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 Surtout, que tout se passe bien... (Noreen)

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Un vieil homme

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MessageSujet: Surtout, que tout se passe bien... (Noreen)   Dim 24 Mar - 18:32

Certaines visites sont des corvées sans nom. On s'y prépare en traînant les pieds. On souhaite des tempêtes de grêle au voyageur, des chevaux difficiles ou une chiasse irrépressible, histoire de le voir arriver aussi démonté que possible. D'autres sont une joie anticipée et tout le manoir en a le sourire en travers de la trogne des jours à l'avance. Le cuisinier joue du couteau à égorger sur ses meilleures volailles, la gouvernante change tous les draps et les gamines courent chercher des fleurs fraîches pour en garnir les appartements des invités.
La plupart du temps, on est un peu entre les deux.
Ou un peu des deux.

Aujourd'hui, le seigneur Padraíg Gormbán a le sourire, mais un pincement d'anxiété au fond de son coeur capricieux de vieil homme. Il houspille ses servantes et engueule sa petite-fille qui l'horripile avec ses pépiements sans fin, qui d'habitude le ravissent. Il harcèle la cuisinière pour savoir si elle a bien choisi les meilleures épices pour les plats qui mijotent, il rôde dans la cour du manoir et lorgne les deux marchands Avraniens arrivés hier en se demandant quelle tempête risque de prendre vie sous son humble toit. Il est stressé. Ravi mais stressé.

Le message lui est parvenu il y a trois jours, et dans un premier temps il s'en est réjoui. Une visite de la petite-fille de sa suzeraine, voilà certes un honneur considérable, et un plaisir également. Il a le meilleur souvenir de la jeune femme courageuse et fière qui avait pris avec tant de hardiesse le commandement d'une troupe infiniment plus expérimentée qu'elle. Son plan était tout bonnement fou, mais il avait fonctionné. Ou devrait-on dire qu'il avait fonctionné parce qu'il était fou ? En tout cas la rébellion avait été matée, et si tous avaient déploré la perte de Dame Gersande, l'épouse du Seigneur Tollnaidh, voisin des Gormbán, ils avaient festoyé quand même, la jeune Noreen en premier. Une femme de caractère, assurément, enflammée de toute la fougue de la jeunesse et de cette sorte de certitude de l'immortalité qu'ont tous les gamins.

Enflammée...
Oui, et présentement c'est cette flamboyance qui préoccupe le vieux guerrier. Il a régulièrement reçu la visite de la jeune femme qui semble s'être pris pour lui d'une sorte d'amitié filiale qui le réjouit. Il n'a pas eu de fille, juste deux fils, et il ressent pour la jeune Noreen une fierté diffuse mêlée d'affection, un sentiment bien étrange pour qui n'a somme toute avec elle aucun lien de parenté, juste les liens d'un combat mené de concert. C'est comme ça, elle lui fait penser à l'enfant qu'il aurait aimé avoir de sa défunte Alanna.

Oui mais voilà. Il héberge pour l'instant sous son toit ces deux marchands de Falyse et leur suite, mais ce n'est qu'un détail. Son second fils Dermod est là. Et la femme de Dermod, Selyne, jeune dame originaire de Vanner. Il a lui-même quelques difficultés à affronter Selyne et ses inlassables jérémiades au sujet du manoir de Gormbán, sa rusticité insupportable, le manque de distractions, la bêtise crasse de ses occupants et leur absence totale d'une élégance qu'elle estime, elle, indispensable à son environnement. Habituée qu'elle est aux rues animée du grand port et à la fréquentation des boutiques luxueuses, à la visite d'amies nobles et fortunées, Selyne déteste les visites que le fils fait au vieux père et n'attend qu'une chose, pouvoir retourner au plus vite à Vanner avec son époux, en poste actuellement auprès du Baron Waldard, vassal de Sablerive. Seule Moíra, l'épouse de son ainé Meallán, semble capable de la supporter, quoique son sourire se crispe au fil des jours qui passent. Meallán, lui, a préféré s'extraire de son logis et partir une semaine à la chasse. C'est mieux. La fois précédente il avait failli retourner une paire de claques à cette foutue emmerdeuse. Meallán parti, il avait cru le pire évité. Mais voilà Noreen.

Noreen la rousse et la blonde Selyne.
Noreen la fière et la fière Selyne.

- Voilà qui risque d'être mouvementé.

Il maugrée, et il soupire. Tout est prêt. Elle ne tardera plus.

- Imbécile ! Rattrape-moi cette carne avant qu'elle nous foute tout par terre !

Il fallait évidement que cette andouille de palefrenier lâche la bride de cette jument juste maintenant. Et que la jument s'emballe. Et qu'elle bouscule une pile de paniers, et les renverse. Jurant tous les vieux jurons les plus savoureux de l'ancienne langue, Padraíg se hâte à la poursuite de l'animal, ignorant les geignements de ses vieux genoux. On n'est pas servis, vraiment.
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Deirdre Tollnaidh

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MessageSujet: Re: Surtout, que tout se passe bien... (Noreen)   Sam 27 Avr - 13:55

Certaines visites étaient un fardeau pour la jeune femme qui, se tenant, droite et fière, sur sa monture, paraissait enrubannée dans des tartans pensés pour la protéger au mieux de la pluie. Au mieux ? Deirdre en aurait pleuré, l'humidité s'infiltrait dévorante et froide sous les couches de ses vêtements et elle n'aspirait plus qu'à un bon feu de bois au dessus duquel elle pourrait enfin tendre des mains frigorifiées. Encore qu'elle puisse faire abstraction de toutes ces incommodités en temps normal, ce sentiment était encore décuplé par le fait d'avoir à se déplacer en lieu et place de sa sœur aînée sans véritablement connaître les intentions sous-jacentes à cette visite pour le moins inhabituelle de la part de Noreen. Non pas que cette dernière dédaigne les sombres futaies de Laímgadh mais, résidant auprès de leur père, il était logique qu'elle soit moins au fait des affaires de la baronnie de Goddodin.

Et, pour tout dire, elle était anxieuse. Anxieuse de faire bonne impression, anxieuse de ne pas seulement constituer un dérivatif aimable à l’œil de sa sœur. Certes, elle avait l'habitude de rencontrer les vassaux de leur baronnie du Sud puisqu'elle y vivait auprès de sa grand-mère et, de fait, avait pris le pli d'écouter leurs doléances et aider à la résolution de certaines affaires. Mais, elle restait une cadette et une fille. Rien de plus et, comme à chaque fois, malgré la révérence que l'on témoignait encore aux Náhacht, elle s'inquiétait de ne pas réussir à s'imposer assez du fait de son sexe et de son âge encore tendre.

Pourtant, alors que son escorte approchait d'un pas tranquille de la demeure du Seigneur Padraíg, elle prit une profonde inspiration, faisant l'effort de contrôler son visage et abaissa la lourde capuche révélant ainsi la couronne de cheveux roux relevés en un chignon tressé de fines nattes. Une nouvelle inspiration et elle releva un menton fier et esquissant une petite moue encore enfantine mais décidée. Après tout, comme à chaque fois, le clan Goddodin comptait sur elle et elle ne lui ferait pas défaut. Jamais.

Se préparant intérieurement à faire aussi bonne figure que possible, elle pénétra, toujours à cheval dans la petite enceinte, tendue mais volontaire et toute entière tournée vers ce qui l'attendait et ce qu'elle devrait faire. Autant dire que l'accueil qu'elle reçut la prit par surprise. Un fier seigneur Slianathaírin courant après une monture au beau milieu de la cour de la petite demeure. La petite troupe se stoppa, considérant avec surprise, la scène burlesque qui se jouait devant eux. Durant quelques secondes, étonnée d'une arrivée à laquelle elle ne s'attendait, elle fut complètement prise au dépourvu ne sachant que faire, ni comment sauvegarder la dignité de son vassal.

"Conn, Brennàn ! Allez tout de suite aider le seigneur Padraíg !"

Il y avait dans ces brèves paroles la trace du commandement des puissants et les hommes du clan n'hésitèrent pas. Jetant leurs rênes à leurs compagnons, ils sautèrent au sol et coururent après la jument rétive dans l'espoir d'aider à en terminer avec l'escapade chevaline. De son côté, la jeune Tollnaidh, s'empêchant de pouffer de rire mais peinant à retenir un sourire amusé, descendait de sa monture aidée de la main secourable de l'un de ses hommes. Elle s'avança de quelques pas mais restant légèrement à l'écart de toute cette agitation, elle agita la main à l'attention du vieil homme qu'elle venait de voir passer devant elle en courant.

"Faîtes attention ! Il ne faudrait pas qu'elle vous blesse, Sieur Padraíg !"
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Un vieil homme

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MessageSujet: Re: Surtout, que tout se passe bien... (Noreen)   Dim 28 Avr - 22:22

L'instant d'avant, le vieux seigneur était lancé en pleine poursuite, à grands coups d'ordres brefs et de jurons pleins de verve, et l'instant suivant il est cloué sur place, le gosier à sec et la tête vide. Une jeune voix claire, et voilà que toute la scène s'est figée, à part cet abruti de cheval évidemment, qui continue à trotter de ci de là, tout à l'erratique stupidité d'une fuite illusoire. Une seconde plus tard la poursuite a repris, et les deux hommes de l'escorte de la jeune femme à la rescousse, la jument vagabonde est rapidement capturée, calmée, et ramenée à l'attache, non sans se faire copieusement insulter. Fort heureusement les chevaux n'entendent rien au langage humain, et n'ont pas de rancune. Sans quoi la noble bête serait sûrement devenue plus rétive qu'un jeune étalon, juste pour faire payer à ces malotrus de bipèdes les multiples "carne", "engeance d'ânesse" et autres "stupide mule à la cervelle cariée" qui sifflent entre les dents de leur vieux chef. Mais la bête est d'un bon naturel. Et elle connaît ce vieil homme depuis sa naissance, même si lui s'en souvient mieux qu'elle.

Toute cette agitation a fait battre le vieux coeur du Seigneur Padraíg. A moins que ce ne soit le fait d'avoir découvert l'identité de sa jeune visiteuse et constaté un autre visage que celui qu'il attendait.

Deirdre. Par tous les cors aux pieds du géant-de-pierre, Deirdre.
Ca va être la guerre ici, et dans moins d'une heure, je veux bien parier mes vieux os là-dessus.


La jeune soeur de Noreen ne lui est pas inconnue, évidemment, même s'il a eu plus d'échanges avec l'ainée qu'avec la cadette. Question d'affinités probablement. Noreen est une flambée, mais Deirdre est un incendie. Elle s'est taillé une solide réputation d'implacabilité lors de cette triste affaire du rapt de l'épouse du Seigneur Erlend. C'est plus fort que lui, il se méfie de la jeune Deirdre, depuis qu'il l'a vue ordonner sans frémir le massacre et la mutilation des cadavres de ses ennemis. Il ne peut se défendre de l'impression désagréable qui lui est restée, ni chasser ce souvenir qui lui met un mauvais frisson dans le dos chaque fois qu'il évoque la soeur de Noreen. Ce reflet dans l'oeil vert, ce pli infime aux lèvres, c'était tellement ténu, il s'est sûrement trompé. C'est possible après tout, il se rappelle parfaitement avoir été surpris, un peu horrifié, même, de rencontrer sous la même toison flamboyante autant de jeunesse mêlée à autant de dureté et...

... et il vaut mieux que je cesse de penser à ça. Il faisait sombre, j'ai reporté sur elle mes propres émotions. Je n'ai jamais raffolé des carnages, j'ai du trouver vexant qu'une jeunette fraîche éclose montre plus d'impassibilité que moi.

Sauf que ça ne le rassure pas vraiment. Même s'il essaie de se persuader que la jeune femme n'a montré que courage et détermination, il lui reste un fond d'effroi de ces instants où il a cru lire en elle de la violence et de la joie perverse à ordonner que des flots de sang soient versés.

Mais le vieux seigneur Padraíg Gormbán a des décennies de commandement derrière lui, et il a eu largement le temps d'apprendre à se maîtriser lui-même, en premier lieu, surtout quand il n'est question que de fadaises à moitié rêvées. La cavale ramenée à l'écurie, il s'avance vers la jeune dame toujours debout à côté de sa propre monture, et répond volontiers à son grand sourire.

- Ah, ces canassons ! Ils sont bêtes comme des poules, sauf qu'ils font bien plus de dégât quand ils s'y mettent à piquer leurs crises de panique. On ne saura jamais ce qui a effrayé cette idiote-là, mais j'aurais détesté qu'elle s'amoche une jambe, elle est de la meilleure lignée. Enfin... voilà qui est rentré dans l’ordre, merci pour l'aide de vos hommes, ma chère.

Il s'incline devant Deirdre, avec un peu de raideur vu le manque de souplesse de son dos, mais c'est avec une authentique chaleur qu'il l'accueille finalement.

- Soyez la bienvenue sous mon humble toit, Dame Deirdre, et mes excuses encore pour tout ce tumulte. Nous sommes honorés de vous recevoir.

Il lui présente son bras, après avoir d'un froncement de sourcils donné des ordres silencieux pour qu'on s'occupe des chevaux et de la suite de la jeune femme.

- J'espère que votre voyage a été paisible. On dit que cette bande de détrousseurs a encore joué du poignard il y a trois jours à quelques valques à l'Est, j'étais un peu inquiet. Même si je me doute qu'ils n'auraient jamais osé s'en prendre à vous.

Le sourire qu'il tourne vers elle tempère un peu son propos et le fait glisser vers la plaisanterie teintée d'admiration. Il est vrai que les soeurs Tollnaidh sont connues à présent, et qu'il faudrait être un sacré imbécile pour aller s'y frotter.

La démarche fière, comme s'il n'était pas en train de traverser une cour encombrée plus proche de celle d'une grande ferme que de la demeure d'un seigneur, le vieux guerrier escorte sa visiteuse vers la grande porte ouverte sur l'intérieur du manoir. Dans la grande salle du rez-de chaussée, la table est dressée et les rafraichissements attendent, accompagnés de fruits frais et de pâtisseries. Deux servantes et un valet sont là, qui plongent dans un salut profond et un peu gauche, tant ils sont peu accoutumés à recevoir d'aussi nobles personnes. L'épouse de son héritier est présente, et fort heureusement, celle du cadet ne l'est pas. La brune Moíra s'avance et salue Deirdre avec élégance et modestie, un sourire sur son beau visage serein.

- Ma belle-fille, la mère de mes petits-enfants. Moíra est l'épouse de mon fils Meallán, que vous avez sans doute rencontré lors de cette terrible affaire d'il y a quelques temps.

Terrain glissant. Aucune envie de m'enliser là-dedans. Changeons de sujet.

- Ma Dame, préférez-vous gagner tout de suite vos appartements, ou goûter d'abord à quelques douceurs ? Le voyage par ce temps a du être pénible...

Et les doux yeux gris de Moíra sont éclairés d'un intérêt sincère, à voir les vêtements gorgés d'eau de la jeune fille. D'un geste, elle l'invite à s'installer dans le fauteuil sculpté disposé près de la cheminée où ronfle un feu de bûches. Une des servante s'est avancée pour débarrasser Deirdre de sa lourde cape, une petite chose au museau de campagnol et aux yeux assortis. Le vieux seigneur s'est, lui, avancé dans la pièce, et emparé d'une coupe de vin au miel, soulagé que sa belle-fille ait, sans le soupçonner, écarté l'ombre de son vieux coeur.

- Venez, venez donc, ma chère, c'est qu'on gèle dans ce courant d'air ! Et ma foi, entre le feu et ce breuvage, nous vous aurons vite réchauffée !

Le vieux seigneur n'a jamais été trop porté sur les salamalecs, et la révérence due à ses suzerains s'arrête devant le souci qu'il lui faut prendre de ceux qui sont sous sa responsabilité. Et sous ce toit, il est le maître et le patriarche. Aussi ses manières ont-elle bien vite perdu le vague vernis cérémonieux qu'il y pose, le temps strictement nécessaire aux salutations d'usage. Le voilà redevenu lui-même, un grand-père un peu rude mais sincèrement chaleureux et soucieux du bien-être de tous. Détendu, pour l'instant. Tant qu'aucun vague souvenir obscur ne vient lui titiller la conscience. Et tant qu'aucune mèche blonde ne pointe à l'horizon...

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Deirdre Tollnaidh

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MessageSujet: Re: Surtout, que tout se passe bien... (Noreen)   Lun 29 Avr - 22:15

L'incendiaire Deirdre a, il faut l'avouer, quelque peu perdu de sa flambeuse superbe après les heures de chevauchée passées sous la bruine persistante de ce printemps pluvieux. Et, à vrai dire, à moins que ce ne soit pour une fois, elle ne semble aspirer qu'au plaisir chaleureux mais certain d'une bonne et douce flambée. Elle est d'ailleurs à mille valques de se douter qu'elle est, à cet instant même, la cause de tant de tracas pour le vieil homme. Tout au plaisir de parcourir ce qu'elle considère comme son bien propre, elle n'imagine même pas qu'il puisse voir sur son visage enfantin quoique ce soit qui ait pu lui causer tant de frayeur. D'ailleurs, ses fossettes accueillent les plaintes du vieillard d'un air ravi. Ravi de tant de franchise pour elle qui en a tant perdu l'habitude. D'autant qu'ici, comme ailleurs dans la forêt de Laimgadh, elle se sent chez elle.

"Mais de rien, messire. Je suis heureuse d'avoir pu vous être d'une aide quelconque."

Il y a une certaine retenue dans les quelques paroles que prononcent la jeune femme, vestiges d'une éducation qui, sans doute, s'est toujours voulue exigeante pour les jeunes femmes de sa lignée. Mais, aimable, elle tente de retenir le salut de Gormbán d'un rapide geste de la main sans y parvenir tout à fait. A son tour, elle décide de s'incliner joliment. Même si elle est suzeraine en ces lieux, il lui déplait de ne pas rendre l'hommage dû aux années qui ont blanchi la tignasse du fier seigneur. Ainsi vont les us des Náhacht. Et de répondre avec la même onctuosité :

"Ne vous excusez pas, c'est moi qui suis honorée de pouvoir compter parmi vos hôtes, seigneur. Et je m'excuse de n'être qu'un piètre substitut à ma sœur mais Noreen a été retenue au chevet du petit Emun. Le petit semble avoir attrapé quelques fièvres de printemps. Elle m'a demandée de vous faire part de ses meilleurs sentiments quant à votre santé et celle de votre clan."

Bon. Elle n'avouera jamais que la crainte a sans doute guidé le choix de sa sœur aînée. Effectivement, laisser le petit bâtard aux bons soins de Dee n'aurait sans doute pas été d'une facilité aisée bien que cette dernière soit peut-être plus apte à choisir les plantes les plus à même de soigner l'enfançon. Mais, depuis son dernier séjour, la cadette sait que jamais Noreen n'aura totalement confiance en elle pour s'occuper de celui qu'elle doit bien se forcer à appeler "frère" dut-elle s'en mordre la langue. Toutefois, satisfaite de cette explication des plus appropriées, elle donne son bras avec plaisir. Elle se sent frêle aux côtés de l'imposant barbon mais, et elle trouve cela étrange, également en sûreté. Encore plus alors qu'il évoque avec légèreté la présence de quelques brigands aux alentours. Certes, elle sait ne rien risquer. Il serait idiot de s'attaquer à une escorte nobiliaire suffisamment armée mais, tout de même, si près de la forêt où, jamais, personne ne pénètre.

"Vous croyez ? Je doute qu'ils fassent la différence entre une femme et une autre femme, à moins que ce ne soit pour l'appât d' une rançon. Merci de m'avoir prévenue, nous redoublerons de vigilance sur le chemin du retour. Mais...tout de même, si près de nos bois ? J'espère qu'ils ne se sont pas établis quelque part sur la baronnie. Je n'aime pas ça."

Non, elle n'aime pas cela. Non pas qu'elle en ait en peur, encore que...Mais, surtout, elle ne souhaite absolument pas que certains viennent à douter de la capacité des femmes Goddodin à maintenir l'ordre le long des bornes de leurs domaines. Il faudra qu'elle en informe rapidement les quelques gardes qui patrouillent la forêt. Si des bandits ont pénétré ses frondaisons, quelques flèches ne seront sans doute pas de trop pour leur rappeler que les profondeurs sylvestres de Laimgadh sont mortelles pour quiconque n'a pas été invité à y pénétrer. Ses traits pourtant dégagés au départ se sont tendus alors qu'elle réfléchissait à l'éventualité d'une telle présence à ses portes. Rien de bien grave pourtant mais Deirdre sait, et depuis longtemps, que rien n'est jamais à dédaigner. Les bandits comme le ton presque obséquieux du vieux vassal de sa famille. La craint-il ? Si c'est le cas, une seule pensée lui vient à l'esprit : "Tant mieux !". Même si elle doit avouer que, parfois, le regard apeuré que l'on porte sur elle la peine. Mais, à tout prendre, il est utile. Elle n'arrive jamais à se rappeler qui lui a dit une fois que les homme suivraient sans doute Noreen jusqu'à la mort et le feraient de grand cœur mais qu'elle, Deirdre, saurait les obliger à la suivre puis à sauver leurs vies. Ce bref souvenir la rassérène alors qu'elle pénètre dans la bâtisse où vit le clan Gormbám depuis la nuit des Temps.

Heureusement, la présence de la bru du vieil homme fait office de diversion appropriée et Deirdre, soulagée de pouvoir s'en remettre aux bons soins d'une autre femme, se permet - enfin ! - de se relâcher. Si elle passe sans efforts sur le funeste épisode mentionné par Padraíg, elle tique à la mention du prénom de son aîné.

"Je me souviens de lui ! Je n'oublie jamais les braves."

La réponse a fusé, presque enfantine. Son sourire s'élargit alors que Moíra s'incline. Peut-être est-ce le fait d'avoir affaire à une femme un peu plus âgée qu'elle mais, quoiqu'il en soit, Deirdre se sent immédiatement plus à l'aise. Et encore plus quand une petite servante vient lui ôter sa lourde cape gorgée de pluie. Elle en soupire presque de contentement avant de répondre à son hôtesse.

"Je vous en prie, Moíra. Point de salamalecs. Je viens ici en voisine et avec le plus grand des plaisirs. Appelez-moi Deirdre et laissons donc les courbettes eiraliennes pour le moment."

Le ton a quelque chose de rond et de presque jovial et l'accent donne une certaine bonhomie à ses quelques mots mais, il ne faut pas s'y tromper, la toute jeune damoiselle entend être comprise et obéie sans avoir à se répéter. Du reste, bien que Gormbán soit vassal de Goddodin depuis des centaines d'années, le vieux Padraíg reste un chef de clan à respecter. Et, même si il paye tribut, il n'en reste pas moins un égal selon les anciennes lois. D'ailleurs, Deirdre goûte fort le retour aux réalités qui font son quotidien et accueille le nouveau ton du seigneur d'un air appréciateur. Suivant son conseil, elle demande également la même boisson puis, s'approchant avec plaisir du feu, elle avale une gorgée brûlante qui, cette fois, la remet complètement d'aplomb. Malgré la lancinante fatigue du trajet, la chevauchée est oubliée par la grâce de ses jeunes années. Et sa voix a retrouvé son tranchant et son attitude tout son aplomb.

"Voilà ce que j'aime chez les Gormbán ! Je me sens beaucoup mieux. Merci Messire et à vous aussi ma chère. D'ailleurs, verrai-je vos beaux enfants ? Je crois que c'est votre intendant qui en a parlé à Grand-Mère quand il est venu pour les affaires...à moins que ce ne soit la vieille Nuria... J'espère qu'ils sont tous en bonne santé."

Elle bavarde sans y penser, elle le sait. Mais elle trouve toujours plus poli de s'enquérir des uns et des autres. Malgré ce que l'on dit d'elle.

"D'ailleurs, en parlant de santé...Comment se portent vos domaines ? J'ai vu quelques belles montures dans la cour. Serait-ce que vous vous seriez décidé à faire concurrence à Mirevan ? Histoire que l'on puisse pour une fois à ces Méridians de quel bois nous nous chauffons par ici..."
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Un vieil homme

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MessageSujet: Re: Surtout, que tout se passe bien... (Noreen)   Mar 7 Mai - 19:54

Le vieux seigneur se détend petit à petit, et pas seulement parce que sa jeune invitée mentionne son fils ainé en termes aussi flatteurs. Même si ça fait bien plaisir à son vieux coeur. Meallán est sa fierté, même si personne, jamais, ne lui ferait admettre qu'il préfère son premier fils à son second, fut-ce le couteau appuyé sur sa gorge. Il ne marque aucune différence dans l'affection qu'il porte à ses deux fils, mais il ne peut se départir d'une certaine perplexité face à la propension du second à froncer le nez quand il revient rendre visite à son vieux père. D'accord, il vit dans une grande ville du Nord, mais ça n’empêche que le temps n'est pas si éloigné où il cavalait dans la boue et le crottin, tout comme son ainé, sale comme un cul de vache et souriant quand même.

L'explication vient assez vite du pourquoi la soeur cadette a remplacé l'ainée. Ainsi donc le petit frère serait malade. Le vieux seigneur marmonne quelques mots polis pour marquer un chagrin tout relatif face à cette nouvelle et souhaiter à l'enfant un prompt et total rétablissement. Même s'il fait mine de se sentir assez peu concerné, il porte néanmoins à l'information bien plus d'attention qu'il ne le manifeste. Le jeune Emun emporté par les fièvres, c'est Noreen qui deviendrait héritière de Tollnaidh, et en toute logique, Deirdre serait alors la prochaine baronne de Goddodin après la vénérable Aelith... jusqu'à la naissance de l'enfant de l'épouse actuelle de Tollnaidh, dont Padraíg a oublié le nom. Les enfants... leur vie si fragile est un souci pour tous, mais un enjeu tellement important pour ceux qui ont un nom et un domaine à transmettre... Le vieil homme jette un regard bref sur Moíra, la placide et douce Moíra. Le fils qu'elle a perdu il y a moins de deux mois aurait été l'héritier de Meallán.

Allons. Ils sont jeunes encore, et puis il y a la petite Ysen.

La servante débarrasse Deirdre qui s'approche de la flambée, manifestement transie. Ses mots pour Moíra sont cordiaux, et le vieux seigneur les apprécie. Même si la mention de "courbettes eiralienne" le ferait doucement sourire s'il ne souriait déjà. Voilà bien la jeune Deirdre, farouchement attachée à sa terre au point de vouloir en faire une île au milieu de nulle part... Les rumeurs courent sur elle et son dédain ostensible de tout ce qui sort des frontières du domaine d'Adhaírc...

Elle est jeune elle aussi... elle apprendra.

La jeune femme savoure son vin pour le goût et la chaleur, et son bien-être retrouvé fait plaisir à voir. Elle jacasse à nouveau comme la très jeune femme qu'elle est, animée et vigoureuse. L'ombre brève qui passe dans le regard de Moíra quand elle parle des enfants est tellement fugace qu'elle passe inaperçue. Pauvre fille... Deux enfants déjà qui lui tombent du ventre quelques semaines trop tôt, morts... Heureusement qu'elle a sa fille pour se prouver qu'elle est fertile. Mais Padraíg sait qu'elle souffre de chaque bébé qu'elle perd. Dame, il en souffre lui-même, alors que dire d'elle ! Mais elle est forte et courageuse, digne de son fils, et comment. Les cendres de l'enfant n'étaient retombées que depuis quelques jours qu'elle reprenait sa place, juste un peu amaigrie et pâle. Brave fille.

- Ysen joue dehors pour l'instant, mais elle nous rejoindra bientôt, je pense. L'estomac dans les talons, probablement, d'avoir tant couru avec les autres. Ces enfants sont infatigables.

Moíra sourit, et ne dit pas un mot de son ventre redevenu plat et de ses bras vides. Deirdre comprendra, sans doute. Espérons. Heureusement elle enchaîne tout aussi vite sur les chevaux, et Padraíg saisit l'occasion de détourner la conversation vers des sujets moins douloureux.

- De belles bêtes, n'est-ce pas ? Cette pouliche qui jouait les chèvres tout à l'heure est l'un des produits du croisement de nos juments avec un grand mâle offert par le beau-père de mon second fils, il vient des plaines du Nord. Un destrier robuste, mais mal adapté à nos forêts, trop lourd pour ça. Nos petites juments sont solides et plus lestes, elles, par contre, et le mélange donne mieux encore que je ne l'espérais. Vous avez vu le résultat : un peu plus de puissance, mais tout autant de robustesse, et quelle agilité ! Ces poulains sont encore trop jeunes pour la selle, mais j'espère beaucoup les voir devenir d'increvables montures de chasse.

Ravi, le vieux seigneur est très disert sur la question. C'est qu'il espère tirer de cette souche des sommes intéressantes d'ici deux ans au plus. L'hiver dernier a été assez destructeur, il a un pont à relever, trois toitures à refaire, et bien peu d'argent pour payer ses ouvriers... Souriant, il poursuit.

- Concurrence aux Méridians, bah, pourquoi faire. A chacun son terrain et sa spécificité. Les coursiers légers des Méridians ont leur utilité. Les destriers du Kevalis et des plaines d'Ismeerlane aussi... Les poneys de montagne sont très bien comme ils sont, pour les montagnes.

Il a un sourire taquin.

- Et pour nous, il y a ces montures coriaces comme les racines des arbres. Désormais certaines d'entre elles sont aussi un peu plus grandes et puissantes. Nous verrons...
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Deirdre Tollnaidh

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MessageSujet: Re: Surtout, que tout se passe bien... (Noreen)   Sam 18 Mai - 13:05

Quelque chose dans l'expression de Moíra fait brusquement tiquer Deirdre. Soudain, elle s'en veut de ne pas avoir plus prêter attention aux bavardages de l'intendant et de sa grand-mère. Une faute assurément. Cela fait partie des choses qu'elle se doit de savoir au risque de toujours blesser des gens qui, si ils sont vassaux de sa famille, n'en sont pas moins des partenaires qu'il convient de traiter avec équanimité. Elle sait qu'elle n'aurait pas dû se laisser aller à tant de familiarité et, alors que son œil gris détaille plus ou moins discrètement le visage de la belle-fille du sire Padraíg, elle semble sur le point de dire quelque chose que, finalement, elle garde pour elle. Mais, malgré son joli et jeune visage qu'elle sait contrôler, son corps semble poser une question qui s'apparente à un "Pourquoi ?". Les Gormbám vivent simplement à quelques valques de Caer Eyddin où demeurent des femmes qui pourraient aider la jeune femme à enfanter autrement que dans la peine et les larmes. Mais elle préfère ne rien dire pour le moment, toutes les discussions ne sont pas faites pour les oreilles des hommes et elle se dit qu'il vaut sans doute mieux proposer son aide à Moíra en aparté.

Ont-ils vraiment oublié qui nous sommes ? Eux pourtant si proches de nous, autrefois.

Cette brève tristesse passe tel un simple nuage dans ses yeux avant qu'elle ne retrouve le sourire. Un sourire de scène peut-être mais qui voudrait la voir remuer encore un peu le bren des autres ? Et tant pis si quelqu'un comprend qu'elle se force un peu, qu'elle ne souhaite pas être celle qui apporte la peine comme, pourtant, son prénom semble la prédestiner. Ses yeux s'arrêtent à nouveau sur Moíra. Courageuse Moíra finalement. Même si elle ne sait pas ce qu'il en est d'être à sa place, Deirdre se doute qu'elle aura peut-être un jour à porter la même douleur et à n'offrir aux autres que sourires et politesses. Et, il lui semble déjà savoir qu'elle le fera avec beaucoup moins de noblesse. Cela lui fait d'ailleurs penser à Gersande qu'elle n'a jamais aimé et qu'elle a bien volontiers haï de toute son âme. Bien vite, plutôt que d'être prise à éprouver de la pitié pour cette femme morte, elle chasse ce souvenir pour en revenir au présent et à la discussion.

Infatigables, c'est bien le mot. Je me demande à quel âge on oublie comment on peut faire preuve d'une telle énergie.

La jeune femme sourit à nouveau, oublieuse semble-t-il de son manque de tact précédent. Pourtant, si il est bien une qualité chez Deirdre, il s'agit de la mémoire. Telle Laimgadh, elle n'oublie pas et telles les pierres du Nyfed Bretwalda, elle se souvient. Peut-être est-ce dû aux longues heures passées avec Aelith à devoir apprendre, retenir et comprendre l'utilisation, les noms ou les qualités des plantes qu'elles avaient été cueillir sous la lune blanche. Mais, pour l'instant, il lui semble préférable de se complaire dans des bavardages généraux, sans aller entamer, encore une fois, l'amitié que portent les Gormbàm aux Tollnaidh et à Goddodin. Et d'ailleurs, le vieil homme semble devoir être un fort agréable compagnon de discussion bien que le sujet abordé ne soit pas vraiment, et de loin, la spécialité de la jeune femme.

Oh, elle monte bien. Cela est nécessaire. Mais elle reste assez loin des écuries depuis qu'elle a atteint l'âge où elle est devenue une femme. Elle aime les chevaux mais l'idée d'en faire commerce, de les croiser ou de les destiner à la vente lui est assez étrangère. Sans doute est-ce un défaut de son éducation ? Ou un défaut dans sa cuirasse dirait sa grand-mère. Quoiqu'il en soit, elle se rend rapidement compte qu'à aller parler des Méridianes, elle a semble-t-il vu un peu trop loin, un peu trop vite. Toutefois, la mention de la pouliche caprine la fait rire à nouveau. On ne le dirait sans doute pas en écoutant les rumeurs qui courent sur son compte mais elle a le rire facile la petite Deirdre. Loin des sombres murailles de Tollnaidh, à proximité des noires frondaisons de sa forêt, elle se sent à l'aise, prompte à la joie et aux rires, en confiance somme toute. Certes, ce n'est pas le grand rire gras et rauque qu'ont parfois les hommes du coin. Mais il est joli, amusant, tout à trac et, surtout, elle ne se met guère en peine pour le contrôler.

"Increvables et portées à prendre le mors aux dents, non ? Comme les hommes et les femmes d'ici, tiens. Je l'aime bien votre chèvre, moi. Je suis même certaine que mon père ne trouverait rien de mieux à dire qu'elle me ressemble," ajoute-t-elle, toujours rieuse. "Quand vous les aurez dressées à votre convenance, amenez-en quelques-unes à Caer Eyddin. Je suis sûre que Aelith et moi pourront vous en donner un bon prix."

Elle a toujours le rire au fond des prunelles mais le ton est devenu un je-ne-sais-quoi plus sérieux alors qu'elle terminait sa phrase. Certes, la baronnie n'est pas aussi riche que celle de son père mais, tout de même, il y aura bien de quoi acheter deux ou trois montures de Gormbàm en raclant le fond des coffres. En tous cas, il y aura sans doute assez pour satisfaire les besoins de Padraíg. Si elle n'est pas vraiment à l'aise quand il est question d'élevage ou de dressage, la jeune fille est suffisamment au courant des affaires de sa baronnie pour avoir reconnu quelques signes quand elle a franchi la borne qui marque le début des terres du vieil homme. Ici comme dans chez d'autres vassaux, les ravages de l'hiver et le manque de liquidités se font sentir. Il n'y a qu'à voir l'état du pont qu'elle a traversé. Autant dire que si Deirdre dénigre les domaines paternels, elle n'est pas mécontente de savoir que, parfois, le clan Goddodin peut bénéficier de cette manne pour subvenir à certaines coûteuses réparations. Mais cela, elle préfère bien se garder de le répéter ou de simplement le dire. Puis, de toutes façons, le vieux seigneur commente son idée étourdie d'aller faire concurrence à leurs voisins des contrées du Sud.

"Justement, messire. Ce n'est pas comme si vous pouviez inonder les terres de la Comtesse Aliénor avec vos canassons. Ni causer à ses éleveurs beaucoup de pertes. Mais entre les grands destriers du Nord, leurs coursiers légers et les petits poneys aux sabots agiles, il reste de la place. Je suis presque certaine que vous pourriez trouver quelques acheteurs. Pas forcément beaucoup, c'est certain. Mais je pense qu'ils vous en donneraient un meilleur prix que ce que pourraient se permettre de faire certains de nos voisins, voilà tout. Rien n'empêche de se renseigner."

Cette fois-ci, le ton est absolument sérieux et, osera-t-on le penser, concerné. Dee n'aime pas beaucoup savoir ou imaginer que ses propres voisins se pensent en dessous des fins, longs et courtois habitants de la région d'à côté. Pourquoi ne pas oser finalement ? Il n'y aurait qu'une simple rivière à traverser. Toutefois, elle n'ajoute rien de plus. Elle n'est pas en position de forcer la main à Padraíg sur ce sujet. Elle ne veut pas réellement non plus et elle ne sait pas plus si son idée est viable. D'autant que la vente de chevaux est assez loin de ses préoccupations premières et présentes.

"Enfin, ce ne sont là qu'élucubrations de jeune fille. Je ne suis pas assez au fait de ces affaires pour que mon avis ne puisse souffrir aucune contradiction. J'espère vraiment que vous pourrez faire de bonnes transactions."

Un bref haussement d'épaules puis un sourire malicieux presque jeté au vieillard. Elle n'a pas envie de l'importuner en insistant pour faire valoir son point de vue bien que cela la démange presque. Mais elle a un certain respect pour ses aînés, d'autant plus quand ils semblent être taillés du même bois que les arbres d'ici. Puis, sautant du coq à l'âne, elle ajoute :

"Nous avons reçu une lettre d'Eoghan, il y a peu. Il va venir par ici quelques jours, peut-être une décade. Et nous aider à recevoir un des Gardiens de la Reine Iseult. Vous savez, ce Cîmerouge qui a été fieffé sur la Côte-Rousse. Un héros, paraît-il. C'est ce que Père m'a dit de lui."

Elle doute que le seigneur Padraíg connaisse de visu l'homme qu'elle vient de citer mais sait-on jamais. L'homme est âgé, il a vu plus de choses qu'elle et connu plus d'hommes et de femmes puissants qu'elle n'en connaîtra sans doute jamais.

"Je ne sais trop que penser de cette...visite. Grand-Mère non plus."

Elle a failli dire intrusion mais s'est retenue à temps. Rien ne sert de commettre un impair alors qu'elle parle d'une personne ayant l'oreille de leur souveraine bien aimée. Toutefois, cette arrivée laisse la jeune Deirdre pensive. Elle n'a jamais souhaité voir ce qui s'étendait au-delà de son horizon proche mais cette visite l'inquiète et l'interroge tout ensemble. C'est un grand honneur, certes, un très grand honneur. Jamais auparavant le clan Goddodin n'a vu un personnage de cette envergure sous son toit. Certes, ce n'est qu'un fils de serf mais il a l'oreille de la reine. Cela annule sans doute les effets néfastes de sa naissance et, à vrai dire, Deirdre s'en moque assez. La puissance ne réside sans doute pas dans le titre, il n'y a qu'à voir son propre père.

"Je ne sais pas pourquoi mais j'ai eu la...sensation que son arrivée prochaine risquait de sonner le glas de notre tranquillité."

Les mots ont été utilisés à dessein. Deirdre est une Nàhacht. Pas une simple accoucheuse aux larges pouces affublée de ce surnom honorifique, elle vient de Goddodin. D'une lignée qui a toujours vécu sous les branches de Laimgadh et prié les hautes pierres du Nyfed Bretwalda. Et elle sent confusément que cette arrivée prochaine pourrait tout remettre en cause.
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MessageSujet: Re: Surtout, que tout se passe bien... (Noreen)   Sam 6 Juil - 11:59

Le vieux seigneur est à présent détendu, apaisé, et tout à son plaisir de discuter avec une interlocutrice inhabituelle. La jeune Tollnaidh ne manque pas d'intelligence ni de finesse, son humour le dit autant que la manière rapide qu'elle a d'adapter son propos aux informations nouvelles et aux changements d'orientation. Padraig ne manque pas d'échanges intéressants avec ses fils et au moins une de ses belles-filles, mais une voix nouvelle est toujours agréable à entrendre.

Le vieil homme sourit largement quand la jeune rousse souligne sa ressemblance avec la pouliche rétive qui dansait dans la cour. Il n'aurait pas osé le dire lui-même mais puisqu'elle s'en charge, il faut bien admettre que oui, en effet... Un petit projet se forme dans son esprit, le genre de projet qu'il construit pour se distraire dans les moments d'oisiveté, tout rares qu'ils sont : élever la bête et la dresser du mieux possible et, qui sait, en faire cadeau à Deirdre quand l'occasion s'en présentera. Elle finira bien par se marier, non ? Dans n'importe quels liens, même doux, elle finira par avoir des envies de galopades, et la jument sera là pour elle...

- Certainement. J'aurais commencé par là, quoi qu'il en soit. Par plaisir autant que par devoir, il me faut commencer par ma suzeraine, n'est-ce pas ? Même si Dame Aelith n'a jamais apprécié les chevauchées, si je me souviens bien...

Et il a quelques souvenirs lointains de la Dame de Goddodin, jeune encore et droite comme un roseau... La flamme de ses cheveux s'est éteinte sous le gris de l'âge, mais celle de son regard ne faiblit en rien, en tout cas la dernière fois que le vieux seigneur est allé rendre visite à sa suzeraine...

Mais mieux vaut ne pas ressasser ces vieilles amours de gamin... Je le savais dès le début, qu'elle n'était pas pour moi. Même si il m'est arrivé d'en rêver encore longtemps après, pardon à ma chère Alanna...

Le chapitre de la sélection et de la vente des chevaux et autres produits de la culture et de l'élevage pourrait le tenir occupé pendant bien d'autres heures, mais voilà qui ne doit pas passionner beaucoup cette jeune femme. Elle possède déjà un savoir dont il ne peut qu'entrevoir la complexité, que lui importent les paniers de fruits et les mises bas des vaches ?... Enfin qui sait, quand elle sera maîtresse de son domaine au côté de son époux, sans doute qu'elle en viendra à prendre en main ce genre de choses, mais d'ici là, même si la politesse lui fait répondre de son mieux aux radotages de son interlocuteur, celui-ci garde encore assez de clairvoyance pour percevoir que ça ne tardera plus à l'ennuyer. D'autant plus qu'elle a raison, Gormban commencera évidemment par les marchés locaux, mais tant mieux si les ventes s'étendent au-delà des frontières pour toucher les comtés voisins.

La jeune femme en vient à plaider l'incompétence et le vieux seigneur est à deux souffles de se récrier, quand le sujet change radicalement. Padraig referme la bouche, et fronce légèrement les sourcils. Un regard vers Moira, également perplexe, puis il revient à Deirdre.

- Cîmerouge ? Le Gardien de la Reine ?

Il se souvient du jeune capitaine, il l'a brièvement rencontré lors d'un visite à Falyse, deux étés plus tôt. Un homme discret mais très correct, le genre qui voit tout et parle peu. Padraig n'a rien à cacher et donc le regard à la fois intense et circonspect de Cîmerouge ne lui a causé aucune gêne, mais il se souvient avoir vu plus d'un seigneur, et même quelques barons, perdre contenance. Un homme probablement redoutable. Le petit fief qu'il a reçu dans le comté voisin était à l'abandon depuis des lustres, son propriétaire préférait de loin danser dans les fêtes de la capitale que s'occuper de son bien. Et visiblement il a choisi le mauvais camp lors de l'insurrection, ce qui lui a valu d'aller danser dans les geôles, voire au bout de la corde. Toujours est-il qu'à présent le domaine de Cîmerouge vit à nouveau d'une autre vie que celle des chats errants et des chauves-souris. Une bonne chose.

Attentif, Gormban scrute le visage lisse de son invitée. La jeune fille est troublée, c'est net. Troublée, inquiète, même. Il lui répond doucement, la voix songeuse.

- Qu'en penser, ma foi, je ne sais pas... Tout est possible avec cet homme-là. Il m'a fait l'impression de pouvoir cacher un but derrière trois autres niveaux de buts apparents imbriqués les uns dans les autres. Intelligent, sans aucun doute. Dangereux ?...

Le vieux seigneur se gratte le menton à travers sa barbe.

- Peut-être. Tout dépend de la raison de sa venue.

Il sourit.

- Mais je ne le vois pas déstabiliser toute une région sans une raison majeure. Et quelle raison majeure aurait-il ?... Les Olthiair comptent parmi les fervents alliés de la Couronne, et les Adhairc, que je sache, n'en sont pas ennemis. Je ne sais pas s'il faut craindre quelque chose de lui.

Une lueur taquine dans l'oeil, le vieil homme plaisante sa jeune invitée.

- A part un coup de foudre sans espoir. Il me semble qu'il est assez bel homme, pour ce qu'un autre homme puisse en juger.

Moira sourit, un même pétillement dans l'oeil.

- Oh... trop sérieux pour être vraiment attirant...

Puis, exemplaire, elle reprend son sérieux et sa courtoise discrétion, sous le coup d'oeil faussement courroucé de son beau-père.

[pardon pour les accents, le clavier de mon portable est vraiment très incomplet]
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Deirdre Tollnaidh

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MessageSujet: Re: Surtout, que tout se passe bien... (Noreen)   Jeu 14 Nov - 12:12

Rapidement, Deirdre se rend compte qu'elle aime la façon dont le vieillard tourne ses phrases et que, d'une certaine façon, il y met grand soin. Est-ce de la précaution ? Un simple respect immémorial ? Elle n'en sait rien et, finalement, ne s'en préoccupe pas beaucoup. Elle savoure l'instant. Et c'est assez rare chez elle pour qu'elle en profite pleinement. Elle est bien réchauffée maintenant, et par le cordial, et par le feu brûlant dans l'âtre. Les visites chez des vassaux devraient toujours se dérouler ainsi : simples et joviales avec une dose mesurée de respect de part et d'autre. Somme toute, la petite se dit que les femmes de Goddodin ont bien de la chance. Padraig pourrait tout aussi bien les mépriser pour leur sexe, même à l’orée des sombres branches de Laimgadh. Et elle est contente, voire simplement ravie, de pouvoir parler d'une grand-mère - la seule qu'elle connaisse en fait - qu'elle aime et respecte infiniment. Ce simple fait est d'ailleurs assez rare dans sa famille pour être digne de mention.

"Je ne sais pas. Elle était déjà très vieille quand je suis venue vivre avec elle, messire. Et les grandes chevauchées sont délicates dans notre forêt," répond-elle avec une petite moue enfantine. "Et puis, elle ne veut plus trop quitter Caer Eyddin, désormais. Elle dit que les routes ne sont pas la place d'une vieille femme comme elle et que c'est à moi, enfin à nous, si on compte Noreen, de la remplacer. Elle nous ressemblait ? C'est ce que certains disent mais j'ai du mal à me l'imaginer plus...jeune."

Et elle aimerait bien le savoir. Elle aime bien tout connaître, la jeune Deirdre. Le savoir est, paraît-il, une arme mais, pour elle, il s'agit surtout d'appréhender encore mieux les bois de Goddodin. Son aïeule est si vieille, si ridée et si sage qu'elle doute parfois de leur ressemblance. A-t-elle été comme elle ? Du vif-argent lui a-t-on parfois dit...Elle peine à s'imaginer la fière et sereine Aelith rongée du même feu qui brûle chez la cadette de ses petites-filles ou, même, entretenir les mêmes espoirs politiques que sa sœur aînée. Pourtant, et malgré l'imagination limitée de Deirdre à ce sujet, la vieille a été, un jour, une belle jeunette si on en juge par l'apparence des femmes de sa descendance. Parfois, certes, elle lui pose des questions sur le passé mais la jeune fille trouve toujours plus amusant de jauger l'histoire par des regards extérieurs.

En tous cas, la mention de Cîmerouge semble avoir troublé le vieux seigneur. A vrai dire, la jeune fille n'en doutait guère. Ce n'est pas souvent que le Slianathaír est l'objet de royales visites. Même si elles ne sont que le fait d'un émissaire. Elle pense qu'il doit y en avoir plus souvent chez cet étrange Cédric ne serait-ce qu'à cause de la proximité de Falyse avec le Nord de la région. Mais ici... Enfin, elle avait toujours eu l'impression que les comtes d'Ardhaíc se rendaient plus volontiers jusqu'à la capitale que le contraire.

"S'imprégner de l'histoire de la région, il me semble...mais je peine à comprendre pourquoi cela pourrait intéresser l'un des hommes de la Reine Iseult. Ni même la reine. Ils ne pensent pas comme nous."

Elle ne sait pas vraiment si l'homme est dangereux en lui-même. Non, elle ne le pense pas. C'est sa venue même qui est dangereuse. Ou, plutôt, cette arrivée pourrait changer quelque chose à des millénaires de sommeil. Cela reste quelque chose de diffus dans son esprit, d'impalpable, d'étrange... Peut-être n'est-ce qu'une crainte propre à sa seule personne ? Elle espère que ce n'est que cela. Le fait de voir venir quelqu'un du Nord suppose, qu'à son tour, elle puisse quitter ses bois. La suite, impromptue, lui fit hausser les sourcils et le regard qu'elle jette sur le vieux vassal est surpris. Et plein d'incompréhensions. Durant une seconde, elle manque de lui exploser à la figure, de projeter loin son dédain pour l'homme et sa colère à la simple idée que l'on puisse l'imaginer se donner à cet étranger. Ou simplement avoir un vulgaire béguin pour lui. Elle est au-dessus de ces simples émotions ou, du moins, s'imagine ainsi. Ce qui est vrai, c'est que l'origine de l'homme suffit à la jeune fille pour qu'elle soit aveugle devant son air cavalier. Du moins le suppose-t-elle ainsi. Les filles bien nées comme elles ne se fourvoient pas avec des esclaves anoblies pour un quelconque petit fait d'armes. Même si le quelconque et le petit restent, évidemment, à voir... Enfin, elle ne peut tout simplement pas se draper dans sa superbe de noble damoiselle bafouée et cracher son venin sur l'homme. Diplomatie a dit sa grand-mère. Diplomatie... Elle n'a jamais été très forte pour ne pas dire tout haut ce qu'elle pensait. Elle tire même une certaine fierté de sa franchise abrupte et tranchante qui lui semble être une qualité des gens d'ici. Mais, depuis peu, elle a compris que l'on pouvait être péremptoire tout en restant civile et que, étrangement, cela aide à éviter les tensions. Si bien qu'après la surprise choquée, elle se force à sourire. Un sourire crispé, certes, et, faut-il le dire, absolument hautain. Tout entier destiné à l'image qu'elle se fait de l'homme de la Reine.

"Comme je vous le disais, ma grand-mère est une vieille femme. Je ne vois pas la dame des Goddodin s'enticher d'une jeune premier."

Sous-entendu, la même chose s'applique pour la glorieuse Deirdre Tollnaidh. Après tout, mis à part les filles et épouses des deux comtes, elles ne sont pas nombreuses à être mieux nées qu'elle dans la Région.

"Donc vous le connaissez ce Cîmerouge, seigneur Padraig ? Vous aussi, dame Moíra ?"
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Un vieil homme

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MessageSujet: Re: Surtout, que tout se passe bien... (Noreen)   Dim 8 Déc - 21:25

Le sursaut indigné de la jeune rousse est assez comique pour que le seigneur Padraíg s'inquiète de cacher au mieux l'envie de rire qui lui chatouille les moustaches. Un regard très bref échangé avec sa belle-fille manque de le faire chuter dans un fou-rire qui aurait été du plus désastreux effet, mais le vieil homme, pour apprécier la spontanéité, n'en est pas moins conscient que la petite-fille de sa suzeraine a l'orgueil indéniablement sensible.  Il autorise son sourire à rester pareil, mais certainement pas à s'approfondir. Moira, elle, trouve soudain nécessaire de rectifier l'alignement d'une bûche du feu qui menaçait de rouler hors de l'âtre, et joue du tisonnier, dos tourné.

Une gamine, encore, pour ce qui est de l'amour. Aucune idée du fait que cette force-là transgresse absolument toutes les barrières, aussi bien géographiques que politiques et même sociales. Qu'elle garde ses illusions sur sa belle grandeur et sa noblesse... tout ce que je lui espère, à la pauvrette, c'est de ne pas tomber pour les beaux yeux d'un paysan ou d'un vulgaire berger. Ce serait un grand malheur et un déchirement pour elle...

Mais bon, ce n'est pas mon problème après tout. Elle n'est pas ma fille ni ma petite-fille, ce n'est pas à moi de la protéger ni de l'avertir.


L'esquive est jolie, quand même. Faire semblant d'avoir compris de travers et de croire sa vénérable aieule concernée par la plaisanterie, c'est... en fait, vraiment pas subtil. Et d'autant plus drôle. Mais il ne faut pas rire pour autant, elle se fâcherait.

Le vieux Padraíg aurait bien détourné la conversation et embranché sur ses souvenirs de l'Aelith de sa jeunesse, mais la jeune Deirdre lui épargne ce détour doux-amer en poursuivant sur le sujet de l'homme de la Reine. Tant mieux finalement. Aelith vaut mieux qu'une vague diversion. Les images qu'il garde d'elle sont trop délicates pour ce moment-ci, il préfère les réserver pour plus tard. Et comme la jeune fille a décidé de mêler Moira à la conversation de manière plus étroite, le vieux seigneur profite de l'aubaine pour la laisser répondre, à présent que la cheminée ne la préoccupe plus autant. Tranquille, Padraíg se prépare une pipe en écoutant la réponse de sa belle-fille.
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MessageSujet: Re: Surtout, que tout se passe bien... (Noreen)   Dim 8 Déc - 21:25

Il n'a fallu que quelques secondes à Moira pour reprendre son sérieux. La lutte de son beau-père contre le fou-rire était du plus haut comique, presque aussi amusante finalement que la fierté outragée de la rousse pucelle sous l'allusion pourtant anodine et sans malveillance. Elle n'a jamais vu Cîmerouge, elle ne sait rien de son allure ni du charme qu'il pourrait avoir.

Ce pourrait être très drôle qu'il l'éblouisse... mais peu probable.

Un doux sourire aux lèvres, l'image même de la douceur sérieuse et pondérée, la jeune femme garde ses yeux tranquilles levés sur ceux, tempêtueux et pleins d'une anxiété sourde, de sa cadette. Elle a un talent pour apaiser les tensions et calmer les conflits, talent bien utile quand ils s'agit d'empêcher son époux ou son beau-père d'étriper l'autre belle-soeur à l'arrogance insupportable. Par exemple.

Pourvu que celle-là reste longtemps occupée ailleurs.

- Le connaître, c'est beaucoup dire... J'ai accompagné mon époux à Falyse l'été dernier, pour le Conseil, quand le Seigneur Padraíg est resté sur le domaine pour gérer les conséquences de cet incendie, vous devez vous en souvenir...

L'événement a laissé plusieurs velds de bonnes terres réduits en cendres, et un hameau dévasté. Deux paysans sont morts de leurs brûlures, mais les remèdes envoyés par la noble Nahácht de Goddodin, apportés par ses deux petites-filles, ont fait merveilles. Deirdre se souvient sûrement de ces quelques jours passés à sauver les blessés, trois enfants et une jeune femme. Moira, quant à elle, se souvient encore des gémissements du plus jeune, et elle s'en souviendra sûrement jusqu'à sa mort...

- Nous l'avons brièvement rencontré, et avons assisté à une audience où il était présent. Mon époux a échangé quelques mots avec lui ensuite, au détour d'un couloir, il était question des habituels problèmes frontaliers, évidemment, et de l'incident du printemps avec les Toliarthyn.  

Ca aussi elle doit s'en souvenir, non parce que c'est exceptionnel, loin de là, mais parce que c'est récent. Même si cette fois ses connaissances et ses pouvoirs n'ont pas été sollicités.

- Il m'a paru sérieux, très attentif. Son regard m'a déconcertée, je l'avoue. Un regard très intense et sombre, vigilant. Je ne m'attendais pas non plus à tant de courtoisie et de correction chez un homme d'origine roturière. Certains nobles de ma connaissance semblent finalement plus gueux que lui...  

Mais elle ne s'avancera pas jusqu'à les nommer...même si Deidre peut avoir quelques idées sur le sujet. Calum Toliarthyn, pour ne citer que lui... mais soit.

- Je crois que cet homme a une volonté très forte et de grandes capacités, et encore, il me semble du genre à ne pas tout révéler tant que les circonstances lui permettent de rester dans l'ombre. Oui, c'est peut-être un homme dangereux, pour ceux qui se dressent entre lui et ses objectifs... quels qu'ils puissent être.

Moira sourit toujours doucement. Elle sait pour sa part que ni son époux ni son beau-père n'ont le pouvoir de se mettre en travers de la route d'un homme aussi puissant que Cîmerouge. Mais un fond d'angoisse l'habite à l'idée que leur suzeraine, et au-delà d'elle, leur comte, eux, peuvent en décider autrement.
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