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 Livre de Kern : Bon retour au pays

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Kern d'Averach
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MessageSujet: Livre de Kern : Bon retour au pays   Mer 19 Jan - 22:57



Livre de Kern
67ème Commandant de la 11ème Légion
19ème Commandant de la Compagnie

2/08, an 165 :


Shaya a été capturée. Depuis un jour déjà. La jeune femme est partie en éclaireur dans l’un des bourgs de la frontière pour évaluer la situation et recueillir les renseignements demandés. Son binôme n’a pu que revenir au campement chercher des renforts, sans davantage d’informations qu’une description des ravisseurs dont il a perdu la trace à Frügen. Même pas le temps de bien reconnaître le terrain… J’ai mobilisé une vingtaine de soldats et laissé le commandement de la Compagnie à Vlad. Il y a encore bien des choses à faire pour renforcer le camp. Et si proche de la frontière lydane, il n’est pas envisageable de ne pas faire le maximum. Ils sont plutôt du genre rancunier…

A peine deux jours que nous avons atteint les forêts frontalières, à l'Est de l’Eiralie, et déjà à l’action… Comme un accueil pour célébrer le retour sur les terres natales. Un rappel, que ce royaume n’est pas vraiment plus civilisé que tous ceux que nous avons laissé derrière nous jusque-là.

Le monde est vaste mais n'est pas bien différent...

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Kern d'Averach
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MessageSujet: Re: Livre de Kern : Bon retour au pays   Mer 19 Jan - 23:01

3/08, an 165 :

Nous nous sommes tous déployés dans le bourg, Frügen… Certains guerriers, d’autres mendiants, certains marchands, d’autres catins… Lorsque la situation l’exige, nous nous fondons dans la masse en effervescence. Nous sommes tout le monde et personne. Les combats ne se mènent pas toujours sur un champ de bataille et la Compagnie est rompue à cet exercice comme à l’autre. Un héritage des cohortes urbaines de Theophore…

Beaucoup d’individus et de marchandises transitent par la route de l’Est, qui contourne la Lydanie par le Sud. Dans notre recherche anonyme, cette activité foisonnante était notre meilleur allié comme notre pire ennemi. Toujours aucune trace de Shaya à ce moment. Mais l’un de ceux qui l’avaient capturé ne pouvait pas en dire autant. On l’avait repéré sur la place, laissé conclure sa vente au marché des esclaves. Nous nous sommes passé le mot, pour que chacun sache comment agir. Plusieurs de nos hommes se sont alors rapprochés de lui jusqu’à le suivre à l’auberge où il fit halte. Le Fruit Pansu... Rien qu’un comptoir à putains comme on en trouve beaucoup, sur les axes fréquentés. Vendeurs de breloques et ivrognes n’éveillèrent pas les soupçons. Nos premiers hommes étaient dans la place.

Avec Pichaï et Sanouk déguisés en marchands orientaux, nous nous sommes à notre tour rendus au Fruit Pansu. Une grande partie des regards se sont portés sur moi, dès l’instant où nous avons franchi la porte, avant de vite revenir à leur précédente occupation, ou de s’en trouver une… Les gens en armes rendent nerveux pas mal d’individus, dans ce genre d’endroit. Tout particulièrement lorsqu’ils font deux têtes de plus. Debout à la droite des deux prétendus marchands qui se trouvèrent une table où discuter dans leur dialecte natal, je dévisageais ouvertement tous les clients de l’auberge, observant sans aucune gêne le moindre détail suspect. Les gardes du corps aux aguets n’étaient pas rares au côté des négociants. Une parfaite couverture, pour justifier les armes et la vigilance. Même si j’attirais irrémédiablement l’attention à cause de ma stature, les autres soldats infiltrés pouvaient ainsi agir plus discrètement. Autour de notre cible…

Voilà des heures que nous l’observions, que nous le côtoyions, se fondant dans son entourage avec aisance. Et lui ne pressentait pas l’étau qui se resserrait peu à peu. Il était là, assis à une table, à s’esclaffer entre deux gorgées de bière. A raconter on ne sait quelles inepties que les autres sots en face de lui devaient trouver fascinantes. La femme aussi chétive que lui qui se trouvait à ses pieds et qu’il gratifiait parfois de coups devait sûrement gonfler son orgueil autrement atrophié. Un besoin de compenser assez courant finalement… L’illusion du pouvoir n’est pas réservée qu’à la noblesse.

Les clients de l’auberge semblaient aussi habitués au spectacle qu’il offrait qu’à l’établissement en lui-même. A observer sa façon d’être et le comportement du tenancier à son égard, l’homme n’en était pas à son premier passage. Ni à son premier achat d’esclave. Les regards échangés, la vente conclue rapidement, l’accolade… il était accoutumé aux transactions sur le marché où on l’avait repéré, ainsi qu’aux haltes dans cette auberge. Il y exposait avec plaisir ses dernières acquisitions ainsi que le prétendu pouvoir qu’il pensait exercer sur elles. Sûrement les faisait-il travailler une heure ou deux dans l’arrière-salle, le temps de vider quelques chopes qu’il n’aurait pas à payer. C’était monnaie-courante chez les petits trafiquants, faire fructifier leur investissement. Peut être Shaya était-elle là, toute proche, à être besognée par quelques uns de ses acolytes, avant d’être emmenée loin pour être vendue. J’ai longuement observé le personnage et je commençais à me faire ma petite idée. Encore une histoire qui se répète, comme on en voit souvent…

Notre cible fit signe au tavernier de servir une autre tournée, n’étant visiblement pas décidé à quitter les lieux pour nous mener jusqu’à son repère. Il s’esclaffait bruyamment, empoignait sa nouvelle esclave par les cheveux et l’exposait aux regards lubriques de ses trois compagnons, avant de la renvoyer négligemment à ses pieds comme un animal. Quelques gifles se perdaient par moment, lorsque la jeune femme ne manifestait pas assez rapidement sa soumission et son « amour » pour son maître. Et cette dernière s’empressait de le satisfaire, avec un regard émeraude dépourvu du moindre éclat. Il n’y avait qu’une fade résignation, teintée d’une peur diffuse mais acceptée. Et l’expression compatissante des serveuses de l’auberge et les bleus à leurs bras trahissaient leur condition à peine plus enviable. Rien que de la viande, pour satisfaire les pulsions les plus avilissantes…

Un signe discret capté parmi la foule de clients me confirma finalement ce que nous supposions déjà, à force d’observation. Le repère que nous recherchions était cette auberge. Jehan et Wigeric venaient d’en obtenir la confirmation. Restait à y trouver notre éclaireur disparue, victime de ses charmes…
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Kern d'Averach
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MessageSujet: Re: Livre de Kern : Bon retour au pays   Dim 23 Jan - 22:44

3/08, an 165 :
Quelques pièces dans la main de Sanouk ne manquèrent pas d’attirer l’attention de l’aubergiste. Il vint aussitôt s’enquérir du désir de ses clients, non sans un bref regard anxieux vers moi qui veillait à leur côté. La demande d’une bonne compagnie docile, une bourse bien garnie posée sur la table, l’homme comprit parfaitement ce qu’il avait à faire et s’excusa un instant auprès des deux étrangers. Il alla servir de nouvelles chopes à la table de notre cible, Trand, et lui murmura quelques mots à l’oreille avant de repartir aussitôt. L’esclavagiste tourna lentement la tête vers nous et nous considéra durant plusieurs secondes, avant de lentement acquiescer. Un mot à ses compagnons, un coup de pied dans l’esclave pour la déloger de sous la table. Il empoigna la jeune femme sans ménagement et disparut dans l’arrière-salle. Plusieurs regards s’échangèrent dans la clientèle de l’auberge à ce moment-là, et tous n’étaient pas de notre fait. Nous n’étions pas les seuls à nous faire passer pour ce que nous ne sommes pas, ici. Ils avaient plusieurs hommes, dans cette salle commune.

L’aubergiste finit par revenir à notre table, quelques minutes plus tard, pour nous inviter à le suivre dans un endroit « plus approprié ». J’emboitais le pas à mes hommes qui arboraient le sourire de ceux qui s’apprêtent à gouter au plaisir. Nous quittâmes le brouhaha incessant de l’auberge pour traverser la réserve de l’établissement, où étaient entassés fûts de bière et de vinasse, ainsi que quelques charcuteries qui séchaient suspendues au bout d’une corde. Au fond, une autre porte, qui déboucha sur une pièce mal éclairée et dépourvue de mobilier. Au centre, une dizaine de femmes se tenaient là, en rang. Vêtues de haillons qui ne couvraient même pas les ecchymoses de certaines d’entre elles, leur regard résigné fixait le plancher. La jeune esclave blonde aux yeux vert émeraude était là elle aussi, trainée jusqu’ici par son nouveau maître pour enrichir la collection qu’il proposait à nos deux compagnons. Mais de Shaya, toujours aucune trace. Elle ne faisait pas partie du lot…

Cinq hommes à la mine patibulaire encadraient le tout, chacun ayant à la main un lourd gourdin en bois parfois marqué par un usage plus ou moins régulier. De quoi tenir les filles en place, tout comme leurs clients. Cheveux châtains mi-longs, barbe drue pour cacher au mieux les varices qui lui ravageaient le visage… L’un d’eux fut aussitôt identifié. Il correspondait à la description d’un des ravisseurs de Shaya. Pas de doute, nous étions bien au bon endroit. Si nous ne la trouvions pas ici, cela nous faisait au moins plus de monde à interroger. De quoi travailler avec moins de retenue, pour ne pas perdre de temps…

Trand avança vers nous et d’un signe de main, il invita nos hommes à choisir. Les deux orientaux parcoururent le menu avec attention, jouant toujours leur rôle de marchands. Je n’avais pas encore décidé de sortir les armes. Pichaï et Sanouk suivirent les deux esclaves sur qui ils jetèrent leur dévolu. Un couloir sur notre gauche conduisait aux chambres. Deux gardes les accompagnèrent également. L’esclavagiste me proposa un peu de distraction à mon tour, avec une ristourne en prime. Il ne reçut qu’un signe négatif de la tête, avant que j’emboite le pas aux deux « marchands ». Je vins me flanquer dans le couloir, entre les deux portes des chambres qu’ils occupaient à présent avec leur putain. Les deux gardes postés en face de moi me dévisagèrent un instant, mal à l’aise. Trand se contenta de hausser les épaules et se tourna vers sa dernière acquisition. D’un signe de tête un peu sec, il lui désigna le couloir menant aux chambres. La jeune femme avança, le regard rivé sur le plancher, suivie par un maître bien décidé à jouir de son dernier achat et l’ajouter à son palmarès. Il la poussa brusquement dans la chambre adjacente à celle occupée par Sanouk. La porte claqua derrière lui, tout comme sa main sur le visage de l’esclave soumise. Celui-là avait plus que de simples pulsions sexuelles à assouvir…

Les autres filles défilèrent devant moi, escortées par deux autres gardes qui les menèrent tout au fond du couloir, vers une porte qui conduisait visiblement à un sous-sol. S’il y avait d’autres esclaves dans cette auberge, elles devaient sûrement se trouver là. Mais je reportais rapidement mon attention sur les deux gardes face à moi, pour ne pas trop témoigner d’intérêt pour cette cave. Je ne tarderais pas à l’explorer de toute manière…

De l’autre côté des portes, les deux esclaves s’étaient installées dans le lit. L’envie taraudait nos hommes à n’en pas douter. Voilà des mois que nous voyagions et les occasions de prendre une femme furent rares pour la plupart. Quelques filles à soldats lors de certains campements, tout au plus… Je ne les ai pas autorisé à jouir des prises de guerre qu’il nous reste. Trop peu, pour leurs attentes. Mais nos deux hommes ne cédèrent pas à leur désir. Ils avaient des obligations qu’ils ne pouvaient oublier.

Sanouk s’approcha de la putain qui ôtait le peu de vêtements qu’elle avait à retirer et d’un doigt sur les lèvres, il lui intima le silence. Il posa délicatement son autre main sur l’épaule dénudée de la femme pour la rassurer, avant de lui murmurer quelques mots à peine audibles, teintés d’un accent exotique qu’elle n’avait probablement jamais entendu. Les premières paroles, pour la confiance. Pour arracher un signe de consentement à l’esclave. Les secondes portèrent sur Shaya. Le soldat décrivit la jeune femme, chercha des réponses, contre la promesse d’un autre futur. L’esclave hésitante finit par céder, lui révéla qu’il y avait bien une fille telle qu’il l’avait décrit. Arrivée durant la nuit, avec deux autres femmes. Enfermées dans la cave… et dressées pour satisfaire de futurs clients de l’auberge, ou être vendues ailleurs… Sanouk sourit et embrassa l’esclave.

Dans le couloir, l’ambiance était quelque peu pesante. Des regards qui se croisaient, fuyaient, revenaient. Les deux gardes n’échangeaient aucun mot. Des cris et des râles s’échappaient de la dernière chambre. Des menaces et des coups. L’esclavagiste s’en donnait à cœur joie avec la nouvelle. Sanouk parla fort lui aussi, dans sa langue natale. Assez pour être entendu par-delà la porte, comme s’il cherchait à rivaliser avec le boucan de Trand. Pour les gardes qui ne comprenaient pas la langue, cela devait sûrement passer pour des menaces, des insultes ou des commentaires salaces comme ils en entendaient souvent depuis le couloir. Pour Pichaï et moi, c’était la confirmation qu’il fallait descendre dans cette cave pour retrouver Shaya. Les deux orientaux se tenaient derrière la porte, poignard en main et prêts à agir…
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MessageSujet: Re: Livre de Kern : Bon retour au pays   Dim 20 Fév - 21:45

3/08, an 165 :
Mes mains gantelées de mailles se refermèrent sur la gorge des gardes, les doigts enfoncés dans leur chair pour écraser la trachée. Ils sombrèrent dans l’inconscience puis passèrent de vie à trépas en quelques secondes seulement. Pichaï et Sanouk sortirent des chambres au même moment. L’un de leurs longs poignards fendit les airs aussitôt jusqu’au dernier garde en faction à la porte par laquelle nous étions arrivés. L’homme s’écroula en même temps que ses deux compagnons, sans avoir pu réagir. Les cris et les râles provenant de la dernière chambre où Trand besognait copieusement son esclave avaient couverts les quelques bruits de ses hommes durant leur courte agonie. D’un signe de main, j’envoyai Pichaï se poster à la porte de l'esclavagiste, trop occupé pour le moment. Puis accompagné de Sanouk, je m'enfonçais dans le couloir et ouvrit la vieille porte grinçante menant au sous-sol. Derrière celle-ci, une gueule de pierre étroite et obscure, où les marches courtes se succédaient jusqu’à la lueur d’une torche en contrebas. L’oriental me précéda d’un pas léger et silencieux. Ma stature et mon arme me désavantageaient dans un passage si exigu. A peine en bas, la lame de Sanouk trancha prestement la gorge d’un garde qui avait son outre de vin pour seule compagnie. L’homme porta sa main à la blessure, comme pour contenir le flot de sang qui s’écoulait hors de son corps, puis s’effondra sur le volumineux tonneau de chêne qui lui faisait face. La pièce était plutôt réduite, mais elle me permit de me redresser à nouveau, ce qui n’était pas le cas dans les escaliers. Quelques étagères pleines de bric et de broc contre le mur, une large porte en bois derrière le poste de garde improvisé : la seule issue possible, hormis l’escalier que nous venions d’emprunter.

Une voix retentissait de l’autre côté, accompagnée par ce qui semblaient être des cris étouffés par un bâillon ou quelque chose du genre. Puis des bruits de coups, et de nouveaux cris. De douleur, d’impuissance. De révolte… Les esclavagistes se livraient à un châtiment, un dressage, ou une simple distraction sadique. Face à la porte, mes doigts se refermèrent lentement sur la garde de Morgenroth, pendant que ma main gauche défaisait la sangle qui maintenait l’imposante épée nue dans mon dos. Leur sombre commerce de chair et de sang serait dûment rétribué ce soir-là… Une plainte déchirante qui témoignait d’un supplice atroce nous incita à agir sur l’instant.

Mon coup de pied frontal percuta lourdement la porte, qui s’ouvrit brutalement sous le choc pour nous dévoiler le spectacle qui se déroulait dans cette cave. Les cages, les fers, les instruments… Les esclaves, leurs tourmenteurs, Shaya… Suspendue à une corde qui lui nouait les mains, violée par un esclavagiste, marquée au fer par un autre… Le regard suppliant de la jeune femme croisa le notre. D’un simple coup d’œil, nous avions pris connaissance de la situation et nous nous engouffrâmes dans la pièce pour exploiter l’effet de surprise. Les violeurs et leurs complices qui se rinçaient l’œil furent pris de court. Morgenroth fendit l’air, décrivant un arc de cercle qui vint faucher les jambes du premier marchand d’esclaves qui se tenait non loin de la porte. Le corps mutilé n’était pas encore retombé lourdement sur le sol que je me ruais sur la menace la plus proche. L’homme eut à peine le temps de sortir son épée du fourreau que je le pourfendais d’un puissant coup de taille, tapissant le mur et les esclaves captives d’une large bavure sanglante.

Sanouk fondit quant à lui avec vélocité sur l’homme qui venait de marquer Shaya. Le guerrier oriental se saisit du poignet qui maniait le fer encore rouge, avant que ce dernier ne soit utilisé contre lui. Son avant-bras droit se glissa immédiatement sous le bras tendu et remonta brusquement pour percuter le coude en extension et briser l’articulation dans un bruit sec, arrachant un cri de douleur à son premier adversaire. Puis il abattit son poignard dans la poitrine du second esclavagiste qui était allongé sous Shaya et n’avait pas eu le temps de se retirer d’elle pour agir. Sanouk retourna ensuite le fer brûlant contre l’homme au bras brisé pour le marquer à la gorge et le faire succomber à son tour.

En quelques secondes, il ne restait plus qu’un seul garde au fond de la cave, qui nous regardait alternativement Sanouk et moi avec crainte. Il n’hésita pas bien longtemps. Il fit volte-face et se précipita vers les quelques marches menant à deux battants de bois, qui permettaient sûrement de déboucher à l’extérieur derrière l’auberge une fois ouverts. L’arme de Sanouk traversa la pièce pour se planter dans le dos du fuyard et abattre le dernier esclavagiste encore présent. Nous venions de sécuriser cette cave, sous les regards terrifiés d'une vingtaine de captives.
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MessageSujet: Re: Livre de Kern : Bon retour au pays   Lun 25 Avr - 20:14

3/08, an 165 :
Des bruits de pas dans les escaliers attirèrent notre attention. Pichaï jeta au sol Trand, le marchand d’esclaves inconscient qu’il avait trainé jusqu’à nous. L’homme avait le nez cassé, le visage et le torse ensanglantés. Il n’avait pas dû résister bien longtemps. Les trois esclaves qui les suivaient docilement jetèrent un regard horrifié à la pièce où nous venions de mettre fin brutalement à leurs tourmenteurs.

Shaya avait revêtu une toile grossière pour couvrir sa nudité et son corps meurtri. Les traits tirés de son visage et l’éclat de son regard témoignaient des sévices qu’elle venait d’endurer. Et elle n’est pourtant pas femme facilement choquée. Je devine sans difficulté les pratiques de ces briseurs de corps et d’esprit. Elles n’ont rien de rare en ce monde… A la vue de Trand, les yeux verts de Shaya s’emplirent d’une rage sourde. Sa mâchoire se crispa. Je me suis avancé vers le prisonnier en m’emparant du poignard à ma ceinture pour mettre un terme à tout ceci. L’homme ne nous était d’aucune utilité. Mais Shaya s’interposa. Elle me demanda de le ramener au camp. Je sondais un instant son regard, silencieux. Il réclamait vengeance.

Un châtiment aussi long que les supplices infligés… Qui permettrait de refouler un peu plus longtemps les larmes qui couleront, quoi qu’elle fasse, dès lors qu’elle se retrouvera seule. Lorsqu’il n’y aura plus personne pour en être témoin. Plus personne pour blesser sa fierté, voir sa faiblesse. Ce soir, sûrement. Ou demain tout au plus. Je ne la vois pas les retenir davantage. Mais nul ne peut l’en blâmer. Ceux qui ont connu l’esclavage savent ce qu’elle a dû affronter. Ceux qui la connaissent savent qu’elle est forte. Elle s’en remettra.

Ma décision est tombée. Regard terrorisé de l’esclavagiste capturé qui avait repris conscience, résignation des esclaves. J’ai choisi d’embarquer tout le monde. Nous ne sommes pas rentré au camp les mains vides. Sanouk gravit rapidement les marches en pierre au fond de la salle pour ouvrir doucement les deux battants de bois donnant sur l’extérieur de l’auberge. Dans l’obscurité, il se faufila jusqu’au chariot que les esclavagistes utilisaient pour transporter leurs marchandises. Nous avons chargé Trand et les femmes dans la cage de la carriole qui servait à acheminer les esclaves d’un marché à un autre, puis nous avons quitté Frügen discrètement. A quelques lieux de l’auberge, nous fîmes halte aux abords d’un chemin, cachés dans la nuit. Le reste de nos hommes mobilisés pour le sauvetage nous ont rejoints au compte goutte, comme ils en avaient reçu l’ordre en début de mission. Il y a quelques heures à peine, ils étaient un ivrogne affalé sur une table, un marchand et son esclave, un couple se bécotant discrètement à l’extérieur de l’auberge... A présent, ils étaient de nouveau eux-même. Le maintien droit, le regard alerte, l’arme à portée de main. Des soldats.

Nous avons pressé le pas, pour nous enfoncer dans les forêts frontalières en espérant atteindre le camp avant l’aube. La nuit était fraîche. La lune peu présente. Le bruissement des feuilles dansant au gré d’un vent léger était tout ce qui accompagnait le bruit du chariot et des hommes qui l’escortaient. Et des ombres plus noires que l’obscurité ambiante se dressaient de part et d’autre du chemin. Elles semblaient tendre les unes vers les autres, cherchant à couvrir le sentier et masquer cette nuit sans étoile.

Personne ne s’enfonce dans les forêts frontalières la nuit. Tout y apparait comme une mise en garde, contre les terres sauvages de la profonde Lydanie qui se dresse au-delà.

Ce n’est qu’une heure avant le lever du jour que la première lumière apparut dans l’obscurité. La lueur d’une torche crépitante, malmenée par le vent. Un homme d’armes scruta le contenu du chariot avec attention, conformément aux instructions. Un grincement sourd, le bruit de l’énorme porte qui coulissait. Le chariot entra dans le camp, où la multitude de tentes reposaient à l’abri des palissades de bois. La grille métallique de la cage fut ouverte aussitôt. Les hommes en poste déchargeaient la marchandise. Shaya fit emmener l’objet de sa vengeance jusqu’à une tente où il n’est jamais bon d’aller… Un premier hurlement retentit rapidement. Je dus envoyer un homme faire taire le prisonnier et apprendre à Shaya à extérioriser sa rage sans réveiller la moitié du camp. Les esclaves quant à elles étaient alignées à l’arrière du chariot. Certaines d’entre elles étaient livides. Shaya leur avait sûrement glacé le sang davantage que le vent frais qui soufflait depuis une partie du voyage. Plusieurs soldats se sont rassemblés autour pour examiner d’un œil intéressé l’arrivage. Pas besoin de connaître leur histoire pour savoir ce qu’elles étaient.

J’ai ordonné qu’elles soient conduites à Ilmya pour inspection et nettoyage. Qu’aucune d’elles ne refile la vérole à la moitié de la Compagnie. Elles apporteront un peu de distraction à nos hommes avant que nous entrions en Eiralie. Ils n’en ont pas eu depuis la traversée de la Rédanie et de la Lydanie, où ils ont eu à combattre. Simplement pour une promesse…
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