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 Deux problèmes, une solution

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Roland de Peyrefendre
Général protecteur de Rossburh

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MessageSujet: Deux problèmes, une solution   Mer 9 Nov - 0:02

Je me fiche de tes "intuitions", soldat. Je veux des faits !

Debout, les mains posées à plat sur son bureau, le seigneur protecteur de Rossburh foudroyait l'éclaireur du regard. Les Lydanes étaient pour la plupart si imprégnés de superstitions pseudo-chamaniques, qu'ils étaient imperméables au bon sens le plus élémentaire. Ce qui se répercutait heureusement sur leur sens tactique et leur intelligence stratégique. Mais Roland se demandait parfois si cet esprit ne pouvait pas déteindre sur les éclaireurs, qui les fréquentaient plus qu'aucun autre Eiralien ne le faisait. Plus qu'il n'était bon pour leur survie, et peut-être aussi pour leur santé mentale.

As-tu, oui ou non, repéré des mouvements massifs de troupes vers la frontière ?

L'éclaireur, solidement campé sur ses pieds, soutenait son regard avec une audace qu'aucun soldat de l'armée régulière n'aurait pu manifester.

Non, seigneur. Je n'ai pu que noter que de nombreuses traces se dirigeaient vers l'ouest. Et j'ai traversé un certain nombre de territoires de clans sans repérer aucun groupe armé. J'en déduis que ces groupes armés sont ailleurs. Donc peut-être en train de faire route vers nous.

"Peut-être" ne signifie rien pour moi. Va dicter ton rapport à mon scribe, et va prendre un bain et un peu de repos.

Roland de Peyrefendre se rassit, signifiant par là que l'entretien était terminé.

Une fois que l'homme se fut retiré, il se plongea dans l'étude de la carte étalée sur son bureau. Il releva la tête lorsqu'on frappa à la porte.

Père ? Est-ce que je vous dérange ?

Son aîné, Paul de Peyrefendre. Sans doute son digne successeur, si la reine en décidait ainsi. En tout cas, il aurait les aptitudes requises pour reprendre le poste. Prénommé d'après son mentor Paul de Sommerest, déchiqueté par les Lydanes dans ces mêmes plaines que l'élève gardait aujourd'hui.

Entre. Et referme derrière toi. Tu tombes bien.

Les rapports sont inquiétants ?

Pas inquiétants. Pas encore. Mais troublants.

Le haussement de sourcils de son fils força Roland à préciser sa pensée.

Les éclaireurs "soupçonnent" des mouvements. Ils "devinent" que "quelque chose" se prépare. Enfin bref. Rien de concret. Il va falloir que je me décide à envoyer une expédition de reconnaissance plus importante, si ça continue. Je ne veux pas être pris au dépourvu si une nouvelle guerre sainte lydane marche vers nous.

Paul eut une moue sceptique.

Avec mon respect, Père, je ne pense pas que les choses en viennent là. Cela nécessiterait une alliance des tribus qui n'a pas eu lieu. Et sans le soutien des Têtes-de-Loup...

Il se tut. Il savait bien que le mariage de Petrus avait présenté de réels avantages pour le peuple eiralien. Mais il savait aussi à quel point le sujet était douloureux pour son père.

Fils, si tu ne dois te rappeler que deux choses sur les Lydanes, retiens celles-ci. D'abord, nos quelques pauvres éclaireurs ne voient pas le dixième de ce qui se passe dans ces forêts. Il ne faut pas te fier à leurs rapports, qui seront forcément tellement parcellaires qu'ils seront presque inexploitables. Ensuite, la duplicité des Lydanes est sans limite aucune. Ce n'est pas parce que les Têtes-de-Loups nous soutiennent aujourd'hui qu'ils nous soutiendront toujours. Peut-être sont-ils en train d'ourdir leur trahison à l'heure même où nous parlons.

S'il faut envoyer une expédition de reconnaissance, je suis volontaire, Père.

Roland sourit. Son fils lui ressemblait tellement, lorsqu'il avait son âge. La même détermination, le même courage, la même flamme. Il secoua la tête.

Non. Tu es le fils aîné de Tonnerre-de-Sang, l'ennemi juré de leur peuple. S'ils découvraient ton identité, ils n'auraient de cesse de tous vous massacrer. Et j'éviterai d'envoyer un fils aîné. Seulement, il me faut quelqu'un de loyal, et courageux, pour cette expédition. C'est-à-dire, précisément le genre d'homme que je n'ai aucune envie de sacrifier pour de simples rumeurs. Mais tu voulais me dire quelque chose ?

Oui, Père. Je tenais juste à savoir si vous étiez au courant que la Compagnie de l'Hydre a établi un campement dans l'ouest du Kevalis. Sur nos terres. Sans demander l'autorisation, selon la coutume des mercenaires.

Oui... oui, je sais. Je gardais ce problème pour le résoudre plus tard.

Les compagnies de mercenaires posaient toujours problème. D'abord, elles étaient parfois utilisées pour régler des comptes entre seigneurs, sans passer par l'arbitrage de leurs suzerains. Ceci était en soi un facteur de déstabilisation politique. Ensuite, il n'était un secret pour personne qu'ils pouvaient très bien brûler un village de leur ancien employeur le lendemain même de la fin du contrat. Et tant qu'on ne les avait pas pris sur le fait, il était impossible de les condamner à mort comme ils le méritaient. D'autant que l'argent des mercenaires servait aussi à acheter des protections parmi la noblesse... Les mercenaires étaient un furoncle sur le sol eiralien.

Roland se frappa sur le front, pris d'une idée soudaine.

Mais... Je crois que j'ai trouvé la solution.

Sans un mot de plus, le seigneur de Peyrefendre s'empara d'une feuille et d'une plume, et se mit à écrire frénétiquement.



Citation :
Au chef de la Compagnie de l'Hydre,

Puisqu'il semblerait que vous ayiez élu temporairement résidence dans la région, j'ai peut-être pour vous un travail susceptible de vous intéresser. Il s'agit d'une mission dangereuse, mais très lucrative. Si vous êtes intéressé, je vous engage à vous rendre à Rossburh pour en discuter de manière plus précise.

Roland de Peyrefendre

De son poing fermé, il appliqua son sceau sur la missive.

Arrange-toi pour que cette lettre soit remise au chef de la Compagnie de l'Hydre.

Il viendra ? Sans avoir plus d'informations ?

Aucune idée. S'il refuse, je commencerai par les déloger de chez moi, à grands coups de pied dans le postérieur. Mais, si tu commandais une compagnie de mercenaires de moyenne envergure, et que le chef militaire de l'ensemble du Kevalis te proposait un travail, que ferais-tu ?

Paul de Peyrefendre eut un grand sourire.

Ma foi, je suppose que je voudrais savoir ce qu'il a à me dire. Sauf bien sûr si, en tant que mercenaire, j'avais des choses à me reprocher qui puissent me faire craindre son courroux...

Si je voulais le voir mort, je ne gaspillerais pas un parchemin. Je lui enverrais deux mille hommes et je les ferais piétiner jusqu'à ce qu'on puisse remplir des bains publics avec leur sang. Et ils le savent très bien. Donc ils peuvent me faire confiance. Je ne m'abaisserai pas à leur niveau avec une trahison qui ne m'est de toute manière pas nécessaire.

Et vous ? Pouvez-vous leur faire confiance ?

Le regard de Roland se reporta sur Paul, le fixant comme pour le mettre au défi de trouver la réponse lui-même. C'était ainsi qu'il enseignait la stratégie aux officiers supérieurs. Il enseignait la liberté de pensée aux commandants, l'obéissance aux simples soldats. Ainsi allaient les choses.

Non. Non, bien sûr. Vous allez leur adjoindre quelques éclaireurs. Moins d'hommes perdus si l'expédition tourne mal. Et s'ils meurent tous...

... alors les Lydanes se seront rendus utiles, pour une fois. En nous débarrassant de gens qui passent la moitié de leur temps à se livrer au brigandage.

Paul hocha la tête, apparemment séduit par l'idée. Comme tout bon militaire, il savait agir rapidement lorsque la situation l'imposait. Un messager partit pour l'ouest dans l'heure, avec un message confidentiel à remettre en mains propres au chef de la Compagnie de l'Hydre.
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Guethenoc Ropartz

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MessageSujet: Re: Deux problèmes, une solution   Mer 9 Nov - 21:10

Un soleil timide transperçait à peine des bans de nuages flemmards qui coiffaient les terres de Kevalis. Dans le campement de la Compagnie de l'Hydre, les toiles rapiécées ondulaient sous la brise tiède et quelques fumerolles, unique vestige des feux qui réchauffèrent les sentinelles, constellaient le camp, lui apportant un air éthéré. Guethenoc s'était extirpé de sa couche avec le soleil embrasant l'est, comme à l'accoutumée, et avait passé une bonne heure avec un linge imbibé d'eau fraîche sur le front. La soirée précédente avait été de celle que l'alcool vous force à oublier, mais en voyant ses draps s'agitaient dans un couinement aigu, il se remémora cette gueuse, rencontrée au coin d'une étable, Elodie ! ... Virginie ? ... Marjorie ? Peu importait à vrai dire, la ribaude lui siérait bien pour aujourd'hui.
Sur son siège, Guethenoc se tenait dans une nudité équivalente à celle de sa naissance, laissant sa virilité se gorger d'air frais matinal, alors qu'il s'était servi une nouvelle coupe .. D'eau ... Juste de l'eau ... Ses lèvres lui semblaient gercer par l'alcool, l'intérieur des joues semblaient coller à ses chicots jaunis, sa langue avait la consistance d'une semelle de cuir, les tempes battaient au rythme de son palpitant ... Ouais, une vraie gueule de bois comme ça s'invente pas. Un pan de la tente s'écarta, laissant entrer la lumière, bien trop vive pour les yeux embrumés du capitaine qui dut plisser les yeux et détourner la tête, ainsi qu'Armand et son imposante carrure d'Ours. Il remarqua du coin de l'oeil la longue chevelure blonde qui s'étalait dans les draps moites de son officier mais ne dit mot sur la chose, puis avant de s'adresser à Guethenoc, celui-ci leva la main pour l'arrêter dans son élan. Il éleva, lui-même, la voix, en direction de la catin qui avait partagé sa couche et ses fluides.

Ma chère, il est temps pour vous de rejoindre votre famille.

Alors qu'Armand se fendait d'un petit sourire sous sa barbe, la jeune demoiselle releva la tête, les yeux mi-clos et la chevelure emmêlée, cherchant à remettre les mots en place avec son cerveau embrumé. Elle cligna plusieurs fois des yeux, avant que ceci ne s'ouvre tout à fait, révélant un regard de jade soyeuse, puis sourit tristement. Elle plaqua le drap sur sa jeune poitrine rebondie, pour cacher ses formes aux yeux de l'inconnu qui avait pénétré dans la pièce, puis rosit en cherchant des yeux la loque qui lui couvrait les épaules. Alors qu'elle se penchait pour observer le pied du lit, le drap glissa et dévoila un sein au regard d'Armand, qui ne tressaillit pas, et de Guethenoc qui sourit en redécouvrant la rondeur de sa poitrine de jeunette de seize ans. Ropartz fronça les sourcils, à mesure que la petite gourde trainassait dans ses draps, cherchant avec étourdiment ses jupons. La patience n'étant pas sa vertu première, et l'enclume qui se faisait marteler en permanence entre ses oreilles n'arrangeant rien, les doigts du capitaine commencèrent à tapoter sa cuisse lentement d'abord, puis de plus en plus rapidement. Elle cherchait vainement, relevant le regard avec un air navré, à chaque échec dans ses tentatives de recherches du regard. Guethenoc se leva d'un bond, manqua de se cogner dans le brasero, enragea d'autant plus, puis saisit la gueuse par la tignasse et la traina hors de la tente en beuglant.

J'ai dit ... Qu'il était de temps pour vous ... De foutre le camp !

La jeune femme était passé du sourire ingénue à des grimaces de douleurs et des larmes sur les joues. Elle se retrouvait entièrement nu, livrée au regard lubrique des Hydriens, toujours avides de chair fraîche. Guethenoc avait volte face et retourner s'asseoir, ses bijoux de famille ballotant entre ses cuisses au rythme de sa démarche furieuse, et il s'arrêta un instant, interdit. Sur son siège, la frusque de la catin. Ne voulant pas perdre la face, et ne pouvant de toutes façons se radoucir sur l'instant, le capitaine se saisit de l'habit et sortit à nouveau de la tente, avant de jeter la robe à la face de la gouape sanglotante. Un bref instant de compassion pour celle qui lui avait offert ses charmes fusa dans la cervelle encore alcoolisée de Guethenoc et il héla le premier venu.

Gatien ! Escortes la hors du camp !

Le jeune homme, rondouillard et barbu, se rapprocha de la pauvrette, la saisit par le bras avant d'ajouter.

A v's ord' Cap'taine ! Vins par là toi !

Le sourire carnassier qui ourlait ses lèvres et le regard éplorée de la jeune femme, présageait-il le pire ? Qui sait ...

Guethenoc revint donc sur son siège, non sans avoir enfilé un manteau pour se prévenir de la fraîcheur de l'aube et invita d'une main, son second à en faire de même.

Alors ! De quoi est-il question ?

Une missive, Capitaine ! Le sceau est celui de Rossburh.

Déjà ? A peine installé et déjà délogé. Les éclaireurs étaient sur le coup ... Il passa la lettre au dessus du brasero et fit glisser un petit couteau pour desceller la lettre. A mesure que ses yeux lisaient les mots, les lèvres de Guethenoc s'étiraient en un sourire amusé. Il releva les yeux vers Armand et jeta la lettre sur la table qui les séparait en s'exclamant.

Fais sonner le départ ! Nous allons à Rossburh !

*************************************

Reprenons le cours de notre récit alors que Guethenoc se retrouvait sous les murailles de Rossburh, flanqué de la silhouette légèrement voutée de ce cher Guy Poulet, Trésorier-Payeur de la Compagnie. Au loin, Armand dirigeait l'érection du campement, et alors qu'il pénétrait dans la ville, il se remémora sa première visite, vêtu d'un tabard arborant l'emblème des Ropartz. Le Seigneur Roland avait bonne mémoire, et se présenter sous son vrai nom risquait de lui coûter cher. Un pseudonyme se devait d'être trouve ... Voyons ... Sa songerie l'emmena au pied de la demeure des seigneurs de Rossburh, oubliant la présence de Guy jusqu'à ce que celui-ci alpague un garde de sa voix de crécelle.

L'ami ! Nous venons sur convocation du Seigneur Roland, veuillez annoncer que les Hydriens répondent à la convocation.

Guy Poulet et le Capitaine ... Maximilien ... Lergot

L'ergot de poulet ? Il n'était pas doué pour trouver des noms d'emprunts, c'est le cas de le dire.

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Cri de guerre de la compagnie de l'Hydre


Dernière édition par Guethenoc Ropartz le Mer 30 Nov - 0:43, édité 1 fois
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Roland de Peyrefendre
Général protecteur de Rossburh

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MessageSujet: Re: Deux problèmes, une solution   Sam 12 Nov - 15:35

Lorsque le planton vint informer Roland de Peyrefendre que la Compagnie de l'Hydre était arrivée, et que ses chefs demandaient audience, il hocha simplement la tête pour signifier qu'il avait entendu, mais ne s'interrompit pas pour autant. Les chefs mercenaires n'étaient pas des nobles, et le seigneur protecteur de la marche de l'Est ne se déplaçait pas simplement parce qu'on l'appelait.

Il déplaça la figurine d'ébène en forme de cheval sur le plateau. Rivières et marais y avaient été dessinés aléatoirement. Ce paysage ne correspondait à rien de connu, mais, pour conserver sa souplesse d'esprit et sa capacité d'adaptation, surtout à partir d'un certain âge, un officier se devait de sortir des schémas habituels. La question à laquelle essayait déjà de répondre le général depuis quelques temps était la suivante : ce qui avait toujours garanti la victoire de l'Eiralie sur le champ de bataille était l'effet de choc de la cavalerie lourde. Comment réagir si l'ennemi trouvait un moyen de la neutraliser ? Il soupira. Il avait déjà quelques pistes de réponse, mais cela allait nécessiter de restructurer quelque peu l'armée de défense du Kevalis. Et, pour cela, il serait probablement judicieux de demander audience à la Reine pour lui en parler. Ce qui irritait d'avance Roland.

Il se leva, rangea les figurines et replia la carte. Inutile de laisser voir à des mercenaires à la loyauté douteuse plus qu'ils ne devraient. Il parcourut la pièce du regard. Quelques trophées de guerre aux murs, dont certains d'aspect peu ragoûtant. Même si Roland de Peyrefendre ne partageait pas la fascination malsaine des Lydanes pour les trophées anatomiques, le crâne planté sur la pointe cassée d'une lance eiralienne rappelait à tous que la guerre n'avait rien d'un jeu auquel on pouvait se livrer au milieu d'un salon sans se salir les mains. Fût-on officier.

Quelques blasons, dont celui de la famille Peyrefendre : un cheval blanc cabré sur fond rouge sang. L'emblème était surmonté de la devise de la famille : "Mon honneur est ma richesse". Par la suite, pour tenir compte de ses nouvelles fonctions, Roland de Peyrefendre avait demandé et obtenu la permission de rajouter sur la droite de son blason une tour rouge sang sur fond blanc, afin de faire connaître son rôle de protecteur de Rossburh et des environs. Et tous, même ses détracteurs, savaient combien cette fonction lui tenait à cœur.

Une fois qu'il se fut assuré que l'inspection de la pièce n'offrait aucun indice sur sa pensée, il demanda au soldat de faire venir son fils Paul. Il était en train de se demander s'il préférait que les mercenaires réussissent à ramener des informations ou meurent tous, lorsque son fils entra dans la pièce. Sans un mot, il alla se placer debout à ses côtés, le visage fermé. Il aurait principalement un rôle d'observateur, que les gardes à l'entrée ne pouvaient pas tenir, n'ayant pas baigné dans le jeu des intrigues des Grandes Maisons depuis leur enfance comme c'était le cas de Paul de Peyrefendre.

Faites venir les sieurs Lergot et... Poulet.

Quel nom ridicule. J'espère pour eux que ce sont des pseudonymes.


Roland de Peyrefendre savait que son interlocuteur connaîtrait son hostilité aux mercenaires, ce n'était un secret pour personne. Il devrait juste faire attention à ne pas trop le montrer, pour ne pas crisper le climat des négociations. Le fait que l'Hydre ait élu domicile sur les terres de Peyrefendre était un éventuel moyen de pression (quoique presque négligeable, puisqu'ils étaient probablement habitués à être délogés, et que cette éventualité ne devait pas les effrayer outre mesure), mais ne devait pas affecter les décisions de Roland. Mais, à l'occasion, il enverrait quelques hommes fiables pour vérifier ce qui se passait en son domaine. Lorsqu'une compagnie de mercenaires choisissait de s'installer quelque part, voici ce qui se passait généralement. Des récoltes disparaissaient mystérieusement, sans que leurs propriétaires ne dénoncent qui que ce soit. Éventuellement, quelques jouvencelles disparaissaient, et réapparaissaient tout aussi mystérieusement quelques jours plus tard, expliquant qu'elles s'étaient perdues en cueillant des champignons. La quantité absorbée ne suffisait pas forcément à justifier un tout aussi mystérieux embonpoint qui apparaissait chez certaines jouvencelles quelques mois plus tard. Quand elles réapparaissaient.

Pas idiot, le seigneur des lieux mandatait une enquête. Le bailli responsable de la zone concernée les renvoyait alors, expliquant qu'il avait déjà fait toute la lumière sur cette affaire et que rien de malhonnête ne s'était passé. Quelques mois plus tard, il quittait ses fonctions et s'achetait une ferme et quelques bêtes avec un argent de provenance inconnue.

Pas chez moi. Pas avec mes gens.

Roland de Peyrefendre se leva, droit derrière son bureau, et reporta son attention sur l'entrevue à venir.
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Guethenoc Ropartz

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MessageSujet: Re: Deux problèmes, une solution   Sam 12 Nov - 18:38

L'oeil torve, Guy examinait les traits de son capitaine, qui semblait quelque peu mal à l'aise. Lui, l'homme d'action, qui paraissait inébranlable, scrutait les différents recoins à la recherche d'yeux indiscrets sans jamais en trouver. Guy glissa, tout bas, alors que le planton les avaient fait gagner la cour intérieur et les avaient patienter sur un petit perron qui coiffait une volée de marches massives.

Capitaine ? Arrêtez ça, on dirait que vous êtes un évadé du donjon ...

Ropartz gratta sa barbe naissante, avant de soupirer et de répondre sur le même ton.

C'est presque ça. Revenir voir son suzerain, lorsqu'on est membre d'une famille honnie ... Voilà de quoi être un peu tendu ...

Les yeux de Guy s'écartèrent légèrement puis il posa la main droite sur la manche de son chef et la pressa légèrement entre ses doigts décharnés.

Il vous a ... déjà vu ? Vous vous foutez ...

La main de Guethenoc s'écrasa sur celle de Poulet, en une tape qui n'avait rien d'amical.

Ne me touchez pas ! Lorsque j'étais enfant, oui, il m'a vuu ... Mais peu importe, le vieux Roland est tellement engoncé dans son honneur, qu'il n'envisagera même pas qu'un ancien noble devienne mercenaire. Et puis, j'avais les cheveux longs à l'époque, et la voix moins grave ...

Le valet, qui avait prit la relève du garde dans leur annonce auprès du Seigneur de l'Est, revint en vue des deux mercenaires et Guethenoc se fendit d'un sourire et se dirigea vers lui, ayant compris qu'on leur donné l'autorisation de rencontrer Roland de Peyrefendre avant que le grouillot ne parle. Guy avait bien voulu renchérir, mais vu que son capitaine se moquait éperdument de son avis, il se contenta de tapoter nerveusement du bout des doigts sur le petit pupitre qu'il trimballait partout, puis il emboîta le pas de Ropartz. Ils gagnèrent alors une grande salle, ou seul quelques blasons ornaient la pierre nue des murs. Les Peyrefendre avaient le sens de l'austérité, à n'en point douter. Pas même une petite tapisserie, pour égayer la pièce. Au coeur de la pièce, Roland attendait, flanqué d'un jeune homme, probablement son fils, à en juger les traits communs qui dessinaient leur faciès. Guethenoc arborait un petit sourire satisfait, ironisant intérieurement sur son destin. Hier, il aurait du ployer le genou face à son seigneur féodal, aujourd'hui il le regarderait dans les yeux et son contenterait de saluer d'un hochement de tête, ce qu'il fit alors que Guy, plus protocolaire, s'inclina avant de prendre la parole.

Monseigneur, Maximilien Lergot, capitaine de la Compagnie de l'Hydre répond à votre appel !

Les deux mercenaires faisaient face au Seigneur et son fils, attendant qu'il expose les raisons de cette convocation. Et sous les rides marquées de Roland, impossible de déceler une quelconque information pour l'instant.

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Roland de Peyrefendre
Général protecteur de Rossburh

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MessageSujet: Re: Deux problèmes, une solution   Mar 15 Nov - 23:33

Maximilien Lergot. Soyez le bienvenu. Je vous présente mon fils aîné, Paul de Peyrefendre.

Malgré son mépris pour les mercenaires, Roland de Peyrefendre avait assez d'éducation noble pour ne pas être inutilement offensant. Il marcha à la rencontre des deux émissaires pour une poignée de main franche et brève à chacun des deux.

Prenez un siège, je vous prie.


Les imitant, il s'assit sur sa propre chaise, laissant son fils rester debout derrière lui, redressé de toute sa taille, immobile comme une statue.

Avant toute autre chose, je dois vous informer que beaucoup de gens veulent ma mort, et que j'ai appris à me comporter en conséquence. Je dois donc vous avertir que les gardes postés à l'extérieur ont ordre de tailler en pièces quiconque en ressortirait avant moi.

Ces instructions étaient parfaitement authentiques. Entre ceux qui le haïssaient pour sa loyauté envers la famille royale, notamment les anciens partisans de Castel-Gaillard, ceux qui jalousaient son poste de gardien de Rossburh, et le peuple lydane dans son ensemble, Peyrefendre ne manquait pas d'ennemis.

Mais je manque à tous mes devoirs. Souhaitez-vous quelque chose à boire ?


Saisissant une cloche, il l'agita pour appeler le soldat chargé de son service personnel. Roland commanda un verre de vin d'Ombreval, cependant que son fils déclinait l'offre d'un signe de tête. Le soldat prit les commandes avant de s'éclipser. Pendant ce temps, Roland évaluait discrètement les hommes en face de lui. Lergot était manifestement le chef, cela se voyait, quand bien même il aurait omis de le mentionner. Son crâne rasé, son regard dur, ses dents jaunies, trahissaient le soldat de métier qui prenait peu soin de lui, et encore moins des autres. Quand à l'autre, il n'était manifestement pas un guerrier. Petit, dégarni, peu musclé, probablement l'intendant ou le comptable, ou encore l'envoyé diplomatique de la Compagnie de l'Hydre.

Il avait aussi pris la mesure de la compagnie. Des piquiers et des arbalétriers, principalement. L'arbalète était une arme encore extrêmement rare, au rôle presque anecdotique sur les champs de bataille, et la grande inconnue pour Roland de Peyrefendre, qui ne savait pas si c'était un atout décisif, ou un handicap majeur. Il avait assisté à une démonstration, un jour, et n'avait guère été convaincu. A son sens, l'excellente pénétration des projectiles, y compris à travers une armure, ne suffisait pas à compenser les défauts de cadence de tir. Mais il fallait voir sur le terrain. Avec des hommes habitués à travailler en groupe. Quand aux piquiers... l'organisation choisie était excellente pour contrer une charge en terrain découvert, typiquement dans les plaines du Kevalis. L'Hydre était probablement capable, à troupes égales, d'écraser une charge d'infanterie, et même de tenir tête à de la cavalerie lourde... en terrain découvert. Les règles du jeu changeraient dans les forêts lydanes. Tout dépendrait de la capacité du chef et de ses hommes à s'adapter.

Dès que le soldat eut refermé la porte, Roland se pencha en avant.

J'irai droit au but. Vous n'êtes pas les bienvenus sur mes terres. Je vous saurais gré d'élire domicile ailleurs, quel que soit votre choix aujourd'hui. Mais je ne vous ai pas fait venir d'aussi loin pour vous dire simplement cela, vous vous en doutez.


Il se rencogna dans son siège.

Que savez-vous des Lydanes ?
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Guethenoc Ropartz

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MessageSujet: Re: Deux problèmes, une solution   Mer 16 Nov - 19:00

La pose fière, une main sur la garde de Grêle, l'autre replié sur son flanc, Guethenoc scrutait ses interlocuteurs, ou plutôt son interlocuteur, le jeune godelureau étant probablement là pour observer quelques détails qui pourraient échapper à son père et pour apprendre à mener des négociations. Regardes bien, jeune blanc-bec, tu vas apprendre, ça c'est certain ... Répondant à l'invitation de Roland, Ropartz tira la chaise qui se trouvait le plus près de lui, et d'un mouvement de poignet, inclina son épée bâtarde pour poser son céans gracieux sur le bois dur de l'assise. Guy prit place sur l'autre chaise, et avec un aplomb et une dextérité sans nom, il fit glisser la bandoulière sur son corps osseux et posa son petit pupitre sur ses genoux. Clic, Clac. L'écritoire se déploya sous les griffes de Poulet. Splotch. L'encrier se déboucha et trouva sa place dans l'encoche prévue à cet effet. Chhhhhk. La plume de Guy se lissait avec discipline sous la poigne experte du Trésorier. Et krrrk. Le parchemin fut déroulé en craquant légèrement. Guethenoc remarqua le manège de la silhouette tordue à ces côtés. C'en était presque fascinant, tant chaque geste était vif et précis, effectué dans un ordre immuable et sans s'y reprendre à deux fois. Le trésorier sortit alors un carnet relié de cuir d'un petit tiroir dans le socle de son fatras. Distrait par le manège de son homme, ou peut-être simplement pas intéressé par les paroles de Roland, Guethenoc ne saisit pas tout le début de l'intervention du Seigneur des Marches de l'Est.

... Je dois donc vous avertir que les gardes postés à l'extérieur ont ordre de tailler en pièces quiconque en ressortirait avant moi

La capitaine mercenaire arqua un sourcil, puis se tourna vers la porte avant d'observer chacun des hommes présents d'un air incrédule. Il avait bien compris que le jeu des négociations avaient déjà commencé, et que Roland tenté d'imposer ses règles, après tout il jouait à domicile, mais Guethenoc aimait rétorquer et provoquer. Prenant un air innocent, il répondit, le plus simplement du monde.

Il est agréable de savoir que nous ne serons pas tailler en pièce, si nous nous contentons de vous prendre en otage

La phrase s'était un peu durcie dans le ton sur la fin, et s'était éteinte sur un sourire ambigüe. Boutade ou menace ? Impossible de trancher pour ma part, bien que connaissant le bonhomme, nous pencherons pour ... euh ... Bref ... Le regard de Guy, vers son officier, fut des plus las devant tant de bêtises - en était-ce réellement?- et il se força à étirer ses lèvres mesquines en un sourire qui faisait peur aux pucelles. Roland s'écria alors qu'il manquait à ses devoirs et offrait aux mercenaires de boire ... Ce qui revient à demander à un aveugle si il veut voir. Un jeune homme vint s'enquérir des commandes des invités. La réponse tonna chez Guethenoc et fut plus douce de la part de son Trésorier.

Du vin ! Pourquoi se priver de goûter la cave du Protecteur de Rossburh ?

Simplement de l'eau pour ma part.

Dichotomique comme duo n'est-ce pas ? Guethenoc remarqua alors le regard de Roland qui semblait les détailler tout deux, pendant que le fils de Peyrefendre refusait un verre, faisant honneur à l'austérité de son nom. Il était presque amusant de comparer les deux exemplaires de la même famille avec un quart de siècle d'écart. Le temps avait été cruel avec Roland, son fils avait le visage qui en témoignait. On dit qu'en vieillissant les rides marquent l'expression qu'on a le plus eu dans sa vie. Roland n'avait pas du rigoler souvent, et les rides convergentes autour de son nez, étaient une preuve de plus de son état d'être amer. La porte claqua et Roland renchérit en souhaitant la malvenue au mercenaire. Lui aussi, il était dichotomique quand même. De la bienvenue à la malvenue, il n'y avait pas dix minutes d'écoulées. La suite du discours fut plus intéressante et la question finale trouva une réponse de Guethenoc venant du cœur.

Je sais que c'est une racaille qui pollue les frontières d'Eiralie. Que depuis le mariage de la Lydane avec notre Roi, on les dit en paix. Pourtant les morts au combat continuent de remplir quelques caveaux. Une sale race que ces chiens de Lydane ! Je les abhorre, tous autant qu'ils sont ! Pourquoi ?

C'est ce qu'on peut qualifier de réponse franche. Guy faisait glisser sa plume sur la commissure des lèvres, attendant la bonne occasion pour intervenir. Jusque là, pas de chiffres, pas de solde au sommaire, il resterait donc à observer comme le faisant le jeune Paul, pour l'instant.

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Roland de Peyrefendre
Général protecteur de Rossburh

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MessageSujet: Re: Deux problèmes, une solution   Dim 27 Nov - 22:57

Roland eut un petit sourire sarcastique en entendant les menaces du mercenaire. Prendre le général et son fils en otages, au cœur de leur propre forteresse ? D'autres y avaient pensé, et s'ils avaient échoué, c'était qu'il y avait des raisons à cela. Si cela devait advenir, Roland de Peyrefendre n'hésiterait pas à sacrifier sa vie pour éviter d'être utilisé comme monnaie d'échange. La devise de la famille, "Mon honneur est ma richesse", était gravée en lettres de feu dans son cœur, et il agirait en conséquence. De plus, il avait passé la moitié de sa vie sur des champs de bataille, bien qu'il ne soit plus aussi leste qu'autrefois.

Quand à Paul de Peyrefendre... hé bien, il aurait pu faire partie de l'élite de l'infanterie eiralienne, car sa lame se déplaçait aussi vite que la langue d'un de ces serpents des Méridianes. Et elle était beaucoup plus mortelle. En dépit des réticences de son père, il aurait peut-être fini par être un simple fantassin, s'il n'avait pas monté à cheval comme s'il était né dessus. Et sans sa compréhension de la stratégie militaire, que le frère cadet, Guy, n'était jamais parvenu à égaler. Le général parfait.

Plus tard, il sera adulé par les hommes. Et les femmes...


Paul était aussi un mari aimant et un bon père. Roland sentit une bouffée de fierté l'envahir.

Et tu veux t'opposer à lui ? A nous deux ? Avec pour seule aide celle de ce rat qu'on appelle "intendant" ?

L'intendance était toujours d'une importance vitale dans une campagne, Roland le savait. Mais dans un combat dans un bureau, son rôle était largement diminué. Cela dit, lui comme ses interlocuteurs avaient autre chose à faire que d'échanger des menaces creuses-ou pas, d'ailleurs. Si Maximilien était sérieux, alors cela prouvait son courage. S'il ne l'était pas, cela prouvait sa vivacité d'esprit. Dans un cas comme dans l'autre, c'était à mettre à son crédit.

Roland observa un silence, laissant ses interlocuteurs déguster leurs boissons promptement apportées.

Un vin originaire du Mont des Aigles. Dans les Méridianes. Cuvée de l'année 144. Vous êtes gâté, vous avez de la chance.

Peut-être plus que tu n'en mérites.


Roland aurait aimé garder cette bouteille pour une occasion spéciale, mais peu importait. Il y en avait des centaines d'autres, en terre cuite scellée à la cire, qui attendaient dans sa cave. Il en goûterait une. L'année 144 était l'année durant laquelle le roi d'Eiralie avait épousé Hild, la fille de Lothar, l'un des plus grands massacreurs d'hommes, de femmes et d'enfants eiraliens de son temps. Le général était curieux de savoir si le vin de cette année-là avait un goût moins amer que le mariage auquel cette date lui faisait penser. Plus tard. Le général ne buvait jamais d'alcool pendant une négociation. Un atout non négligeable. De manière générale, il ne buvait quasiment jamais d'alcool.

Il laissa son interlocuteur prendre quelques gorgées, avant de reprendre le fil de son idée, ignorant les menaces précédemment proférées.

Une réponse faite sur mesure pour me plaire, monsieur Lergot, tout le monde le sait. Et peut-être même qu'elle est sincère. Mais ce qui m'intéresse est de savoir ce qui vous connaissez de leurs tactiques et de leur manière de vivre. Parce que la mission que j'envisage pour vous les concerne directement. Et que ces connaissances conditionneront vos chances de survie.


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Guethenoc Ropartz

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MessageSujet: Re: Deux problèmes, une solution   Mar 29 Nov - 0:17

Soit Roland l'avait reçu à côté des cuisines, soit les valets étaient des champions de la course à pied, mais toujours est-il que le sous fifre revint avec les boissons commandées deux minutes plus tôt. C'est donc ça le service qualité ? Impressionnant. Il déposa coupes et gobelets devant chaque individu, puis disparu après une légère courbette rigide, qui ne fit écho que chez Guy, qui dodelina de la tête. Guethenoc se saisit de son verre, et l'approcha de son visage, pour en humer le bouquet. Roland crut bon d'ajouter.

Un vin originaire du Mont des Aigles. Dans les Méridianes. Cuvée de l'année 144. Vous êtes gâté, vous avez de la chance.

Un excellent cru !

Guethenoc sourit légèrement en levant son verre en direction de son hôte, aussitôt imité par son Intendant. Il porta la coupe à ses lèvres et laissa couler le nectar de vigne au fond de son gosier. Il signala d'un petit haussement de sourcils, embelli d'un sourire, son approbation en déposant son verre sur la table. En effet, il était fameux ce pinard. Roland s'était permis un petit échange de regard avec son héritier alors que les mercenaires se désaltéraient, mais Guethenoc put noter l'étrange affection qui semblait émaner du père pour son fils. Lui, l'être si froid, impénétrable, ne pouvait esquisser un petit sourire fier lorsqu'il croisait le regard de ... Raaah, comment s'appelle-t-il ? Paul ? Le capitaine de l'Hydre n'avait pas vraiment la mémoire des prénoms. Il était au moins sur d'une chose maintenant, si il voulait ébranler Roland, c'est cet homme qu'il fallait viser. Détail inintéressant pour le moment, mais qui pourrait, un jour peut-être, s'avérer intéressant. Le vieux Peyrefendre réagit à l'exposé haineux de Guethenoc sur les Lydanes, en précisant ses pensées.

... ce qui m'intéresse est de savoir ce qui vous connaissez de leurs tactiques et de leur manière de vivre. Parce que la mission que j'envisage pour vous les concerne directement. Et que ces connaissances conditionneront vos chances de survie.

Ils vivent dans des villages reculés dans les forêts de l'Est, vêtus principalement de peau de bêtes et combattants sans armure d'acier. Ils préfèrent le raid et l'embuscade à la bataille rangée. Ils sont forts, je leur concède, mais téméraires et sans réelle cohésion.

Le rapport était clair, concis, militaire, comme saurait l'apprécier un homme tel que Roland, mais Guethenoc en avait l'habitude, depuis des années maintenant. Il éructa alors, bruyamment, et surenchérit.

Et ça ! Chez eux ! C'est pour remercier son hôte ! HARHARHARHARH

Le capitaine partit dans un des rires tonitruants dont il avait le secret, imité plus sobrement par Poulet, qui se contenta de sautiller sur place, son visage déformé par un rictus malsain, et émettant un son nasal désagréable à l'oreille. Sauf que lui ne riait peut-être pas de la boutade de son officier. Il avait entendu "chances de survie", ce qui avait activé en lui une sorte de calcul instantané du montant des soldes au prorata du ratio survie/pillage/blessures/mort, veni vedi vici, fluctuat nec mergitur amen ... Un jargon incompréhensible donc, mais qui signifiait, pour les béotiens que nous sommes, une montagne de pognon. Les considérations tactiques, il s'en moquait bien, mais le palpable, brillant et tintant, là on était dans son domaine. Guethenoc surenchérit une fois remit de son rire.

Si nous entrions dans le vif du sujet ? Parlez-moi plutôt de cette mission, au lieu de tourner autour du pot.


Ca pouvait paraître brave, ou téméraire ... Rien de tout cela, il était temps d'en venir à la raison de ce mandat intéressé. Les Hydriens avaient besoin d'action et le seigneur Peyrefendre était à même de leur en fournir. Visiblement en Lydanie, très bien, le principe était déjà séduisant à l'oreille de Ropartz.

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Roland de Peyrefendre
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MessageSujet: Re: Deux problèmes, une solution   Jeu 8 Déc - 23:06

Synthétique, clair et concis. Le mercenaire plaisait au seigneur de Peyrefendre. Du moins jusqu'à ce qu'il éructe et commence à rire. Le seigneur de Peyrefendre ne s'était jamais spécialement intéressé aux coutumes lydanes lors des repas, et était donc bien en peine de savoir s'il était vrai qu'ils éructaient pour remercier leur hôte. Il savait en revanche que Guethenoc frôlait l'offense majeure. Et surtout, qu'il n'aimait pas son rire. Pas du tout.

Bande de fous furieux.

Sans même se retourner, Roland imaginait sans peine le léger rictus de dégoût de son fils et son envie de trucider l'insolent. Tout comme il savait que Paul était assez au fait des usages de la cour pour ne pas manifester son aversion de manière trop ostentatoire.

Comme son interlocuteur ne semblait pas immédiatement rebuté par le principe de s'aventurer aussi loin à l'est, Roland jugea qu'il pouvait en dire un peu plus. Mais seulement un peu plus. En matière militaire, l'information était capitale, et la loyauté des mercenaires toujours douteuse. Il se pencha légèrement en avant.

Il s'agirait en fait d'une mission de repérage des troupes lydanes. Je veux avoir plus d'informations sur les forces ennemies tant qu'elles sont encore sous le couvert des arbres.


Cette forêt était une malédiction. Elle était si proche des terres verdoyantes du Kevalis... Depuis cette gigantesque forteresse naturelle, les Lydanes pouvaient lancer des raids en disposant d'une base pour ainsi dire inexpugnable. Du moins infranchissable sans d'immenses moyens humains et logistiques, comme lors de l'assaut du Tarhalgor. Et encore l'armée eiralienne avait-elle eu énormément de chance de ne pas être totalement décimée sur ce territoire inconnu.
Tant que la forêt était là, les Lydanes avaient l'initiative. L'armée eiralienne ne pouvait que l'attendre, et réagir. Position très inconfortable, tactiquement parlant, que même le vieux général n'était jamais parvenu à modifier. Heureusement, la configuration de la passe était un cadeau des Astres. Un seul étroit couloir, un terrain régulier permettant de grandes manœuvres de cavalerie.... Si les seigneurs des bords de la Vaste-Fange et ceux de l'Acrogée faisaient convenablement leur travail d'interception des quelques groupes d'envahisseurs qui tentaient parfois une approche moins conventionnelle, l'Eiralie était efficacement protégée.

Vous disposez d'assez d'hommes pour opérer une reconnaissance en force, si cela s'avérait nécessaire, mais ce n'est pas forcément le but. Ce que j'attends de vous, ce sont prioritairement des informations fiables, et ensuite seulement, des têtes de lydanes. Vous sentez-vous toujours à la hauteur de la mission ?

Discret défi lancé à la vanité du mercenaire, mais aussi vraie question. Roland n'aurait jamais accusé de lâcheté un homme parce qu'il refusait de s'aventurer en terrain inconnu parmi des peuplades réputées pour leur sauvagerie. En revanche, aurait taxé de stupidité un homme qui aurait accepté ce genre de mission sans réflexion. Néanmoins, Roland espérait que Guethenoc accepterait. Qu'il recevrait une flèche empoisonnée, rapporterait ses informations avant de succomber à ses blessures.

Ce serait parfait. Mais ne soyons pas trop optimiste.

Chassant ces pensées importunes, le seigneur attendit tranquillement la réponse de son interlocuteur.
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Guethenoc Ropartz

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MessageSujet: Re: Deux problèmes, une solution   Jeu 5 Jan - 14:47

La remarque du reître avait fait réagir le visage d'albâtre des deux Peyrefendre, à moins que ce soit le splendide rot retentissant qui avait ponctué son exposé sur les lydanes, toujours est-il que Roland lâcha enfin des informations convenables au goût de Guethenoc.

Il s'agirait en fait d'une mission de repérage des troupes lydanes. Je veux avoir plus d'informations sur les forces ennemies tant qu'elles sont encore sous le couvert des arbres. Vous disposez d'assez d'hommes pour opérer une reconnaissance en force, si cela s'avérait nécessaire, mais ce n'est pas forcément le but. Ce que j'attends de vous, ce sont prioritairement des informations fiables, et ensuite seulement, des têtes de lydanes. Vous sentez-vous toujours à la hauteur de la mission ?

Il suffisait de demander pour être servi, et il vous annonçait ça avec une froideur ... Brrr ... Pendant que la cervelle de Guy s'embrouillait toute seule, de chiffres et de piécettes, le capitaine scrutait le regard inflexible et dur de son interlocuteur. La vieille canaille. Le propos était enrobé de papier doré mais le cadeau semblait bel et bien empoisonné. Infiltrer la bordure lydane était faisable, s'y implanter efficacement sans être repéré et massacré jusqu'au dernier, difficile, revenir glorieux et indemne, presque impossible. C'est ce "presque" qui fit pencher la balance. Guethenoc posa sa coupe sur la table et s'enfonça légèrement sur sa chaise, prenant un instant de réflexion. La réponse fut brève ...

Soit ...

... au premier abord ...

... Mais il faudrait évoquer la solde, Monseigneur. Pareille mission n'est pas sans risque, vous l'avez convenu vous même. Elle est rare et requiert du temps. Et le temps, c'est de l'argent, comme dit le proverbe !

Poulet entra alors dans la ronde des discussions, se confondant en clignements de paupières convulsifs. On avait prononcé LE mot qui activait sa langue. Argent ...

Permettez-moi d'intervenir, Capitaine ... Euh ... Messeigneurs

Son visage se tordit en un rictus humble et il poursuivit.

Selon le barème que j'ai ... héhé ... moi-même établi ... Pour une mission longue, entrainant combat, infiltrations et grand risque de perte, la solde totale demandée est de 3 000 eirals, dont le premier tiers est à verser dès acceptation de la dite mission. Les deux autres tiers seront versés au moment de l'accomplissement de la mission suscitée.

Guy avait déballé son laïus avec son ton légèrement nerveux habituel, on sentait chez cet homme, une aura étrange qui l'habitait dès que l'or était en jeu. Ça pouvait même en paraître effrayant. Un petit sourire était né sur le visage de Ropartz, qui se permit d'asséner un nouvel article au contrat.

J'ajouterai qu'il me faut, une lettre signée et écrite de votre main, portant votre sceau, certifiant que la Compagnie de l'Hydre à un droit de séjour illimité en Kevalis ! Et bien entendu, un laisser passer pour gagner la forêt lydane à travers vos terres, sans devoir me justifier à chaque patrouille m'aiderait beaucoup.

Dans le jargon mercenaire, on appelait ça, poser ses conditions ...

************************

[HRP: Encore milles excuses pour l'attente. Le mois de décembre était chargé. Pour la partie "Argent", puisqu'il n'y a pas de "monnaie-type" j'ai parlé de pièces d'or ... Si il faut modifier sur décision staffesque, hésitez pas ! Et bonne année à tous et toutes]

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Roland de Peyrefendre
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MessageSujet: Re: Deux problèmes, une solution   Jeu 19 Jan - 1:09

Roland ne chercha pas à discuter le prix. L'enjeu était tel qu'il pouvait se permettre de débourser la somme, malgré son montant. Très élevé, mais raisonnable au vu de la nature de la mission concernée. D'autant que tout cet or ne sortirait pas de ses caisses, puisque son domaine n'était pas proche de la frontière et n'était donc pas techniquement chargé de sa défense. La Couronne rembourserait les frais. Il ne réclamerait que deux mille eirals sur les trois mille demandés. Roland de Peyrefendre n'avait aucune affection pour la reine, en revanche, il considérait de son devoir d'aider la Couronne, seul rempart entre l'Eiralie et le chaos. Et tant pis si Couronne et reine allaient de pair.

Pour ce qui est du tarif, il est très élevé, mais si vous menez à bien votre travail, je crois qu'il sera amplement mérité. J'accepte donc. Concernant votre laissez-passer auprès des patrouilles proches des Forêts Frontalières, mon secrétaire va s'occuper de cette formalité.


Roland de Peyrefendre avait déjà envisagé de faire faire un laissez-passer "blanc", où ne manquerait que le nom de ceux qu'il enverrait. Il était en effet certain qu'il finirait par trouver des volontaires à la fois assez fous pour tenter l'aventure, et assez compétents pour avoir une chance de réussir. Mais il s'était ravisé, pour raisons de sécurité. Qu'un voleur potentiel parvienne à mettre la main sur ce genre de papier et à leurrer les patrouilles était un risque qu'il ne pouvait se permettre.

En revanche, j'aurais quelques... modifications à proposer aux termes de notre accord. D'abord, je vous adjoindrai quelques éclaireurs, disons six hommes, qui vous accompagneront, et me feront leur rapport. Votre paiement sera subordonné au retour vivant d'au moins deux hommes sur les six.

Roland n'avait aucune confiance dans ces mercenaires. Ils pouvaient fort bien tracer vers le Nord en longeant la lisière de la forêt, s'installer tranquillement en Acrogée et revenir au bout de quelques semaines avec une histoire séduisante mais invérifiable. Quelques hommes loyaux élimineraient ce risque. Mais un seul, si loyal pût-il sembler, pouvait être soudoyé, ou influencé. Alors que plusieurs éclaireurs interrogés séparément donneraient une vision relativement fiable du travail effectué.

C'est ma première condition. Pour ce qui est du droit de loger en Kevalis, je suis prêt à vous l'accorder, mais...

Son regard se durcit tandis qu'il se penchait en avant.

Je ne tiens pas à voir des guerriers de fortune...

Terme pudique. Les paons qui se pavanent à la cour pour tenter d'attirer l’œil de la reine apprécieraient.


...loger sous mes murs toute ma vie. J'ai eu trop de mauvaises expériences dans ce sens pour leur faire confiance. Sans vouloir vous insulter.


La précision était utile, vu le reste du propos.

Donc, je vous propose un permis de séjour d'une durée maximale d'un an et d'un jour. Qui bien sûr, prendra automatiquement fin dans un bain de sang si je découvre que vous vous êtes procurés certaines marchandises sans les payer honnêtement...

Avec l'argent que vous m'aurez soutiré. Ce qui sera déjà assez douloureux en soi.

... ou si certains cas bizarres de viols ou de meurtres me sont rapportés.


Roland mettrait en place une surveillance, bien sûr. Assez discrète pour ne pas passer pour une agression, mais pas assez pour que les mercenaires se sentent libres d'agir comme s'ils étaient en territoire sauvage.

Vous excuserez mon franc-parler, mais j'estime qu'il est de mon devoir de vous informer loyalement de mes intentions vous concernant. C'est quelque chose qui se fait lors de toute transaction honnête. Tout comme il est de mon devoir de protéger mes sujets et les habitants du Kevalis. Vous comprenez certainement. J'ajouterai que je n'ai pouvoir de vous accorder ce droit que sur mes propres terres, à savoir celles de mon fief en Kevalis occidental. Rossburh, ainsi que ses environs, comme vous le savez peut-être, appartiennent à la Couronne et non à moi. Je ne parle pas des terres qui appartiennent à d'autres seigneurs, sur lesquelles je n'ai tout simplement aucun pouvoir.

Il fit un léger silence.

Un droit de séjour illimité dans le Kevalis ! Comme quoi, des mercenaires peuvent être de doux rêveurs.


Enfin, son refus ne surprendrait pas Maximilien. L'exclamation de Paul au moment où il avait entendu la dernière condition de Guy avait dû l'avertir de la réponse qu'il recevrait.

Que pensez-vous de mon offre ?




[Note : "hiatus" est à mon avis un terme inapproprié dans le post précédent, mais à toi de voir. http://www.cnrtl.fr/definition/hiatus
Note 2 : la monnaie, c'est des eirals, je sais plus si c'est marqué quelque part. Pour le montant, faut voir la décision staffesque^^
En attendant, je dis OK, je suis aussi prêt à modifier si nécessaire]
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Guethenoc Ropartz

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MessageSujet: Re: Deux problèmes, une solution   Lun 23 Jan - 21:32

Tout aurait pu être si facile. Une écoute attentive, un petit hochement de tête et paf ! Topes là Papy Roland. Si le monde était peuplé de petits poneys et de coccinelles arc en ciel, peut-être que la négociation aura abouti comme cela. N'ayant pas encore aperçus les bêtes susnommé en Eiralie, il allait de soi que Roland allait à son tour, poser ses conditions, même si le début de son intervention aurait pu faire croire à d'éventuels insectes multicolores. Pas d'argumentation sur le tarif, que Guethenoc avait fait revoir à la baisse avant l'entretien. Rajoutez un zéro et on approche de la somme exigée par Guy à l'origine. Bref, ce genre de détail est non seulement inutile et en plus, il ne fait que nous distraire de l'action principale et de notre héros. Il concédait même volontiers le laissez passer, signé et scellé, exigé. Pauvre petit bout de papier au premier regard, grandes opportunités à venir. Il allait avoir un document officiel signalant qu'il agissait sur ordres de Peyrefendre. Guethenoc s'imaginait déjà pillant allègrement les braves masures sur la route de Lydanie, usant du vélin comme d'une garantie de bonne foi. S'enrichir sans verser une goutte de sang, voilà une idée qu'elle était bonne. Et c'est là que le seigneur de Rossburh lui colla des nourrices ... Non pas des femmes trop chargées de lait, qui de toutes façons n'aurait pas quitter le camp des Hydriens, saines de corps, mais bien des soldats à sa botte, des espions, des garantis de bonne conduite ... De la saloperie de rapporteurs. Et voilà, qu'en plus, il exigeait la survie de deux d'entre eux ... Pas moyen de les égorger au détour d'un bosquet solitaire ... A première vue du moins.

Guy grattait le parchemin face à lui en silence, tandis que Guethenoc ne pouvait retenir un léger froncement de sourcil en dévisageant le fiston. Ce dernier jusqu'alors muet comme une tombe et au regard aussi rempli de vie qu'une huître, s'était fendu d'un hoquet indigné lorsque Guy avait énoncé les conditions. Jeune et pas encore tout à fait à même de cacher son jeu. Il était là pour apprendre de Maître Roland apparemment, plus les négociations avançaient, plus cela paraissait évident. Dans une certaine mesure, il lui rappelait un peu Axel, son aîné, dans la roideur surtout. Roland poursuivit, abordant la question délicate du droit de séjour de la Compagnie. Les mots sonnèrent douloureusement aux oreilles de Ropartz, des guerriers de fortune ... Je t'en fouterai moi ... Laissons de côté, les pensées de Guethenoc, qui se fleurissaient au fur et à mesure de noms d'oiseaux assez imaginatifs, pour nous concentrer sur les propos du seigneur de Peyrefendre. Un an et un jour, uniquement aux alentours de Rossburh, et patati je peux rien faire et gniagniagnia c'est pas ma faute. Oui, je retranscris tel que c'était perçu par notre brave capitaine, perdant probablement le sel de la verve de son interlocuteur. Il n'avait pas souri, pas ciller, un moment Guy avait cru surprendre un ride vaciller, mais non. Implacable, parfait, Paul recevait sa leçon, tout autant que les mercenaires. Un petit instant de silence se fit. De quoi parle ce proverbe à propos de calme et de tempête déjà ? Guy lança les hostilités.

Monseigneur, pour ne point déranger votre secrétaire, et pour l'efficacité, euh, et la rapidité, euh, de notre mission ... J'ai rédigé une lettre des plus officielles, qui n'attend plus que votre signature et qui fera office de laisser passer, euh, jusqu'en Lydanie.

Les mots sifflaient entre ses dents. Et cette voix ... Cette voix ! Il n'en demeurait pas moins qu'en effet, la lettre était un laissez passer des plus banales, peut-être un peu livré à la licence poétique de Guy sur l'énonciation des titres du Seigneur de Rossburh face à un "Maximilien Lergot, dit le Couillu", des plus inappropriés. Le trésorier tendit la plume en grimaçant ... En souriant, tout en posant délicatement son encrier au centre de la table. Guethenoc se manifesta alors.

Votre offre ... Pour être honnête, comme vous l'avez si bien dit tout à l'heure ...


Comme quoi il écoutait ...

... Je lui pisse dessus.

Guy tourna des yeux effarés vers son capitaine. La réaction des Peyrefendre allait probablement être intéressante à voir. Il poursuivit.

Soyons clairs ! Une mission comme ça, vous trouverez pas de gars assez fous ou assez doués pour l'accepter à par moi et mes gars ! Je sais pas combien vont revenir. Je sais même pas si on va en revenir. Mais si on en revient, et croyez moi j'y compte bien, je ne veux pas d'un statut bancale de bohémiens tolérés temporairement. Si vous avez besoin d'informations fiables qui viennent du coeur de Lydanie, c'est qu'ils préparent quelque chose de sérieux. Vous avez plus besoin de moi, en ce moment, que moi de vous. L'aubaine est trop belle, des mercenaires ! Je réitère les conditions de notre accord. Un droit de séjour illimité dans tout Keivalis. Un seigneur influent comme vous, saura convaincre ses pairs de ma bonne compagnie et de mon efficacité. Ne me prenez pas pour un idiot, seigneur de Peyrefendre, voyez ça comme un échange de bon procédé.

Les plus optimistes descelleront peut-être une pointe de diplomatie dans la phrase finale.

J'espère que vous comprendrez ... Mon honnêteté.

Il ponctua son intervention par un roulement de langue sur l'intérieur de sa joue et d'un regard presque moqueur envers notre ami Paulo, qui venait de prendre une autre petite leçon. "Parfois le type en face est moins c ... bête qu'il en a l'air". Guy était totalement ébaubi, tremblant sur son céans osseux et n'osait plus lever les yeux de la plume qu'il tendait fébrilement à Roland. Dans le jargon, on appelle ça, imposer ses conditions ...

**************************

HRP: Merci pour le hiatus, faute d'inattention totale et j'ai édité pour les eirals Very Happy

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Roland de Peyrefendre
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MessageSujet: Re: Deux problèmes, une solution   Lun 23 Jan - 22:22

Le seigneur de Peyrefendre était un membre de la haute noblesse, certes. Et les nobles ne juraient pas, et ils s'indignaient d'un langage mal soigné. En théorie. Mais il avait aussi été soldat. En tant que tel, il n'était pas homme à se laisser intimider par un langage ordurier. Ni à refuser le conflit. Ni à se laisser marcher sur les pieds par un inférieur hiérarchique. Son regard se durcit, mais il ne manifesta nul agacement. Même s'il pouvait sentir son fils se crisper derrière lui. Il faudrait qu'il lui rappelle que la colère était mauvaise conseillère.

A mon tour d'être clair, monsieur Lergot. Je sais parfaitement les risques que comporte cette mission, et je ne vous les ai nullement dissimulés. D'où la rémunération plus que conséquente que je vous ai promis. Effectivement, vous pouvez m'aider, je l'admets. Maintenant, si vous refusez, j'attendrai que les Lydanes se révèlent. Le Kevalis est suffisamment grand pour pouvoir y manœuvrer à son aise, et j'ai déjà prouvé mon aptitude à défendre la région à une époque où l'ennemi était cinq fois plus fort qu'aujourd'hui. Nous aurons un peu plus de pertes, mais nous gagnerons tout de même. Je pense donc que vous surestimez votre utilité, tout comme vous surestimez vos compétences. Nous avons d'excellents éclaireurs qui accompliraient cette mission si je le leur ordonnais. Seulement, je m'y refuse, parce que je n'ai pas pour habitude d'envoyer mes hommes dans une mission aussi dangereuse sans une bonne raison. Je vous le demande à vous, parce que votre possible mort m'indifférerait totalement.

Il s'interrompit simplement le temps de reprendre son souffle, avant de reprendre aussitôt.

Pour moi, l'argent est moins important que la vie de mes hommes, tandis qu'en ce qui vous concerne, il est plus plus important que la vie des vôtres.

Paul de Peyrefendre s'était calmé. Un point pour lui. A son âge, Roland était tout aussi fougueux lorsqu'il le fallait, mais il se contrôlait moins. A sa place, il aurait peut-être même défié le salopard en duel.

Maintenant, laissez-moi vous expliquer pourquoi je pose toutes ces conditions. Parce que j'ai traité avec assez de mercenaires pour savoir comment évoluent les choses. Je vous donne un laisser-passez et un droit de séjour illimité. Avec cela, vous faites ce que font toujours les mercenaires. Vous pillez et vous rançonnez en vous réclamant de mon nom. MON NOM. Vous me déshonorez, moi et ma famille.

Mon honneur est ma richesse.


Et si, par miracle, je parvenais à convaincre les autres seigneurs du Kevalis, lorsque vous commencerez à vous comporter comme des brigands, je perdrai énormément en crédit auprès de mes pairs. Vous ne valez pas que je prenne un tel risque. Alors, si vous refusez ma proposition, que je trouve au demeurant très raisonnable, faites-m'en une autre. Et je parle d'une proposition sensée qui me permette de m'assurer de votre bonne conduite, du moins sur territoire eiralien. Chez les lydanes, vous ferez ce que vous voudrez. Mais pas sur notre sol. Une proposition raisonnable, donc, et pas le récit de votre rêve le plus agréable.

Après cette tirade, il se rencogna dans son fauteuil.

Vous avez toute mon attention.


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Guethenoc Ropartz

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MessageSujet: Re: Deux problèmes, une solution   Mar 14 Fév - 22:09

Le débat avait prit une toute nouvelle tournure, plus enlevée, plus directe. Guethenoc avait touché le point sensible, car Roland semblait presque perdre de son éternel pragmatisme. En tous cas, le fiston, lui, il bouillonnait, quoi de plus normal face à tant de provocation. Le Seigneur de Rossburh partit alors dans un discours bien maîtrisé, semblant s'attendre à des négociations agitées. Expérimenté le bougre. Son argumentation était simple et clair. Les mots étaient choisis et polis, mais ne laisser entrevoir aucune hésitation sur leur sens. Point de flagorneries, point de détours. Il déclamait la vérité brute. Pourtant il se laissa aller à une éloge de ses éclaireurs, à la valeur de la vie de ses hommes à ses yeux. Quel baratin ! Il se moquait bien du sort de ses gueux comme de ses premières couches. Il vivait dans sa forteresse lugubre mais fastueuse, entouré de laquais, et il se permettait de parler de ses soldats. Guethenoc, lui, vivait avec ses hommes. Il connaissait bien mieux la valeur d'une vie de guerrier que Roland. Il allait même jusqu'à dire que Ropartz surestimait ses hommes. Les braves Hydriens. Un bloc de plates inébranlable, capable de tenir en respect la cavalerie lourde. On sentait la nervosité poindre alors qu'il rechignait à accorder le laisser passer tant convoité, livrant que son honneur ne serait entâché par les actions répréhensibles auquels se livrerait les mercenaires. Après son intervention, il s'enfonça de nouveau dans son fauteuil, laissant la parole au capitaine, devant un Guy, bouche bée, devant l'échange qui avait lieu. Il valait mieux pour lui, la fermer de toutes façons, donc laissons le de côté pour le moment. Guethenoc toisa un court instant son interlocuteur, puis son portrait craché, puis de nouveau Roland. Il se gratta le menton avant de donner sa réponse.

Soit, oublions tout Kevalis, mais soyons sérieux un instant. Un an ? Une pauvre année pour combien de temps en territoire ennemi ? Combien de soldats vais-je devoir perdre pour satisfaire votre curiosité ? Je ne surestime personne ! Tenez vous le pour dit. Ni mes gars, ni mes adversaires. Notre engagement vaut mieux qu'un petit remerciement. Libre à vous d'attendre que les lydanes se dévoilent. Mais qu'est ce qui m'empêche, moi, la crapule de reître, de traverser la frontière pour renseigner vos ennemis sur tout ce que j'ai vu ici ? Vous vous méfiez de moi, à la bonne heure, je me méfie de vous. Je veux de la sureté pour mes hommes, tout comme vous, j'ai des vies entre les mains. Libre à vous d'accepter ou de décliner, nous aimons voyager, nous autres, reîtres, mais vos informations vous les auraient peut-être trop tard. Si vous craignez que j'envahisse votre cour sans votre accord, faites de moi un simple invité, pour service rendu ... Et si un jour les Lydanes daignent passer à l'attaque, je peux vous garantir que vous préfèrerait m'avoir de votre côté.

Il fit une courte pause, puis se leva d'un bond de son siège. Il ajouta, avec une morgue évidente dans la voix, alors qu'il avait déjà fait sauter le baudrier de son arme et que Grêle était prête à montrer son éclat hors du fourreau.

Et si, Monsieur votre fils continue de me dévisager ainsi, je me ferais une joie de lui fournir autre chose qu'un cours de négociations.


Guy émit un gargarisme chouineur, tandis que Guethenoc, lui, s'amusait comme un petit fou à jouer avec les nerfs du jeune noble. Si celui-ci laisser son impulsivité l'emporter, Ropartz pourrait se dégourdir autre chose que les neurones et par-là même, lui mettre une petite fessée dont il avait le secret.

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Roland de Peyrefendre
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MessageSujet: Re: Deux problèmes, une solution   Jeu 23 Fév - 22:50

Au moment même où la main de Maximilien (ainsi qu'il le pensait s'appeler) commençait à se poser sur la poignée de son épée, Roland se leva d'un bond, imitant le geste. Quand à Paul, sa lame était dégainée de deux bons pouces et une lueur dangereuse luisait dans ses yeux.

Encore une tentative d'assassinat ?

Non, ça n'y ressemblait pas. Et c'est cela qui retint le seigneur de Peyrefendre de faire ce qu'il avait déjà fait auparavant : lui lancer le pichet de vin au visage en appelant les gardes. Et tailler l'agresseur en pièces. Mais un assassin aurait déjà dégainé, et frappé, au lieu de se livrer à de ridicules rodomontades susceptibles de lui coûter la vie.

Toi, mon gars, si tu t'y prends comme ça avec les Lydanes, on n'est pas prêt de te revoir.

La tension était palpable, et pouvait rapidement dégénérer en bain de sang. Ce que ne désirait pas Roland, bien sûr.

Cessez donc, monsieur Lergot. Vous êtes ridicule. Vous ne survivriez pas après avoir dégainé votre arme. Mon fils ne vous dévisage pas pour vous insulter, mais parce qu'il se méfie de vous. Et d'autant plus maintenant que nous avons pu voir votre côté... impulsif. Alors discutons.

Il sentit Paul se relâcher légèrement, la tension baisser d'un cran. Quand à Roland, sa main s'éloigna de la poignée de son épée, mais resta à sa ceinture, tout près. Cela dit, personne ne se rassit. Le général fit reculer son siège, et se mit à arpenter l'espace derrière son bureau.

Je vous offre bien plus qu'un simple remerciement. Je vous offre une somme d'argent très conséquente en échange d'une mission que vous savez risquée, ce que je ne vous ai jamais caché. Vous, vous vous comportez, non pas comme un mercenaire demandant un paiement, mais comme quelqu'un qui cherche un domaine où s'installer. Un mercenaire commun ne veut se fixer nul part, puisqu'il se déplace en fonction de son travail.

Vous n'êtes donc pas un mercenaire normal, monsieur Lergot. Hmmm.... Guilhem de Cîmerouge aura probablement quelques recherches intéressantes à faire sur votre passé.

Mais je ne suis toujours pas sûr que vous vous rendiez réellement compte de ce que vous demandez. Je ne peux pas vous inviter indéfiniment. L'invité qui s'éternise devient un jour ou l'autre indésirable. Quels que soient les services rendus autrefois. Et même s'il se tient bien, ce dont je doute, je vous l'ai déjà dit. Alors...

Il eut un sourire de dérision, comme pour laisser son interlocuteur se rendre compte à quel point la conclusion du raisonnement était risible.

... si vous voulez un endroit où vous installer, ce seront des terres qui vous appartiendront en propre.

Il ignora le hoquet indigné de son fils. Ce genre de décisions relevait d'une Higden et pas d'un Peyrefendre. Un domaine mineur, ce n'était pas un problème en soi. Roland savait très bien que la reine gardait encore en réserve certaines parcelles de domaines ayant appartenu aux seigneurs rebelles lors de la révolte de Castel-Gaillard. Pour s'assurer la loyauté de nouveaux nobles. Une stratégie intelligente, il aurait agi de même à sa place.

Mais vous n'avez manifestement pas de sang noble. C'est donc impensable.

Donc, non, vous n'aurez pas à titre permanent de terres où vous installer. A moins d'être anobli et de vous voir confier un domaine par la Reine. Je vous avouerai de tout suite que je considère vos chances de succès comme nulles.

Petite pause.

Allons, monsieur Lergot. La compagnie de l'Hydre est assez ancienne pour que vous connaissiez les règles du jeu. Pourquoi faire des demandes aussi déraisonnables quand vous savez parfaitement à quel point y accéder serait contre-nature ?

C'était du simple bon sens. Seul un noble pouvait posséder des terres. Vu son comportement, Maximilien Lergot n'était certainement pas noble. Et la reine ne l'aiderait certainement pas à le devenir, parce que ce serait une insulte aux lois naturelles. C'était aussi simple que ça. Aussi Roland avait-il du mal à comprendre ce qui motivait cet homme. Peut-être le simple esprit de provocation ? C'était bien son genre. Mais il n'aurait jamais survécu aussi longtemps en dirigeant une compagnie de mercenaires, si l'esprit de provocation avait été son seul moteur.

Je n'espère pas que vous le réalisiez, mais je vous l'affirme : j'ai des préoccupations bien plus importantes que vos désirs. J'aurais sans doute été plus conciliant si vous n'aviez pas osé menacer un membre de ma famille. Donc, en l'état des choses, voici ma dernière offre.

Le Général s'immobilisa.

Vous prenez mon or et acceptez la mission, avec six éclaireurs dont deux au moins devront revenir en vie si vous voulez toucher votre salaire. Je vous fais faire un laissez-passer valable pendant la durée de votre mission. Votre compagnie aura droit de séjour sur mes terres de un an à compter de son retour. Ce droit de séjour prendra fin au moindre incident créé par vos hommes. Et, par-dessus le marché, j'oublierai que vous avez menacé un membre de ma famille. C'est un cadeau que je ne vous ferai qu'une fois.

Ses traits se durcirent. Encore. L'expression naturelle de Roland de Peyrefendre n'avait déjà rien d'amical, mais quand il fronçait les sourcils, il semblait encore plus féroce.

Vous pouvez bien sûr refuser. Dans ce cas, je serai contraint d'examiner une idée qui vient de me venir en tête.

Un sourire vint sur son visage, mais c'était un sourire de prédateur, qui n'avait rien d'amical. Le sourire d'une des douze personnes les plus puissantes du Royaume, qui n'hésiterait pas à exercer son pouvoir, puisqu'il savait pouvoir le faire en toute impunité.

Peut-être que si vous refusez cette offre, un autre de vos hommes serait ravi de bénéficier d'une promotion après votre disparition tragique, et de l'accepter.

Il leva la main.

Oui, avant que vous ne demandiez, c'est une menace. Et faites-moi la grâce de ne pas tirer à nouveau votre épée. Si vous menacez encore une fois qui que ce soit qui me soit lié, je vous ferai exécuter sur-le-champ.

Ce gueux prenait un peu trop de libertés avec les coutumes eiraliennes. Même s'il s'offrirait volontiers une reconnaissance qui ne mette pas ses propres hommes en danger, le seigneur Roland, comte de Peyrefendre, Défenseur de la Marche de l'Est et l'un des Grands du Royaume d'Eiralie, n'avait nulle intention de se laisser insulter par un manant.

Il attendit calmement la réaction. Partagé entre un certain amusement lié à l'audace presque suicidaire du mercenaire, et l'agacement de devoir ainsi avoir recours à l'intimidation. La méthode douce était toujours la plus efficace au final. Simplement, elle n'étais pas systématiquement applicable. Ce qui expliquait la présence de Paul et de deux gardes d'élite devant la porte.
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Guethenoc Ropartz

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MessageSujet: Re: Deux problèmes, une solution   Jeu 1 Mar - 12:42

Guethenoc arborait une pose digne des meilleures gravures représentant les héros combattants. Le dos droit, le regard fixe, les sourcils froncés, la main entourant délicatement la garde de Grêle, qui ne demandait qu'à montrer son éclat. Il toisait son adversaire du regard, décelant dans le regard de l'héritier de Peyrefendre, une pointe d'incompréhension. Qui pouvait être assez fou pour imposer ses conditions au coeur de Rossburh, menacer ses habitants sans scrupule, défier le seigneur des lieux ? Qui ? ... Visiblement ... Lui, Guethenoc Ropartz, Chef de la Compagnie de l'Hydre, Maximilien Lergot, pour ses interlocuteurs. Roland prit la défense du fiston avec un ton calme, presque détaché. De la méfiance et pas du défi ? Mouais, admettons. De toutes façons, Guethenoc s'en tapait le cul par terre en dansant le quadrille, il était là pour imposer son style, et bien faire comprendre qu'il n'était pas intimidé par des seigneurs bouffis d'orgueil, ni par la mort. Quand on a déjà tout perdu, que risque-t-on ?
Roland renchérit, en exposant la durée de vie potentielle du mercenaire si il persistait à jouer les durs à cuire, surtout que le prix, important sans être démesuré, était déjà convenu et qu'un droit de séjour était accordé de bonne grâce. Roland toucha alors en plein dans le mille et Guethenoc vit ses traits se radoucir légèrement à l'évocation d'un domaine. Comme quoi il était moins bête qu'il lui avait semblé de prime abord ... Et voilà qu'il venait d'évoquer des terres en propre. L'aubaine était belle. Il laissa pourtant finir le Seigneur de Rossburh, qui prit un ton de plus en acerbe, au fil de son monologue. Il passait sans problème du négociateur à l'intimidateur, rappelant ses conditions et balayant les exigences du reître d'un revers de main. Des demandes déraisonnables ? Comme il y allait, quand on veut toucher les nuages, il faut viser la lune, dit le proverbe, et les demandes ne sont déraisonnables que pour celui qui peut les accorder.Laissons Guethenoc, à sa philosophie interne, et concentrons nous sur Roland, qui s'emportait au fil des mots, le ton acerbe devenant maintenant menaçant. Et il l'assumait le cochon. Et tandis qu'il évoquait la possibilité de voir un de ses hommes prendre sa succession après sa disparition, Ropartz ne put réprimer un sourire, qui ourla ses lèvres jusqu'à dévoiler ses dents jaunies. Les paroles claquait hors du bec ridé de Roland avec une vitesse accrue et une précision agresssive parfaite. Un autre homme qui se révélait, semblant perdre des années à chaque nouvelle phrase, il retrouvait l'élan de ses vingt ans. Le silence se fit pendant quelques secondes. Guy s'était ratatiné sur son céans, la tête tentant maladroitement de se cacher entre ses épaules malingres, même si sa main osseuse, avait enserré la poignée de son stylet. Un rat ! Un véritable rat, rusé et repoussant, mais bien plus dangereux que tous le ramassis de malades qui composait sa troupe de fringuant mercenaires. Un rire gargantuesque, dont seul son capitaine en avait le secret, sembla le décrisper un peu.

ARH ARH ARH ARH ARH ARH ARH ARH

Il tourna les yeux vers Guethenoc, qui avait lâché la garde de son épée et qui reprenait sa place en lançant un regard moquer à Paulo l'excité du baudrier, car tel était le surnom qu'il lui donnerait désormais. Il revint alors à Roland, lui glissant, complice.

Il a presque des nerfs d'acier. Encore certaines choses à apprendre, ARH !

Guy tenta d'imiter la décontraction de son capitaine et grimaça ce qui devait être un sourire, alors que Ropartz reprenait.

J'accepte votre proposition ! Et j'admets que l'idée d'un domaine où implanter mon quartier général m'a convaincu. Et voilà, un excellent compromis ! Vous n'aurez pas supporter notre vue à votre Cour et en cas de nécessité, vous sauriez où nous trouver. Vous dites que je n'agis pas comme un mercenaire ? Que savez-vous de moi ? J'ai vu les montagnes de Suérie, j'ai combattu dans le désert d'Albad-Ryah, j'ai tuer de mes mains tellement de lydanes que j'en ai perdu le compte. Mais j'ai des hommes à tenir. Tuez moi, et leur seul point commun disparaît. Je suis le garant de leur conduite ET de leur vie. Ils m'ont élu pour ça. Vous ne comprenez pas qu'ils sont MON peuple, comme celui de Rossburh est le vôtre. SI risquer sa vie en beuglant sans contre partie forte est agir en mercenaire, alors, OUI, je n'agis pas comme tel.

Loin de l'image qu'il avait montré jusqu'alors, non ? Bien qu'il avait un peu arrangé les propos de Peyrefendre à sa sauce, le filou. Il se tut un bref instant, laissant Roland méditer ses paroles. Ses traits s'étaient légèrement durcis lui aussi. Il poursuivit sur un ton moins grave.

Envoyez vos éclaireurs ! Mais des bons, hein, pas de la bleusaille. C'est pas une randonnée pour les débutants ! Et si notre ami ici présent veut se joindre à nous, pour voir de ses propres yeux et calmer sa méfiance, il est le bienvenu.

Au point où on en était, autant pousser la provocation jusqu'au bout. Et puis, si il acceptait, ça pourrait être drôle. Pendant ce temps, Guy s'attelait à la rédaction des contrats et duplicata et autres trucs administratifs qui personnellement me dépasse. Tendant la main vers le Seigneur de Rossburh, sans se préoccuper de l'étiquette, le capitaine de la Compagnie de l'Hydre lança.

Topes là !

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MessageSujet: Re: Deux problèmes, une solution   Lun 5 Mar - 23:07

Le seigneur de Peyrefendre ignora totalement la main tendue du mercenaire, comme ce dernier devait sans doute s'y attendre. Ses yeux lancèrent des éclairs. Monsieur Lergot adorait manifestement le risque. Un jour, il irait trop loin. En fait, il en était déjà à un cheveu. Qu'il s'en rende compte n'était pas sûr du tout.

Vous vous oubliez. Je ne suis pas un marchand du quartier des quais de Falyse, ou un de vos sbires. Je suis Roland de Peyrefendre. L'un des grands de ce royaume. Vous pouvez baisser votre main.

L'autre s'exécuta, mais ne se départit pas de son sourire. Roland détourna le regard. Par les Astres ! Comment pouvait-on avoir une dentition aussi pourrie ? Il n'y avait pas d'autre mot. Le seigneur soupira. Le mercenaire avait bien compris ce qu'il voulait comprendre de sa tirade.

Il ne peut pas croire sérieusement que je lui ai proposé un domaine ?!??!

Soit il n'avait rien compris, soit il faisait admirablement semblant. La question de savoir si Maximilien était complètement idiot, ou s'il faisait l'idiot, était une question que le seigneur de Peyrefendre n'avait cure de trancher. Alors il se concentra sur l'essentiel. Pour le reste, que le gueux se débrouille avec la Reine. Ou, plus probablement, avec les gardes royaux, qui le mettraient dehors avec l'empreinte de leurs bottes sur le postérieur quand il leur aurait exposé l'objet de sa visite.

Vous allez retourner dans votre camp. Je vous y enverrai mes six éclaireurs. Et ne vous inquiétez pas, ils seront très compétents. Et d'une loyauté absolue envers leur suzerain.

Un brin d'emphase sur la dernière phrase. Que l'homme n'essaye pas de les corrompre. Il faudrait protéger leurs familles. Histoire de priver la Compagnie de l'Hydre de tout moyen de pression sur les éclaireurs. Des prises d’otages, c'était rare mais ça s'était déjà vu.

Vous pourrez probablement les utiliser à votre profit, d'ailleurs.

Et, s'ils reviennent vivants, ils m'apporteront de précieuses informations sur la compagnie.

Roland mettait un point d'honneur à toujours en savoir autant que possible sur tous les ennemis potentiels. Nombre, équipement, tactiques, caractère du chef, discipline, niveau de compétence des hommes et des officiers... Et, pour les seigneurs, les forces et faiblesses de leur domaine. Roland avait dans son armée des gens issus de tous horizons, et, s'il devait un jour combattre, même à l'autre bout de l'Eiralie, il aurait à sa disposition des hommes connaissant le terrain. Vu le contexte du moment, et considérant les antécédents historiques, n'importe quel seigneur pouvait devenir un ennemi. Tous les anciens alliés de Bernard de Castel-Gaillard n'avaient pas été neutralisés. Pire encore, certains étaient même libres et reçus à la cour alors que tout le monde se doutait de leur félonie passée. Seule l'absence de preuves et leur poids politique les sauvaient. Temporairement, Roland s'en assurerait. Tous les traîtres devaient être châtiés.

Cela dit, il était vrai que les éclaireurs seraient réellement un atout précieux pour la compagnie. Et six hommes, même des bons, représentaient une perte acceptable, le cas échéant.

Rejoignez votre camp, monsieur Lergot. Je vous enverrai mes hommes demain à l'aube. Ils se mettront à votre disposition jusqu'à l'accomplissement de votre mission.


Roland se dirigea à grands pas vers la porte et l'ouvrit. Ses deux gardes se tournèrent vers lui.

Appelez deux hommes pour raccompagner monsieur Lergot et...


Comment s'appelle-t-il ? Le rat, avec son parchemin et ses encres ?


Roland ne s'en rappelait plus. Pas gênant, mais agaçant. Dix ans auparavant, il se rappelait du premier coup du nom et du visage de chacun. C'était aussi de cette manière qu'il était arrivé à être respecté de ses hommes. Probablement pas aimé. Il était trop dur pour ça. Mais maintenant, il commençait à avoir des problèmes de mémoire.

Tu vieillis. Ton raisonnement va s'altérer, sans que tu t'en rendes compte. Il te faudra bientôt prendre ta retraite, et la Reine devra trouver quelqu'un d'autre pour protéger ses frontières.

Ce ne serait pas tout de suite. Dans cinq ou dix ans. Si les Astres en décidaient ainsi, son fils serait prêt, à ce moment, et la Reine approuverait peut-être le choix, s'il pesait en ce sens.

... et son intendant jusqu'à la sortie de la citadelle. Monsieur Lergot, ne revenez qu'avec des informations valables et le plus possible de mes hommes en bonne santé. Sans quoi, vous pourrez oublier le reste du paiement. Mes éclaireurs vous porteront demain l'argent et le laissez-passer. Vous pouvez disposer.

Le général retourna à son bureau. L'entrevue avait été riche d'enseignements. Il était temps d'en parler avec son fils et éventuel successeur à son poste militaire.
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Guethenoc Ropartz

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MessageSujet: Re: Deux problèmes, une solution   Jeu 8 Mar - 21:09

Et il ne topa pas ...

Décidément, très à cheval sur l'étiquette, Roland s'emportait à nouveau, rappelant ses titres pour se justifier ne pas vouloir saisir la main tendue. Quelle fanfaronnade pour une poignée entre hommes. Peu importe que le sang soit bleu ou rouge, une affaire se conclut entre hommes. Le sourire entartré de Guethenoc ne disparut pas pour autant, même s'il baissait sa main. Plus qu'un contrat signé, il avait réussi à mener sa barque face aux Peyrefendre, qui le prenait soit pour un sombre idiot, soit pour un parfait génie, alors qu'en vérité, le bonhomme doit se situer à mi chemin, avec une légère tendance insouciente, mais laissons là, les considérations inintéressantes. Roland donna ses consignes. Retour au campement, éclaireur qui arrivent, patati, patata, pouet-pouet, grosse totote, tante Charlotte ... Il n'avait pas renié l'attribution d'un domaine ceci dit, un point à creuser lors de leur retour. Car à n'en point douter ils reviendraient chercher leur solde. Roland appela alors un laquais pour faire raccompagner les deux mercenaires à la porte, façon aimable de foutre à la cour, ces deux fumiers de bougres de saloperies de reîtres, de la gueusaille pétant plus haut que son c ... Comment est-ce que Paul de Peyrefendre peut intervenir dans ce récit ? Digressions, surdigressions, l'action n'avance pas et je m'en excuse cher lecteur, reprenons.
Roland buta sur le patronyme de Guy, pourtant si inoubliable, et lorsque que le seigneur de Rossburh le qualifia uniquement "d'intendant", il ajouta avec un sourire hideux doublé d'un couinement approbateur.

Poulet ! Hmnm ... Guy Poulet !

La démonstration de bêtise du capitaine en faisait-il perdre ses moyens au grand Roland ? Voilà qui serait savoureux ! Ils ne mirent pas longtemps à être mis à la porte, regagnant l'extérieur de la ville d'un pas leste. Guy mit de nombreuses minutes à ressasser ses paroles, tandis que Guethenoc sifflotait une chanson paillarde, ravi de sa prestation. Le secrétaire de l'Hydre parvint enfin à articuler.

V... v ... Vous auriez p-p-pu nous faire tuer !

Le capitaine stoppa son sifflement et rétorqua les sourcils légèrement froncés.

Croyez-vous, Poulet ?

Mais enfin ... L'épée, les cris, le ... Vous lui avez dit "Je vous pisse dessus" quand même !

Ah non ! Je pissais sur sa proposition !

Oui, enfin ...

Rien du tout ! Et puis, j'avais ouï dire que le vieux Roland avait perdu de son autorité. Il y a cinq ans, il nous aurait pendu par les balloches jusqu'à ce que mort s'en suive, et là nous sommes vivants ! De quoi vous vous plaigniez au juste ?

C'a n'a aucun sens, il n'y a aucune logique dans votre explication ...

Elle en vaut bien une autre !

Et c'est dans ce grand n'importe quoi, que les deux compères arrivèrent aux abords du camp, à peine à deux lieues des murs de Rossburh. Un vingtaine de tentes étaient montés en cercle autour d'une plus imposante, celle du capitaine. Râteliers et feux de camp délimitaient les étroits couloirs qui permettaient la circulation. Des marchands ambulants s'étaient approchés du campement, tentant de vendre leur camelote "à des prix défiant toute concurrence"! Gatien montait la garde, scrutant de son air mauvais les alentours, il opina du chef lorsque Ropartz passa à ses côtés,tandis que ce dernier donnait de la voix.

Armand ! Armand !!!

Le colosse grisonnant sortit de sous sa tente, son torse nu et velu, fumant dans la fraîcheur ambiante, les cheveux ébouriffés et l'oeil fou.

Capitaine !

Guethenoc observa d'un oeil amusé son second, puis leva la portière de la tente pour découvrir une tignasse longue et rousse se dissimulait maladroitement sous les draps. Le visae de Guethenoc se fendit d'un sourire entendu, puis il ajouta d'un air innocent.

Lorsque vous en aurez fini avec la demoiselle. Faites lever le camp. Nous allons bientôt recevoir des nouvelles recrues et nous partons !

Où qu'c'est qu'on va, Cap'taine ?

Botter le cul des Lydanes !

Le beuglement des mercenaires retentit dans l'air frais de Rossburh, comme les loups qui entrent en chasse, l'Hydre avait enfin une proie ...

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MessageSujet: Re: Deux problèmes, une solution   Mer 14 Mar - 23:32

Vous auriez dû le faire exécuter, Père.

Roland, qui s'était absorbé, pensif, dans la contemplation de ses armoiries familiales, redressa la tête, hésitant entre surprise et colère. Ayant reçu une éducation militaire depuis son plus jeune âge, Paul était son subordonné avant d'être son fils. Et il n'était pas censé contester aussi ouvertement ses choix.

Crois-tu ?

Il n'y eut pas de réponse. Mais il était manifeste que Paul cachait à grand-peine son mécontentement.

Viens. Assieds-toi, et bois un peu de ce vin.

Ce n'était pas une invitation, et Paul en prit une gorgée, pour la forme, avant de reprendre la parole.

Il vous a insulté. Et maintenant, il croit qu'il va être anobli. Nous ne pouvons laisser de telles idées se faire jour dans l'esprit de manants.


Roland leva vers son fils un regard faussement perplexe.

Tiens donc ? Et pourquoi ? Quelle est donc cette différence entre noble et roturier ?

Le noble se soucie du Royaume, Père. Il a en tête un intérêt supérieur au sien. Tous sont unis pour le plus grand bien par les liens d'allégeance. Lesquels liens convergent vers la Couronne, et donc, la civilisation. Alors que le roturier est comme un animal, qui ne pense qu'à son plaisir et à son confort immédiat. Je connais cette leçon, Père.

Mais tu ne l'appliques pas.


Phrase courte et incisive, voix sèche. L'avertissement était clair.

N'abuse pas de ma patience.

Le jeune homme frémit devant la remontrance, mais se maîtrisa admirablement.

Pourriez-vous m'expliquer en quoi, Père ? Quelle est la leçon à tirer de tout cela ?

Un vrai noble de cœur fera toujours passer l'intérêt de son suzerain et du Royaume avant le sien propre. C'est pour cela que nous demeurons sur le champ de bataille même si notre mort est certaine, si cela peut servir l'Eiralie. Et c'est pour cela aussi que nous nous en retirons, quand bien même nous ne voudrions que combattre, si cela est dans l'intérêt du Royaume.


Roland s'absorba quelques instants dans de sombres pensées. Le souvenir de sa retraite face aux Lydanes était toujours douloureux. Il avait eu l'impression d'être un lâche, et, parfois, contre toute évidence, cette impression le reprenait. Quand bien même il savait pertinemment avoir pris la bonne décision, et avoir peut-être sauvé le roi Thomas, oncle d'Iseult. La voix de son fils le tira de sa douloureuse rêverie.

Et ?

Et ? Il est dans l'intérêt du Royaume que ce gueux aille se faire occire chez les Lydanes plutôt que dans ma forteresse. Quand bien même il est insolent et ose te menacer. J'admets que là, j'ai vraiment été près de le faire tuer sur place. Mais finalement, tout est bien qui finit bien. Il accepte la mission.

Mais nous savons tous deux que dans des circonstances normales, quiconque oserait vous proposer de toper comme si vous étiez un marchand de légumes se ferait aussitôt briser la main. Et ce n'est qu'une infime fraction de ce qu'il s'est permis. D'où vient cette indulgence, Père ?

Elle me vient de la Guerre Sainte Lydane, fils.

Sa voix se cassa. Un tremblement incontrôlable agita les membres du vieux comte, cependant qu'il sentait l'angoisse serrer sa poitrine jusqu'à l'étouffer. Sensation irrationnelle mais non moins réelle.

Des hommes piétinés, des chevaux aux corps disloqués, et l'odeur du sang, les corbeaux dévorant les yeux de... des morts.

Roland cligna des yeux, et son visage retrouva l'expression d'indifférente férocité qui lui était coutumière, tandis que sa voix retrouvait son timbre normal.

L'intérêt du Royaume nécessite, pour être convenablement défendu, du courage avant tout. Et le courage ne se manifeste pas que sur le champ de bataille, fils. Il se manifeste par des décisions. Comme celle de soutenir le monarque légitime, que tu l'approuves ou non, en vertu de ces liens d'allégeance qui maintiennent notre peuple en sûreté. Comme celle de supporter l'insolence d'un aventurier crasseux, si tu penses qu'il peut nous aider à nous préparer à une nouvelle Guerre Sainte.


Paul resta silencieux, quelques instants. Roland savait qu'il avait détecté son instant de faiblesse, mais, il lui en sut gré, n'aborda pas le sujet.

C'est ce à quoi vous pensez, souffla-t-il. Que les Astres nous préservent !

Je ne dis pas cela. Mais mon rôle, fils...


Et, sur le dernier mot, un peu de chaleur et d'affection apparurent dans la voix du vieux soldat.

... est de prévoir le pire en espérant le meilleur. Et si supporter les gesticulations d'un imbécile comme Lergot et perdre une demi-douzaine d'hommes est le prix à payer pour protéger efficacement ces contrées, je suis prêt à le payer. En fait, je suis même prêt à laisser ce gueux, tout méprisable qu'il soit, me pisser dessus si cela peut épargner à Rossburh une nouvelle destruction par le feu. Ou tout simplement, nous donner des informations qui permettront d'économiser du sang eiralien.


La bouche de Roland s'étira en un sourire carnassier.

Bien évidemment, après cela, je le ferais tuer malgré tout. Lentement.


Paul était manifestement déstabilisé. Cela ne surprenait pas Roland. Il avait passé les premières années de la vie de Paul à lui inculquer l'art du combat, l'art de la survie en milieu hostile. Puis il lui avait appris la tactique, le commandement. Maintenant, venait enfin le moment de passer à la dimension stratégique, et à la politique. Paul apprenait vite, mais il ne comprenait pas encore la situation aussi bien que son père. Question de vécu, sans doute. Il n'avait pas eu le douteux privilège de devoir faire face aux Lydanes à l'époque où ils déferlaient par milliers sur les plaines verdoyantes du Kevalis.

Il n'est pas prêt. Mais il le sera bientôt. Très bientôt.

Est-ce cela que vous allez faire ? Le faire exécuter à son retour pour son insolence ?

Le général secoua la tête.

Non. Je tiendrai ma parole. En revanche, s'il n'apprend pas quelques rudiments de politesse, il est possible qu'il le paye de sa vie. Mais je ne tuerai pas ce gueux, aussi insupportable fût-il, pour les mots qu'il a prononcés ici. Si j'avais voulu qu'il meure, ce serait déjà fait.


Paul hocha la tête. Cela, il le comprenait. Une partie de ce qui différenciait le noble du gueux venait d'une certaine supériorité morale et éthique, une valeur donnée à la parole donnée, même au plus insignifiant cancrelat que l'on pouvait imaginer.

Et pour les terres qu'il a demandées...

Il éclata de rire et, fait inhabituel, Roland l'accompagna. Son rire enfla tellement qu'il commença à s'empourprer, avant de se calmer.

Vous pensez qu'il va aller à Falyse en suivant votre conseil ? Et déclarer aux gardes royaux qu'il est chef mercenaire et veut voir la Reine pour qu'elle lui donne un titre de noblesse et des terres ?


J'espère qu'il le fera. Et s'il le fait, j'espère que je serai là. Le spectacle risque d'être fort distrayant. Court, mais distrayant. Cela étant, je ne pense pas qu'il soit assez bête pour y croire vraiment.

Paul dodelina de la tête, l'air indécis.

Je ne sais pas, Père. Il avait l'air si convaincu... Nous verrons bien. Mais je pense qu'il y croyait sincèrement.

Dans ce cas, nous ne le reverrons jamais. S'il est assez idiot pour croire cela, il est aussi assez idiot pour se jeter tête la première sur les Lydanes.

Vous pensez que nous ne le reverrons pas ?

Roland ne répondit rien, laissant Paul réfléchir.

C'est sans importance... S'ils reviennent, nous aurons des informations et nous serons gagnants. S'ils ne reviennent pas, la compagnie de l'Hydre disparaît, et six hommes ne sont pas un gros prix à payer pour ce bénéfice. Plus faible en tout cas que ce que nous perdrions en cas de combat frontal. Nous serons gagnants aussi.


Le général hocha la tête. En même temps, il déboucha une bouteille d'encre, trempa sa plume dedans, et écrivit au dos d'une missive qu'il avait reçue trois jours auparavant. Le parchemin était assez cher pour ne pas être gaspillé.

Je t'écris une liste de six hommes et leur affectation. Fais-les mander, et amène-les dans mon bureau aussi vite que possible. Ils ne comprendront vraiment à quel point leur mission est vitale que si je leur parle en personne.


Le seigneur Roland ne donnait presque jamais de mission directement aux soldats. C'était ses subordonnés qui s'en chargeaient. Une exception à cette règle montrerait à quel point il prenait cette affaire à cœur. Et son fils l'avait bien compris, vu la vitesse et l'efficacité avec laquelle il lui ramena les hommes qu'il avait demandés.
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