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 Qui es-tu ? (pv Sahnnâ)

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Un vieil homme

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MessageSujet: Qui es-tu ? (pv Sahnnâ)   Dim 21 Nov - 23:15

Pour le deuxième soir consécutif, Eirik Ingvarsson veillait seul, au coin du feu de la salle de banquet désertée. Il n'avait pas le courage de monter jusqu'à sa chambre, qui était pourtant bien plus accueillante et confortable que cette grande salle froide et obscure. Les flammes qui crépitaient dans la cheminée ne parvenaient pas à repousser les ténèbres au-delà de quelques pas de l'âtre, et Eirik ne pouvait se départir d'un sentiment de solitude glacée.

Est-ce cela, ce que l'on ressent avant de mourir seul dans son lit ?


Bien qu'il ne souffre pas des douleurs et raideurs qui affectaient tant d'hommes de son âge, avec la vieillesse venait la peur de mourir couché comme une vache dans la paille. Ses pensées revinrent à Ragnar.

Qu'est-ce qui t'a pris, mon fils ?

Lors de son retour, Ragnar semblait avoir gagné en assurance. Non, pas tout à fait. Il avait transformé un peu de son arrogance juvénile en assurance d'homme mûr. Oui, il avait gagné un peu en maturité depuis son départ. Sa décision d'accompagner les collecteurs de taxes et la manière dont il avait défendu sa décision en attestaient.

En revanche, la façon dont il avait décidé de disparaître perturbait Eirik. D'abord, ce n'était pas une preuve de maturité, plutôt d'impulsivité irréfléchie. Eirik était l'un des seuls à comprendre que, contrairement aux apparences, Ragnar réfléchissait beaucoup à élaborer des stratégies, quand beaucoup vantaient sa réussite comme un signe de l'intérêt que lui portaient les dieux.

Les dieux n'aiment que ceux qui sont assez intrépides pour les distraire... Et, pour pouvoir les distraire longtemps, il faut aussi la ruse et la force. Et, lorsqu'ils estiment qu'un homme mérite un intérêt particulier, ils peuvent décider de le favoriser, lui et sa descendance... Un homme, ou une femme.


Ragnar ne s'encombrait jamais de femmes. Surtout sur un navire, où la seule présence de femmes suscitait des tensions au sein de l'équipage. Il pouvait en culbuter une, occasionnellement, mais n'allait jamais plus loin, ou presque. Alors, que représentait l'esclave dans son jeu ? Il fallait en savoir plus. Eirik estimait tout à fait de son droit de récolter lui-même ses informations, surtout considérant que Ragnar lui demandait tout de même des sacrifices importants.

Il but une longue rasade de bière, avant de se lever souplement pour ordonner à un garde d'aller lui chercher l'esclave qui avait dansé lors du banquet. Il avait oublié son nom. Une chose parmi tant d'autres qu'il faudrait apprendre...

Il se rassit au coin du feu, face à l'âtre. Il termina sa bière, reposa la chope, et se rencogna au fond de son siège, recouvrant ses genoux d'une peau d'ours et posant la main sur la garde de son épée. Et il attendit. Il saurait reconnaître le bruit de pas. Du garde sinon de l'esclave.
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Sahnnâ

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MessageSujet: Re: Qui es-tu ? (pv Sahnnâ)   Mar 23 Nov - 19:07

Le temps est long.
Le ciel lui manque, aussi.
Dans ces maisons de bois et de pierre, il n'y a pas de fenêtres, rien qui laisse entrer le froid. Aussi, le jour et la nuit se mélangent... Il n'y a que l'activité des gens qui permette de savoir, le rythme des repas. Il serait facile de perdre pied, de laisser filer le monde au-dehors et d'oublier le jour et l'heure...

Sahnnâ passe presque tout son temps dans cette petite pièce vide que son maître a demandé pour elle avant de partir. Il y a un brasero, une paillasse, un tabouret, une couverture, et c'est à peu près tout. Ca lui convient. Elle n'a besoin de rien, ou presque. Rien de matériel en tout cas.

Elle a travaillé tout le temps. Enfin, quand elle ne dormait pas. Timide, elle n'a pris qu'un repas sur deux, ces gens la déconcertent avec leurs voix fortes et leurs grands gestes et leur peau frottée de vent, rouge et velue. Elle se sent étrangère, infiniment plus étrangère que sur cette île si loin de chez elle, déjà. Désorientée.

Mais une Solhayma n'est jamais seule, jamais perdue. L'Art est toujours là pour elle. Alors elle a passé toutes ces heures à étirer ses muscles, à tordre ses articulations, à affiner son équilibre, elle a été aux limites de sa vitesse, de sa force, de sa souplesse, comme le doit un Joyau, chaque jour, parce que ces limites sont élastiques et essaient de rétrécir, tout le temps, et les maintenir au loin est une tâche de chaque instant. Elle a transpiré et la sueur était glacée sur sa peau, mais elle n'a pas senti la chair de poule, ni accordé le moindre répit à ses pieds aux orteils presque bleus de froid.

Elle sait qu'ils l'ont observée, ces serviteurs étrangers, curieux. Elle les a laissés faire. Elle ne pourrait pas les en empêcher de toute façon. Elle sait aussi que les femmes l'ont épiée aux étuves, elle les a entendu murmurer, comme s'il était étrange à leurs yeux qu'elle n'ait pas de cornes, d'écailles ou de queue animale, comme si elle était un démon déguisé dont on cherche à percer les artifices. Elle a fait comme si elle ne remarquait rien, est restée calme et discrète, un léger sourire aux lèvres. Mais ça lui a fait mal. A l'Ecole elle n'a jamais eu à souffrir de la solitude, que pendant les temps d'épreuve. Ici, l'épreuve est bien longue, surtout qu'elle ne sait pas, du reste, ce qu'on attend d'elle...

Elle n'est retournée dans la chambre de son maître que pour chercher quelques vêtements de rechange et objets de toilette. La malle est trop lourde pour elle, et elle n'a pas demandé d'aide. Une esclave est là pour servir, pas pour se faire servir. Même si les Joyaux sont souvent bichonnés comme des animaux exotiques rares et fragiles, on leur a appris leur vraie place à l'Ecole, et elle ne prendra pas ce qu'on ne lui a pas offert...

Le temps est long, et elle a le coeur lourd. L'âme froide.
Elle a du se forcer aujourd'hui, s'obliger à bouger, à manger, à tout.
Elle a une douleur sourde dans la poitrine, une toux profonde qui la prend parfois. De la fièvre, peut-être. Difficile à dire... Cet espèce d'engourdissement cotonneux pourrait n'être que de la fatigue, le voyage était long, et elle ne se ménage pas. Peu importe... Ca passera.

Un homme ouvre la porte et délivre son message d'une voix rapide et rocailleuse. Il essaie de ne pas détailler la pièce et son occupante, contient sa curiosité. Elle lui répond de son mieux, lui demande une minute pour se rendre présentable. La tenue de travail est un peu trop légère, et elle doit se rafraîchir un peu, sa dernière série de sauts l'a laissée en sueur. Il sort et laisse la porte entrouverte, elle fait au plus vite, et quelques instants plus tard elle est prête, la peau hâtivement lavée, le lin gris jeté dans un coin, remplacé par une robe de laine plus chaude, toute simple, d'un modeste vert parfaitement anodin, discret... Elle ne peut se résoudre à porter les lourdes bottes doublées de fourrure, et le sol est vraiment trop glacé pour aller nu-pieds autrement que pour la danse, alors elle s'est arrangé des sortes de chaussettes lacées avec un peu de cuir et une peau de lapin. C'est étrange, inhabituel, mais pas si disgracieux. Et elle a moins l'impression de marcher comme une vache qui se serait dressée sur les pattes de derrière.

Elle repasse la porte en jetant sur ses épaules une grande étole de fourrure, tirée du ballot de vêtements que son maître avait fait préparer pour elle. Frissonnante, elle suit le garde vers la grande salle où elle a dansé le premier soir. Elle a l'air immense et sombre, peuplée d'ombres biscornues, vaguement menaçantes. Là, près du feu, il y a l'homme qui l'a demandée, le père de son maître et maître de céans.

Elle a une drôle de sensation au creux de l'estomac, de la nervosité, et aussi une déception vague. Ils se ressemblent tant qu'un instant, elle l'a pris pour lui...

Le garde l'a laissée s'avancer seule, et son pas est presque inaudible sur le plancher sombre. Elle va contourner le grand fauteuil sculpté placé à l'angle de la grande cheminée où la flambée crépite, pour faire face à celui qui l'a demandée, gardant une distance soigneusement choisie, ni trop près, pour ne pas être importune, ni trop loin, pour ne pas qu'il soupçonne méfiance ou crainte de sa part. Plus éloignée de lui qu'elle l'aurait été de Ragnar. Cet homme n'est pas son maître, ce n'est pas à lui qu'elle appartient.

Elle s'agenouille de ce mouvement fluide et parfaitement naturel de qui a fait ça toute sa vie, et s'incline profondément, jusqu'à ce que son front frôle le bois. Elle se redresse à demi ensuite, et garde les yeux baissés.

- Tu as demandé à me voir, Seigneur.

Un fait, énoncé de sa voix légère, chantante, douce comme un murmure. Tu ordonnes, j'obéis, quelles sont tes instructions.
Immobile, le visage serein, elle attend.

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Un vieil homme

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MessageSujet: Re: Qui es-tu ? (pv Sahnnâ)   Mar 23 Nov - 23:15

Le vieux jarl n'avait pas entendu approcher l'esclave. L'homme qui l'accompagnait, oui. Lequel comprit aussitôt qu'il était importun et se retira. Tous ici ou presque, servaient la famille d'Eirik depuis des générations. Ils se comprenaient sans avoir besoin de paroles. Quand à l'esclave, ses pieds avaient touché le sol avec tant de légèreté que les oreilles d'Eirik n'avaient pas perçu sa présence avant qu'elle ne prenne la parole.

Tu te fais vieux...


Lui tournant le dos, il fit un petit signe de la main.

Aucune règle dans cette demeure ne te force à rester dans les ténèbres glacées lorsque le feu crépite dans la cheminée. Viens près de l'âtre et laisse-moi te voir.


Une fois que l'esclave se fut agenouillée près du feu avec la grâce fluide qu'elle avait déjà manifestée, il consacra quelques instants à l'observer. Un beau brin de fille, rien à dire là-dessus. Avec un peu de charme exotique... Était-ce une raison suffisante pour l'amener ? Les questions se bousculaient dans la tête d'Eirik, mais il ne voulait pas d'une entrée en matière trop agressive qui pourrait mettre l'esclave sur la défensive. Théoriquement, elle n'avait aucun droit de cacher quoi que ce soit... à son maître. Connaissant Ragnar, Eirik savait que ce point avait probablement été une de ses préoccupations premières. Mais il savait aussi qu'il n'était pas le maître de l'esclave, et que celle-ci en était parfaitement consciente. Aussi, malgré toutes les questions qui se posaient à lui, le jarl n'en posa-t-il qu'une, insignifiante.

Comment tu t'appelles ?


Sahnnâ, seigneur.

Il y eut un silence, et Eirik le laissa s'étirer avant de le rompre. Il ne savait trop comment engager la conversation sans foncer droit vers les questions qui le tenaillaient. Un pressentiment lui soufflait que la brutalité n'était pas une bonne approche.

Ta danse nous a tous éblouis, l'autre jour... Ragnar a été chanceux de t'obtenir...

Ce n'était aucunement une question. Ragnar lui avait rapidement conté les circonstances dans lesquelles il avait fait l'acquisition de Sahnnâ, mais il se serait douté de toute manière qu'elle était une prise de guerre et non un bien acheté honnêtement.

Comme tous ceux de ma famille de mémoire d'homme, Ragnar, lorsqu'il achète quelque chose, l'achète avec de l'acier plus qu'avec de l'or.

Eirik tirait fierté de cela, plus que de toute autre chose.

Tu es à son service depuis longtemps ?

Comme à chaque fois, la réponse de l'esclave fut brève, celle d'une fille à qui on a enseigné qu'un esclave ne bavardait pas. Un trait de caractère très appréciable, surtout dans de petites communautés où tout le monde connaissait tout le monde. Mais qui ne facilitait pas la tâche pour engager la conversation. Alors Eirik décida de traiter Sahnnâ comme une esclave.

Je vais poser des questions et tu y répondras. C'est tout.


Quelques semaines, seigneur.

Avait-il déjà disparu sans explications, comme il l'a fait ? Ou bien t'en a-t-il parlé ?

Est-ce que je connais vraiment mon fils si mal que cela ? Moins que cette esclave qui ne le connaît que depuis quelques semaines ? A-t-il pu changer à ce point, sans que je m'en aperçoive ?


Un sentiment de tristesse mêlé de fierté étreignait le cœur du vieux jarl à cette idée. Tristesse de sentir un des siens lui échapper, fierté de voir la manière dont il avait pris son destin en main. Mais la tristesse prédominait, quoique son visage restât aussi inexpressif que s'il était taillé dans du roc.
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MessageSujet: Re: Qui es-tu ? (pv Sahnnâ)   Jeu 25 Nov - 13:16

Ils sont taillés dans le même roc. Et ça va bien au-delà de leurs traits ou de la forme de leurs mains.

Leurs mains, oui... Les esclaves sont rarement autorisés à regarder les visages de ceux qui sont libres notamment de les posséder. Alors elle, elle a appris à regarder les mains. Et elle trouve là presque autant de connaissance que sur les visages. Seul le regard peut en apporter plus que la main. La main dit infiniment de choses à qui sait l'observer. Celle d'Eirik a la peau rude et calleuse, un peu pelée par le froid, et plusieurs cicatrices anciennes y sinuent, plus pâles et trop lisses. C'est une main massive, carrée, forte. Une main pour la poignée des épées et des haches, pour les tapes viriles sur les épaules d'hommes. Une main qui ne joue jamais de musique et qui écrit rarement, voire pas du tout. Et qui éraille la peau des filles qu'elle empoigne sans doute plus qu'elle ne caresse... Ragnar a des mains comme ça. Moins pelées, moins de cicatrices aussi, et la peau plus unie, sans les marques de l'âge. Mais les mêmes mains de combattant.

Les questions se ressemblent, aussi. Brèves, directes, dites d'une voix rude mais sans méchanceté. Sahnnâ connaît la méchanceté, une des maîtresses adorait écraser ses élèves à coup de paroles vipérines. La voix d'Eirik est différente. Elle est à l'image de ses mains. Seulement rugueuse.

La première réponse est facile à donner, la seconde aussi. Mais pas la troisième. Sahnnâ la reçoit durement au creux de l'estomac. Surprise, elle a levé les yeux une fraction de secondes, parce qu'il y avait quelque chose dans la voix de l'homme qui trouvait en elle un écho parfait. De la tristesse. Mais l'inquiétude vient en plus, une inquiétude qu'elle n'éprouvait pas jusqu'alors. Elle a baissé les yeux aussi vite qu'elle les a levés, et gardé sa posture modeste qui ne dit rien du froid qu'elle éprouve aux genoux et aux jambes. Rien du froid qu'elle a dans le coeur. Et elle répond prudemment, lentement, de la même voix feutrée, mélodieuse. Sereine, en apparence.

- Il ne m'a rien dit, Seigneur. Il m'a juste parlé de quelques jours d'absence, et je... j'ignorais qu'il avait disparu.

Elle avait perdu le compte des jours, juste trouvé qu'il y en avait trop. Le fait que même son père le trouve absent trop longtemps change son sentiment d'abandon en embryon de panique. Mais elle se maîtrise sévèrement. Elle fouille ses souvenirs des dernières semaines, frénétiquement, essaie de trouver des analogies. Essaie surtout de ne pas penser au pire. Il pourrait lui être arrivé malheur.
Et dans ce cas, malheur à elle... Doublement.

- Il n'est jamais parti sans dire au moins à un de ses hommes où il allait. Et ce n'était que pour quelques heures...

Quelques heures de la nuit, où elle s'est éveillée dans un lit vide. Elle s'est levée, habillée, et a attendu son retour, silencieuse et immobile, auprès du feu ranimé. Il est revenu un peu avant l'aube, et n'a pas eu un mot. Elle l'a aidé à se dévêtir, remarqué ses cheveux humides. Il a demandé du vin, s'est recouché, et a dormi trois heures de plus. Elle a su qu'il avait parlé aux gardes de faction à l'entrée de la forteresse parce qu'elle les a entendu rire entre eux le lendemain, c'est tout. A elle il n'a donné aucune explication, évidemment. Elle n'est qu'une esclave.

- Je suis désolée de ne pouvoir rien te dire de plus, seigneur...

Désolée, oui. Ca s'entend, d'ailleurs, discrètement, mais ça s'entend.
Elle a un frisson.
Le froid, sans doute.
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Un vieil homme

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MessageSujet: Re: Qui es-tu ? (pv Sahnnâ)   Lun 6 Déc - 9:42

Même s'il aurait espéré plus d'informations, le vieux guerrier était, d'un autre côté, soulagé par les paroles de l'esclave. Sa sincérité ne faisait aucun doute, et montraiy que Ragnar n'avait pas caché volontairement des informations à son clan, mais plutôt agi d'instinct, ou sur un coup de tête. Eirik espérait sincèrement que la première option soit la bonne. A moins que... il osait à peine envisager cette possibilité mais Ragnar, terrorisé par ces nouvelles responsabilités, avait pu s'enfuir à toutes jambes. Cette éventualité paraissait fort peu probable, mais Eirik avait vécu assez longtemps pour savoir que le courage comme la lâcheté pouvaient prendre bien des formes.

Des hommes qui ne reculaient jamais au combat pouvaient se trouver paralysés de frayeur devant la jouvencelle qu'ils devaient épouser. Un marchand qui n'avait jamais tenu une arme de sa vie pouvait tenir en respect une meute de loups avec un simple bâton pour protéger son cheval. Et un jarl intrépide tant sur terre que sur mer pouvait être effrayé par les responsabilités.

Peu probable mais néanmoins inquiétant...

La main d'Eirik se soulève, mais se repose sur l'accoudoir. Si ç'avait été son esclave, il aurait posé la main sur sa tête ou son épaule pour la rassurer, mais il n'a aucun droit sur elle et ce geste pourrait augmenter son trouble.

Il revenait de voyage lorsqu'un loup a effrayé leurs chevaux. Il est parti avec deux hommes pour rattraper un cheval emballé. Il a rencontré un homme, un ermite, a commencé à discuter avec lui puis a renvoyé les hommes. Depuis, nous n'avons aucune nouvelle. Je ne suis pas inquiet concernant sa capacité à se défendre...


Contre les dangers physiques. L'invisible est une autre histoire.


... mais j'aurais apprécié quelques nouvelles de sa part.

Une bûche crépite et s'effondre tandis que le vieux jarl reprend une gorgée de bière.

Cela dit, dans un genre différent, il est déjà parti sur un coup de tête...


Enfin, c'est ce qu'ont cru tous ceux qui l'accompagnaient.


... il est souvent revenu couvert de richesses, et en tout cas toujours victorieux. Mais il emmenait quelques dizaines d'hommes avec lui, il ne partait pas tout seul sans prévenir personne. Ce qui m'ennuie n'est pas sa sécurité, mais le fait de n'avoir aucune idée de ses intentions.


Et il y a encore tant de choses à faire avant le départ...
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MessageSujet: Re: Qui es-tu ? (pv Sahnnâ)   Sam 11 Déc - 12:31

... tout seul sans prévenir personne...
... aucune idée de ses intentions...

Elle aimerait bien avoir quelque chose à lui répondre. Mais elle ne sait rien, elle non plus, de ses intentions. Rien de ses projets. Il ne lui a rien dit. Et d'ailleurs aurait-il du lui dire quelque chose ? Elle n'est qu'une esclave, après tout. Personne.

C'est bien la première fois que ça l'emplit d'amertume.

- Tu ne le connais pas depuis longtemps... mais dis-moi comment tu l'as trouvé, ces derniers temps ?

La question du vieux jarl la ramène à la réalité, brusquement. Elle lève les yeux sur lui, un peu surprise. Ils sont décidément étranges, ces suéris... Peu de gens poseraient ce genre de questions à une fille agenouillée sur le sol...

- C'est difficile à dire, Seigneur... je crois qu'il était... inquiet. Préoccupé.

Eirik acquiesce légèrement. Parce qu'elle lui a répondu, ou parce que ça lui paraît logique ? Peut-être les deux. Elle poursuit, concentrée, désireuse de répondre le plus complètement et le plus exactement possible.

- Il est très soucieux de persuader. Tout ce voyage est très important pour lui, et il est anxieux du résultat.

Le vieil homme semble vouloir dire quelque chose, puis se raviser. La question qu'il pose finalement est-elle celle qu'il envisageait de poser au départ ?

- Légèrement anxieux, ou très inquiet ?

Sahnnâ sourit. Ragnar lui aurait-il montré son inquiétude, à elle ? Et pourtant... elle l'aurait senti, si il avait été si angoissé que ça. Mais ça, lui ne s'en serait peut-être pas rendu compte.

- Je dirais... plutôt inquiet, parfois peu, parfois plus... en fonction des moments... J'ai l'impression, Seigneur, qu'il se connaît plusieurs compétences, mais qu'il se méfie de ses talents d'orateur...

- Qu'il se pense mauvais orateur, tu veux dire ? Ou qu'il se pense compétent en la matière mais refuse de mettre cette compétence en pratique ?

Elle prend le temps de la réflexion. Difficile d'imaginer ce qui se passe dans la tête des autres... même si elle commence à connaître son maître, et à interpréter ses silences.

- Qu'il ne se pense pas assez persuasif.

- Et toi ? Qu'en penses-tu ? Parle franchement, Ragnar et moi avons en commun de savoir apprécier la sincérité.

Vous avez en commun beaucoup plus de choses que vous ne l'imaginez. Bien plus que la forme des mains ou celle des épaules.

Embarrassée par cette question directe, elle réfléchit encore, troublée par une similitude de comportement qui la frappe...

- Il m'a posé la même question que toi, Seigneur... Et je lui ai répondu que sa sincérité était évidente, et qu'elle parlerait pour lui.

- Et comment a-t-il réagi ?

Elle sourit. Il n'a pas vraiment réagi. Pas ouvertement.

- Je ne sais pas si ça l'a rassuré... Un peu, peut-être... Mais je ne suis pas un tribun, ni une politicienne, ni un chef militaire ni rien...

Que vaut donc mon avis ?...

- Non, bien sûr... mais les gens sur lesquels compte Ragnar ne le sont pas non plus. Donc, ce qui te touche devrait les toucher, eux. Bien que ta condition fasse une différence importante.

Il n'avait pas besoin d'ajouter ça, c'était l'évidence même.
Mais ce qu'il a dit la réchauffe quand même, un peu.
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Un vieil homme

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MessageSujet: Re: Qui es-tu ? (pv Sahnnâ)   Sam 11 Déc - 22:53

Eirik scrute attentivement l'esclave, à l'affût de la moindre mimique, du moindre geste qui pourrait satisfaire sa soif dévorante d'informations. Mais, à part l'effort que fait Sahnnâ pour ne pas se dissimuler face à cet examen, il n'apprend rien de tangible. Mais, finalement, il ne sait rien de cette fille. Et elle doit être quelque peu intimidée vu la situation dans laquelle elle se retrouve.

Tu es née esclave ? Ou tu as été asservie plus tard ?


Ma mère était esclave, seigneur.


C'est un début de réponse, mais pas la réponse dans son intégralité. Même si Eirik se doute de ce que cela signifie, il aime les certitudes... lorsqu'il peut en avoir. Et, à cette période délicate de l'histoire du clan, les certitudes sont une denrée rare et précieuse.

Et ton père ?


Un invité qui l'avait demandée pour la nuit... Un homme des terres du Nord, m'a-t-on dit.

Du Nord ?

Maintenant qu'elle le dit, Eirik remarque que la peau de Sahnnâ n'est pas aussi sombre qu'on pourrait l'attendre d'une fille qui vient des terres quasi-légendaires d'Albad-Ryah.

Un homme de chez nous ?

C'est étrange, mais pas impossible. Les Suéris sont de grands voyageurs et quelques uns ont déjà poussé jusque loin au Sud.

Enfin, du Sud par rapport à ici.

Eirik a un léger sourire.

Et tu as été considérée comme une esclave dès ta naissance ?

Oui, bien sûr. Ce n'est pas le cas dans ton pays, seigneur ? répond Sahnnâ tout en lui rendant son sourire.

Eirik hausse les épaules.

Cela dépend beaucoup des maîtres. Chacun décide ce qu'il fait sous son toit. Mais il est vrai que, le plus souvent, l'enfant sera esclave. Pour le reste... Ragnar m'a raconté brièvement quelle formation tu avais reçue. Et nous avons pu constater tes talents par nous-mêmes.


Petit sourire modeste de Sahnnâ, qui suscite un léger hochement de tête approbateur de la part du jarl.

Cette fille sait à la fois ce qu'elle vaut et où est sa place. C'est si rare...

Par-dessus la satisfaction, il y a autre chose. Ce sourire enflamme les sens du vieil homme, et c'est à ce moment qu'il pense qu'elle ne saurait pas comment réagir s'il...


Je comprends mieux pourquoi Ragnar a pris la peine d'emmener une danseuse jusque ici.


Je pourrais la prendre, elle n'oserait probablement pas me résister.


Mais, aussitôt, il enterre cette pensée honteuse au plus profond de lui-même.

Nous sommes un clan. Nous ne nous trahissons pas entre nous. Esclave ou pas esclave.


Alors, Eirik pose la première question qui lui vient à l'esprit. N'importe quoi qui éloigne cet esprit des plaisirs immédiats de la chair.

Tu aimes danser ?
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MessageSujet: Re: Qui es-tu ? (pv Sahnnâ)   Mar 21 Déc - 20:34

Si elle a remarqué la lueur de luxure qui est venue un instant teinter le regard du vieil homme, elle n'en montre rien. Du reste, qui sait... Elle l'aurait peut-être reconnue dans le regard de Ragnar, et encore, même lui, somme toute, elle le connaît fort peu. La question la surprend à nouveau, c'est la seule raison pour laquelle elle affiche cet air un peu décontenancé. Cette question-là, même son maître n'a pas songé à la lui poser.

- Oui... oui, j'aime danser, Seigneur.

Sa voix était mal assurée sur le premier oui, voilà pourquoi elle le répète. Comme si elle devait s'interroger elle-même pour avoir une réponse à donner.

- On aime souvent faire ce pour quoi l'on est doué... Ragnar est doué pour se battre, pas pour la politique. Mais il faut savoir manier aussi la politique pour gérer un domaine. C'est très différent. Comprends-tu ?

- ... je crois, oui...

Evidemment qu'elle comprend. Ce qu'elle ne comprend pas, c'est pourquoi il lui parle de ça... elle se sent comme une enfant qu'on éduque. Sauf qu'elle n'est plus une enfant. Et qu'elle ne sait ce qu'on attend d'elle qui vaille la peine qu'on lui inculque ce qu'est le talent politique et pourquoi il est essentiel...

- Mais... peut-être n'a-t-il pas eu jusqu'à présent l'occasion de se préoccuper de politique... ses hommes lui sont très attachés... et ... pour ce que je peux en penser, et je n'y connais rien, je l'avoue... les gens l'écoutent, et respectent ses avis. En irait-il ainsi si ses avis étaient mal fondés ? Peut-être... qu'il n'a pas encore découvert ce talent-là ?

Tant d'hésitations... Evidemment elle a parfaitement conscience que ce discours-là n'est pas celui d'une esclave parlant de son maître, et qu'elle ferait mieux de se taire. Pourtant elle ne peux s'empêcher de... le défendre ? Est-ce qu'elle est en train de le défendre, face à son père ? Mais celui-ci n'a pas l'air de s'en formaliser, ni de noter la roseur prononcée de ses pommettes... Etrange comme elle se sent fébrile et agitée, ce soir...

- Non, bien sûr... mais ses avis portent sur les expéditions, sur le combat... Il a montré ses compétences dans ce domaine. Pour ce qui est de la gestion d'un domaine, peut-être as-tu raison. Ta loyauté envers ton maître est tout à ton honneur... mais elle est étonnante de la part de quelqu'un qui ne le sert que depuis quelques semaines. Il a combattu un dragon pour te protéger ?

Elle a un petit sourire et pique du nez, sa rougeur s'accentue, gagne sa gorge.

- Oh... non Seigneur. Enfin peut-être. Je ne sais pas de qui il m'a protégée, puisque je n'ai pas eu le temps de parvenir jusqu'à lui.

- C'est juste. Cependant tu dois comprendre que Ragnar, comme tous ses hommes, est un guerrier. Cela implique plus que des épées et des armures. Cela se retrouve dans leur comportement, comme celui de tout notre clan. En plus de l'obsession pour la loyauté et l'honnêteté, cela implique une certaine dose de férocité, voire, parfois, de cruauté.

La leçon continue... Attentive, elle l'écoute, le regarde, essaie de comprendre où il veut en venir. Elle croit entrevoir de quel genre de cruauté et de férocité il parle...

- J'ai déjà eu à témoigner de ce que tu évoques... cette dureté...

Elle pense à la cour où il a affronté deux hommes qui contestaient son autorité, après avoir abattu leur compagnon. A cause d'elle.

- Il faut que tu comprennes que nous ne sommes guère nombreux... donc, notre force réside dans la surprise et la peur principalement. Lors d'une expédition, toute résistance est aussitôt étouffée dans le sang. Un seul homme qui se débat peut parfois amener un massacre... nous y sommes obligés, car nous préférons que cent étrangers meurent plutôt qu'un seul des notres, comprends-tu ?

Elle acquiesce. Elle a compris, enfin, qu'il essaie de la préparer. Pour le jour où elle devrait assister à certains actes susceptibles de briser sa loyauté, détruire son lien avec cet homme qu'elle tient pour honorable et droit.

- Il faudra que tu le gardes à l'esprit, si un jour tu vois ton maître tailler en pièce un enfant de six ans... Te rappeler qu'il ne se bat pas contre ses ennemis mais pour ses amis.

Elle frémit, ouvre de grands yeux atterrés. Une bien amère confirmation de ce qu'elle vient de réaliser juste avant... Elle imaginait beaucoup d'horreurs et d'actes barbares et sanglants mais...

- .. quelle menace peut représenter un enfant de six ans ?

Voilà un bien dangereuse question, même prononcée à voix aussi étouffée que la sienne... Bien trop proche d'une protestation, d'une critique... Mais elle n'a pas réussi à la retenir. Tant pis.
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Un vieil homme

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MessageSujet: Re: Qui es-tu ? (pv Sahnnâ)   Jeu 23 Déc - 14:45

Aha... nous y voilà. Elle ne comprend pas. Pourquoi ne suis-je pas étonné ?

Le vieux jarl est quelque peu gêné d'aborder le sujet, car il sait bien que, ce faisant, il s'aventure sur un terrain glissant, sans avoir réellement le droit d'y aller. Mais la famille est sacrée, et ses membres s'entraident... d'autant plus lorsqu'un des membres de la famille refuse de s'aider lui-même. Le manque d'informations est parfois néfaste... en l'occurrence, c'est probablement le cas.

Ce n'était pas à moi de t'expliquer cela. Mais Ragnar ne le fera pas.

Une petite pause, le temps de chercher ses mots.

Toute une manière de penser à expliquer... Et tu ne la comprendras jamais totalement, tu n'es pas suérie...


La menace réside dans le fait, tout d'abord, que les enfants vieillissent. Et cherchent vengeance. La dette de sang est une tradition à laquelle tous doivent se soumettre. Chez tous les peuples. C'est la raison pour laquelle, lorsque nous voulons tuer un rival, nous brûlons sa demeure et exterminons toute sa famille. Aucun survivant... qu'un seul raconte l'histoire et c'est suffisant pour déclencher une guerre de clans qui peut durer des générations.

Eirik jette un coup d'œil à Sahnnâ, constatant l'intensité de son regard et l'attention manifeste qu'elle prête à ses propos. Satisfait, il poursuit son explication.

Ensuite, lorsque nous attaquons, nous sommes souvent inférieurs en nombre. Nous débarquons à cent pour attaquer un village contenant cinq cent hommes capables de manier les armes. Si peu que ce soit...

Des moutons marchant sur deux pattes, brandissant une faux d'un air effrayé, face à un guerrier suéri surentraîné en cotte de mailles, armé de sa hache, de ses deux épées, d'un large bouclier et d'une lance... Oui, "si peu que ce soit" est bien l'expression qui convient.

Qu'un seul fasse mine de se défendre... et il meurt, lui, sa femme et ses enfants. Afin de dissuader les autres. Sans quoi nous n'aurions plus qu'à fuir jusqu'à nos navires en laissant la moitié des nôtres se faire écharper par une foule en furie. S'ils se laissent faire, ils sont épargnés.

Silence. Eirik vient de faire un long discours, et ne veut pas surcharger d'informations une esclave qui vient de débarquer et ne comprend rien aux us et coutumes des Suéris. Sahnnâ semble un peu pâle, ce qui confirme le vieux jarl dans l'idée que Ragnar a ramené une fragile fleur du Sud dans les terres inhospitalières du Nord.

Une erreur, mon fils... tu aurais dû la laisser là où il fait chaud.

Un peu de tristesse passe sur le visage de l'esclave, sans inspirer pour autant de compassion au jarl.

Autant qu'elle soit un peu triste maintenant qu'à moitié folle dans quelques mois...

La guerre n'est pas un plaisir... J'ai du mal à comprendre pourquoi les hommes y courent en souriant.


Les paroles sont presque soufflées, comme si Sahnnâ se parlait à elle-même.

Et voici ce que tu ne comprends pas. Tu ne sais rien de la joie d'être le plus fort, de se confronter à un ennemi digne de soi. De voir s'entasser les cadavres de ses ennemis à ses pieds. D'entendre les acclamations des hommes et de savoir que le Valhalla nous attend après la mort.

J'aurais sans doute fait un très mauvais guerrier... Une chance que je ne sois qu'une danseuse.

Cela, le jarl ne peut que l'approuver, d'autant qu'elle est très douée en la matière. Sans rien connaître au sujet, de cela, Eirik est à peu près sûr. Même si Sahnnâ, en ce moment, fait piètre figure avec son air perplexe et un peu effaré, et son pauvre sourire...
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Sahnnâ

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MessageSujet: Re: Qui es-tu ? (pv Sahnnâ)   Dim 26 Déc - 20:10

Ce n'est pas de l'ironie, c'est juste un fait. Elle ne comprend vraiment pas ce qu'ils peuvent trouver comme plaisir à déchirer des corps, à entendre les cris de douleur et de mort. Elle manie les lames depuis deux ans, mais jamais ses lames n'ont eu sur elles une seule goutte de sang. Elles auraient été considérées comme maudites, fondues dans l'heure, leur métal répandu tout liquide sur le sable, et le bloc de verre et d'acier sali aurait été suspendu dans la salle des Lames, à côté des autres signes d'échec des Joyaux maladroits.

Sahnnâ sent le regard du vieux jarl peser sur elle, mais ce poids ne l'incommode pas. Elle se doute qu'il méprise ce qu'elle est, et c'est normal après tout. Les gens libres méprisent souvent ceux qui ne le sont pas, surtout quand ils sont puissants. C'est ainsi, on les a éduquées pour que ce mépris ne les blesse pas. Pourtant, il n'y a pas vraiment de mépris dans la voix du vieil homme quand il continue. Il y a même une certaine douceur un peu bourrue. Etrangement réconfortante.

- Si je te dis cela, c'est pour toi. Parce que sinon, comment réagirais-tu ? Sans savoir ce que je viens de te dire ?

Elle réfléchit longuement, le visage absorbé, un peu trop pâle. Elle fait l'effort d'imaginer une scène de carnage, du sang et des cris, des corps, et l'épée de Ragnar à travers le corps d'un enfant. Ca lui semble tellement irréel...

- ... j'en sais peu sur mon maître, mais je n'arrive pas à me l'imaginer gratuitement cruel.

- Pas gratuitement. C'est simplement une manoeuvre stratégique.

- Oui... une nécessité.

- Peu importe que tu approuves ou pas. Mais je pense qu'il est bon que tu le comprennes.

Elle acquiesce une fois de plus. Son avis ne compte pas, et ça aussi ça fait partie de sa vie, comme le mépris. Parfois on lui demande une opinion, mais la plupart du temps, ses opinions sont pour elle seule, ne regardent qu'elle seule. C'est une forme indirecte de liberté, insoupçonnée et insoupçonnable, et elle, elle l'apprécie secrètement.

- Pourquoi Ragnar a-t-il décidé de te garder à son service, après ta capture ? Tu l'as convaincu rien qu'en dansant ?

Elle relève soudain le nez, prise une fois de plus au dépourvu par un saut du coq à l'âne pour lequel Ragnar et son père semblent partager un talent singulier.

- Je n'ai pas cherché à le convaincre, Seigneur... Peut-être n'a-t-il pas eu le temps de chercher un acheteur pour moi. Je suis... une marchandise assez rare.

Elle n'aime pas dire ça, elle a l'impression de se vanter. Même si c'est tout sauf une vantardise, et encore, en-dessous de la vérité à strictement parler. Elle est infiniment plus qu'une marchandise. Mais ça, ni Ragnar ni son père ne peuvent le savoir, eux qui ne connaissent pas les Joyaux, ni les Arts Majeurs. Elle a encore du mal à réaliser qu'on puisse ne pas mesurer la valeur de ce qu'elle représente, les Maîtresses leur ont toujours dit que le monde entier les connaissait, admirait leur talent et craignait leurs étranges pouvoirs.

- Peut-être me vendra-t-il, finalement... je n'en sais rien.

Mais son coeur se tord un peu quand elle dit ça. La crainte. La peine.

- Cela m'étonnerait. Je pense qu'il a décidé de te garder avec lui, et que ce n'était pas un choix par défaut. Mais j'ai du mal à en saisir les motivations. A vrai dire, il y a beaucoup de choses qu'il a fait ces derniers temps que j'ai du mal à saisir...

Il a ronchonné les derniers mots dans sa barbe, se parlant à lui-même plus qu'il ne lui parle à elle. Elle se demande si elle doit lui parler de l'Ecole, lui expliquer comme elle a expliqué à Ragnar l'étendue de sa formation. Il lui semble une fois de plus que c'est manquer d'humilité, se mettre en avant, chercher à parader, toutes choses qui lui sont complètement étrangères, et pas seulement parce qu'on les lui a extirpées... Certaines filles sont fières de ce qu'elles sont, et affichent un orgueil diffus que les Maîtresses tolèrent. Elle, non. Tout simplement.

- Je n'ai pas de réponse, Seigneur... Il pourrait tirer de moi une petite fortune, c'est tout ce que je sais.

- Je ne pense pas que ce soit la question... il y a des choses que tu ne m'as pas dites, mais il se fait tard et je suis fatigué... Nous reparlerons plus tard. Tu peux partir.

Elle reçoit son congé brusque avec grâce et naturel. Elle s'incline jusqu'au sol, se redresse, et se relève dans le même mouvement, comme toujours souple, fluide, discrètement élégante. Une fois debout, elle s'incline encore, les yeux baissés.

- Que la nuit te soit bénéfique, Seigneur.

- A bientôt Sahnnâ.

Il ne la regarde plus, déjà, alors qu'elle recule hors de sa vue. Silencieuse, elle rejoint la porte et la franchit, passe devant l'homme qui l'a amenée là et qui la regarde d'un oeil curieux. Elle s'éloigne, regagne la pièce où elle vit depuis plusieurs jours, seule. Elle a un vertige bizarre qui lui tourne autour de l'estomac, et les tempes battantes.
La fatigue, sans doute.
Le repas du soir n'a pas encore été servi, mais elle n'a pas faim.
Elle revêt une tunique longue et douce et s'ensevelit sous les épaisses fourrures, près du brasero. Plusieurs heures plus tard, elle n'a toujours pas cessé de frissonner.
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