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 Y Goddodin

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Deirdre Tollnaidh

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MessageSujet: Y Goddodin    Jeu 14 Fév - 15:34

La longue colonne avançait sur l’ancienne route qui reliait le cœur du Slianathaìr d’un pas tranquille et presque paresseux Le voyage avait débuté quelques jours auparavant depuis le cœur de la forêt de Laimgadh, écrin des domaines du clan Goddodin auquel appartenait la toute jeune femme qui chevauchait au centre de la formation. Elle n’était accompagnée que de deux femmes, sans doute des suivantes, tandis que le reste du cortège était composé d’hommes frustres et lourdement armés dont les vêtements râpés et vieillis par les intempéries portaient tous l’insigne de leur clan : le tartan habituel du clan des Goddodin, antique lignée qui avait régné sur les profondeurs sylvestres du Slianathaìr aussi loin que pouvait aller la mémoire des hommes.

Depuis qu’ils avaient quitté le couvert des frondaisons, la plupart des hommes étaient nerveux contrastant en cela avec l’attitude hiératique de celle qui, par la force des choses, commandait à la petite escorte. Non qu’elle soit véritablement sereine ou même calme mais, par habitude, Deirdre préférait garder pour elle ce que ne pouvait comprendre ses commensaux. Encore rappelée dans ce fief qui lui donnait une vague impression d’exil et de nudité… Et tout cela parce que la nouvelle épouse de son père avait décidé de mettre à bas un énième bâtard. Espérait-on vraiment qu’elle pourrait encore s’en réjouir ? Elle ne l’avait déjà pas fait pour la naissance de celui de Garsende plusieurs années auparavant et elle ne commencerait sans doute pas aujourd’hui. Se sortant de ces morbides pensées, elle avisa une stèle qui, dressée depuis la nuit de temps, rappelait à chaque voyageur qu’il entrait sur le territoire soumis au baron de Drunaidh et donc à sa famille. Enfin ! Ils voyaient finalement la fin de cette trop longue excursion. Avec un peu de chance et l’aide des vieilles croyances, peut-être que cette dinde d’Evaine ne réussirait qu’à leur fournir un petit être fendu de bas en haut. Elle secoua la tête avant d’ordonner le déploiement de sa bannière afin d’annoncer son arrivée à la forteresse de son père. Semblable à celle de Noreen, les armes de la famille de son père étaient écartelées par celles de sa mère, le blason du clan Goddodin.

Alors qu’ils avançaient sur les terres de l’immense baronnie, quelques paysans ou éleveurs encore aux champs malgré l’heure avancée s’approchaient du bord de la large piste pour ôter leur couvre-chef à la fille du baron. La fille du seigneur…Deirdre se demandait souvent si on ne la confondait pas plus souvent qu’à son tour avec sa sœur aînée. Mêmes cheveux de feu, même traits…Oui, sans doute la prenaient-ils pour Noreen. Encore que l’escorte venue du Sud, les tartans et les mines sauvages de son escorte les renseignent sans doute bien vite sur son identité. D’un geste sec, elle rabaissa la lourde capuche bordée de fourrure qui la protégeait de la bruine du soir révélant tout à fait l’épaisse chevelure domptée en une multitude de petites nattes assemblées en un chignon bas piqué de plusieurs petites pierres vertes que l’on extrayait encore de la Montagne-Serpent. Sliagh-Annathaírh…Il faudrait un jour prochain qu’elle tente l’ascension jusqu’aux villages d’altitude abritant encore quelques mineurs.

Quelques murmures lui parvinrent. Sans doute priait-on les Astres de les protéger du retour de l’une des sorcières de Laimgadh. Quelle bande de pantins…Fallait-il qu’ils aient oublié les antiques croyances et les vieilles traditions pour ne pas savoir faire la différence. Elle secoua la tête avant qu’un sourire méprisant ne se dessine sur ses lèvres pleines. Il n’y avait plus que quelques heures jusqu’à la forteresse et sans doute réussiraient-ils à l’atteindre avant la fermeture des portes pour la nuit. Cela éviterait bien du remue-ménage. Si il fallait en plus remonter la herse et redescendre le lourd pont-levis pour lui éviter de passer une nuit dehors, nul doute qu’elle rebrousserait chemin avant que son père n’ait eu le temps de dire «Drunaidh ».

Sans doute avait-on prévu ce coup de sang de la cadette car, dès que son cortège fut en vue des remparts, un son ébranla l’air. La corne de brume brisa le silence qui s’était établi sur les champs à cette heure sombre entre chien et loup. Accélérant l’allure, ils franchirent le dernier tournant qui menait à l’entrée du château proprement dite. Avec un profond soupir, après avoir répondu aux sommations d’usage, elle commanda à son hongre d’avancer d’un léger mouvement des reins écoutant, au passage, le bruit des fers résonnant sur la pierre dure qui formait les épais remparts ceignant la forteresse. Elle n’arrêta sa monture que lorsqu’elle fut arrivée devant les écuries avec les hommes de son escorte. Aidée par l’un des soldats, elle démonta souplement, plus légère qu’une plume sur son avant-bras, et jeta un coup d’œil circulaire autour d’elle. Heureusement que Noreen serait là, elle n’aurait pas pu supporter la vieille demeure sans sa présence.

Elle avança dans la cour commençant à débuter la montée du degré qui amenait à l‘étage noble où devait très certainement l‘attendre au moins sa sœur. Rendant les saluts de quelques légers signes de tête, elle finit par être introduite dans la salle où l‘attendait Noreen :


 « Ah Noreen ! Qu'il est bon de te voir, ma sœur. »

Spoiler:
 
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Noreen Tollnaidh

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MessageSujet: Re: Y Goddodin    Ven 15 Fév - 19:31

Dans le vent furieux de l’hiver, claquaient haut les étendards sang et or au chef sombre au dessus des quatre tours massives du château de Tollnaidh qui trônait fièrement en haut de sa colline. Le ciel était encore gris tout comme les yeux de Noreen qui, du haut des remparts scrutait la route avec attention, mais la boue profonde du chemin trahissait le mauvais temps de ces dernières semaines. Elle craignait que le voyage n’en soit que plus pénibles voir dangereux aussi attendait elle avec impatience d’apercevoir la petit cohorte de sa sœur apparaître à l’horizon. Faisant les cent pas sur le chemin de ronde depuis quelques heures déjà, elle ne prêtait plus attention aux soldats qui s’inclinaient à chacun de ses passages. De toute façon, lorsque son père était présent, elle se trouvait fort désœuvrée ici et s’il n’avait été ses obligations en tant que fille ainée et belle fille, elle aurait rejoint sa sœur à Goddodin avec joie. Mais depuis quelques semaines, elle ruminait entre les pierres grises claires. Au départ elle avait espéré que cette grossesse n’arriverait pas à terme, mais le ventre d’Evaine semble désormais prêt à exploser et la jeune femme est absolument radieuse malgré la fatigue. Mais à vrai dire, la belle mère n’était pas l’unique cause de son mécontentement.

C’est donc avec un grand soulagement aussi dissimulé que son inquiétude qu’elle aperçut enfin la colonne en livrée vert et argent. Car même si ceux qui la connaissaient bien ne pouvaient l’ignorer, elle avait pu mettre cette attente sur le compte du devoir et n’avait cessé de donner des ordres pour que tout soit prêt. Encore une fois, elle donna ses instructions d’une voix forte après avoir esquissé un léger sourire et descendit à la hâte les escaliers escarpés du chemin de ronde pour descendre dans la cour. Quelques secondes plus tard, le Cor du château de Tollnaidh retentit dans la plaine et les collines alentours, avertissant chacun du retour de la cadette des rouquines. Les bottes de cuir fourrées de l’ainée firent des bruits de sussions dans la fange spongieuse pendant qu’elle se dirigeait d’un pas décidé vers les escaliers menant au château prête à attendre sa sœur. Evaine avait insisté pour être présente à l’arrivée de Deidre, mais pour éviter tout malentendu, sa belle fille lui avait dit qu’il serait bien plus responsable de sa part de rester au chaud et de se reposer. Quand à Erlend, il se reposait entièrement sur sa descendante pour ce genre de tâche et ne voyait pas tellement pourquoi il accueillerait sa fille comme une invitée de marque. Tout le monde devait donc attendre pour commencer le repas dans la grande salle, mais seuls les capitaines et les dames de compagnies de la cadette y seraient conviés. Les autres soldats logeraient avec ceux de la maison dans les dortoirs, et si ça n’était pas la première fois, c’était toujours assez étrange de voir les armures et les livrées à l’aigle d’or se mêler aux tartans.

La jeune femme portait elle-même un long et épais tartan principalement rouge et vert drapé sur son épaule par-dessus une chemise blanche et un gilet ajusté de velours noir, ses longs cheveux rouges simplement nattés en une épaisse tresse qui tombait sur son épaule. Elle entra pour s’assurer que tout était en place et avant d’avoir eut le temps de ressortir, Dee avait passé la porte à son tour, et pendant qu’un sourire se dessinait sur ses lèvres, elle ouvrit les bras et embrassa sa sœur en lui murmurant :

« J’ai des milliers de choses à te dire Dee, faisons en sorte que ce repas ne s’éternise pas trop pour pouvoir vite se mettre à l’abri des oreilles nordistes. »

C’est alors que les deux sœurs firent leur entrée dans la grande salle après l’annonce de l’homme de service et virent s’installer, après les salutations d’usage, à la droite du père qui trônait au milieu de la table d’honneur. D’un geste, Noreen lança les hostilités et les domestiques apportèrent les premiers plats pendant que d’autres servaient bière et hydromel.

« Bienvenue à Tollnaidh Deidre, cela fait bien longtemps que vous ne nous avez pas honoré de votre présence. » Se risqua Evaine.

Pourquoi ne peut-elle jamais se taire ?

- Emun ! Evaine, j’ai consentit à installer mon petit frère à côté de vous, je vous prie de faire en sorte qu’il se tienne correctement s’il vous plait. Fit remarquer la jeune femme d’un ton sec, avant que les choses ne s’enveniment, alors que l’enfant s’agitait aux côtés de sa belle mère.
- Noreen… Tenta d’interférer Erlend
- Père ? Répondit Noreen avec froideur, consciente qu’elle était dans le juste.
- Emun, tiens toi correctement et n’embête pas Evaine.

Évidemment, une remarque sur le manque d’autorité latent et l’incapacité de la future mère à éduquer correctement un fils démangeait les lèvres pleines de la grande rousse. Mais elle se contenta de se tourner vers Dee avec un regard et des sourcils exaspérés et un bruyant soupire. Evaine, elle, faisait de son mieux pour calmer les ardeurs du jeune garçon mais il avait l’habitude d’obéir à Noreen, pas à cette blonde et douce jeune femme qui avait à peu près autant de poigne que de jugeote.

« Ma sœur, ton voyage n’a pas été trop pénible j’espère. Comment se porte Goddodin et le manoir de Caer Eydin ? Laimgadh me manque sais-tu ? Je pense m’y rendre dès après la naissance. »

Fit l’ainée des Tollnaidh pour repartir sur une conversation moins sujette à controverse, bien que totalement dénouée d’intérêt ce dont elle s’excusa auprès de sa cadette avec un léger haussement d’épaules. Puis elle se tourna rapidement vers son père pour observer sa réaction à propos de ce voyage…
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Deirdre Tollnaidh

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MessageSujet: Re: Y Goddodin    Ven 15 Fév - 21:56

Deux fossettes d’amusement se creusèrent sur les joues de la cadette alors qu’elle écoutait sa sœur la prier de ne pas faire durer le repas. Certaines choses ne changeraient décidément jamais. Mais l’une comme l’autre avaient désormais dépassé l’âge de s’éclipser en cachette pour aller pouffer des heures. Aussi, la jeune femme lui rendit-elle son embrassade affectueuse avant de se tourner vers son père, sa belle-mère et son frère. Les ignorer aurait sans doute été pire que discourtois d’autant que, étrangement, la jeune femme n’en avait pas véritablement envie. Toutefois, cela était simplement vrai pour son père que, malgré leurs différences, la jeune femme respectait au moins pour sa place de chef de famille. Il n’en allait évidemment pas de même pour le bâtard et la seconde dinde. Alors qu’elle s’était faite miel pour saluer sa sœur, son menton se redressa légèrement renforçant l’impression de hauteur qui se dégageait parfois des manières de Deirdre et elle dédia un imperceptible signe de tête à l’égard de la baronne. Son regard s’égara quelques instants sur le ventre distendu de l’autre jeune femme amenant un éclat presque malveillant dans ses yeux avant qu’elle ne se décide à parler. Malgré tout, le ton de sa réponse était cordial si l‘on passait sur son effet quelque peu infantilisant pour l‘objet de l‘attention de Deirdre…du moins autant que pouvait l’être une Náhacht en général et la cadette des Tollnaidh en particulier.

«Merci Evaine. Je vous avoue que la grossesse vous sied à ravir. Toutes mes félicitations. Et à vous aussi Père, » ajouta-t-elle à l’égard du baron auprès duquel elle vînt s’assoir après lui avoir donné l’accolade familiale de rigueur bien qu’elle eût été sans la chaleur de celle dont avait bénéficié Noreen.

Elle salua le petit Emun d’un demi-sourire sans en faire plus de cas. Il ne faisait pas partie des personnes l’intéressant dans la pièce. Au même titre qu’Evaine par ailleurs, il n’y avait bien que l’enfant qu’elle portait en son sein qui pouvait immédiatement éveiller son intérêt bien différent cela dit de celui, tout naturel, qui aurait dû être celui d’une fille dévouée. Elle passa également sur la petite rixe de salon ayant lieu entre la baronne et son aînée considérant que l’éducation de l’héritier du Drunaidh ne la concernait pas. Tout comme d’ailleurs l’avenir des domaines de son père. Pis encore, elle voyait assez mal l’effet que pourrait avoir l’autorité relative de la troisième épouse de son père sur son cadet. Toutefois, le gamin continuait de remuer sur sa chaise, sans doute enthousiasmé ou excité par le repas fêtant le retour d’une sœur qu’il ne voyait pour ainsi dire jamais. Il s’attira rapidement un regard glacial de la jeune fille qui entendait, pour sa part, manger en paix après plusieurs jours de voyage sous la pluie. Mais elle ne réagit pas vraiment devant l’exaspération de Noreen. Evaine, tout comme Emun, ne l’intéressait pas. Et, si ils n’élevaient pas trop la voix, leur présence ne lui faisait pour ainsi dire ni chaud ni froid. Elle était plus agacée par la prodigalité dont le maître de maison avait fait preuve pour fêter son retour. Il n’y avait pourtant pas de quoi fouetter un chat…Avait-il abattu le veau gras ? Cette simple réflexion attisa un léger sourire d’une ironie marquée alors qu’elle se tournait vers sa sœur qui faisait, platement - il fallait bien se résoudre à l’avouer -, les frais de la conversation.


 « Comme moi, tu as déjà parcouru cette route, Noreen, et tu sais bien qu’elle n’est guère agréable à cette époque de l’année. » répondit-elle d’un ton paresseux tout en pensant que le chemin était effectivement bien moins agréable dans un sens que dans l’autre. Et, en connaissant Deirdre, il n’était pas difficile de savoir vers où penchait sa préférence.  « J’aurai bien entendu préféré ne devoir rentrer que l’été venu mais certaines merveilles de la nature n’attendent jamais les retardataires, n’est-ce pas ? Et je vous avoue que je m’en serai voulue si je n’avais pu assister Evaine durant ses couches. »

Ô savoureuse ironie. Mais le ton sérieux et affecté rendait difficile de déchiffrer le vrai du faux dans les propos de la jeune femme qui aurait tout aussi bien pu être en train d’injurier sa belle-mère alors que chacun l’entendait tisser les louanges de la mise à bas. Enfin, les terres des Goddodin étaient plus propres à éveiller son intérêt et elle ne fit guère d’efforts pour répondre à sa sœur tout en essayant d’intégrer son père à la conversation histoire de ne pas encore une fois donné l’impression qu’elle ne rentrait que pour continuer à diviser la famille et ses intérêts.

 « Comme d’habitude, chacun vaque à ses occupations tout en espérant vaguement que les dames de Caer Eydin ne suivent pas de trop près leurs menus braconnages. Mais tout se passe bien. Nous avons réunis les vassaux pour un grand banquet à l’occasion de la fin de l’année, l’atmosphère était festive et cela faisait longtemps que le grand Hall n’avait pas vu autant de personnes ivres. Cela a fait plaisir à Grand-Mère, » expliqua-t-elle en souriant sans véritablement ressentir le besoin de décrire en détail ce à quoi pouvait ressembler le rassemblement du sud de Laimgadh. De toutes façons, personne ici ne pouvait véritablement en comprendre le sens.  « Ah si ! Une petite échauffourée au gué de Berbrauc ! Enfin rien que quelques flèches n’auraient su résoudre…Les gardes sylvestres ont fait du bon travail. Il semblerait qu’il s’agisse de pilleurs de tombes mais je me demande bien ce qu’ils espéraient piller de par chez nous. J’ai failli proposer aux survivants d’aller chercher fortune du côté de chez d’Olthìair !

- Deirdre ! Pas de ça ici !

- Je vous promets que je ne l’ai pas fait, Père ! Mais cela nous a bien fait rire en retournant à Caer Eydin. Il n’y a pas de mal à rire un peu des puissants tout de même ? Enfin, nous avons prévenu qui de droit et je pense que chacun aura à cœur de renforcer les patrouilles le long des bornes des fiefs dans le Sud. »


Elle jeta un coup d’œil à Noreen qui était sans doute la seule à comprendre à quel point les étrangers n’étaient pas les bienvenus dans l’immense forêt. En tout cas, si elle avait pensé intéresser quelque peu son père, elle fut assez déçue car lui n’avait plus d’attention que pour la dernière partie des propos de sa sœur. Avec un soupçon de mauvaise foi, elle se dit que, effectivement, sa sœur ne choisissait pas vraiment le meilleur moment pour quitter Tollnaidh.

 « Ce n’est vraiment pas le moment, Noreen. Passe encore que ta cadette passe la moitié de son temps au milieu des forestiers mais j’attends un peu mieux de ta part. Surtout en sachant que Evaine sera peut-être obligée de rester alitée quelques temps pour se remettre de ses couches. Il me faut quelqu’un pour continuer de ménager la forteresse. 
- N’exagérons rien tout de même. Noreen n’est pas indispensable à la bonne tenue de notre maison, Père. Sinon à quoi servirait tout ce personnel ?
- Vois-tu ma fille chérie, il faut bien quelqu’un pour faire entrer quelque raison dans la tête des filles de cuisine. Mais si tu considères que rien n’empêche le départ de ta sœur aînée, est-ce à dire que tu te proposes de rester à mes côtés afin de la remplacer durant son absence ?


Anodine, la question du baron Erlend amena tout de même un éclair de malice dans ses yeux du même gris que ceux de sa cadette qui, pour sa part, ne put s’empêcher de se mettre à rire.

 « Tout dépend si vous souhaitez voir des servantes courir partout, toutes affolées, parce qu’une sorcière vient d’entrer dans les communs.
- Deirdre…Je t’en prie, ne ris pas de ces choses. Je prends donc ta réponse pour un non. Il faudra bien que tu apprenne un jour à tenir une maison, ma puînée.
- Oh ! Tout de même, je sais encore comment faire. Et si bien que le vieux forestier de Grand-Mère m’a dit que si il avait encore son fils, il aurait fait des pieds et des mains pour qu’elle lui accorde ma main.
- Il ne manquerait plus que ça…Deirdre enfin… »


Cette fois-ci, l’éclat de rire ne fut même plus retenu et la jeune femme secoua la tête avant de prendre une gorgée de vin. La fille Tollnaidh mariée au fils du Vieux Geörg. Voilà qui aurait fait rire jusqu’à Olthìair. Et vu la mine de trois pieds de long que tirait Dame Evaine, il y avait des chances que les propos de la cadette ait quelque chose d’un peu trop osé pour la tablée. Enfin, elle se moquait tellement de conclure une alliance servant Drunaidh qu’épouser l’un de ses commensaux de Laimgadh ne l’aurait sans doute pas gêné plus que cela. Au moins était-elle plus que respectée en ses vertes contrées.

 « Mais sinon, Noreen n’a pas tort. Je pense que c'est une bonne idée, Père. Avec notre grand-mère qui ne veut plus se mêler de la gestion du fief, nous ne serions pas trop de deux pour surveiller les intérêts Tollnaidh. Et même si le délai est trop court, peut-être pourrions-nous rester une ou deux décades de plus afin de pallier à l‘absence de votre épouse, Père, puis partir quand tout sera rentré dans l‘ordre. Qu‘en penses-tu, Noreen ?"


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Noreen Tollnaidh

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MessageSujet: Re: Y Goddodin    Sam 16 Fév - 0:13

Noreen se contenta d’un sourire en guise de réponse, elle savait effectivement très bien que les chemins boueux de la forêt étaient moins que confortables en hiver. Mais elle soupçonnait Deidre de ne jamais y renoncer pour retourner à Goddodin et de le trouver bien plus pénible dans un sens que dans l’autre. La grande rousse en profita pour rebondir au sujet de la saison et offrit un regard affligé à Evaine avant de lui dire avec un sourire qui se voulait rassurant et effrayant à la fois.

« Oui, d’ailleurs il est bien triste que vous ne mettiez pas bas en hiver. Les enfants en bas âge ont moins de chance de passer les premières semaines de vie lorsqu’ils naissent aux mois les plus froids. Surtout dans le Nord. »

Evidement Dee se fichait totalement d’assister Evaine dans ses couches, d’ailleurs ce ton calme pourrait presque faire froid dans le dos, Noreen n’avait pas utilisé l’armoise comptant sur la chance et les prières. Mais elle se demandait désormais si sa cadette ne c’était pas décidée à venir pour s’occuper de ce problème elle-même. En tout cas, elle semblait avoir appris à mieux cacher ses émotions et à taire ses remarques acerbes qui lui valaient bien des punitions étant petite. Son ainée s’en réjouit, car c’est hélas ce qu’il fallait pour amadouer tout le monde, un peu de diplomatie et d’hypocrisie. Dee enchaina sur la fête de l’hiver et les pilleurs de tombe. Heureusement, même le baron Erlend était capable d’un peu de folie en ses jours là, et les banquets de Tollnaidh n’avaient rien à envier à ceux du Sud en matière de cuite et de joie, le culte des astres et celui du Crann Dóitheain s’y mêlant joyeusement. Quand à ses nécrophiles, cette histoire l’intrigua au plus haut point et lui fit froncer les sourcils d’un air sévère, mais il s’agissait certainement de bandits qui cherchaient la fortune au mauvais endroit et ils finiraient par se faire attraper.

Deidre interféra en faveur de son ainée avant qu’une suggestion du baron ne fasse éclater de rire les deux sœurs, fou rire qui continua après que la cadette ait fait remarqué qu’elle n’était pas vraiment bien vue ici. Quand à la capacité de cette dernière à tenir une maison, elle ne faisait aucun doute, Caer Eydin n’était pas Tollnaidh, mais elle tenait le manoir d’une main de fer, sans aucun doute, et ce depuis déjà plusieurs années avec Noreen était coincées ici. Quand au mariage avec le fils du forestier, elle savait parfaitement que si Dee ne voulais pas plus qu’elle se marier avec un baron du nord, elle voyait certainement plus grand et n’avait dit cela que pour choquer l’assemblé ce qui contre toute attente semblait avoir fonctionné à merveille. Comment pouvaient-ils encore être aussi naïfs tous ? Bon Evaine, elle donnait l’impression d ‘être sur le point d’accoucher la pauvre, le regard vide, mais Erlend !

« De toute façon pour ta sœur comme pour toi, j’effectue en ce moment même des prospections. »

C’était un des sujets dont elle voulait discuter d’urgence avec sa sœur, car les prospections d’Erlende n’allait hélas pas du tout dans le sens que voulait la grande rousse, pas dans la bonne direction, s’ouvrant sur l’Eiralie et le Nord de la région. Noreen qui était sur le point de répondre pour calmer un peu le jeu eut un mouvement vif de recule et se tourna brièvement vers sa sœur en serrant les dents, avant de se reprendre et de dire avec ironie :

- Hé bien, vous voulez me marier mais comment ferez vous alors pour tenir la maison ?
- C’est bien pour ça que j’aimerais que ta sœur le fasse.
- Ah donc c’était une proposition sérieuse ?! Tu entends ça Dee ?

Puis la cadette ajouta quelque chose de juste, comme souvent et pendant ce temps, l’entrée laissait place au plat dans les assiettes et dans les bras des domestiques, et que Noreen se restaurait doucement et buvait avec délectation le sirupeux liquide doré. Un plaisir pour le palais comme les beignets croustillants servis auparavant et les poulets rôtis qui suivirent avec la bouille d’avoine et les légumes.

« Je pense que tu as raisons Deirdre, c’est important que j’y aille, cela fait bien trop longtemps qu’on ne m’y a pas vu et nous risquons ainsi d’y perdre toute légitimité, vous le savez bien, père. Donc si le seul problème est le délai, nous attendrons un peu, mais vous savez, tous les mois où vous avez été absent et où j’ai dû tenir la maison et prendre soin de votre épouse m’ont épuisés. Alors si vous comptez rester quelques temps, j’aimerais aller me reposer à Laimgadh avant de tomber malade. »

Elle lui sourit et posa une main affectueuse sur le bras de son père. Évidement Emun ne serait jamais baron de Goddodin, Cerowyn avait couvert les arrières de ses filles, mais il restait leur demi-frère, et si père pouvait croire qu'il aurait en ses sœurs un soutient indéfectible, c'était une bonne chose, et peut-être même que cela l'aiderait à mourir, enfin !

« Et puis se serait une bonne occasion pour nous d’emmener Emun pour lui faire voir le futur domaine de ses plus grandes alliées, ne pensez vous pas ? Cela vous ferait une chose de moins à vous occuper durant mon absence, vous aurez ainsi tout le loisir de profiter de votre jeune épouse et de votre nouveau né et moi de me refaire une santé à l’abri des vents d’ouest. »

Elle prit une nouvelle gorgée de vin de miel et se tourna vers sa sœur avec un terrifiant sourire en coin. Si père avait en tête de la vendre, il fallait l’en empêcher, et pour cela tout les moyens étaient bons, même les pires, surtout les pires !

- Hé bien, si vous êtes toutes les deux prête à retarder un peu votre départ, alors je dois me rendre à l’évidence, il est plus que temps qu’Emun fasse le voyage. Et puis ma chère fille, je ne voudrais pas mettre ta santé en danger, alors j’espère que tu me reviendras radieuse et reposée. Mais si je te rappelle, tu reviendras au galop, est-ce clair ?
- Comme de l’eau de roche père.

Noreen savait pourtant que cela lui pendait au nez, ça avait même probablement été fortement retardé par son travail au domaine qui la rendait si indispensable. Mais le mariage approchait, et avec qui, si la rouquine l’ignorait, elle savait néanmoins que ça n’était pas avec celui qu’elle pensait être l’héritier du Guthsalbhór. Pourquoi n’avait-elle rien n’entreprit avant ? Son père et ses devoirs l’avaient coincé ici, et le temps avait passé trop vite entre ses doigts, elle était désormais acculée, et sa mine pensive et grave disait à qui voulait l’entendre combien cela la préoccupait. Il était hors de question qu’un homme, un père, un frère ou un futur époux choisi par Erlend ne l’empêche d’aller au bout de ses projets. Elle enrageait, mais se noya dans son verre pendant qu’Emun posait tout un tas de questions sur Goddodin, curieux et enthousiaste à l’idée de partir. Elle glissa alors à sa cadette :

« Dis moi Dee, en as-tu référé à qui de droit en personne ? Le compte Adhaírc ? L’as-tu déjà vu ? Qu’en as-tu pensé ? Pour tes pilleurs de tombes ? »

***

- Mais papa ! Pourquoi je ne suis pas Náhacht moi ?
- Seules tes sœurs peuvent l’être, des filles, et les filles de Cerowyn.
- Mais alors elles ont des pouvoirs magiques ?
- Non, se sont des guérisseuses de l’ancien Royaume.
- Et je vais y aller avec elles ?
- Oui.
- Et toi tu viens ?
- Non.
- Tu y es déjà allé ?
- Il y a très longtemps.
- Pourquoi ?
- Hum… C’est… compliqué.
- Ah ? Compliqué comment ?
- Très compliqué, tu es trop jeune, mais c’est bien que tu y ailles dès maintenant, ainsi tu ne seras plus un étranger pour eux.
- Un étranger ? Mais c’est à Dee et Dee est ma sœur de toute façon !
- Ça n’est pas si simple, pas dans le Sud.
- Ah c’est le Crann Dóitheain ?
- Qu’entends-tu par là ?
- Les véritables traditions du Slianathaìr, la terre nourricière, Cathvir l'Ancien et Isleen la Visionnaire.
- Heu… oui mais… qui t’a enseigné cela ?
- Noreen !

***

Fromages et desserts arrivèrent enfin sur la plage, le diner touchait à sa fin pour le plus grand bonheur de Noreen qui néanmoins se demandait toujours quelques étaient exactement les projets de son père la concernant. Erlend qui désormais l’observait avec un air étrange Emun alors obligé de poser toutes ses questions à Evaine qui se contentait de le regarder avec de grands yeux sans rien comprendre à sa cacophonie.

« Qui… père… Qui avez-vous contacté pour moi ? »


Dernière édition par Noreen Tollnaidh le Dim 17 Fév - 16:15, édité 1 fois
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Deirdre Tollnaidh

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MessageSujet: Re: Y Goddodin    Sam 16 Fév - 1:40

Alors que son père énonçait quelques vérités sur le statut des filles de maisons nobles, le regard de Deirdre s’arrêta sur la jeune baronne qui faisait attention à ce que mangeait l’héritier. Durant quelques secondes, elle s’interrogea sur les divers présages que lui avait livré la forêt. Bien entendu, rien n’était jamais certain et même la plus logique des prédictions pouvait s’avérer fausse suite à une erreur d’interprétation. Et, dans son cas, la jeune fille n’avait tout simplement pas réussi à démêler les signes. Elle finit par revenir à la conversation ayant court et se contenta de hausser les épaules. D’évidence, la question des prospections paternelles ne l’intéressait guère. Toutefois, quand elle décida de répondre à la question de sa sœur, son ton s’était fait plus directif. Sans doute était-ce l’apanage de son expérience au sein de Laimgadh mais, en tous cas, il était clair que la gamine ne s’en laisserait pas compter.

 « J’entends, Noreen, j’entends. Toutefois, votre raisonnement souffre un léger défaut, Père, bien qu’il fasse honneur à votre amour pour nous deux. Ou plutôt une absence. Que Noreen soit mariée ou non par ailleurs…
- Deirdre…N‘essaye pas de jouer les finaudes, je te prie. Nous parlons d‘affaires sérieuses.
- Justement. Dans l’optique du mariage prochain de ma sœur, je ne vois pas pourquoi j’abandonnerai les soins que la simple charité et l’amour filial m’obligent à donner à la dame des Goddodin, ma grand-mère, Père. Tout simplement parce que le ménagement du château revient à la baronne du Drunaidh et, qu’en l’occurrence, il ne s’agit pas de moi. Je ne voudrais pas faire cette insulte au rang de Dame Evaine, ce serait injuste. »


Le regard du père se porta sur sa jeune épouse au ventre rond tandis que la cadette jetait un coup d’œil à son aînée avec un petit sourire narquois qui ne pouvait vouloir dire qu’une seule chose : « Hé toc ! ». De toutes façons, hors de question de se retrouver enchaînée à Tollnaidh comme pouvait l’être Noreen. Jamais. Et encore moins pour servir de fausse baronne de substitution. Non que le rôle lui déplaise fondamentalement mais elle savait d’avance, avec cette sorte de préscience, qui, parfois, se manifestait même chez les moins avisés, qu’elle s’étiolerait en ces lieux. La suite manqua la faire tomber des nues. La…légitimité ? Noreen rêvait-elle ? Celle des Tollnaidh peut-être ? En tous cas, elle accueillit cette simplement idée par une attitude lointaine semblant, comme souvent, ne pas se sentir à sa place au milieu de cette partie de la famille.

 « Le voyage ? » demanda brusquement Deirdre alors qu’ils parlaient d’emmener Emun dans le Sud. Vraiment ? Rêvaient-ils ? Son futur…quoi ? Brutalement, elle se demanda si elle devait rire ou simplement se mettre en colère. Peut-être simplement adopter l’attitude de sa grand-mère qui considérait, à juste titre, que ces questions n’étaient pas suffisamment hautes pour justifier son attention. Toutefois, après un regard pour le garçon, elle décida de revenir à ses moutons.  « Non. Emun est trop jeune et Laimgadh n’est pas un terrain de jeu pour un enfant comme lui. Surtout qu’il n’est pas apparenté aux Goddodin par le sang.

- Enfin…J’y suis allé moi-même et…
- Là n’est pas la question et vous le savez, Père. Vous étiez le promis puis l’époux d’une Goddodin. Emun n’est rien de tout cela pour les clans du Sud. Il n’est que l’héritier d’un baron du Nord et, par la force des choses, un otage garantissant une juteuse rançon. De toutes façons, GrandMa serait trop fatiguée par sa présence.
- Ce n’est pas à toi d’en décider, ma fille. Il ira.


Si Deirdre s’apprêtait à répondre quelque chose, une brusque impulsion la réduisit au silence alors qu’elle contemplait le garçonnet. Non, elle ne voulait pas de ça dans sa forêt. Quelle idée avait encore eu Noreen ?! Elle lui jeta un regard lourd de reproches. Puis, prenant quelques secondes durant lesquelles le gosse mal élevé les bombarda de questions qu’elle ne prit même pas la peine d’écouter, elle se pencha vers sa sœur qui lui posait des questions sur le suzerain des Goddodin et lui répondit sur le même ton sans faire attention aux regards que leur jetait leur père.

 « Bien sûr que non, je ne vais pas faire le déplacement pour une simple histoire de bandits. Nous avons envoyé un pigeon. Et oui, je le connais. Etrange comme garçon…Mais cela fait longtemps que je ne l’ai pas vu. Et je t’avoue que je ne m’y intéresse guère tant qu‘il n‘a pas su demander ce qui lui revient de droit. »

En un mot comme en cent, tant qu’il ne hurlerait pas à la face d’Eiralie qu’il était le Guthsalbhór, elle le considérait comme un faible et sans doute n’était-elle pas la seule des nobles des profondeurs de Laimgadh à le considérer ainsi. Toutefois, préférant revenir au sujet qui l’intéressait, elle ajouta vivement baissant encore le ton pour être sûre de n’être entendue que de sa seule sœur.

« Je ne veux pas de lui à Caer Eydin. Je te préviens, si ce bâtard de Tollnaidh vient, il crève. » 

Elle ne se rendit même pas compte qu'elle venait de marquer qu'elle ne se considérait pas comme faisant partie de la famille et n’ajouta rien de plus mais l’expression farouche que son visage avait pris alors qu’elle parlait en disait assez pour comprendre qu’elle ne se payait pas de mots en l’affaire. Pas d’étranger chez elle et encore moins l’espèce de morveux de cette garce de Garsende, que le Démon pisse sur sa tombe ! Et si sa sœur prenait sur elle d’amener cet immondice, elle s’assurerait qu’un forestier peut scrupuleux l’enlève et aille le noyer comme un chaton dans la rivière. D’ailleurs, haussant la voix, elle ajouta :

 « Si Noreen doit rentrer, il faudra qu’elle ramène l’enfant avec elle, je n’ai pas de temps à lui consacrer et Grand-Mère non plus. D’autant qu’il n’est pas de son sang. J’aimerai que cela aussi soit clair comme de l’eau de roche. »

L’art ou la manière de se montrer désagréable sans doute. D’autant plus qu’elle ne laisserait repartir son demi-frère que les pieds devant si jamais il s’aventurait dans les profondeurs de l’ancestrale forêt. Dédaignant les yeux déçus du gosse, elle lança un regard qui en disait long à son père.

 « C’est bon. Je sais que l’hospitalité des Goddodin a des limites qui leur sont propres.
- Il n’est pas question d’hospitalité, Père, mais Emun sera mieux auprès de Dame Evaine plutôt que dans une contrée qui lui est étrangère et qui le considèrera comme un étranger.
- Il y a du vrai dans tes propos, ma fille, mais cesse donc de te comporter comme si tu étais des leurs. Là n’est pas le destin d’une fille du baron de Drunaidh.


Encore une fois la cadette n’ajouta rien semblant se remparer derrière une attitude rigide et hiératique comme si la simple mention de son statut ne suffisait pas à l’atteindre. Emun ne comprendrait rien aux Goddodin, son père croyait savoir tout ce qu’il avait à savoir et même Noreen ne pouvait toujours tout comprendre par la force des choses. Revenir avait été une erreur tout simplement. Il faudrait qu’elle renvoie quelqu’un vers Caer Eydin, Aelith saurait prendre les mesures nécessaires pour obtenir son retour parmi les siens. D’ailleurs, la conversation l’agaçait tant qu’elle ne résista pas à l’envie d’indisposer sa propre sœur que, pourtant, elle aimait tant.

 « Facile, le comte Cédric. Lors de la troisième nuit, notre hôtesse n’a pas eu de cesse de me dire que des paris étaient engagés. 
- Deirdre !
- Je me tais, je me tais…"

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Noreen Tollnaidh

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MessageSujet: Re: Y Goddodin    Lun 11 Mar - 19:14

Noreen lança un regard noir à sa cadette avant de sourire, mais c’était un sourire en coin qui signifiait tout sauf qu’elle la pardonnait pour cette bêtise. C’est ça Dee, fais la maline, on aura toutes les deux l’air fine lorsque tout nous sera retiré, car dois-je te le rappeler, si je n’ai pas Tollnaidh, je suis l’héritière de Goddodin, donc c’est toi qui te retrouveras à poil. Bon, ça n’était pas tout à fait aussi simple. Deirdre était reconnue comme plus légitime dans le fief de leur mère qu’elle-même du fait de son long apprentissage auprès de Gran-Ma et de sa présence. Cela risquait de ne pas être facile de le récupérer, mais s’il fallait qu’elle se batte contre sa sœur pour cela, elle le ferait sans aucun souci. Et puis, c’était elle l’héritière et elle n’avait pas eut le choix d’habiter ou non à Goddodin contrairement à sa sœur, ils comprendraient certainement. Mais le fait est que ça n’était pas ce qui l’intéressait, elle voyait beaucoup plus grand, et pour cet objectif, il lui fallait la baronnie de Drunaidh et rien d’autre. Il serait donc plus rentable de tuer père, belle mère et demi-frère que de s’attaquer à l’autre Náhacht de la famille, et nettement moins dangereux. Aussi, ne commenta-t-elle pas directement les dires de la jeune fille et préféra rappeler à tous pourquoi elle avait été nommée à son poste par le seigneur et père.

« Cela fait bien trop longtemps je crois que Deidre n’a pas daigné nous rendre visite, elle en a oublié qu’ici aussi la légitimité à gérer un fief s’acquiert au fil du temps et non du simple mariage. Nous savons tous combien Dame Evaine est aimable et douce, mais ce ne sont hélas pas des qualités qui font d’elle une bonne intendante. »

Erlend fut obliger d’acquiescer par un hochement de tête, il savait très bien combien sa fille ainée lui était indispensable tant il était souvent absent. Il avait aussi remarqué que plus le temps passait, plus les Clans reprenaient du poil de la bête, mais tous respectaient l’autorité de Noreen et semblaient même avoir tissé des liens solides avec elle. D’ailleurs, rien ne l’empêchait de garder le fief pour elle et d’évincer Emun, et c’était certainement ce qui allait arriver si les choses continuaient comme ça. D’où l’utilité de la marier avec un comte ou un baron lointain, elle serait alors obligée d’aller vivre sur le fief de son époux et de s’en occuper, et cela elle l’avait bien compris et ça ne lui plaisait pas du tout. Hors de question qu’elle quitte le Slianathaìr ! Heureusement, Erlend était aussi facile à manipuler que sa femme et son fils, et malgré la farouche opposition de Deirdre, il insista pour que son cher petit fiston et héritier aille avec ses demi-sœurs à Goddodin. Pour le moment, tout se déroulait selon son plan…

En réponse au regard de reproche de sa cadette, l’ainée lui fit un clin d’œil, évidemment la dangerosité d’envoyer Emun dans le Sud ne lui échappait pas, et c’était même le but de tout cela. Des années à mettre ses pions en place à tisser des liens forts avec les chefs de clan de son fief et même certains des fiefs voisins, à s’assurer leur soutient dans une tâche noble, la seule qui vaille finalement qu’on se batte. Tant de tractations pour rappeler à certains Barons du Nord d‘où ils venaient, pour remettre un maximum de monde dans le droit chemin du Crann Dóitheain, pour leur faire détester l’Eiralie et ses principes idiots de soumission à un type qui n’avait jamais fait ses preuves. Certaines fois en force, le plus souvent avec douceur et intéressement, pour que de nouveau, les traditions ancestrales du Slianathaìr soient respectées dans toute la région et que les traitres du Nord soient évincés d’une manière ou d’une autre.

Ainsi s’il y avait bien un point sur lequel elle était en total accord avec Deirdre, c’était bien sur le fait qu’Eoghan ne semblait pas pouvoir se débrouiller tout seul pour prendre ce qu’il lui revenait de droit. Hé bien, s’il lui fallait un coup de pouce, elle le lui donnerait avec plaisir, mais avant tout il fallait qu’elle le rencontre pour vérifier qu’il était à la hauteur de la tâche, elle ne pouvait croire qu’il soit resté à la tête du Sud s’il était considéré par tant de barons comme un incapable. Non, il y avait peu de chance, il aurait été renversé, mais il savait certainement lui aussi que s’opposer à la Couronne d’Eiralie directement était une bêtise qui mettrait la Slianathair à feu et à sang avec de grande chances pour que les clans disparaissent une bonne fois pour toute. Et puis il manquait pour le moment d’alliés au Nord, mais Noreen comptait bien y remédier et monnayer au mieux cet échange de bons procédés. Elle évita néanmoins de tout dire à sa sœur, en effet celle-ci avait prouvé à mainte reprise qu’elle n’hésitait pas à trahir son ainée pour arriver à ses fins, aussi n’avait elle qu’une confiance très limité en elle. Un jour il faudrait néanmoins qu’elle lui dise tout, mais pas aujourd’hui, et certainement pas ici en présence d’un père qui se méfiait de ses filles et d’une Evaine qui craignait son ombre autant que les Clans. Cependant, il fallait calmer ses ardeurs meurtrières, elle n’avait pas le choix donc, d’ailleurs Dee en rajoutait une couche, et ne semblait pas prompte à comprendre qu’elle ferait bien de se taire. Noreen écrasa brutalement le pied de sa sœur alors que celle-ci évoquait le comte Cédric, à tort, celui-ci étant marié, ce qui n'était pas encore le cas de son fils, Reamonn, qui d'ailleurs avait presque le même age que Dee, constatation qui fit sourire la rouquine. Elle se pencha à son tour vers elle pour lui murmurer :

« Dee, il nous sera utile à Caer Eydin, vivant plus que mort d’après moi. Pas que je veuille t’empêcher d’agir à ta guise, après tout, pour moi, s’il disparaît se serait plutôt une bonne chose. Mais pour le Slianathaìr, réfléchis deux minutes et imagines combien il serait utile au Sud lors d’une guerre contre le Nord, imagine le retour du Crann Dóitheain dans toute la région. Et avant de prendre une décision aussi dangereuse que vaine, apprends à donner le temps au temps de faire son œuvre, comme l’arbre pousse pendant des siècles avant d’offrir ses fruits à la forêt. Emun est un garçon gentil et malléable, bien plus que père ou n’importe lequel des autres barons du Nord, et il a passé plus de temps avec moi qu’avec son géniteur Eiralien. Depuis des siècles les Slianathaìrins attendent que les fruits de nos traditions ancestrales refassent surface, toi et moi faisons partie du plan de mère nature pour y revenir. Nous sommes l’arbre d’où elles rejailliront, mais un arbre a besoin de la terre, de la pluie et du soleil, seul il meurt, tâches de ne pas l’oublier petite sœur. Souviens toi aussi qu’avant que les Nordiens ne soient séduits par l’Eiralie, le Slianathair comprenait le comté du Nord et qu’il est hors de question de faire une croix dessus. Nous avons besoin de Drunaidh pour récupérer le Nord. »

Puis elle se redressa en espérant que sa cadette aurait compris, cette fois, que leurs objectifs étaient les mêmes et qu’il fallait un minimum de diplomatie pour y arriver. Elle regarda alors son père.

« Est-ce vrai père ? »

Ce dernier haussa secoua la tête en guise de réponse, ce qui signifiait qu'il voulait certainement l'envoyer le plus loin possible, au Kevalis ?! Le fou ! Une Nahacht au Kevalis, ou n'importe où ailleurs qu'au Slianathaìr. Il était temps qu’elle s’en aille pour le Sud, grand temps ! Elle commença d’une voix douce mais termina sur un ton plus qu’autoritaire.

- Vous n’oseriez pas me fiancer en mon absence n’est-ce pas ? Et encore moins m’obliger à me marier avant que j’ai eut l’occasion de retourner voir mon aïeule à Goddodin. Jurez le moi !
- C'est-à-dire que…
- Jurez le moi où je pars dès demain contrairement à ce que je vous ai promis.
- Noreen !
- Erlend ! Pensez-vous vraiment pouvoir m’en empêcher ? Vous devrez me tuer pour cela, je vous préviens ! Je vous ai toujours servi avec fidélité père, mais si vous osez me déshonorer ainsi et me trahir après tout ce que j’ai fait pour vous et Drunaidh, je me jette du haut de la tour ouest et alors je vous souhaite bon courage pour marier Deirdre à Reamonn ou n'importe quel adolescent de Haut Rang et conclure ainsi une alliance pérenne !
- Bien… je le jure.
- Oui ? …
- Je jure d’attendre que tu sois revenue de Goddodin pour sceller les tractations.

Noreen leva les yeux au ciel et soupira, desserrant enfin les dents. Mais elle avait néanmoins placé sa suggestion, tout en insistant sur l'impossibilité de la chose, ou même de marier sa cadette. Mais le père craignait effectivement de ne point pouvoir bien marier sa seconde fille et avec le caractère rigide qu'il avait, il était possible que cette idée fasse son chemin. Ensuite, ensuite... Oh, Deirdre serait dans la place, et une fois Deirdre dans la place on pouvait lui faire confiance pour éliminer les gêneurs toute seule comme une grande ce qui faciliterait grandement le travail de son ainée. Mais très certainement que Dee allait monter sur ses grands chevaux et exprimer encore une fois sans reflechir à long terme, tout le bien qu'elle pensait du Comte d'Olthiaír et de toute sa famille. Elle n'était vraiment pas aidée...
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Deirdre Tollnaidh

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MessageSujet: Re: Y Goddodin    Dim 17 Mar - 17:35

Un léger sourire se dessina sur les traits altiers de la jeune demoiselle des Goddodin alors qu’elle écoutait son père et sa sœur faire assaut de traîtresses amabilités pour écarter des affaires la toute jeune femme qui se tenait non loin d’eux. Ce n’aurait pas été le cas avec Gersande, remarqua-t-elle pour elle-même. Toutefois, les quelques mots de Noreen pour défendre une fonction qu’elle n’avait obtenu que de haute lutte servait sa cadette.

« Exactement. Il y a bien trop longtemps que je ne suis plus au fait de ce qui se passe dans le Drunaidh, Père. Des années pour être franche, et peut-être trop longtemps pour que je puisse rattraper mon retard. Je ferai une bien piètre remplaçante à notre pauvre Noreen qui met tant de bonne volonté à gérer ces terres en votre absence. »

Ou à vous remplacer aurait-elle pu ajouter mais elle se tut aimablement. Non qu’un peu d’huile sur le feu n’eût pas été agréable mais peut-être était-il temps d’arrêter les frais d’autant plus que les questions de succession ne la concernaient guère.

« Oui, oui…Et dans trois ans, l’ensemble du Slianathaìr se soulèvera contre la couronne pour réclamer la sécession et le retour du Guthsalbhór, tu seras reine et tout le monde sera heureux pour toujours…Bien entendu, Noreen. Les clans d’ici obéissent à leur suzerain, les choses dans le sud n’ont pas changé, chacun est encore tenu de négocier longuement la moindre concession…Et c’est d’ailleurs ce qui fait le sel de la chose, » ajouta-t-elle tranquillement sans avoir l’air de prendre au sérieux les perspectives de son aînée. Malgré tout, au bout de quelques secondes, elle se pencha à nouveau à l’oreille de sa sœur : « Il faut vraiment que tu rentre quelques temps. Les présages sont différents ces temps-ci et les nouvelles…étranges. Mais nous ne pourrons en discuter qu’à l’abri de Laimgadh. »

Elle réagit plus au nom donné par sa sœur aînée qu'à la énième prise de becs entre les deux "vieux" comme elle les nommait à part d'elle. Toutefois, et même si elle respectait son père, elle le voyait assez mal imposer une alliance qui n'aurait sans doute pas l'heur de plaire aux Goddodin, que Noreen soit pour ou non n'y changeait rien par ailleurs. Sans compter que dans la forêt, rares étaient ceux qui se souvenaient que la petit-fille de la vieille maîtresse venait d'ailleurs que de Caer Eyddin.

« Au fils de Cédric ? Rien que ça ? » demanda-t-elle en pouffant de rire. « Le vieux d’Olthiair se jetterait sur son épée plutôt que de marier son héritier à une sorcière de Laimgadh, ne rêvez pas tous les deux. »

Elle imaginait de toutes façons la petite cour provinciale d’Olthiair comme une version miniature de celle de Falyse où elle aurait sans doute détonné aux côtés des petits bourgeons de damoiselles en fleurs qui cherchaient de riches et puissants époux. Elle avait assisté, surprise, à la prise de bec entre Noreen et Erlend au sujet des épousailles de cette dernière. Et avait rapidement déchanté en voyant son père plier si facilement aux désidératas de son aînée. N’aurait-elle pas pu lui éviter de venir voir l’autre génisse mettre à bas en insistant de la sorte auprès de leur père ? On aurait dit un écolier tancé par le maître qui tentait vainement de leur apprendre les lettres. Consternant et forcément peu propice à lui redonner une meilleure image de ces seigneurs du Nord qui mangeaient dans la main de la Lydane. D’autant qu’elle n’était à priori pas revenue pour assister aux luttes d’influence concernant un fief qui ne l’intéressait plus si il l’avait un jour intéressée.

« Bon…Et pour quand est prévue la délivrance, Dame Evaine ?
- A tout moment bien que les vieilles matrones ne sachent pas vraiment si l’enfant sera là avant ou après la prochaine lune blanche.
- Voilà qui est heureux.
 »

Puis, elle retourna au contenu de son assiette, ce repas lui semblant finalement bien long. Non, elle n’aurait pas dû rentrer et faire dire qu’elle n’avait jamais reçu l’ordre de regagner le Drunaidh. Enfin, après quelques plats qu’elle ne toucha guère, quelques toasts à la santé de la baronne enceinte, elle put enfin se retirer jusqu’à ce qui avait été ses appartements il y a bien longtemps.


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Noreen Tollnaidh

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MessageSujet: Re: Y Goddodin    Mer 20 Mar - 16:09

Se faire voler la vedette par une idiote ou par un mioche était hors de question, même si évidemment il était préférable de faire croire à Erlend que son cher fiston garderait ses droits. Heureusement, dans le Slianathaìr, la valeur avait plus de poids que le sexe, et de valeur Noreen ne manquait point, ni de courage, ni de détermination, ni de talent pour la conciliation. C’était un fait que nul ne pourrait contredire, pas même un père qui ne tardait que trop à rendre l’âme et s’attachait à des coutumes qui n’avaient pas droit de cité par ici, enfin, il finirait bien par mourir, de gré ou de force. Elle avait gagné sa place et elle la conserverait tout comme elle comptait gagner les batailles à venir d’une manière ou d’une autre, le sang n’étant certainement pas la meilleure solution. Elle était parfaitement consciente que la propension des chefs de Clan à vouloir gueuler plus fort que les autres ne faciliterait pas sa tâche, dans le Nord comme dans le Sud d’ailleurs, contrairement à ce que Deirdre semblait penser. Elle était aussi consciente qu’ils refusaient rarement leur soutien à quelqu’un qu’ils pensaient légitime, et encore plus si la bataille sert autant leur cause que celle du suzerain. D’où le fait qu’il lui faille vérifier que celui qui était d'ores et déjà plus ou moins considéré comme le Guthsalbhór du Sud avait les épaules pour gagner cette réunification qui serait semée d’embuche. Car la rébellion des Clans n’étaient pas le seul écueil qu’il faudrait éviter. Enfin, comme toujours, Deirdre avait la fâcheuse tendance de croire qu’elle savait mieux que tout le monde la manière dont les choses fonctionnaient dans les Clans. L’ainée des rouquines regarda sa sœur avec flegme en se disant que, vraiment, il y avait quelque chose de ridiculement simpliste dans sa manière de voir les choses, elle lui répondit après un soupir avec un brin d’agacement hautain :

« Ton esprit réducteur te perdra Dee. Les choses ne sont jamais toutes noires ou toutes blanches, un jour peut-être, le comprendras-tu. En attendant, il me semble qu’en matière de négociation, je suis nettement plus douée et coutumière du fait que toi, n’oublies pas que je connais tes méthodes. Les Chefs de Clans ont des queues et cette particularité leur donne l’impression que l’opposition d’une femelle leur fait perdre leur virilité. Alors sauf pour les plus sages, il s’agit de ménager l’égo démesuré des mâles, justement par la négociation plutôt que par l’opposition pure et simple, chose que tu aimes tant. Crois tu que, dans le Nord, les Clans soient soumis par leur vassalité ? Il n’en est rien, crois le bien. Seulement s’ils n’ont que faire de père, ils me respectent pour ce que je leur ai apporté et l’attention que je leur porte. »

La dernière remarque de la cadette inquiéta quelque peu Noreen qui haussa un sourcil interrogateur, mais elle n’ajouta rien, car, une fois n’est pas coutume, Deirdre avait entière raison. Evoquer ce genre de choses ici était inutile, elle acquiesça donc simplement avec une autorité sèche dont elle se drapait si souvent. Il était temps effectivement, Erlend était ici depuis trop longtemps et il commençait à sérieusement émousser la patience de sa fille avec sa façon d’ordonner et de se croire encore le chef de famille alors qu’il n’était plus rien depuis des années déjà. Elle resta sur cette pensée quelques instants avant de rebondir sur les tractations de mariage et faire promettre à son père qu’il ne la réduirait pas à une simple marchandise dont on peut décider en son absence. Elle l’aurait étranglé sur place pour le simple fait d’y avoir pensé, mais le meurtre devant témoin n’était pas une option, et seul son poing serré si fort que ses jointures en devinrent blanches témoigna de la rage qu’elle ressentait. La réflexion de sa sœur vint appuyer sa remarque et vue l’expression dépitée du seigneur des lieux, il avait fort à partie qu’il se rendait bien compte que sa cadette serait des plus difficile à marier. Il croyait en revanche qu’il pourrait compter sur la première pour obéir et se plier à sa volonté, mais l’ainée n’avait absolument pas l’intention de se marier avec l’héritier du Nord ou un quelconque autre Baron du Slianathaìr ou pire d’ailleurs. Elle appartenait au Crann Dóitheain, pas à l’Eiralie, et ce même si elle s’était toujours montrée comme la digne héritière des Seibicke devant son père pour qu’il ne lui laisse terres et autorité qu’avec plus de facilité. Désormais il était temps de le faire taire, et le regard qu’elle lui lança alors qu’il se plongeait dans la contemplation de sa coupe de vin en disait long sur ses intentions. Elle jeta un coup d’œil à sa sœur, ne parvenant pas à desserrer les dents jusqu’à la fin du repas en réfléchissant à la meilleure manière d’évincer son père de l’équation.

C’est en plein milieu de la nuit qu’elle vint, vêtue d’une tunique blanche et d’une cape noire, dans la chambre de sa sœur imitant le bruit d’une souris pour la prévenir de son arrivée.

« Dee. » Chuchota-elle avant de l’apercevoir dans la pénombre. « J’ai à te parler, c’est important. » Une fois qu’elle fut certaine que c’était bien sa sœur et qu’elle l’écoutait, elle reprit, toujours à voix basse. « Cette histoire de mariage ne doit pas aboutir, pas plus que ce nouveau mioche en gestation. Que disent les signes, que disent les arbres. »
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Deirdre Tollnaidh

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MessageSujet: Re: Y Goddodin    Mar 2 Avr - 20:39


Un bref rayon de lune vite caché par les nuages permit à l’aînée d’apercevoir sa puînée encore habillée comme si elle revenait d’on ne savait quel sabbath de sorcières.

« Qu’y a-t-il de si important pour que tu vienne à une heure pareille ? » Le mariage. Evidemment. Il s’agissait sans doute de la seule chose qui aurait pu tenir Noreen éveillée. Inexplicablement, malgré les desideratas de sa sœur, Deirdre haussa les épaules. « Pourquoi ne devrait-elle pas aboutir ? Ce ne serait pas si terrible et un époux puissant et proche pourrait te permettre d’évincer un héritier trop gênant. Et il y a pire que le fils du vieux Cédric, » remarqua-t-elle en imaginant quelques-unes des gueules cassées qu’elle avait parfois eu l’occasion de rencontrer lors de festivals des clans. « Après tout, un mariage n’est jamais fait que pour réunir deux patrimoines…surtout dans nos familles. Je ne vois pas ce qui te fait tant craindre chez eux…Ce sont vos voisins après tout. » Et elle soupira en écoutant la suite. Oui, Noreen devait venir dans leur forêt. « Les arbres…Ils nous donnent simplement l’occasion de méditer sur nos actions et sur ce qui en découlera. Et tout comme le mariage, le bâtard de la dinde est quelque chose qui ne saurait être évité en espérant simplement… » Elle releva la tête brusquement et croisa le regard de son aînée en un éclat dur de sa pupille métallique. « Pourquoi n’a-t-elle pas perdu son fruit ? Qu’est-ce qui t’a empêché de faire ce qui devait être fait ? Attends-tu vraiment que ce soit moi qui m’en charge ? Parce que Drunaidh et Tollnaidh ne m’importent guère, tu le sais. » Elle se tut quelques instants. « Par contre, si tu laisses venir le petit corniaud à Caer Eyddin, tu ne le ramèneras pas vivant. Ils se noient facilement à cet âge… Enfin, c‘est sans doute pour cela que tu tiens tant à ce qu‘ils nous suivent comme un chien.» ajouta-t-elle dans un souffle. « Ceci dit, pour l’autre garce, j’ai quelque chose. J’assisterai aux couches et il n’y aura pas grand-chose auprès de quoi se réjouir, » finit-elle par lâcher. « C’est pour cela que tu ne l’as pas empêché de me rappeler, n’est-ce pas ? » Le ton était quelque désabusé mais, à priori, la raison de son retour ne semblait pas particulièrement choquer Deirdre. Toutefois, il lui déplaisait légèrement de devenir l’exécutrice des basses œuvres de sa sœur aînée. Elle n’ajouta pas qu’elle voyait bien que la cohabitation entre le baron et son intendante menaçait de tourner au vinaigre à tout instant. Autant tuer les enfants des bâtardes lui semblait léger mais leur propre géniteur…Voilà qui lui semblait être toute autre chose. Et, d’ailleurs, elle ne souhaitait guère rentrer dans ce délicat sujet.
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