute leur apporter pas mal d'information sur qui avait passé cette commande et était venu le chercher. En espérant que se ne soit pas juste une esclave avec au cou un collier portant la marque des Hautetours.

« Ça va être un petit peu long, fit Sidonie. Si c'est un apprenti, son travail risque de ne pas être reconnu rapidement... Mais vu le travail et le matériel, je pense qu'on peu éliminer tout de suite les artistes des Hauts-Quartiers. »

Le travail d'un apprenti influe également sur la réputation de son maître. Les maîtres peintres des Hauts-Quartiers n'auraient sans le moindre doute pas accepté de laisser un de leurs apprenti livrer une telle peinture. Par contre, c'était quelque chose qui pouvait tout à fait sortir du quartier des artisans et de ses boutiques de moindres qualité.

« Viens, on va aller faire un tour et voir si on peu trouver d'où ça viens. Ah et... une petite chose. »

Doucement, Sidonie rabattit la capuche sur la tête de la brunette. Bien sur, elles n'allaient pas s'aventurer dans les Venelles et le quartier des artistes était bien protégé. Sans compter leurs colliers qui leur assurait tout de même une bonne protection contre des individus peu fréquentables mais également peu envieux de se faire un ennemis d'un manteau bleu. Mais ce n'était pas une raison pour courir des risques inutiles. Six était trop jolie pour sa propre sécurité. Parfaite pour une esclave personnelle d'un homme comme Trystan, mais un peu trop jolie pour trainer n'importe où.

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